‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 17 sur 48 · SECTION X · texte numérisé non relu

SECTION X

Hémorrhagies symétriques de la peau. — Purpura et hématidrose.

La peau devient le siège des hémorrhagies, comme tissu et comme organe exhalant (Gendrin). Les épanchements sanguins qui surviennent dans le tissu de la peau sont des hémorrhagies d’infiltration que l’on désigne, selon leur étendue, par les dénominations diverses Aq pétéchie^ de purpura, d'ecchymose. Les hémorrhagies qui affectent la peau comme organe

exhalant ne peuvent avoir leur siège que dans les glandes sébacées ou les glandes sudoripares; elles sont connues en pathologie, depuis Ploucquet, sous le nom générique ^'hématidrose.

§ I. — Purpura.

Le purpura se caractérise par des taches sanguines de petite dimension et presque toujours circulaires; tantôt disposées en groupes distincts, tantôt disséminées sans ordre sur la surface cutanée ; elles donnent dans le dernier cas au tégument un aspect marbré, granitique. Les taches les plus petites sont à peine visibles ; les plus considérables ne dépassent pas le volume d’un grain de chénevis. Ces taches sont purpurines, quelquefois noirâtres; elles présentent cette particularité importante qu’elles ne disparaissent, point sous la pression du doigt. Le plus souvent elles ne s’accompagnent ni de chaleur, ni de prurit, ni d’aucune sensation douloureuse, bien qu’on puisse observer sur les régions atteintes des troubles plus ou moins marqués de la sensibilité.

Il n’est pas rare de rencontrer au milieu des pétéchies des taches hémorrhagiques plus étendues, des marbrures et des vergetures légèrement violacées, de véritables ecchymoses.

Les épanchements -sanguins intra-dermiques n’ont par eux-mêmes aucune gravité; leur évolution est rapide. Les taches ne tardent pas à pâlir et à disparaître, le sang extravasé ayant été repris par les voies absorbantes.

La distribution des taches du purpura est très variable ; tantôt elles envahissent successivement ou

d’emblée toute la surface tégumentaire, tantôt, au contraire, elles se circonscrivent dans des limites qu elles ne franchissent pas ; les membres supérieurs et inférieurs, et en particulier la face interne des jambes, semblent être leur siège de prédilection. Dans ces derniers cas, la bilatéralité et la symétrie sont les caractères presque constants de l’éruption.

i Ges taches purpuriques, dit Rendu, qui semblent jetées au hasard à la surface des membres, occupent -une distribution mathématiquement déterminée, bien visible quand l’éruption est discrète ou qu’on assiste à son début, ou encore quand elle occupe des régions peu habituelles. Alors on peut constater, avec la dernière évidence, que les taches, les groupes, les plaques ecchymotiques occupent des points symétriques, soit au pourtour des jointures, soit le long de la face interne des tibias ou du bord radial de l’avantbras. Siègent-elles au tronc, elles sont exactement à égale distance de la ligne médiane dans les régions similaires. »

104® pBSERVATION

Tuberculose pulmonaire. — Purpura simple de la face dorsale des mains.

- (Serrice de M. le D» LEBARILLER, salle 13.)

M... (Joseph), âgé de quarante-deux ans, atteint de tuberculose pulmonaire à la troisième période : amaigrissement considérable ; expectoration abondante.

Le 26 février, je constate sur la face dorsale des deux mains de petites taches rouges ne s’effaçant pas par la .pression, et sépai’ées par des intervalles de peau saine.

Le 27, de nouvelles taches de purpura apparaissent des deux

côtés sur la face dorsale du poignet et sur le bord externe de l’avant-bras, dans une hauteur de quatre ou cinq centimètres. Le malade meurt dans la soirée.

105* pBSERYATION

Purpura des deux mains chez une tuberculeuse.

LOUIS. (Traité de. la édit;, 1843, p. 517.)

Une cuisinière âgée de vingt-quatre ans, d’une constitution faible et délicate, était malade depuis six semaines quand elle fut admise à l’hôpital de la Charité.

Le 15 juillet, le lendemain de son entrée : figure modérément animée, sans céphalalgie, diminution peu considérable des forces ; poitrine saine ) respiration naturelle dans toute son étendue ; ni toux, ni crachats cependant la malade avait eu, dixneuf mois auparavant, à la suite d’un rhume prolongé, une hémoptysie qui avait duré six semaines, et ce rhume avait récidivé l’hiver suivant.

