‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 27 sur 48 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Preuves empruntées à la physiologie expérimentale.

On ne saurait nier les services immenses que la physiologie expérimentale rend à la pathologie. Chaque jour, elle éclaire un complexus symptomatique en apparence bizarre ; chaque jour elle fait éclore une théorie pathogénique nouvelle, ou, par son contrôle puissant, donne de l’autorité à des hypothèses nées d’une vue de l’esprit et ne reposant encore que sur

quelques données cliniques. Cl. Bernard, en piquant le quatrième ventricule, détermine un diabète artificiel et conclut à l’origine nerveuse du diabète pathologique. On voit parfois des cas de fracture s’accompagner d’une toux sèche, d’une dyspnée intermittente ; si la mort survient, on trouve des corpuscules emboliques dans les ramifications ultimes de l’artère pulmonaire : eh bien, Feltz, dans son laboratoire, fracture des os à des lapins, verse entre les surfaces de la fracture des gouttelettes d’huile, et, reproduisant alors chez l’animal, avec la plus grande netteté, les détails du tableau clinique, et les lésions trouvées à fautopsie, édifie sa théorie des embolies capillaires graisseuses dans les fracturesh

De même, dans le sujet qui nous occupe, le physiologiste, en se mettant dans les conditions où se trouve la nature, devrait, ce semble, pouvoir produire chez les animaux les affections cutanées que la clinique et les autopsies nous autorisent déjà à rattacher à une lésion du système nerveux.

Nous avons le regret d’avouer que les résultats de F expérimentation sont bien au-dessous de ce qu’on devait attendre. Depuis Ch. Bell et Magendie, jusqu’aux expériences récentes des Snellen, Waller, Schiff, Cl. Bernard, Vulpian, Erb et Zienssen, on a institué sur le système nerveux les expériences les plus variées. Les centres nerveux et les nerfs périphériques ont été torturés de toutes les façons : on a bien réussi, dans certains cas, à déterminer dans le territoire du nerf lésé des troubles trophiques souvent très manifestes : jamais, que je sache, on n’a obtenu d’éruptions cutanées.

’ Feltz. — Des Embolies capillaires. — 2e édition, p. 63.

Le 28 avril, dans l’après-midi, Brow-Sequart sectionne transversalement la moelle à un cobaye au niveau de la 2 ou 3" vertèbre lombaire.Deux jours et demi après la lésion , il constatait l'existence d’ulcérations superficielles et d’hémorrhagies souscutanées, siégeant à la partie postérieure des membres paralysés, sur des points où il ne pouvait exister de pression et de frottement, en un mot, aucune cause extérieure d’altération. L’animal était isolé et n’avait pu être mordu par ses congénères, et la paralysie l’empêchait de se mordre lui-même. Le 7 mai, quand il fut présenté à la Société, il portait des ulcérations saignantes aux pattes et un énorme ulcère gangréneux à la région coccygienne.

L’animal fut sacrifié et l’autopsie faite avec le plus grand soin; on constatait encore les traces de la section au niveau des premières vertèbres lombaires, où les méninges et la moelle étaient confondues, adhérentes entre elles et très difficiles à détacher des corps vertébraux. Des coupes transversales pratiquées à ce niveau firent reconnaître une méningo-névrite très accentuée et accompagnée d’une inflammation des racines antérieures et postérieures.

Dans les membres paralysés, les muscles présentaient les caractères anatomiques de l’atrophie aiguë. Le nerf sciatique était manifestement altéré : les tubes nerveux se présentaient à l’œil sous la forme de tractus moniliformes : ils renfermaient de nombreux noyaux qui se laissaient aisément colorer par le carmin. Ces noyaux paraissaient dépendre de la gaîne de Schwann; ailleurs, ils semblaient occuper le centre même de l’élément tubulaire. La myéline se

trouvait à l’état granuleux. Dans certains tubes, enfin, le-cylinder-axis avait totalement disparu.

