L... (Auguste), sellier, âgé de vingt ans
Ce jeune homme, doué d’une fort bonne santé, a vu apparaître, il y a quinze jours, après un excès de table, une tache rosée à la partie antérieure du cou ; d’autres survinrent dans le voisinage, et l’éruption, après être restée huit jours environ canton- "née au cou, descendit sur la poitrine et sur les membres.
Actuellement, toutes ces parties sont couvertes de taches d’un rose pâle tirant légèrement sur le jaune ; les plaques sont un peu surélevées et forment un relief que l’on sent en passant le doigt sur la peau ; au début, c’est une petite papule, arrondie et enticulaire ; plus tard, cette papule se développe excentriquement et prend une disposition annulaire et circinée.
L’exanthème, avec ce caractère, occupe tout le tronc, les membre supérieurs, symétriquement jusqu’aux poignets, et les membres infériem’S jusqu’à la moitié postérieure des cuisses. Les jambes et les pieds sont indemnes, ainsi que les organes génitaux.
Si l’on vient à explorer la sensibilité au niveau de ces plaques, on constate une diminution de la sensibilité tactile, peu manifeste sur le bourrelet périphérique, mais non douteux au centre de chaque anneau. La piqûre superficielle de l’aiguille, quoique perçue, détermine une douleur bien moins vive que les parties voisines, et si on l’enfonce brusquement, surtout dans certaines régions, comme la fesse, par exemple, on peut traverser toute la peau sans provoquer, de la part du malade, autre chose qu’une sensation de contact.
L’expérience a été répétée à plusieurs reprises. M. Besnier en a été témoin, ainsi que les élèves du service ; l’introduction d’une épingle jusqu’à la tête ne provoquait pas la plus petite contraction des masses musculaires voisines, tandis que, sur les parties saines adjacentes, la moindre piqûre était accompagnée de la contraction instantanée de ces masses musculaires.
- in -
8ie pBSERVATION
Psoriasis symétrique des jambes et des avant-bras.
(Service de M. le docteur LEBARILLER.
F... (Catherine), cinquante ans, exerçant la profession de journalière, entre à la salle 8, service de M. le docteur Lebariller, le 15 août 1874. Cette femme, qui n’accuse aucun antécédent morbide de quelque importance, fut atteinte, il y a environ six ans, de pityriaris du cuir chevelu, qu’un traitement régulier fit disparaître presque eîitièrement. On retrouve encore sur la tête quelques-unes de ces squames, petites et blanches, analogues à des pellicules de son.
Au commencement du mois de mai dernier, elle remarqua que-fa face dorsale de ses pieds et la partie antérieure et externe de ses jambes sepouvraient de petites élevures rougeâtres qui disséminées d’abord, se réunissaient bientôt pour former de larges plaques. Presque en même temps, une éruption identique apparaissait aux avant-bras, constituée d’abord par des élevures rougeâtres, puis par de véritables plaques.
La malade fut soumise dès le début à un traitement actif et régulier. Les dépuratifs, l’arséniate de soude, les bains sulfureux restent malheureusement sans résultat. Le mal n’en poursuivit pas moins sa marche envahissante et conduisit enfin la malade à l’hôpital Saint-André (salle 8, n® 17). Elle présentait un psoriasis chronique et symétrique des jambes et des avant-bras. Voici la disposition qu’affectait l’éruption.
1“ Aux membres inférieurs. Elle occupe la moitié externe de la face dorsale du pied, la moitié externe de la jambe dans son tiers inférieur ; elle empiète dans les deux tiers supérieurs sur la face antérieure de la jambe, laisse intacte la région rotulienne et réunit enfin la moitié externe de la cuisse dans son tiers inférieur.
2» Membres supérieurs. A la face antérieure de l’avant-bras : plaques disséminées de psoriasis guttata, commençant à deux
centimètres environ de l’articulation radio-carpienne pour s’étendre jusqu’aux coudes. A la face postérieure, on rencontre de chaque côté trois ou quatre petites plaques sur la moitié externe de la face dorsale de la main. Sur l’avant-bras, l’éruption forme quelques plaques disséminées sur la moitié inférieure et s’étend sur les deux tiers supérieurs en nappe continue jusqu’à l’abdomen.
