Septième rapport du Comité de mendicité
mendiant dans un lieu pour lequel il existe un établissement public, organisé afin d'obvier à la mendicité, sera puni de trois à six mois d'emprisonnement, et sera après r expiration de sa peine conduite au dépôt de mendicité.
Je reviendrai sur cette disposition qui, en raison de ses conséquences monstrueuses au point de vue de la liberté individuelle, a sans doute le plus contribué à l'échec du système. Toujours est-il qu'à la suite du décret de Bayonne, un certain nombre de dépôts furent ouverts et commencèrent à fonctionner. On y entassa aussitôt les bancals, manchots et autres estropiés et, en général, les monstres humains de toute espèce. Car si certains artistes mendiants sont passés maîtres dans l'art de simuler toutes ces misères, encore ne font-ils que reproduire l'épouvantable réalité et l'état naturel des confrères plus « heureux », pouvant émouvoir le public avec de bonnes vraies plaies, d'authentiques jambes de bois et des . ulcères positivement gangreneux.
On a déploré l'irruption de ces misérables dans les dépôts ainsi détournés de leur but, assure-t-on, transformés partiellement en asiles d'incurables. Mais c'est une erreur, les dépôts étant essentiellement créés pour ces gens-là, aussi bien, mieux encore que pour Içs indigents valides. L'établissement une fois ouvert, tous les mendiants étaient tenus de s'y rendre. A quel titre aurait-on refusé l'entrée au cul-de-jatte ou au paralytique? Puisqu'on retirait aux gueux leurs moyens d'existence et, véritablement, le pain de la bouche, il fallait bien leur en donner d'autre. Le comte Crétet l'avait proclamé, du reste, au nom de l'empereur : c'étaient là des établissements paternels^ où la bienfaisance devait « tempérer la contrainte par la douceur
iiscipline par raffection* ». Ne Toulépôts étaient et sont encore, de jure des établissements de bienfaisance, î cassation a dû le déclarer à plusieurs
3lète des établissements organisés à la î 1808 est encore à faire; la tâche ne 5 écrivains les plus autorisés donnant, iseignements les plus contradictoires '.
e étude tout à fait ingrate, et, surtout, réelle pour mon argumentation. 11 qu'il se fonda une cinquantaine de imier Empire; il en restait vingt-deux compte une trentaine aujourd'hui, la mnant plus comme tels, mais comme îillards et les incurables, iip plus édifiant d'étudier révolution ssements; je prendrai comme exemple ]harité, que j'ai quelques raisons de puisqu'il s'agit de ma ville natale*.
s patentes de Napoléon, en date du dépôt de mendicité de la Nièvre fut
ùprudence générale, art. Vagabondage et Men-
uin 1833, 7 décembre 1861, etc.
rdinaire si bien au courant de toutes ces e de soixante-dix-sept dépôts organisés sous 813 (!). Selon lui, en J816, on n'en comptait X vers 1850 {Dictionnaire de V économie polimin). — On trouvera les renseignements les Granier, lac. cit., p. 46. — Voyez aussi de ^^ assistance et d'hygiène publique traitées dans X, années 1895 et 1896.
is une très complète monographie, par le îin en chef des asiles d'aliénés : Le dépôt de ^partemental et l'asile des aliénés de La Charité^
installé, à La Charité, dans une ancienne manufactu d'armes; l'ouverture eut lieu seulement en 1812. but, selon le règlement, était, conformément au vœu l'Empereur, « de maintenir le bon ordre dans Société et d'extirper de son sein, les vagabonds et lâches qui en étaient l'opprobe et le fléau ». Ce n'ét déjà plus aussi bénin, aussi « paternel » que la formi du comte Crétet; mais, voyons la suite.
Le nombre des places fixées s'élevait à deux cer pour les deux sexes. Peu de temps après l'ouverture, y trouvait des filles vénériennes, des gâteux, des in gents, des galeux, des aliénés, des épileptiques et < femmes enceintes. On y reçut aussi des élèves p( apprentissage, et certains travaux durent être exécu par les indigents les plus valides; il y avait des ateli de teinture, de filature de laine, de fabrique d'étoi grossières*. En un mot, comme on le voit, « l'asî tance par le travail » n'y chômait pas non plus.
Et tous ces gens-là ne faisaient pas la fête, les 1 vailleurs pas plus que les autres ! On ne mangeait viande qu'à l'infirmerie, et encore ! On en mettait do kilogrammes, pour quarante-quatre personnes, danî marmite; mais on prélevait, avant la distribution, ration de l'aide de cuisine, du tailleur, des couturier des sous-infirmières, de la buandière et de la maître d'école, qu'on n'avait pas le moyen de récompen autrement *. Les valides avaient du pain noir et d( décilitres de légumes. Quant aux aliénés, ils prenai sur leur ration de pain pour tailler eux-mêmes 1 soupe, qu'on trempait à la cuisine. Les agités, les rieux, ou paraissant tels, étaient enfermés dans
i. D' Garnier, loc, cit., p. 18.