CHAPITRE PREMIER
Les dangers du drainage dans le traitement des plaies cranio-cérébrales
. Avant la période actuelle, le traitement classique, adopté par presque tous les chirurgiens, comprenait les temps suivants: débridement, craniectomie, désinfection chirurgicale avec extraction systématique ou non, suivant les auteurs, du projectile, et désinfection chimique.
Comme terme à l’opération : drainage et pansement à plat. |
Ce drainage était maintenu fréquemment pendant des semaines, jusqu’à un mois (Delore). Pendant toute cette période le foyer cérébral continuait à être traumatisé et à communiquer avec l'extérieur ; d’où,
chances d'infection secondaire, exogène, des plus
sérieuses.
C’est précisément la suppression du drainage systématique qui réalise la première modification profonde, capitale, du traitement des plaies cranio-cérébrales. Si, en effet, la chirurgie cranienne actuelle a fait tous ses efforts pour essayer de parvenir à la
suppression du drainage, c’est que cette méthode présente en elle-même de graves inconvénients.
Le drain ou la mèche ne peuvent, en tant que corps étrangers, qu'irriter, traumatiser la substance cérébrale, déjà dilacérée par le projectile ; et ne font qu’entretenir et même augmenter, par leur maintien prolongé, les lésions organiques de la substance céré-
brale si délicate et si peu résistante.
Ainsi, M. Tuffier est d'avis que les drains en caoutchouc ou en verre placés exactement dans le trajet cérébral menacent la substance cérébrale qui suit l'impulsion des mouvements respiratoires el des pulsations cardiaques. Il reproche de même aux mèches d’arracher avec elles la sabstance cérébrale qui leur adhère au moment où on les enlève. *
M. Sencert reconnaît, lui aussi, que le drain est dangereux, son extrémité peut venir comprimer des centres importants, « à mesuré que le cerveau, sous l'influence de la pression sanguine, vient peu à peu combier le foyer de destruction cérébrale ». À la suite du drainage intra-cérébral, il a constaté trois fois des crises d’épilepsie traumatique formidables qui cessèrent aussitôt que le drain en caoutchouc fut enlevé, et qui ne se reproduisirent plus par la suite.
Comme deuxième danger, plus grave encore, qui résultait de la pratique du drainage, c’est l'infection secondaire, venant de l'extérieur à l’intérieur, dont le drain ou la mèche frayaient et jalonnaient la route.
A la suite deplusieurs autopsies de malades, morts tardivement, après une période d'apyrexie qui pou»
wait atteindre vingt jours et même davantage, M. Cunéo conclut que, si l’on fait abstraction des cas plutôt rares où l'infection préexiste à l'opération, cette méningo-encéphalite tardive était due à une infection partant de la plaie ; que presque jamais elle n'avait pour point de départ une fissure prolongée aux cavités septiques de la base. ji
Toujours dans son rapport à la Conférence chirurgicale inter-alliée, M. Tuffier reconnaît que « la perte de substance cérébrale laissée par le drainage a été une cause d'infection de dehors en dedars et que la combler est une nécessité qui s'impose ».
Les dangers, absolument inséparables du drainage, auraient pu êtré acceptés, tolérés si, en retour, on avait été certain de retirer de son emploi un bénéfice qui aurait largement compensé ces inconvénients.
Mais il semble que l’on n’y puisse compter, car au milieu de la substance cérébrale, diffluente,se morcelant sous l'influence du plus minime traumatisme, surtout, quand déjà existe une solution de continuité, et c’est bien le cas ici, le drain Je plus volumineux, le mieux fenêtré, est très rapidement obstrué.
Dans la grande majorité des cas il ne fonctionne pas ; M. Sencert déclare que le drain « est inutile, se bouche tout de suite de matière cérébrale et ne draine rien ».
De même le rapport belge à la Conférence chirurgicale inter-alliée reconnaît que : « le drainage est toujours difficile à cause de l'état diffluent de la ma-
tière cérébrale et que son efficacité est incomplète ».
Inutile quand le trajet projectilaire a été parfaitement désinfecté chirurgicalement, il est d'une utilité douteuse quand le projectile est resté inclus dans la substance cérébrale. Dans ce cas le drain ne parvient pas jusqu’au projectile, sans cela le chirurgien l’aurait extrait puisque son contact lui en aurait indiqué la localisation exacte. Le projectile est done presque toujours assez distant du drainage qui est alors impuissant à drainer le foyer d’attrition où siège le projectile.
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