‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 32 sur 48 · II. — PELLAGRE · texte numérisé non relu

II. — PELLAGRE

Rayer et Gintrac rangent à côté l’une de l’autre, dans le cadre nosologique, la pellagre et l’acrodynie. E. Vidal trouve ce rapprochement parfaitement justifié et n’hésite pas à rattacher à l’influence nerveuse les manifestations cutanées de la pellagre au même titre que celles de ^acrodynie^

Quand on a vu des pellagreux, quand on a suivi pendant quelque temps, chez les malheureux qui en sont atteints, cette affection essentiellement débilitante et toujours progressive, on ne saurait avoir le moindre doute sur l’existence de lésions profondes du système nerveux. La sensibilité, la motilité, les facultés intellectuelles sont atteintes dans tous leurs modes, et il faudrait, pour exposer les troubles nerveux qqi accompagnent la pellagre, suivre, une à une,, dans les traités classiques de pathologie, toutes les maladies de l’encéphale, de la moelle et des nerfs.

1 Barudel. Gaz. Méd. 1862, p. 32.-

- E. Vida), art. Acrodynie in Dict. cacycL, t, 1.

Au reste, les nécropsies ont mis sous les yeux de l’anatomiste les lésions, entrevues par le clinicien ; ces altérations des centres nerveux, dans la pellagre, ont été décrites par Brière de Boismont : « La consistance du cerveau, dit ce médecin, est quelquefois augmentée ; la substance grise est plus colorée, plus pleine de sang; la substance blanche est sablée, pointillée. On retrouve dans la moelle des lésions analogues ; la substance grise est presque toujours dure au toucher; la blanche au contraire est molle, réduite dans une étendue plus ou moins considérable en une bouillie jaunâtre d’un gris sale, infiltrée de pus.»

Nous ne saurions discuter longuement l’opinion qui attribue à l’insolation, non-seulement l’érythème pellagreux, mais la pellagre elle-même. Cette théorie a été réduite à sa juste valeur par Gintrac et les auteurs du Compendium. Galderini, en Italie, a pu réunir soixante-douze cas bien constatés, où l’action des rayons solaires fut complètement nulle. Chez un des malades de M. Villemin, l’érythème se développa à la face, bien qu’elle fût habituellement couverte. Gintrac a vu la pellagre récidiver en hiver ou atteindre des individus que leurs occupations retenaient en dehors de l’action des rayons solaires. Rappelons enfin le malade de Courty, qui vit l’érythème pellagreux survenir aux pieds, bien que ceux-ci fussent constamment revêtus de bas.

Est-ce à dire que nous devions rejeter entièrement l’influence de la lumière solaire sur l’apparition de l’érythème pellagreux? Non, mais on nous concédera bien qu’elle n’est pas seule, qu’elle n’est même pas essentielle, et qu’elle a besoin de rencontrer, sur les extrémités où elle agit surtout, des conditions, de ter-

rain qui favorisent son action dystrophique. Ces conditions ne résident-elles pas dans l’état déplorable où sont descendues les fonctions organiques chez les pellagreux? Ne les voyons-nous pas dans ces mains amaigries, pâles et blêmes où les échanges nutritifs sont tombés au minimum, privés qu’ils sont désormais d’un sang riche en matériaux assiinilables, et avant tout de l’action régulatrice et éminemment nécessaire d’un système nerveux devenu malade?

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