De cette nappe et de chaque côté part un prolongement irrégulier qui s’étend sur le bord externe du bras, jusqu’à trois centimètres au-dessus de l’épitrochlée.
La disposition du psoriasis est identique des deux côtés ; elle est exactement symétrique.
‘ Psoriasis chronique affectant symétriquement la plus grande partie de la surface cutanée.
B... (Louis), âgé de trente-sept ans,né à Nubiens (Maine et- Loire), exerçant la profession de serrurier, entre à la salle, 14 le 27 novembre 1874 pour un psoriaris remontant à dix ans.
L’affection s’est montrée d’abord sur la tête ; elle s’y localisa pendant quelques mois, puis elle envahit, en suivant une marche descendante, le tronc et les membres. Cette éruption présente auj ourd’hui tous les caractères d’un psoriasis chronique ; elle est remarquable en ce sens qu’elle s’étale sur la surface cutanée avec une symétrie parfaite.
Tête. Presque indemne, quelques plaques seulement dans les cheveux.
Face. Egalement indemne. Je n’ai qu’àsignaler quelques points de psoriasis guttata sm* le lobule etja face interne des oreilles.
Tronc. Le thorax est entièrement recouvert par l’éruption : plus bas, les hypochondres, les flancs et les fosses iliaques présentent également deux plaques uniformes s’ajoutant en arrière à quatre centimètres environ de la ligne épiphysaire, et réunies à ce niveau par des plaques isolées de psoriasis guttata, séparées en avant par une large bande de peau intacte dont le milieu correspond exactement à la ligne blanche. Cette bande.
à bords irréguliers, n’a qu’une largeur de trois centimètres à son extrémité supérieure ; elle s’élargit au furet à mesure qu’on s’éloigne de l’appendice xyphoïde, de manière à présenter, à quelques centimètres au-dessus du pubis, une largeur de huit à neuf centimètres.
Membres supérieurs. La face dorsale des mains est totalement envahie ; sur l’avant-bras et le bras les faces correspondant à la flexion sont à peu près intactes. Gest, en effet, sur la face postérieure de l’avant-bras et du bras que l’éruption semble avoir voulu se localiser ; on y voit de nombreuses écailles ; mais elles sont peu étendues et séparées par des intervalles de peau saine. Sur la face olécrânienne de l’articulation du coude et des deux côtés, on trouve une plaque plus large, présentant cinq centimètres de longueur sur quatre de largeur, ce dernier diamètre correspondant et parallèle à l’interligne articulaire.
Membres inférieurs. La symétrie règne ^ encore dans la disposition des plaques du psoriasis sur les membres inférieurs. On remarque sur les deux régions fessièresune nappe uniforme se rattachant, au niveau de la crête iliaque, avec l’éruption précédemment signalée sur les flancs ; plus bas, sur les cuisses, quelques larges plaques sur la face postérieure et antérieure; les deux autres faces sont à peu près indemnes; aux jambes, l’éruption occupe encore la face interne, et empiète légèrement sur la face antérieure ; les faces postérieure et externe ne présentent que quelques plaques rares de psoriasis guttata. Nous devons signaler enfin deux larges plaques en avant des rotules et l’envahissement par l’éruption des deux malléoles et de la face dorsale des pieds, jusqu’à un centimètre des articulations métacarpo-phalangiennes.
Il résulte de cette description :
1° Que le psoriasis, dans son évolution, a suivi sur les deux moitiés du corps deux routes constamment symétriques ;
2" Que sa disposition actuelle est la même des deux côtés, l’éruption occupant et laissant indemnes, à droite et à gauche, des régions exactement similaires.
83e pBSERYATION
Psoriasis symétrique des deux joues.
ALIBERT. [Description des maladies de la peau, 1806 3* livraison, p. 60.)
Un garçon d’environ seize ans, d’une physionomie très agréable, ressentait un léger prurit sur le milieu de ses deux joues. La peau y était rouge et fort enflammée. Bientôt il s’y développa deux plaques écailleuses d’une forme orbiculaire.
Ces plaques avaient été précédées de très petits boutons, qui fournissaient un suintement presque imperceptible. Ce qu’il y avait de très remarquable, c’est que les écailles mettaient huit jours à se manifester ; au bout de ce temps, elles tombaient et se renouvelaient encore avec les mêmes phénomènes et les i^êmes circonstances.
84e pBSEI^VATION
Psoriasis symétrique des membres inférieurs.