Lés symptômes de la tuberculose s’affirmèrent de plus en plus.

La faiblesse fit des progrès rapides. Le 26 août, à l’heure de la visite, la malade fit remarquer à Louis des taches lenticulaires bleuâtres qui venaient de se développer à la poitrine et aux mains.

- .I 06 e-pBSERYÀTION '

Œdème et ecchymoses des deux jambes chez un tuberculeux.

LEDDET. (Mm. soc. 1859.)

G... (Paul), âgé de vingt,ans, entre le 28 mai 1858, à l’Hôtel- Dieu de Rouen (salle 9, n° 14); il est maigre, affaibli. Affaissement du thorax sous les deux clavicules; bruit de pot fêlé à droite; niatité absolue à gauche; gargouillement et souffle bî'oncho-amphoriqué aux deux sommets ; pectoriloquie, râles

sous-crépitants assez forts épars, dans les deux.poumons jusqu’aux deux bases, diarrhée avec quelques coliques.

Le 31 jùillet le malade présente un peu d’œdème aux membres inférieurs.

Au commencement d’août, on constate quelques eccbjmoses sur les jambes œdématiées, aucune autre hémorrhagie.

107® pBSERYATION

Tuberculisation pulmonaire. — Paralysie dans Tavant-bras droit, 's’étendant à tout le'membre supérieur droit, et presque inimé-

diatement à tout le membre supérieur gauche. — Purpura

symétrique des deux membres inférieurs.

- - LEUDET. {Loc. cit.)

Homme de quarante-trois ans, chaussoimier, entré le 13 mars 1860 à rHôtel-Dieu de Rouen, service de M. Leudet (salle.9, n® 2), sivec des symptômes de tuberculose, localisés dans la partie supérieure des deux poumons, plus marqués à droite qu’a gauche.

Le 29 mars, affaiblissement très. marqué dans les muscles extenseurs de la main droite, sensation d’engourdissement dans la main droite ; aucun trouble de la sensibilité.

Les mêmes accidents apparaissent à gauche.

Pendant tout le niois d’avril, l’affaiblissement reste marqué aux deuxmembres supérieurs. Dans les derniers jours de mars, un peu de purpura sous forme de taches lenticulaires bleuâtres du noirâtres se, manifeste aux merndres.

Le malade mourut le 28 mai.

La moelle ne fut pas examinée.

108® pESERVATION '

Purpura symétrique des membres inférieurs et de la face postérieurô des bràs. — Forme exanthématique de l’éruption.

BÜCQUOT. (Thèse inaugurale, Paris 1855, p. 6§.)

P.... (doseph), âge de vingt-cinq ans, carrossier, s’est toujours bien porté et vit habituellement dans de bonnes conditions hygiéniques. Il était éhrhümé depuis quelque temps et sa voix

s’était légèrement altérée, lorsque le 2 mai il fut pris, le matin en se levant, de frissons et de lassitude dans les membres ; il éprouvait aussi des dôuleurs dans quelques jointures. Le soir ses jambes se couvrirent de petites taches d’un rouge vineux ; en même temps, il eut de la fièvre.

Le lendemain, de nouvelles taches apparurent sur les cuisses; quand il rentra à l’hôpital, le 6, oh ne voyait plus que la trace de ces taches. Elles variaient de dimension, depuis un grain de millet, jusqu’à une pièce de 20 centimes ; peu foncées en couleur, elles étaient d’un rouge jaunâtre et ne disparaissaient point par la pression. Sur le dos et à la partie postérieure des bras, on en trouvait un certain nombre qui étaient moins larges, plus saillantes et surmontées à leur centre d’une petite vésicule, ressemblant assez à de l’acné. Pas de fièvre, pas de chaleur à la peau, pas d’hémorrhagies.

Le 7, le malade a les deux mains gonflées.

Le 8, la main droite est fortement tuméfiée ; la gauche l’est moins. Pas de chaleur à la peaïi ; elle est seulement tendue et cOnsehve à peine l’impression du doigt ; une rougeur assez vive sé voit au niveau de l’extrémité digitale des métacarpiens et de l’apophyse styloïde du cubitus.

