SECTION XI
Trouibles de la sécrétion sndorale.—Troubles de nutrition des ongles et du système pileux, se manifestant symétriquement des deux côtés du corps.
1. — Sécrétion de la sueur. — Les troubles divers qui peuvent affecter la sécrétion sudorale peuvent être rangés sous deux chefs :
Tout d’abord, ce sont des différences en plus ou en moins dans les productions du liquide sécrété. J. Franck et Gintrac décrivent longuement, sous le nom d’éphidrose, l’affection constituée par l’augmentation de la perspiration cutanée et ils en rapportent de nombreuses observations. A côté de ces sujets, dont le
corps est presque constamment recouvert de sueurs abondantes, il en est d’autres qui mouillent à peine leur linge. Dans des cas plus rares, on a vu la sécrétion sudorale complètement supprimée.
D’autre part, le liquide sécrété peut présenter des modifications remarquables dans ses propriétés physiques. Qui ne sait que la sueur peut parfois devenir infecte, malgré les apparences de la meilleure santé‘ ? On a vu le musc, le soufre, basa fœtida, l’urine, communiquer à la sueur T odeur qui leur est propre.
Les variétés de coloration de la sueur (chromidrose) ne sont pas moins intéressantes : on a observé des sueurs vertes, des sueurs bleues, des sueurs rouges, etc. On a trouvé dans la sueur du sucre (éphidrose sucrée). On a même parlé de sueurs sablonneuses, de sueurs calcaires qu’on aurait observées chez les goutteux.
Ces différents troubles de la sécrétion sudorale dépendent le plus souvent d’un état morbide général, se manifestant à la fois sur toute la surface cutanée avec les mêmes caractères et au même degré. Il est des cas pourtant où la cause paraît toute locale et restreint par cela même son influence modificatrice à un département plus ou moins étendu de glandes sudoripares : Vhémidrose est loin d’être rare ; Gintrac, dans son traité de pathologie interne a pu en rassembler une douzaine d’observations. Isaac Brachen^ rapporte l’histoire d’une jeune fille, âgée de dix-
’ « Un valet de chambre vint consulter Wilson à cause de l’odeur que sa. peau répandait et qui était telle que les appartements où il s’était tenu quelques instants étaient infectés, et que le malheureux ne pouvait conserver aucune place. » — Gintrac, loc. cit., t. V, p. 337.
* Dublin Journal no 87. (Arcb.,^^ série, t. XI, p. 490.;
sept ans, qui présentait un écoulement séreux sur le cuir chevelu assez abondant pour remplir un bassin. Le liquide, qui était évidemment de la sueur^ coulait le long d’une trentaine de mèches de cheveux ; il avait un goût salé et ne contenait point d’albumine.
Hamilton^ signale deux cas de névralgies traumatiques, pendant le paroxysme desquelles la peau des régions douloureuses se couvrait de larges gouttes de sueur.
Nous pourrions citer bien des faits analogues si nous ne craignions de sortir de notre sujet ; il est temps de se demander si de pareils troubles de sécrétion peuvent affecter les glandes sudoripares de deux points symétriques. L'observation 98 de ce Mémoire nous permet de répondre par l’affirmative. Le jeune homme qui en fait le sujet présentait, comme nous l’avons déjà vu, des altérations profondes dans la nutrition des mains. Or, toutes les fois que les mains étaient approchées du feu, ou même placées seulement pendant quelques minutes dans ses poches, on voyait immédiatement la moitié interne de la face dorsale des deux mains s’hyperémier et se couvrir de sueurs, la peau de la moitié externe restant pâle et entièrement desséchée. On ne saurait trouver une observation plus concluante.
Voici encore trois faits relatifs à des sueurs abondantes localisées aux deux mains.
' Arch. gén. de Méd., 1838, t. II.
Il8e pBSERVATION
Sueurs localisées aux deux mains.
GINTRAC. {Loe. ci{.,p. 236.)
