‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 20 sur 48 · SECTION XIII · texte numérisé non relu

SECTION XIII

Des manifestations cutanées symétriques dans la pellagre.

L’apparition de la pellagre remonte à 1730. Elle fut observée pour la première fois dans les campagnes asturiennes par le médecin d’Oviedo, P. Gaspar

Casai, qui la décrivit sous le nom de Md de la rosa. Vingt ans plus tard et au moment où Ttiiéry faisait connaître en France les premières observations de Casai, un médecin distingué des Etats de Venise, Pujati, observa une affection analogue dans les villages du district de Peltre, et la mentionna plus tard dans ses leçons à FUniversitédePadoue, sous le nom de Scorbüto alpine.

Vers la même époque, elle parut dans la Lombardie et y atteignit en peu de temps les proportions d’un véritable fléau. Elle se répandit dans le Piémont, le Tyrol, le ducbé de Parme. Sur ce nouveau théâtre elle eut pour historiens Frapolli, Francesco, Strambio, Jansey de Leyde, etc.

Jusqu’au commencement de ce siècle, la pellagre italienne n’était connue en France que par la description des auteurs que nous venons de citer; elle était regardée comme un mal exotique, confiné au-delà des Alpes et des Pyrénées, lorsqu’en 1829, le D" Hameau, d’Arcachon, vint annoncer à la Société Royale de Bordeaux qu’une '^ maladie de peau peu connue et des plus graves » exerçait ses ravages aux environs de La Teste. Gintrac reconnut bientôt l’identité de cette affection avec la pellagre italienne et en constata la présence dans une autre partie du département de la Gironde.

L’éveil fut donné; des observations’nombreuses, des rapports et des mémoires envoyés de plusieurs points des Landes, des Basses-Pyrénées, des Hautes- Pyrénées, de la Haute-Garonne, du Conseil central de salubrité du département de la Gironde, vinrent fournir des preuves que la France comptait un fléau déplus et que nos départements du Sud-Ouest étaient

depuis longtempsS au même titre que les Asturies et la Lombardie, une terre classique de la pellagre^

En 1842 èt 1843, Th. Roussel observa deux cas de pellagre dans le service de Gibert, dont il était l’interne, et écrivit en 1845 son savant mémoire sur la pellagre, le plus complet que nous ayons sur cette affection :

De rérythème pellagreux — Sa disposition symétrique sur les pieds et les mains.

La pellagre, dit Grisolle, maladie générale

spécialement caractérisée par une éruption cutanée érythémateuse d’abord, puis vésiculeuse et pustuleuse, se compliquant bientôt de troubles divers du côté du système nerveux et des organes digestifs, et se terminant presque toujours par la mort.

L’érythème pellagreux se manifeste d’une façon à peu près constante sur la face dorsale des mains ; il est très fréquent sur la région antérieure de l’articulation tibio-tarsienne ; plus rarement on l’observe au cou, où il forme comme une portion de collier, aux orteils, aux orbites^ Dans tous les cas, il est bilatéral, affectant des deux côtés du plan médian, surtout aux pieds et aux mains, des régions correspondantes, ce qui nous a décidé à le grouper parmi les affections cutanées symétriques.

* M. Verdoux vit à Labassère, 39 cas de pellagre, de 1817 à 1839. (Gintrac, t. V, p. 645.)

^Marchand en signalait 3,000 sur le sol sablonneux des Landes, s L’érytbème pellagreux se localise aux régions exposées à la lumière solaire, d’où son nom de mal del sole.

Voici la description qu’en donne Gintrac* : la teinte de l’érythème pellagreux est rosée. Cette couleur est plus ou moins blafarde, ordinairement uniforme et sans la moindre saillie. Il est très rare en effet que l’on remarque de la tuméfaction dans les parties affectées. Dans quelques cas, la pellagre s’annonce par une desquamation de l’épiderme qui brunit, prend une couleur chocolat et se détache sans inflammation ni rougeur. »

L’érythème de la région dorsale des mains peut commencer sur une surface assez large ou débuter par un point assez ‘ circonscrit, par une tache circulaire. Quelquefois l’érythème pellagreux forme des plaques légèrement saillantes d’un rouge plus ou moins livide. L’éruption est ordinairement accompagnée de chaleur locale, souvent de cuissons. Cette sensation ne ressemble pas au prurit. C’est plutôt un sentiment de brûlure qui devient extrêmement intense, quand la partie est exposée aux rayons du soleil. Une chaleur assez vive est ressentie à la paume des mains et à la plante des pieds, surtout pendant la nuit, bien que l’érythème ne s’étende pas jusque sur ces régions.

Après quelques mois de durée, l’érythème change d’aspect : il pâlit. L’épiderme de plus en plus sec se fendille, se gerce ; des écailles se forment à sa surface. La desquamation s’opère par de larges lamelles. La peau présente alors un aspect constant et une certaine densité. On dirait du parchemin couvert d’une couche mince de vernis. Bientôt des squames se reproduisent, elles sont grisâtres, plus marquées sur les poignets et sur les doigts, et donnent à ces parties une

‘ Loc. cit., t. V, p. c75.

couleur terreuse et rembrunie. L'épiderme y est raboteux, coupé de ligues qui se croisent en tous sens ; il présente quelque analogie avec l’icthyose. Enfin, on voit des gerçures profondes se creuser entre les doigts, les ongles se déformer, se fendre, devenir épais et rugueux.

Quelques observateurs assurent que la peau des pellagreux exhale une odeur désagréable spéciale. Des individus déjà malades depuis quelques mois, ayant langui dans la malpropreté, atteints quelquefois de diarrhée, peuvent répandre autour d'eux une , odeur fétide, mais qui n’a rien de particulier.

Autres éruptions dans la pellagre.

Gomme l’érythème acrodynique, l’érythème pellagreux se complique parfois d’éruptions cutanées d’une autre nature. « Assez souvent, dit M. Roussef, les plaques rouges se recouvrent de vésicules ou de bulles irrégulières contenant une sérosité jaunâtre ou roussâtre. »

Hameau et Marchand ont signalé « de très petites papules, disséminées sur la surface érythémateuse, confluentes surtout vers les bords l » Gintrac® rapporte plusieurs cas de pemphigus observés chez des pellagreux.

» Roussel, p. 63.

* Loc. cit., p. 36.

* Gintrac, loc. cit., (. V.

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