Le 9, main droite beaucoup moins gonflée, mais tuméfaction considérable de la gauche. Apparition de quelques nouvelles tâches d’un rouge vif, de la largeur d’une lentille.

Le 10, apparition de quelques nouvelles taches sur les cuisses.

Le 14, apparition d’une cinquantaine de nouvelles taches sur les bras et les cuisses ; elles sont légèrement saillantes, assez régulièrement arrondies, d’une couleur rouge obscur, à bords peu nettement Mités ; quelques-unes ont la dimension d’une pièce de un franc, les autres, celle d’une lentille. Un certain nombre de taches présentent un aspect remarquable ; à leur centre seulement on voit une coloration jaunâtre, plus ou moins étendue, qui disparaît presque conaplétement par la pression. De là, un anneau plus ou moins large et régulier, dont la couleur et les caractères sont les mêmes que ceux des autres taches.

Le 16, la main se gonfle de nouveau. A la partie supérieure du dos et postérieure des deux bras, on voit des saillies papuleuses coniques surmontées d’un petit point rouge.

Le 18, la main gauche est remise à son état normal, la droite se gonfle.

Le 20 et le 21, de nouvelles taches, semblables à celles déjà décrites, paraissent sur le haut des cuisses et sur les jambes.

Le 23, gonflement du nez et de la lèvre supérieure.

Le 24, disparition du gonflement, remplacé par des taches nombreuses. Les mains sont de nouveau tuméfiées. Les jours suivants, la température des mains augmente et gagne le tiers supérieur de l’avant-bras.

; Tout avait cessé quand, ,1e 27, survint un gonflement des deux jambes.ei, en même temps, Téruption d’une grande quantité de taches nouvelles, les unes d’un rouge vif, les autres ne faisant que commencer et se montrant sous la forme d’un gros tubercule saillant, à base dure, à peine colorées à leur centre. Le lendemain, ces tubercules sont remplacés par des taches bien colorées, et le noyaU; dur a complètement disparu. Douleurs dansions lesraiéinbres.

" Pendant tout son cours, la maladie a suivi à peu près la même marche sans se modifier. Tous les deux ou trois jours on vDya:it de nouvelles taches qui, au bout de deux jours, perdaient leur couleur assez vive pour devenir jaunâtres . Quelquefois elles étaient précédées de petites plaques,irrégulièrement arrondies, semblables à des plaques d’urticaire, mais ne causant pas de démangeaisons. Pendant ce temps, les mains et les pieds se-tuméfiaient tour à tour. Le gonflement se trouvait toujours a ssez considérable,: mais de peu de durée. : ,

''^?^ers le commencement de juillet,fries éruptions devinrent plus: rares ; les pieds et les mains se: gonflèrent encore, mais moins souvent. Le malade quitte l’hôpital.

109® PbSERVATION

Purpura simplex des quatre membres à disposition symétrique.

' - ^ (Thèse de VERNIER. 1873, p. 35 .)

: B.i . (Eugène)^, qmnzfe anssèt demi,'pqrtefeuilliste, a eu, il y à quinze: joursj sans cause, connue-,.de , l’joedème des jambes. Dès le jour même il s’aperçut ded’existencèsde petites taches rou-

ges, limilées aux pieds. Les jours suivants extension de l’affection aux jambes, puis aux cuisses. En même temps, il survint, quelques taches aax j&ras.

A son entrée à l’hôpital, tous les membres, surtout les inférieurs, étaient couverts de taches presque confluentes d’un rouge violacé, surtout nombreuses à la partie externe des jambes. Les'taches variaient de l’étendue d’un grain de millet, à celle d’une lentille ; les plus petites étaient d’un rouge plus ardent, es plus grandes étaient pâles et présentaient une teinte lie de vin. Au toucher on sentait manifestement des éleyures papuleuses sur les petites ponctuations, tandis que les.taches étendues étaient purement maculeuses. .

Cette éruption, confluente aux cuisses, arrivait un peu sur les aines et sur les organes génitaux, mais s’arrêtait immédiatement au-dessus de cette limite. Le ventre et le dos.étaient parfaitement indemnes.

La même éruption se montrait sur le dos des mains, avec développement de papules plates absence complète dans, la paume des mains. Elle était assez abondante à l’avant-bras, surtout à la face dorsale ; enfin, aux bras elle était circonscrite et discrète, presque nulle à la face, interne. .