ALIBERT. [Loc. eit„ 4* livraison, p. 63.)
M. T..., homme de lettres, âgé de cinquante-six ans, avait joui d’une bonne santé jusqu’à l’âge de quarante-deux ans. A cette époque, il lui survint une éruption à la partie postérieure des deux cuisses. Cette éruption était accompagnée de vives démangeaisons. Elle se composait de croûtes grisâtres qui tombaient facilement lorsqu’il prenait des bains.
Durant le cours de 1805, au mois de février, il éprouva un prurit particulier des pieds et des talons ; peu après, il lui survint une éruption croûteuse, qui s’étendit progressivement aux jambes et aux cuisses. Il se déclara des démangeaisons qui venaient par crises et que rien ne pouvait adoucir.
85® pBSERYATION
Psoriasis symétrique des membres supérieurs.
(Service de M, le D' LEBARILLER.)
D.... (Florida), née à Chartres (Eure-et-Loir), âgée de dix-huit ans, entre à l’hôpital Saint-André de Bordeaux' le 16 avril 1875, pour une affection cutanée des membres supérieurs.
C’est un psoriasis classique dont le début remonte à deux ans. L’éruption s’est manifestée tout d’abord sur les deux régions olécrâniennes, où il est resté quelque temps stationnaire. Reprenant ensuite sa marche envahissante, il s’est propagé des deux côtés à la face postérieure de l’avant-bras, jusqu’au poignet, et en dernier lieu, à la face postérieure du bras. '
Aujourd’hui 29 avril 1875, on constate de vastes placards de psoriasis occupant symétriquement la face postérieure du bras et de l’avant-bras. Aux bras, l’éruption se limite exactement à douze centimètres de l’olécrane. Sur l'avant-bras, elle s’arrête brusquement à quatre centimètres au-dessus de l’articulation du poignet.
Du côté de la flexion, la peau est complètement indemne.^
86e pBSERVATION
Psoriasis symétrique des quatres'membres.
(Service de M. MABIT, salle 7, n» 24.)
S— (Jeanne), quarante-deux ans, lingère, entre le 6 juin à la salle 7, lit n° 24, service de M. le professeur Mabit, pour un psoriasis chronique datant de six ans.
L’éruption a débuté simultanément sur la face interne des deux jambes et des deux cuisses. Un mois après, elle se montrait aux membres supérieurs.
Le jour de son entrée à l’hôpital, Je constatai :
A. — Sur les membres inférieurs. De grands placards de psoriasis s’étendant, de chaque côté, sur la face interne des jambes, jusqu’aux malléoles, se terminant en pointe, en haut, sur le tiers inférieur de la face interne des cuisses.
B. — Sur les membres inférieurs. Psoriasis guttata sur la face antérieure des avant-bras, jusqu’à la main, qui est indemne. Deux vastes placards sur la face dorsale des avantbras et des bras. Le pli du coude, des deux côtés, ne présente aucune altération.
La malade a pris quelques bains et a demandé son exeat le 19 juin.
87® pESEI^VATION
Psoriasis guttata, occupant symétriquement les deux coudes et les deux régions rotuliennes;
(Service de M. GINTRAC, salle 6, n" 36.)
B.... (Marie), âgée de dix-huit ans, entre à la clinique médicale, le 21 avril 1875. Cette femme a toujours été très mal réglée ; elle est sujette à des migraines fréquentes. Il y a deux ans, elle vit apparaître, pour la première fois, une éruption de psof iasis à la tête et à la face. Elle entra à la salle 6, et en sortit complètement guérie, après six mois de traitement.
Au mois de février, l’éruption reparut, occupant, cette fois encore, la face et le cuir chevelu.
Vers le milieu d’avril, une éruption semblable se manifesta sur les genoux, et huit jours après sur les deux coudes.
J’examinai la malade pour la première fois le 23 avril 1875 ; elle présentait :
A. — Tête. Quelques plaques de psoriasis guttata sur le cuir chevelu, le front, les joues. Elles.sont presque confluentes à la région des sourcils.
