‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 23 sur 48 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Preuves cliniques.

Dans ce chapitre nous suivrons une à une les affections diverses que nous avons signalées dans la première partie de notre travail ; nous les verrons se développer à la suite d’un traumatisme ou d’une affection spontanée d’une portion quelconque du système nerveux et se lier ainsi à la lésion nerveuse comme l’effet à la cause.

g 1. ~ Erythème.

Il n’est pas rare d’observer, à la suite de la lésion traumatique d'un nerf, cet érythème particulier que les Américains ont dé&igné sous le nom d’aspec/ luisant de la /)eaah Mitchell, More-House etKeen l’ont noté dix-neuf fois sur cinquante cas de lésions partielles des nerfs, et la preuve évidente de la relation réelle qui existe entre l’érythème et l’affection du nerf, c’est qu’il n’existe que dans les portions de la peau où se distribuent les ramifications du filet lésé.

Mitchell rapporte l’histoire d’un soldat qui reçut à la bataille de Gettysbury, le 2 juillet 1862, une balle dans le côté droit du cou. Il y eut immédiatement une

“ Weir Mitchell.—Lés/oas des aerfs, 1874, p. 174.

paralysie motrice dans le membre supérieur correspondant ; une heure après, les doigts reprirent leur mobilité, la sensibilité resta conservée, si ce n’est dans la sphère de distribution du nerf cubital. Dans le courant de la deuxième semaine, une sensation de cuisson se manifesta dans la main ; la face palmaire devint d’une couleur rou^e ou pourprée.

L’observation 45 de l’ouvrage de Mitchell est relative au D” W... qui, à la suite d’une blessure du nerf radial par une balle, ressentit à la face postérieure du bras et de la main une sensation de cuisson accompagnée d’un aspect rouge et luisant de la peau.

Cet érythème, qu’on pourrait appeler traumatique, est tantôt disposé en nappe uniforme, tantôt, au contraire, constitué par de petits îlots luisants et rouges. Dans certains cas, on l’a vu s’accompagner d’un gonflement plus ou moins considérable et simuler assez bien un phlegmon sous-aponévrotique. Voici une observation d’Hamilton^ donnant une idée assez nette de cette variété clinique :

Il s’agit d’une, fille de vingt ans, blessée par la pointe d'un couteau, qui avait pénétré vers la partie moyenne de la face antérieure et de la partie interne du pouce. La plaie [se cicatrise rapidement ; mais bientôt survient une série de symptômes fâcheux La paume et le dos de la main deviennent le siège d’une tuméfaction considérable, pâle d’abord, puis rouge, œdémateuse et extrêmement douloureuse. Deux mois après, les caractères présentés par la région située autour de la blessure auraient été, à s’y méprendre, ceux d’un phlegmon, si le chirurgien

* Hamilton. — Archives génêr. de Médecine, 1838, t. IL

n’avait pas vu le gonflement et la rougeur disparaître entièrement dans une nuit, puis, quelques jours après, se reproduire en une heure avec la même intensité.

« Je les avais vus, dit Hamilton, prendre pendant quelques jours un caractère périodique avec augmentation de tuméfaction et de rougeur, le soir, tandis que le matin, je trouvais les parties plus pâles et plus affaissées.Bientôt douleur et gonflement disparaissent ; il ne reste plus qu’un peu de sensibilité et un léger empâtement de teinte pâle sur le dos de la main. La peau du bras et de la main, toujours humide, se couvrait de larges gouttes de sueur pendant les paroxysmes douloureux qui survenaient pendant la nuit »

La première observation du mémoire de Leudet, mvles troubles des nerfs vaso-moteurs consécutits à rasphyxie par la vapeur de charbon, semblerait démontrer que les lésions spontanées des nerfs, la névrite par exemple, peuvent, au même titre que les lésions traumatiques, déterminer sur la surface cutanée l’apparition de poussées érythémateuses. Il s’agit d’un chauffeur anglais âgé de trente ans, qui, s’étant exposé dans un espace clos aux vapeurs dégagées par le charbon en combustion, présenta à la partie interne de l’avant-bras droit une nappe d’érythème avec engorgement du tissu cellulaire sous-cutané.

Quant à l’érythème noueux et papuleux qui se manifestent comme expression cutanée du rhumatisme* autour des articulations déjà malades, il est très probable qu’il se rattache, lui aussi, à un trouble local de l’innervation vaso-motrice dont le point de départ

‘ Goulaud. — Th. de Paris, 18'5. — De l’érythème papuleux dans ses rapports avec le rhumatisme.

serait la moelle épinière. Il est impossible aujourd’hui de ne pas reconnaître l’influence de cette partie des centres nerveux sur la nutrition des articulations. Parmi les nombreuses observations qui établissent la vérité de cette assertion ,1a plus concluante peut-être est celle de Geoffroy et Salmon^ :

Un homme de quarante ans reçut à la région dorsale un coup de poignard qui intéressa probablement une moitié latérale de la moelle épinière. Ce traumatisme détermina une paralysie du mouvement et une augmentation de température dans le membre inférieur gauche, une hypéresthésie manifeste dans le membre inférieur droit, qui conserva sa température normale ; huit jours après l’accident, on remarquait déjà que les mouvements imprimés au genou gauche étaient un peu douloureux ; dix-huit jours plus tard, cette articulation était tuméfiée, rouge et douloureuse.

Que de fois, dans la sclérose des cordons postérieurs, ne voit-on pas survenir, du côté des articulations, coïncidant dans la plupart des cas, avec le début de l’incoordination motrice, des symptômes douloureux, des congestions et de véritables épanchements. Et ici nous nous permettrons de signaler, à l’appui de notre thèse, cette malade de la Salpêtrière, en proie aux douleurs fulgurantes de l’ataxie locomotrice; sur laquelle d’énormes plaques d’urticaire se produisaient, à chaque accès, au niveau des points ou siégeaient les douleurs les plus vives*.

Gazette Médicale, Paris, 1872, n® 6.

Charcot. LeqoüS cliniques, 1872-1873, p. 68.

§ 2. — AFFECTIONS VÉSICULEUSES ET BULLEUSES.

ZONA.

Ici notre tâche est facile ; les faits cliniques qui démontrent la liaison intime existant entre le système nerveux et les phénomènes de nutrition de la peau sont nombreux. Nous n’avons, pour ainsi dire, qu’à faire un choix dans les riches collections que nous ont laissées Gouyba, Mongeot, Mitchell. Et d’abord éta-’ blissons une division importante :

lo Affections vésiculeuses se manifestant à la suite de lésions des nerfs périphériques ;

2° Affections vésiculeuses et bulleuses consécutives à une lésion des centres nerveux.

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