110® pBSÉRYATION

Purpura aigu symétrique dès deux jambes.

VERNIER. (Thèse inaùg., p. 35.)

B... (Achille), vingt ei un ans ; à la suite de quelques excès de table et notamment d’absinthe, il a été pris brusquement de brûlure et d’une sensation de prurit dans les jambes. Bientôt il a vu survenir sur les parties douloureuses des taches d’un purpura intense. A son entrée à l’hôpitàl, /es deux jambes, dans toute leur étendue, étaient'Cùuvertês'de papules larges, irrégulières, d’une-teihte rouge lie de vin, et ne disparaissant pas sous le doigt. Dans leur intervalle se voyaient des taches jaunâtres ecchymotiques. Le maximum était au coü-de-pied, au-dessus du point de compression de la bottine. La lésion s’étendait jusqu’à la racine des cuisses, en devenant discrète. '

Quelques jours après, les plaques s’affaissaient et pâlissaient, et le malade quittait l’hôpital.

111® pBSERYATION

^ Purpura hémorrhagique des deux jamhes chez un tuberculeux.

LIOUTILLE. (Clinique de BÉHIEE.)

M... (Roger), vingt-six ans, a eu à supporter toutes les fatigues de la dernière guerre. Il est sujet à de la diarrhée. Il est pâle, faible et très amaigri. L’auscultation de la poitrine dénote, du côté droit, surtout, des signes manifestes d’une bronchite ancienne de nature tuberculeuse. Du côté du cœur, on trouve un bruit de souffle au premier temps et à la pointe.

Il présente des ulcérations aphteuses, sur le frein de la langue et sur la muqueuse, au niveau des glandes sublinguales.

Le i®’’ avril, 6n note pour la première fois que les urines sont noires. Cette hématurie ne: fut que temporaire ;,elle s’arrêta tout d’un coup et fit place à une urine claire eit limpide.

Le 4, on constata sur les deux jambes des taches de purpura disséminées et encore assez discrètes.

112® pBSERYATION

Rhumatisme articulaire aigu. — Double poussée de purpura, symétriquement distribuée aux jambes èt à la poitrine. — Hypefesr thésie et hyperalgésie autour des points affectés.

RENDU, (hoc. eit.)

C... (Pierre), âgé de trente ans, a eu une première latteinte de rhumatisme, il y a six ans. avec complications cardiaques. —Depuis deux mois et demi, il est repris de douleurs et a dû cesser son ouvrage ; cependant il avait commencé à travailler de nouveau, lorsqu’il y a cinq jours, il fut pris brusquement d’une douleur très intense dans les jambes, avec sensation d’engourdissement. Il dut se faire transporter à son domicile ; on constata alors que ses membres inférieurs étaient uniformément

gonflés. — Une heure plus tard, la face interne des jambes èiaii couverte de taches purpuriques.

Trois jours plus tard, cette fois en plein repos, un phénomène analogue se reproduisit. Une poussée fluxionnaire aiguë se fit au niveau du hord antérieur de l’aisselle, de chaque côté, en un point exactement symétrique, et deux heures plus tard fut suivie de l’éruption caractéristique. C’est alors qu’il se fit amener à l’hôpital.

. On constate à son entrée (le 26 mai) les symptômes d’un rhumatisme articulaire d’intensifé moyenne, intéressant surtout les grandes jointures du membre inférieur. — La fièvi’e est presque nulle.

Les jambes sont, de plus, le siège d’une éruption purpurique discrète qui occupe, sous forme de quatre ou cinq groupes distincts, la face interne du membre. On sent parfaitement, tout le long du tibia et sur une zone assez étendue, une tuméfaction diffuse, au niveau de. laquelle la peau est très hyperesthésiée et fort douloureuse.

Pareille lésion s’observe au devant des pectoraux. A première vue, on remarque un œdème local très apparent ; du milieu de cet œdème se détache un petit groupe de taches ecchymotiques de couleur foncée. En ces points, la peau offre une sensibilité exquise : le frottement d’une pointe d’épingle, le contact d’un objet froid, lui sont très pénibles. La zone hyperesthésique s’étend à cinq ou six centimètres autour de la plaque de purpura et se qiropage un peu le long de la face interne du bras, qui est le ■siège des-élancements douloureux.