B. — Coudes. — A droite. Six petites plaques de psoriasis à la région olécrânienne. A gauche, sept plaques sur la même région.
c. — Genoux. Plaques de psoriasis guttata irrégulièrement disséminées à la face antérieure de l’articulation du genou. Leur ensemble forme une zone qui s’étend, en haut, à trois centimètres et demi de la base de la rotule, qui ne dépasse pas, en bas, la tubérosité antérieure du tibia,
' On observe encore deux ou trois plaques sur la face antérieure des deux jambes. Les autres régions de la surface cutanée sont indemnes.
S 8e pBSERVATION
Psoriasis symétrique des membres. — Diminution de la sensibilité tactile et thermique du niveau des plaques, — Intégrité des perceptions douloureuses.
RENDU, (Loc. Cit. p. 25.)
G... (Félix), trente et un ans, maréchal ferrant, présente tous les attributs du tempérament arthritique : il est grand, fortement musclé ; à plusieurs reprises il a eu des douleurs articulaires, et toutes les Jointures sont atteintes plus ou moins d’arthrite sèche ; il porte également des varices aux jambes.
Depuis quatorze ans, il est affecté d’un psoriasis qui est resté toujours limité, sous forme de plaques modérément épaisses, circonscrites, à squames adhérentes, disposées irrégujièment slvx coudes, aux jambes, aux cuisses ; au niveau de ces points, la sensibilité de contact et de température est notableblement émoussée, bien que les squames soient en partie tombées. La douleur est perçue aussi bien que sur les parties voisines. L’affection est très prurigineuse.
Le malade est soumis au traitement alcalin, auquel on joint les frictions de savon cadique. Au bout d’un mois, il quitte l’hôpital, conservant encore des plaques sous forme de macules légèrement congestives; la sensibilité est revenue presque complètement à l’état normal. Il reste cependant une légère obtusion au sens du tact.
Psoriasis symétrique des membres.
(Service de M. MABIT, splle 16, n» 26.)
L... (Mathieu), âgé de quarante-huit ans, charpentier, entre le 8 mai 1876 à la clinique de M. le D' Mabit pour une affection chronique de la peau.
S’il faut en croire le malade, une plaque de psoriasis se serait montrée sur la face interne de la cuisse gauche, il y a vingtcinq ans, et serait restée stationnaire jusqu’à l’année dernière ; elle se serait agrandie alors, en même temps que de nouvelles plaques apparaissaient au devant du genou gauche; puis elle se serait montrée sur les mêmes régions à droite. Enfin, quelques mois après, elle am’ait envahi simultanément les deux régions scapulaires et les deux cuisses.
Aujourd’hui 12 mai, on constate :
A. — Sur les membres inférieurs, des placards symétriquement distribués à la face interne des cuisses, aux régions rotuliennes et à la face interne des jambes, jusqu’au cou-de-pied.
B. — Sur.les membres supérieurs, un placard irrégulièrement arrondi de quatre centimètres de diamètre, au niveau de l’épine de l’omoplate du côté gauche ; une plaque identique du côté opposé.
On trouve, au coude gauche, une traînée de squames épaisses et nacrées partant de l’olécrâne et descendant, le long de la face postérieure de l’avant-bras, jusqu’à quatre centimètres du poignet.
A droite, une traînée analogue et également située s’observe au coude et à la face postérieure de l’avant-bras ; elle descend cependant un peu moins bas que du côté gauche.
Il existe du pityriasis sur le cuir chevelu : les deux éruptions s’accompagnent de démangeaisons fort vives, augmentant par la chaleur du lit. Sensibilité tactile un peu émoussée au niveau des plaques.
90® pBSERYATION
Psoriasis nummulaire de la paume des mains. — Douleurs rhumatismales. — Alternance de ces deux affections.
BAZIN. (loc. eit.)
G... (Mélanie), âgée de cinquante-cinq ans, couturière, entre le 2 mai 1865 à la salle Sainte-Foy, n° 7.
' Le père de la malade est mort à l’âge de soixante-treize ans d’une apoplexie; surchargé d’un embonpoint considérable, il était sujet à des douleurs dans les membres inférieurs. La mère est morte de la poitrine à l’âge de quarante-huit ans. Dans la famille, il y a eu quatorze enfants, douze sont morts en bas âge. Une autre, héritant de la maladie du père, est morte à soixante deux ans d’anasarque et de battements de cœur, et cette dernière, unie à un mari bien portant, a eu elle-même vingt-quatre enfants, qui sont tous morts en bas âge, hectiques et scrofuleux. Serait-ce un exemple de scrofule par hérédité, provenant de la grand-mère et sautant une génération ? Pour la malade ellemême, elle Jouit d’une santé habituellement bonne. Tempérament sanguin, règles régulières, mais peu abondantes et douloureuses. Ménaupose il y a cinq ans, et depuis, douleurs fréquentes dans les articulations et les masses musculaires des membres inférieurs.
