‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 35 sur 48 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Du mode d’action du système nerveux dans la production des lésions trophiques en général, et en particulier dans la production des éruptions cutanées.

« C’est une question vieille comme la médecine que celle de savoir s’il existe dans les êtres vivants un principe directeur, et coordinateur, tenant dans sa dépendance la vie de toutes les parties du corps ; ou si, au contraire; celles-ci vivent chacune pour leur propre compte, en vertu d’une autonomie dont les manifestations synergiques constituent Tapparente unité de la vie. » (Bert.)

C’est, en effet, un des problèmes les plus obscurs de la physiologie que le phénomène de la nutrition interstitielle, avec ses lois et ses [déviations si nombreuses et si variables : et nous devons l’aborder avec la certitude à peu près absolue de ne pouvoir le résoudre d’une façon complète. Un fait nous est acquis, fait aujourd’hui vulgaire et inattaquable : c’est

l’influence du système nerveux sur la nutrition des tissus. Mais cette notion, tout empirique, n’est qu’un premier pas vers la connaissance scientifique des phénomènes que Inobservation permet de constater.

Nous savons bien que la contusion d’un nerf, déterminant parfois autour d’un point lésé un foyer d’irritation permanente, pourra amener dans la sphère de distribution de ce nerf des troubles trophiques variés : ici la lésion primitive et l’affection cutanée qui la suit nous sont parfaitement connues. Mais comment expliquer cette dépendance ; et pourquoi ses effets sont-ils si variés. Pourquoi, dans des traumatismes nerveux à peu près identiques, observonsnous tantôt des phénomènes d’hypertrophie, tantôt des phénomènes atrophiques? Pourquoi l’irritation d’un nerf déterminera-t-elle sur un sujet un soulèvement de l’épiderme en vésicules d’herpès, lorsque, chez un autre, elle amène une constriction permanente des artérioles, créant ainsi des territoires ischémiques où la nutrition interstitielle languit, où les éléments anatomiques se nécrobiosent.

A toutes ces questions, on ne peut répondre que par des hypothèses.

Est-ce à dire que cette question n’a pas été l’objet d’études sérieuses et qu’elle a été comme délaissée par les physiologistes ? Non ; mais les travaux qu’elle a inspirés n’ont pu parvenir encore à l’élucider complètement. Les savantes recherches de Waller, Brown- Sequard, Mitchell, Schiff, Charcot, Cl. Bernard, Vulpian. Robin, n’ont fait qu’enrichir la science de théories ingénieuses, et, on peut le dire, le phénomène de la nutrition intime des éléments attend encore une formule nette et précise.

Hypothèse des nerfs trophiques, Waller et Samuel

On a cru un instant pouvoir combler tous les desiderata de la science sur ce point, en admettant des nerfs spécialement chargés de la nutritton, remplissant envers elle, comme récrivait Auguste Comte, un office de perfectionnement analogue à celui des nerfs moteurs pour les fonctions musculaires : mais la théorie des nerfs trophiques n’a pu résister à une critique vraiment scientifique. Manquant de preuves anatomiques, comme nous le verrons tout à l’heure^ basée sur une expérimentation défectueuse, elle n’offre d’autres garanties qu’une séduisante simplicité.

Jetons d’abord un coup d’œil rapide sur les expériences de Waller, qui ont précédé de quelques années la théorie des nerfs trophiques et qui en sont comme le point de départ.

Lorsqu’à l’exemple du physiologiste anglais on sectionne ou on résèque un nerf mixte, on constate bientôt dans le bout périphérique une diminution de la transparence des fibres nerveuses ; leur contenu devient nuageux, les bords des fibres sont moins nettement dessinés. A ers le huitième jour, leur contenu offre un aspect manifestement trouble ; le double bord qui limite les fibres de chaque côté est irrégulier, interrompu par places; il semble que la substance médullaire devient comme étranglée de distance en distance et qu’elle est sur le point de se segmenter ; c'est ce qui arrive vers le dixième jour ; cette substance apparaît alors comme disloquée et divisée en segments de longueur variable.’ Cette segmentation s’accentue de jour en jour : après un mois ou six semaines, la matière médullaire est réduite en globu-

les de faibles dimensions, et après deux ou trois mois l’on ne voit plus dans la fibre nerveuse que des granulations si fines qu’elles ressemblent à une poussière qui remplirait la gaine conjonctive. Finalement, la gaine de Schwann revient sur elle-même et se plisse de telle façon, que lorsqu’on place sous le champ du microscope un certain nombre de fibres nerveuses, on croit avoir sous les yeux un faisceau de tissu conjonctif filamenteuxh

Une perturbation si profonde de la nutrition ne se manifestant que dans le bout périphérique du nerf sectionné, tandis que le bout médullaire restait intact, on était amené à penser que les fibres nerveuses puisaient le principe de leur nutrition dans la moelle elle-même^ qui devenait ainsi leur centre trophique.