Prescription.; chiendent avec quatre grammes de bicahornate de soude. .

Le 28 mai, les taches purpuriques ont pâli et ont pris une teinte jaunâtre. La sensibilité est encore exagérée, mais l’hyperesthésie occupe une zone beaucoup moins étendue. Le lendemain elle a disparu, et les jom*s suivants le purpura s’efface à son tour.

113® PbSERYÆTION

Purpura symétrique survenant par poussées successives, coïncidant et alternant avec des accès de viscéralgie. — Troubles de la sensibilité à chaque éruption nouvelle.

BENDü. {Loe. eit.)

S... (Agathe), âgée de vingt-quatre ans, entre le 5 mai 1873 à la salle Saint-Thomas. C’est une femme d’une belle santé, mais d’un tempérament nerveux prononcé. Elle n’a jamais eu d’attaques d’hystérie proprement dites, mais, dspuis l’âge de dix-huit ans, elle est très sujette aux douleurs de névralgies, aux tiraillements d’estomac ; elle a eu une légère atteinte de rhumatisme articulaire.

Depuis deux semaines environ, elle éprouvait du malaise, de la fatigue, de l’inappétence, sans pomdant se sentir sérieusement malade. Trois jours avant son entrée à l’hôpital, elle assista à l’accouchement fort laborieux d’une de ses parentes, ce qui l’impressionna vivement. Le lendemain parurent ses règles, plus tôt que de coutume, et en même temps survint une éruption de plaques semblables à de l’urticaire, au niveau des cuisses, avec sensation de chaleur et prurit intense. Le jour suivant, elle essaya de se lever, mais les deux jambes enflèrent simultanément, en même temps que sur leur face externe apparaissaient symétriquement des saillies papuleuses et des taches purpuriques. L’éruption ne se borna point aux membres inférieurs ; le soir même, elle s’était généralisée aux bras et. à lapai’tie supériem*e de la poitrine, en respectant le dos, la face, le cou et l’abdomen.

Lors de son arrivée, les taches purpuriques étaient moyennement confluentes; elles formaient des groupes donlion pouvait parfaitement apprécier la disposition symétrique aux jambes, aux cuisses et aux bras : les genoux et les pieds étaient indemnes-. Chaque tache se montrait au centre d’une élevure à large base, assez semblable aux éléments de l’urticaire. Il existait, de plus, une tension et un œdème diffus du tissu cellulaire, assez considérable pour empêcher presque complètement les mouvements de flexion de la jambe. Sm* d’autres points, cet

empâtement était circonscrit et formait de grandes plaques fort douloureuses, qui se développaient en quelques instants, avec tous leurs caractères. C’est ainsi que, sous mes yeux et pendant que j’examinais la malade, une fluxion de ce genre se produisit au niveau de l’articulation du pouce sur les deux mains.

Sur ces plaques d’œdème, la sensibilité est très nettement modifiée : il existe une hyperesthésie et une hyperalgésie non douteuse ; l’impression de la température au contraire est moins bien ressentie que sur les parties de peau saines.

A part quelques tiraillements d’estomac, la santé générale est d’ailleurs bonnp, et il n’y a pas trace de chloro-anémie.

6 mai, l’œdème a disparu, et il ne reste plus que les taches de purpura, qui ont déjà une teinte moins animée que la veille. Mais le soir il se fait une nouvelle poussée d’œdème, limitée au côté droit du corps ; la main droite est très gonflée, la jambe est normale ; de même, le mollet droit mesure trente-sept centimètres de tour, le gauche trente-cinq seulement. Il y a toujours de l’hyperesthésie, et, de plus, une sensation de froid continuelle.

7 mai, pendant la nuit, la malade a été prise de vomissements bilieux, avec douleurs épigastriques violentes, irradiations abdominales, état nerveux prononcé. Quant au purpura, loin de s’accentuer davantage, il pâlit et l’œdème des membres a disparu.

Ces troubles viscéraux durent pendant deux jours : la douleur reste localisée à l’épigastre et à l’hypochondre, avec irradiations ombilicales et scapulaires, qui font un instant penser à des coliques hépatiques : mais les urines ne renferment pas de trace de pigment biliaire, les conjonctives et la peau n’ont pas la moindre coloration ictérique. (Injections hypodermiques de morphine, purgatif, eau de Vichy.)

