‹ De la suture des tendons (tenorrhaphie)Chapitre 7 sur 13 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

Bulletin général de thérapeutique médicale et chirurgicale, tome 75, page 228.

Suture de teudon d’Achille.

Charranier (Joseph), âgé de 9 ans, doué d’une bonne constitution, entre à la salle Saint-Philippe, n° 6, pour une plaie profonde de la partie postérieure du talon.

Le 18 avril dernier, cet enfant jouait avec son frère plus jeune que lui, celui-ci tenait une petite hache qu’il lui prit fantaisie de lancer contre notre jeune malade. L’enfant tourna le dos voulant fuir, mais l’arme l’atteignit à la partie supérieure de la jambe, et aussitôt la marche fut impossible. Ce n’est que dix jours après que le jeune blessé entre dans le service avec une plaie bourgeonnante dont il est difficile de préciser nettement la profondeur; toutefois il est proba- 1873. — Barbaste.

ble que la section du tendon d’Achille a été complète. La plaie siège en arrière des malléoles ; elle est transversale et d’une longueur de 4 centimètres 1/2. L’enfant ne peut s’élever sur la pointe du pied ; cependant l’extension du pied sur la jambe n’est pas complètement impossible, mais ce mouvement est peu énergique et l’on soupçonne qu’il n’est produit que par les muscles de la couche profonde. Pour s’en assurer, on applique l’électricité à la masse musculaire du triceps ; la contraction énergique qu’elle provoque ne transmet aucun mouvement au pied; à ce mouvement on constate une dépression au niveau de la plaie, et l’on peut évaluer à 4 centimètres l’écartement ainsi produit entre les deux parties du tendon divisé.

Le 30 avril, douze jours après l’accident, on fait une suture de ce tendon pour éviter l’infirmité qu’entraînerait inévitablement cette lésion.

Une incision de 5 centimètres est pratiquée à la partie postérieure du tendon, elle est longitudinale et passe à la partie moyenne de la plaie, ce qui donne ainsi une ouverture cruciale à travers laquelle on peut arriver sur les deux parties du tendon. L’extrémité de ces parties est un peu arrondie et a contracté des adhérences assez étendues avec la gaine; on est obligé, surtout au bout supérieur, de disséquer ces adhérences pour mobiliser le tendon ; puis après avoir avivé les deux surfaces tendineuses par l’ablation d’une mince rondelle de part et d’autre, on les amène en contact, ce qui est facilité par un mouvement d’extension du pied sur la jambe. Quatre points de suture métallique sont appliqués sur la partie postérieure de la circonférence du tendon. Pour éviter le tiraillement de cette suture, on fixe à l’aide d’un bandage amidonné, le pied dans l’extension et le genou dans une demi-flexion sur la cuisse. Cette position trèsfavorable au relâchement du muscle sectionné devra être conservée pendant tout le temps du traitement. Une fenêtre à la partie postérieure du talon permet de surveiller la plaie et de la panser régulièrement. Le lendemain de l’opération et les jours suivants, l’état

local est très-satisfaisant et la réaction générale assez modérée.

Le 10 mai, un premier point de suture se détache et on constate qu’il n’a pas produit de réunion à son niveau.

Les 12, 13, et 14. On enlève de même les autres fils et l’on constate qu’il n’y a eu aucune adhésion des surfaces tendineuses ; mais cependant grâce à la position imposée au membre, il ne se produit pas d’écartement des parties et l’on peut espérer une réunion secondaire.

Le 15. L’état général est moins satisfaisant; il survient de la fièvre, du coryza, du larmoiement.

Le 16. Une rougeole se déclare, en même temps que la plaie devient un peu blafarde; on peut se demander si l’incubation de celte fièvre éruptive n’est pas pour quelque chose dans l’insuccès de notre suture.

Toutefois, vers le 20 mai, l’éruption a presque complètement disparu. Une suppuration mieux liée se produit dans la plaie, que l’on voit bientôt bourgeonner avec activité. Le bandage est toujours maintenu, et on confie au temps la réunion que n’a pu produire la suture.

Le 21 juin suivant, c’est-à-dire 52 jours après son application, on enlève le bandage, car la plaie est presque entièrement cicatrisée, et l’on a tout lieu d’espérer que la réunion tendineuse est assez solide. Ce temps assez long d’immobilité complète des jointures du pied dans l’extension et de la jambe dans une flexion forcée sur la cuisse n’a amené qu’une raideur articulaire insignifiante, qui se dissipe assez rapidement, grâce aux mouvements progressifs qu’on fait exécuter au jeune malade.

Le mois de juillet tout entier est utilisé pour le rétablissement des fonctions du membre, le malade marche encore avec un peu de claudication le 1er août. La masse musculaire du triceps a perdu un peu de son volume, mais l’exercice stimule chaque jour sa nutrition, et l’on espère voir se rétablir bientôt toute sa puissance contractile.

Le 4 août. L’enfant sort du service avec un membre dont les fonctions sont bien rétablies. Il peut s’élever sur la pointe du pied, bien que toute la puissance musculaire ne soit pas encore complètement revenue. Si l’on examine le siège de la lésion, on constate que la saillie du tendon n’est nullement interrompue ; non-seulement on n’observe plus d’écartements, mais à ce niveau il ne semble pas y avoir le moindre amincissement du tendon ; seulement la cicatrisation secondaire de cet organe le fait adhérer à la peau qui le recouvre et dans les mouvements étendus du pied, on voit cet organe suivre en partie le déplacement du tendon d’Acbille.

Cette observation est intéressante à plusieurs points de vue ; elle montre que les plaies des tendons peuvent être traitées par la suture et que, malgré l’insuccès de celle-ci, on peut obtenir un excellent résultat, si l’on a eu soin, comme dans le cas actuel, de maintenir les extrémités avivées en contact, grâce à une position convenable conservée pendant très-longtemps. Le bandage amidonné a permis de remplir cette indication. Remarquons que, malgré une rougeole intercurrente, la réunion secondaire ne s’est pas moins bien produite ensuite, et enfin qu’une immobilité complète pendant cinquante-deux jours de plusieurs articulations non malades, n’a amené aucune ankylosé, mais à peine un peu de raideur. Cette crainte de l’ankylose a donc été exagérée à notre avis, lorsqu’on immobilise des articulations, à condition toutefois que celles-ci ne soient le siège d’aucune lésion. (X. Delore, chirürgien en chef de la Charité (Lyon).

Nous voyons dans cette observation que la suture n’amène pas la réunion immédiate des tendons, à cause de l’état général du malade. Mais il n’est point à dire pour cela que le fil ait été inutile. Non, car il a maintenu en contact, dans les premiers jours de l’accident, les surfaces divisées et rétractées.

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