« J’ai vu un jeune homme extrêmement préoccupé de la sueur de ses mains. Il demandait sans cesse des remèdes pour s’en débarrasser. Plus tard, ce malheureux monomane assassina une personne de sa famille. Il passa en jugement. Je contribuai à le faire acquitter. Deux ans après il se suicida. »
Sueur habituelle des deux mains occasionnée par une suppression des règles (Olaus Borrichius ’)
« Une jeune demoiselle, née au Brésil, mais qui a demeuré longtemps à Copenhague, est sujette à suer continuellement de la paume des mains, même dans le fort de l’hiver. Cette incommodité, qu’elle ne saurait supporter, l’a obligée à consulter plusieurs médecins tant en Flandre qu’en divers autres pays, sans qu’on ait pu encore trouver moyen d’arrêter cette sueur, ou du moins de l’empêcher de reparaître presque aussitôt. Comme cette demoiselle est aussi incommodée de temps en temps d’une suppression, j’ai été appelé pour cette dernière maladie, et j’ai eu occasion, en la traitant pour rétablir le cours de ses règles, d’observer qu’elle sue beaucoup moins aux mains toutes les fois qu’elles paraissent au temps marqué et qu’elles coulent abondamment, mais que dès qu’elles retardent un peu, la sueur recommence. »
120® pBSERVATION
Sueurs locales des deux mains.
R... (Marie), ?gée de vingt ans, entre à l’hôpital Saint-André de Bordeaux (salle 4, n° 34,- service de M. de Fleury).
‘ Actes, Copenhague, 1677. Collect. Acad., partie étrangère, t. VII, p. 371.
Cette jeune fille a éprouvé, depuis trois ans, plusieurs atteintes de rhumatisme et présente actuellement, sur toutes les articulations des doigts, les déformations caractéristiques du rhumatisme noueux : elle nous fait remarquer que ses deux mains sont constamment mouillées par la sueur. Je constate en effet, sur les deux régions palmaires, des séries de gouttelettes d’un liquide parfaitement transparent et qui se reproduisent aussitôt qu’on les a essuyées ; cette nappe d'humidité constante ne s’accompagne d’aucun autre trouble fonctionnel ; elle se limite exactement, des deux côtés, au niveau de l’articulation radio-carpienne.
La malade est sortie le 6 août.
IL — — Les troubles trophiques qui
peuvent affecter les ongles ont été décrits par M. MitchelL : ils consistent dans une incurvation en longueur, dans une arcqûre plus marquée d'un côté à l’autre, avec épaississement de la couche épidermique qui recouvre son extrémité. D’autres fois, les altérations se présentent sous un autre aspect : la peau qu entoure la portion adhérente de l’ongle^, au voisinage de l’articulation de la dernière phalange, est rétractée en arrière et laisse ainsi la matrice unguéale exposée à ciel ouvert. En même temps, à l’union de l’ongle avec la peau, au lieu d’un bord régulier et uni, on aperçoit quelques dentelures irrégulières.
Dans certains cas, les ongles s’épaississent en forme de massue, ou bien, ils se dessèchent et forment des lamelles squameuses et . fragiles. D’autres fois, ils s’amincissent au contraire, cessent de croître et s’atrophient. Le sujet de l’observation 98 nous permet encore d’affirmer que ces altérations peuvent se manifester sur les deux membres d’une façon symétrique.
’ Des lésions des nerfs, trad. de Dastre, p. 180.
Chez lui, en effet, nous les avons vues se localiser des deux côtés sur les ongles du pouce, de l’index et du médius ; Tongle des deux annulaires était à peine aminci : celui des deux petits doigts ne présentait rien d’anormal.
III. — Système pileux. — Les auteurs rapportent des faits nombreux d’altérations trophiques du système pileux localisées à une partie de la tête ou de la face, à un membre ou à une portion de membre. Nous avons le regret de n'avoir pu trouver jusqu’ici, soit dans nos observations personnelles, soit dans les traités didactiques, aucun cas de lésion symétrique portant sur ces organes.