Le 11 mai, les douleurs ont disparu ; il ne reste qu’un peu d’endolorissement : les vomissements ont également cessé, le purpura est réduit à l’état de macules d’un jaune verdâtre.

Mais le lendemain, sans cause connue, de nouvelles coliques surviennent, s’accompagnant encore de vomissements bilieux ; et simultanément une poussée de taches purpuriques se montre aux membres inférieurs et sur l’abdomen.

14 mai, cessation des troubles viscéraux. Quelques taches nouvelles apparaissent sur le bord interne des deux pieds.

Le 15 mai, l’éruption continue et occupe les jambes, les cuisses, les deux seins et les deux bras. La poitrine et le dos restent intacts. Les ecchymoses s’accompagnent, comme les fois précédentes, d’une sensation de picotement et de chaleur, avec œdème passager du tissu cellulaire. La peau est hyperesthésiée au niveau de l’œdème.

Le 17 mai reparaissent, avec de l’érythème papuleux au niveau des coudes, les symptômes viscéraux, coliques, jactitations, vomissement sans ictère.

Le 23 mai il ne reste plus, en fait de symptômes viscéraux, que des éructations assez fréquentes, mais peu douloureuses. A cette date, sans cause connue, sans que la maladie ait marché, il survient une petite poussée de purpura assez confluente, le long du bord interne des pieds, et sur le dos des phalanges des orteils de chaque côté. La'région externe du pied, au contraire, ne présente pour ainsi dire aucune tache hémorrhagique. Simultanément léger œdème, mais sans foui’millements ni picotements.

Le 27 mai, on voit apparaître encore une fois des ecchymoses sur les reins et à la face interne des cuisses. Cette poussée est la dernière. Le malade demande à sortir le 8 juin.

§ II. HÉMATIDROSE.

On a relé gué longtemps l’hématidrose parmi les faits rares et fabuleux que Ton admire sur la foi d’une tradition, mais que l’on doit sévèrement bannir de toute discussion scientifique. Ge scepticisme est encore professé en 1841 par les auteurs du Compendium, qui regardent comme sujets à contestation la plupart des cas qui ont été rapportés. Ge doute sur la réalité de l’hématidrose n’est plus permis aujourd’hui, après l’article de Gendrin*, le mémoire si intéressant

* Gendrin : Traité philosophique de méd. pratique, t. I, p. 290.

et si complet de Parrot‘, les observations de Wilson^ et d’Anderson®, et le travail plus récent présenté par M. Guyon à l’Académie des sciences en 1864.

Il y a des malades qui ont réellement des sueurs de sang, et n’ayant plus à défendre l’authenticité de pareils faits, nous devons rechercher s’il existe dans la science des cas d’hématidrose symétrique.

Voici les quelques faits que nous avons pu réunir :

114« PESERYATION

Une jeune femme de quarante-six ans reçut, à l’âge de vingthuit ans, un coup de pied de bœuf sur l’épigastre. Elle tomba sans connaissance et vomit bientôt après une grande quantité de sang. Cette hématémèse se reproduisit plusieurs fois dans la suite sans dérangement du flux menstruel.

A la suite d’uné médication astringente, les vomissements de sang se supprimèrent en partie. Le sang se lit alors jour par l’exhalation cutanée.

Tous les jours, il survenait une sueur de sang. L’hématidrose se montra alternativement sur le devant de la poitrine, le dos, les cuisses, les Jambes, les pieds, les extrémités des doigts.

Quand le Dr Boivin vit cette malade pour la première fois, elle n’était plus réglée depuis deux ans. La sueur de sang, à laquelle la suppression des menstru es n’avait apporté aucun changement, se faisait alors sur le cuir chevelu et la région mentonnière, d’un angle de la mâchoire à Vautre. (Fait du D” Boivin.)

115® peSERVATION

Sur une jeune fille de vingt-trois ans, hystérique, Magnus Huss, de Stockolm, a observé des sueurs de sang qui avaient lieu « sur les deux côtés de la suture coronaire ». (Fait de Huss.)

‘ Parrot : Etude sur la sueur de sang et les hémorrhagies névropathiques; Gazette hebdomadaire, 1859.

