OBSERVATION IV
La Gazette des hôpitaux civils et militaires de l’année 1867, n° 121, cite en ces ternes un cas de suture rapporté par le Dr Brochin :
Blessure de la face dorsale de la main, section complète du tendon de l’extenseur propre de l’index. Suture au bout de cinq jours du tendon divisé; cicatrisation des bouts du tendon avec retour des mouvements du doigt.
La ténorrhaphie, c’est-à-dire la suture des bouts d’un tendon divisé, ne réussit pas seulement dans les blessures récentes des tendons; elle donne aussi des succès et doit être au moins tentée dans les lésions du même genre qui ont déjà plusieurs jours de durée. Il y a tout lieu, dans ce dernier cas, d’espérer une réunion par seconde intention, et par suite le retour des mouvements de l’organe auquel se rend le tendon qui a été coupé, c’est ce que démontre le fait suivant :
Un jeune homme de 16 ans, Léon L..., exerçant la profession d’orfévre, reçut, dans la soirée du 26 juin dernier, un coup de couteau sur lu face dorsale de la main gauche au niveau de la réunion du tiers inférieur avec le tiers moyen du second métacarpien.
Il y eut une hémorrhagie abondante qu’on arrêta par le tamponnement. Le lendemain, le blessé se présente à la consultation d’un des grands hôpitaux de Paris, où l’on se contente de prescrire des pansements avec le vin aromatique. La plaie prit bon aspect , mais L... remarqua bientôt que le doigt indicateur pendait inerte, dirigé vers la face palmaire de la main, et qu’il ne pouvait le relever, il fut alors conduit par son père à la clinique particulière de M. Fano, le 1er juillet, c’est-à-dire cinq jours après l’accident.
M. Fano constate qu’il existe sur la face dorsale de la main gauche une plaie transversale de 4 centimètres de long sur 2 de large, comprenant la peau, le tissu cellulaire, le tendon de l’extenseur propre de l’index et la portion de l’extenseur commun, avec
laquelle le premier s’unit. La plaie est déjà en voie de cicatrisation. Apres avoir été débarrassée par le lavage du pus qui la recouvre, la plaie fait voir à M. Fano, vers le milieu, un lambeau d’un blanc brillant nacré, résistant, nettement divisé, répondant au bout digital de l’extenseur propre de l’index. En effet, lorsqu’on saisit cette portion blanche entre les mors d’une pince, et que l’on exerce sur elle de légères tractions, on étend le doigt indicateur, qui retombe dès qu’on cesse les tractions. Le bout central du tendon est rétracté et ne se voit pas au fond de la plaie. Le doigt indicateur est privé de tout mouvement volontaire d’extension.
M. Fano soulève le bout digital du tendon avec des pinces et le traverse à quelques millimètres de sa section, avec une aiguille dont le chas porte un fil ciré. 11 procède ensuite à la recherche du bout central, rétracté au milieu des chairs, ce qui nécessite un débridement perpendiculaire à la direction transversale de la plaie qui occupe la face dorsale de la main, et une dissection minutieuse. Le bout central ayant été retrouvé, M. Fano le traverse avec le fil qui a traversé antérieurement le bout périphérique , et fixe les deux bouts l’un contre l’autre au moyen d’un point de suture simple. Un des chefs est coupé près du point de réunion, l’autre fixé sur le dos de la main par un carré de sparadrap de diachylon. On recommande un pansement à l’eau froide pour prévenir une réaction inflammatoire. Pour favoriser l’agglutination des bouts du tendon, la main est placée en permanence dans l’extension à l’aide d’une planchette coudée.
Les jours suivants, absence de tout phénomène inflammatoire intense. Le 4 juillet, chute du fil de la suture; le tendon, divisé, est presque entièrement recouvert de bourgeons charnus ; l’indicateur exécute quelques mouvements d’extension. Le 9, la plaie marche vers la cicatrisation ; les mouvements de l’index sont plus étendus. On continue le pansement à l’eau froide et l’on maintient la main dans la position précédemment indiquée. Le 11 août, la plaie est
entièrement cicatrisée, les mouvements d’extension de l’index sont complètement rétablis. Tout l’appareil contentif est enlevé. Le 20 août, le patient se présente de nouveau à la clinique : il reste une légère raideur des doigts, due sans doute à leur immobilité prolongée.