Nous avons entrepris nous-même, dans le laboratoire de M. le professeur Oré , en 1874 et 1875, de nombreuses expériences sur le nerf sciatique, les nerfs intercostaux, la moelle épinière, chez des chiens, des cobayes, des grenouilles.

Nous avons fréquemment obtenu des eschares, des ulcérations, de l’œdème, des ecchymoses ; nous n’avons jamais vu apparaître la moindre éruption cutanée.

Que conclure de ces résultats toujours négatifs? Devons-nous rejeter, comme une induction erronée, cette dépendance pourtant si éclatante des lésions des nerfs et des éruptions de la peau? Non, on ne peut ainsi faire table rase d’une foule de faits cliniques, bien observés, et dont le nombre s’accroît encore tous les jours. Nous préférons nous ranger à l’opinion de ceux qui estiment que le traumatisme expérimental n’est pas toujours le traumatisme accidentel, et que, plus particulièrement dans le cas qui nous occupe, il y a dans ce dernier des nuances que le physiologiste n’a pu réaliser, qu’il n’a peut-être même pas encore réussi à saisir.

Nous devons reconnaître aussi que la peau des animaux, constamment recouverte d’un ^poil épais, devient par cela même peu sensible aux irritations et peu susceptible de se couvrir d’éruptions. A-t-on jamais signalé le zona chez le chien ou chez la grenouille ?

On serait probablement plus heureux si on pouvait transporter l’expérimentation sur fhomme. Nous en avons pour garant ce fait d’érythème que déterminait Vulpian par l’électrisation de la moelle ; les deux cas

d’éruptions vésiciileuses du menton, signalées par le professeur Gérhardt' et qui survinrent à la suite de l’application du courant constant sur le nerf mentonnier, au point où il sort du canal dentaire; et enfin ce' fait d’éruption papuleuse, dont Benedict de Vienne rapporte l’iiistoire^, que l’on vit apparaître à la suite de la galvanisation de la région cervicale du grand sympathique. Cette éruption disparut quand on eut cessé le traitement, mais à peine eut-on repris l’usage des courants galvaniques que l’éruption reparut.

Si le physiologiste n’a pu réussir jusqu’ici à faire naître des éruptions cutanées, des faits, aujourd’hui nombreux, empruntés aux annales de la physiologie expérimentale, démontrent la part active du système nerveux dans les phénomènes de la nutrition locale.

On connaît les troubles trophiques qui surviennent dans l’appareil oculaire à la suite de la section intracrânienne du nerf trijumeau (expériences de Magendie, Longet, Schiff,. Snellen, Ci. Bernard, Sinitzin, Eckhard) ; les altérations du tissu des reins à la suite de la section des nerfs rénaux (Krimer, Brachet, Arm. Moreau, von Wittich) ; les lésions des poumons consécutives à la section des pneumogastriques (Mendelssohn, Schiff, Traube, Vulpian).

On connaît encore les désordres profonds qui surviennent dans les membres inférieurs à la suite de la section du nerf sciatique (œdème, ulcérations, eschares, accroissement des os).

1 Gerhart.— In Ceatralblatt fiir die med., Wissench, 1866, n» 4. .

* Benedict, cité par Proust., Arcb. 1889, II, p. S34, et par Frémy, loe. cit., p. 93.

Un autre exemple de l’influence des cordons nerveux sur la nutrition nous est fourni par les recherches de M. Obolensky sur la section du nerf spermatique. Cet expérimentateur a noté sur des lapins et sur un chien, auxquels il avait sectionné le nerf spermatique, une atrophie progressive du testicule correspondant; il aurait même observé, chez un homme, porteur d’un testicule atrophié, une dégénérescence graisseuse du nerf spermatique du même côté.

Toutes^ ces expériences sont rapportées dans les leçons de M. Vulpian sur les vaso-moteurs, où on les trouvera avec tous les détails qui s’y rapportent. Nous nous contentons de les signaler ici.

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