Elle a été atteinte pour la première fois de l’affection qu’elle présente aujourd’hui, il y a deux ans, à la suite d’une brûlure légère causée par de l’huile bouillante. Depuis ce moment, l’affection a disparu, mais pour peu de temps, et a récidivé sur place constamment.
Cette affection siège à la paume de la main droite et s’étend jusqu’aux espaces interdigitaux. Elle consiste dans des squames légèrement blanchâtres, peu épaisses, disposées par cercles et demi-cercles, dont le centre est intact et recouvrant une surface rouge légèrement saillante. Démangeaisons et picotements très faibles ; pas de suintement à aucune période de l’éruption.
A la paume de la main gauche, on observe deux demi-cercles rougeâtres recouverts de quelques squames légères ; à la base des doigts se trouvent, de ce côté, deux ecthymas de petit volume.
Rien aux coudes ni aux genoux.
91« pBSERVATION
Psoriasis symétrique des membres.
BAZIN. {Loc.cit.)
D... (Rosalie), âgée de quarante ans, entre le 4 avril à la salle Sainte-Foy, n” 16. D’un tempérament lymphatico-sanguin très prononcé, elle a de l’embonpoint et les chairs molles et peu colorées. Elle a eu trois enfants, dont le dernier il y a seize ans. Depuis lors, sa santé, jusque-là satisfaisante, a été troublée par différents accidents. Pendant qu’elle allaitait son enfant, elle aurait été prise d’un gonflement douloureux dans le bras droit, puis d’une fièvre typhoïde, à la suite de laquelle sont apparues pour la première fois des plaques psoriasiques occupant le même siège qu’aujourd’hui. Cette première atteinte a duré deux mois seulement. Elle a été reprise de la même éruption, pour la seconde fois, il y a cinq ans ; l’affection n’a encore duré que deux mois. Enfin, elle a eu une nouvelle récidive, il y a deux ans, et depuis, elle est restée sans traitement. — En même temps que se manifestait l’éruption psoriasique, la malade a été prise de douleurs articulaires dans les poignets et les cous-depied.
L’éruption psoriasique qu’on observe se présente surtout en larges cercles, renfermant dans leur centre une surface de peau saine plus oumoins étendue. Ces cercles existent symétriquement de chaque côté, à la face externe des avant-bras, sur laquelle ils décrivent une ellipse assez régulière ; une ellipse analogue s’observe sur, la face externe du bras, et, dans l’intervalle, le coude reste sain. Sur les jambes, deux larges plaques se remarquent également à leur face externe ; les genoux et les cuisses ne présentent aucune éruption. Sur le tronc, en avant, au pourtour de l’ombilic, se voient de petites plaques psoriasiques affectant dans leur groupement un cercle irrégulier et incomplet ; en arrière, au bas de la région lombaire, des plaques psoriasiques sont accumulées et couvrent la région dans la largeur de la main et, de là, contournent le bassin en spica jusque près de l’aine du côté gauche.
Toutes ces plaques de psoriasis présentent des squames assez
larges, mais moins argentées, plus ternes que les squames du psoriasis classique ; elles sont également moins abondantes et moins sèches ; la rougeur sous-jacente est assez marquée. Les démangeaisons sont à peu près nulles, si ce n’est sur les jambes et au bas des reins.
92 ® pBSERYATION
Psoriasis symétrique des membres et de la face — SeroMides multiples : erythème induré des mains, impétigo du cuir chevelu, eczéma auriculaire.
BAZIN. (Loc. cit.)
M... (Annette), âgée de vingt ans, domestique, entre le 13 juillet 1865, à la salle Sainte-Foy, n® 7.