Wilson : On tbe Diseases ofthe Skin. London, 1863.

^ A case ot theso-calhd Epbidrosis cruenta, orBloody-Sweat.

Il6e Pbseryation

Georges-Tobie Durius {Actes des curieux de h nature, année XDII), raconte qu’un étudiant, ayant été mis en prison pour quelque délit nocturne, eut un si grand chagrin, qu’il fut couvert à la poitrine, aux bras et aux mains, d’une sueur de sang qui ne cessa que lorsqu’il eut été mis en liberté.

117® Pbseryation

Un enfant bien portant, âgé de trois semaines, tomba dans un état de maigreur qui inspira des inquiétudes pour sa vie. Un jour, en le changeant de linge, on trouva la manche de sa chemise tachée de sang, sans qu’on pût découvrir d’où ce sang provenait. L’enfant avait plus de force et de vie ; il tetta mieux sa mère et prit une plus grande quantité de nourriture. Le lendemain, le bras droit fut trouvé encore plein de sang. Cette exhalation sanguine par la peau de ce membre continua pendant cinq ou six jours, et chaque jour l’état du malade s'améliorait. Le bras gauche devint ensuite le siège d’une semblable hémorrhagie qui dura aussi pendant quelques jours, après lesquels l’enfant avait repris ses forces et était hors de tout danger. (Alardi Maurilii Eggerdes in miscelt. nat. enr. Dec. Il, ann. X, obs. 65.)

il8® Pbseryation

Latour raconte l’observation d’une servante dont les jambes furent brûlées par de la chaux vive, six jours avant l’époque de ses règles. Après sa guérison, il survint chaque mois une transsudation d’un sang vermeil et abondant à travers les cicatrices de la brûlure sur les deux jambes.

M. Maurice Raynaud, dans son article Hématidrose du dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, signale cette symétrie qu’affectent certains cas de sueurs de sang, et il rappelle, à l’appui de cette asser-

tion, un nouveau fait de Wilson, relatif à une malade qui présentait sur la face quatre cercles hémorrhagiques symétriquement disposés.

Ne pouvons-nous pas enfin signaler ici, comme des faits d’hémorrhagies symétriques, ces dermatorrhagies ou hématidroses périodiques des pieds et des mains que l’on a vues quelquefois s’ajouter à l’extase (stigmatisation des hagiographes) et dont les historiens religieux nous offrent de nombreux exemples : saint François d’Assise au treizième siècle, sainte Catherine de Sienne au quatorzième, Madeleine de Pazzi au seizième , Benoît de Reggio au dix-septième ; et dans notre siècle, Catherine Emmerich, Marie de Mœrl, la patiente de Capranica, et enfin l’extatique de Bois-d’Haine.

Sans doute, comme le pense Michea, dans certains cas de stigmates, dans ceux en particulier qui remontent à une époque reculée, il faut faire une large part, sinon à la fraude pieuse, du moins aux erreurs d’interprétation et peut-être aussi à la trop grande crédulité des temps. « En raisonnant par voie d’induction, dit-il, on est conduit à admettre que, en voulant figurer sur eux-mêmes le supplicé de la croix, certains extatiques pouvaient, sans en avoir conscience, se faire avec leurs ongles des écorchures ou des égratignures qu’ils prenaient de bonne foi pour des stigmats, comme on voit tous les jours, dans les asiles d’aliénéS; des malades se porter des coups, sans le savoir, ou se faire eux-mêmes des blessures qu’ils imputent à des mains étrangères h »

Alfred Maury explique, lui aussi, la stigmatisation

' Michea, art. Extase du Dictionnaire de raéd. et chir. pratique.

de cette manière, et croit que dans l’extase les prétendues empreintes de la passion, empreintes sanglantes et quelquefois ulcéreuses, ont été l’œuvre inconsciente des extatiques euxrmêmes.

Ces hypothèses trouvent sans doute leur application dans certains cas, mais on ne saurait prétendre expliquer avec elles la totalité des faits : nous admettons, sur la foi des travaux modernes (Parrot, Warlomont, Crocq, etc.), comme pouvant se lier au mysticisme, des cas d’hématidrose des pieds et des mains, pour lesquels on peut revendiquer une spontanéité absolue, et l’influence seule des cellules cérébrales de Fidéation sur les centres vaso-moteurs des extrémités.

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