Elle offre un tempérament lymphatique très prononcé. Dans son enfance, elle a eu longtemps une éruption suintante derrière les oreilles et autour des lèvreSj règles arrivées à treize ans, régulières, mais peu abondantes. Pas de troubles digestifs ni de migraines. Elle raconte qu’elle a été affectée d’engelures aux doigts, pour la première fois, il y a sept à huit ans ; depuis, ces engelures reviennent régulièrement chaque hiver, et offrent de plus en plus d’intensité ; elles laissent après elles, même pendant Tété, un gonflement-assez marqué et une rougeur vive qui persistent encore.
De plus, il y a huit ans, se sont manifestées dès plaques rouges et couvertes de squames aux coudes ; quatre ans après, des plaques analogues se sont montrées sur les genoux. Ces plaques, pour lesquelles la malade n’a fait aucun traitement, présentaient des exacerbations fréquentes au printemps et pendant l’été. Enfin, il y a six semaines, une nouvelle plaque s’est montrée à la lèvre supérieure, et les paupières sont en même temps devenues le siège d’une rougeur très vive et de démangeaisons fréquentes.
A son arrivée, la malade présente l’état suivant :
observe, au niveau de la: saillie des genoux, deux placards de la largeur de la paume de la main et qui descendent vers la partie externe des jambes. Sur les coudes se trouvent
des placards analogues qui s’étendent de là sur la partie externe des avant-bras et des bras, en se fragmentant par petites plaques plus ou moins prononcées et peu étendues. Ces différents placards sont formés par des squames assez épaisses, d’une coloration un peu jaunâtre et d’une sécheresse très marquée ; au-dessous de ces squames, lorsqu’on les détache, ce qui se fait facilement par le simple frottement, on trouve une surface rouge, sèche, luisante et légèrement granuleuse. Sur les genoux, ces squames sont plus abondantes et plus épaisses, comme croûteuses ; dans quelques points, elles sont disposées en lamelles verticales et non en feuillets superposés. Les petites plaques isolées ne présentent, au contraire, que des squames très fines, furfuracées et qui tombent avec la plus grande facilité.
Les deux paupières de chaque côté, et surtout la paupière supérieure, sont gonflées et offrent une coloration rouge très marquée. Çà et là, à la base des cils, se voient quelques squames superficielles et jaunâtres.
Au niveau de la lèvre supérieure, qui est très épaisse, siège une plaque rouge de la largem* d’une pièce de 50 centimes, recouverte de squames très fines, un peu jaunâtres et qui tombent facilement.
Les démangeaisons sur ces différents points sont peu marquées, si ce n’est au bord des paupières. A aucune époque, la malade n’aurait observé de suintement; actuellement on n’en trouve aucune trace.
B. — Sur le cuir chevelu se trouvent çà et là quelques pustules d’impétigo assez volumineuses, rouges à la base, purulentes et jaunâtres au sommet, irrégulièrement disséminées sur la tête et qui s’accompagnent de légères démangeaisons. Derrière les oreilles existent des plaques rouges, couvertes de squames jaunâtres et humides, s’accompagnant de démangeaisons assez vives, et qui auraient été longtemps le siège d’un suintement abondant. Pas d’engorgements ganglionnaires actuellement aux régions verticales et sous-maxillaires, mais la malade dit qu’elle y est sujette, surtout au printemps. Les doigts, et particulièrement l’index et le médius, sont notablement gonflés surtout vers leur extrémité libre, et d’une manière uniforme. Ils présentent
en même temps une rougeur érythémateuse très prononcée, d’une coloration rouge, vineuse ou violacée. Cette même coloration se retrouve sur le d s des mains qu’elle recouvre presque en entier. La malade répète que c’est la trace des engelures qu’elle a tous les hivers.
93® pBSERVATION
Psoriasis symétrique du tronc et des membres
(Semce de M. GINTRAC, salle 15, lit n” 37.)
G... (Edmond), âgé de vingt-six ans, menuisier, entre à la clinique pour un psoriaiûs invétéré dont le début remonte à six ans. L’affection aurait apparu d’abord sur les membres inférieurs, pour n’envahir que consécutivement le tronc et les membres.
Elle offre aujourd’hui une symétrie parfaite :
A. — Membres inférieurs. Eruption généralisée sur les cuisses et les jambes; restent indemnes : les deux pieds, la face interne des deux cuisses et les deux régions rotuliennes.
B. — Membres supérieurs. Les bras et les avant-bras sont à peu près complètement couverts de squames ; sont restés indemnes : les deux mains, les deux poignets et les deux régions du pli du coude.
c. — Sur le tronc., en avant. Immense placard de psoriasis formant une espèce de cuirasse, qui s’étend en pointe sur la ligne médiane jusqu’à trois centimètres au-dessous de l’ombilic ; l’éruption est nettement limitée, de chaque côté, par une ligne qui, partant de ce point extrême, se dirige obliquement vers les hypochondres, croise les fausses côtes et remonte jusqu’aux mamelons. La limite supérieure est une ligne courbe, convexe en haut qui, partant à deux centimètres environ au-dessous de la fom'chette sternale, se dirige vers les mamelons pour rejoindre la ligne latérale.
En arrière se trouve un placard à peu près identique, limité de chaque côté par une ligne sinueuse qui, partant en haut de la deuxième dorsale, va rejoindre l’épine de l’omoplate, descend ensuite presque verticalement le long du bord spinal pour
gagner enfin les régions fessières ; les régions latérales du thorax sont donc complètement indemnes.
Au front se trouvent quelques petites iplaques, disposées symétriquement de chaque côté de la ligne médiane.
Traitement : acide arsénieux à l’intérieur ; bains de sublimé; jusqu’ici on n’a obtenu aucune amélioration.
94« pBSERVATION
Psoriasis symétrique du tronc et des |nembres.
(Communiquée par M. DUMAS, externe des Hôpitaux.)
P... (Léonard), âgé de cinquante-deux ans, exerçant la profession de boulanger, entre à l’hôpital Saint-André le 26 juin 1876, service de M. Mabit (salle 16, n“ 9). Cet homme est porteur d’un psoriasis dont la marche vient confirmer nettement jla loi de l’envahissement symétrique. L’éruption a débuté, il y a vingt ans, par une plaque sur le côté gauche du front ; elle a bientôt envahi le côté droit et tout le cuir chevelu. De nouvelles plaques se sont ensuite montrées, sur les deux avant-bras d’abord, puis sur les deux bras.
Le malade, quelques années après, a vu survenir deux immenses placards sur la face postérieure des jambes ; ils ont envahi peu à peu, des deux côtés, la face antérieure et enfin les cuisses. Plus tard, encore, l’éruption s’est montrée au thorax et à l’abdomen, apparaissant simultanément des deux côtés de la ligne médiane. Les mains et les pieds sont restés longtemps indemnes ; ce n’est que l’année dernière que de petites plaques de psoriasis se sont manifestées sur ces régions. Aujourd’hui encore, l’éruption y est très discrète, alors qu’elle occupe ailleurs presque tous les points du tégument, externe.
Les trois observations qui suivent nous ont été gracieusement communiquées par MM. Bourot et Azaïs, médecins-majors de première classe à l’hôpital militaire de Bordeaux ; elles on trait encore à des
éruptions psoriasiques occupant de chaque côté du corps des régions similaires.
95® pBSERYATION
M..., âgé de vingt-trois ans, appartenant à la section d'ouvriers, entre à l’hôpital militaire de Bordeaux, pour un psoriasis datant de quatre ans (service de M. Bourot, salle 4, n° 20). L’éruption est constituée par deux placards ovalaires occupant, de chaque côté, la face antérieure des jambes, depuis le genou, jusqu’aux malléoles.
Traitée par des lotions de bichlorure de mercure et par l’enveloppement au moyen du taffetas imperméable, l’affection s’est rapidement améliorée.
9 6® pBSERYATION
A..., maréchal des logis au 7® hussards, entre à l’hôpital militaire (salle 3, n® 18, service M. Boulot) le 18 juin 1876, pour un psoriasis ‘probablement de nature syphilitique. L’éruption occupe à peu près tout le corps. Seuls, les deux pieds et les deux mains sont indemnes.
'97® pBSERYATION
P..., soldat au 34® régiment d’artillerie, est atteint d’un psoriasis depuis quatre ans. L’affection apparaît à chaque printemps, persiste jusqu’à la fin de l’été pour disparaître pendant les deux autres saisons. Quand il est entré à l’hôpital militaire (salle des consignés, service de M. le D” Azaïs), le 19 juillet de cette année, il portait déjà l’éruption depuis trois mois : elle occupait exactement, de chaque côté, la face antérieure des deux jambes ; la face postérieure et les pieds, ainsi que les autres régions du corps ne présentaient aucune trace de cette affection.