De nouvelles expéri^ences permirent à Waller de préciser encore la situation réelle de ces centres trophiques. Ayant coupé la racine antérieure d’un nerf rachidien entre son point d’origine et celui où elle se' réunit à la racine postérieure, il remarqua que le bout périphérique était seul frappé de dégénérescence, le bout central conservant indéfiniment sa structure normale.

Sectionnant alors la racine postérieure entre son point d’émergence du sillon collatéral postérieur et le ganglion qu’elle traverse, il nota que, contrairement à ce qu’il avait observé dans l’expérience précédente, le segment nerveux périphérique restait normal et que le segment médullaire s’atrophiait rapidement.

De la connaissance de ces faits il était facile de conclure que les deux espèces de racines dépendaient

1 Voir Vulpian. — Pbys. du'sysi. nerveux, 1886, p. 362.

de deux centres trophiques différents : Waller plaça le centre trophique des racines antérieures dans la substance grise. C’est dans le ganglion intervertébral lui-même que les centres nerveux des' racines postérieures devaient avoir le leur. Et ce qui donne encore du poids à cette dernière conclusion, c’est que lorsqu’on fait porter la section sur une des racines postérieures entre le ganglion intervertébral et le point où a lieu la coalescence des deux ra.cines, le bout périphérique s’atrophie ; le bout central, qui a conservé ses rapports avec son centre trophique, conserve son état normal.

Les faits rapportés par Waller ne sauraient être contestés, tous les physiologistes qui ont reproduit ses expériences ayant obtenu des résultats identiques; mais on est allé trop loin, selon nous, dans leur interprétation. Des tubes nerveux moteurs séparés de la moelle, des tubes nerveux sensitifs séparés de leur ganglion intervertétral sont frappés d’atrophie : évidemment le ganglion intervertébral, les portions antérieures de l’axe médullaire ont une influence sur la nutrition des cordons nerveux périphériques ; mais est-on autorisé à dire qu’ils en sont les centres trophiques, c’est-à-dire, pour me servir de l’expression de Lande, les lieux d’origine unique d’une action directrice absolue de leur nutrition? Non ; il faudrait pour cela démontrer que tout cordon nerveux, une fois isolé par une section de son centre trophique, est fatalement condamné à une dégénérescence toujours progressive ou du moins stationnaire. Une pareille assertion ne saurait être soutenue, elle serait manifestement fausse.

Il est, en effet, prouvé depuis les expériences de

Philipeaux et Vulpian, que des nerfs, isolés définitivement des centres nerveux, peuvent, après avoir subi la dégénérescence atrophique, se régénérer plus ou moins complètement, et retrouver avec leur structure leurs propriétés fonctionnelles.

« On peut faire l’expérience sur les nerfs purement moteurs, comme l’hypoglosse ou le facial, sur des nerfs purement sensitifs, comme le lingual, ou même sur un nerf mixte, comme le nerf sciatique. Soit par l’avulsion du bout central, soit par l’excision d’un segment très étendu, on abolit d’une façon définitive toute communication entre le bout périphérique et les|centres nerveux; et cependant, après un certain temps, on observe une régénération du bout périphérique, régénération qui ramène souvent à l’état normal la plupart des tubes nerveux de ce bout et quelquefois tous ces tubes.

» Cette restauration se produit en offrant les mêmes phases que pour un nerf simplement sectionné, et dont la communication avec le centre se rétablit, seulement avec plus de lenteur. Il faut, suivant l’âge de l’animal, attendre trois, quatre, cinq, six, ou même dix à douze mois, pour voir des fibres nerveuses restaurées ; mais la restauration a toujours lieu tantôt partiellement, tantôt, au contraire, si complètement, surtout chez les jeunes animaux, que le bout nerveux ainsi régénéré reprend sa coloration blanche normale.

> Nous avons conclu de ce fait que l’influence nutritive des centres nerveux n’a pas, relativement au maintien de la structure des fibres nerveuses, le caractère d’absolue nécessité qu’on lui avait déjà attribuée. Les fîbres nerveuses possèdent le pouvoir de se régénérer par elles-mêmes, d’une façon indépendante.

Nous avons donné à cette régénération le nom de régénération autogénique. »

Philipeaux et Vulpian ont voulu pousser plus loin encore cette démonstration. Ils ont enlevé chez des chiens des tronçons de deux ou trois centimètres du nerf lingual ou du nerf hypoglosse, et les ont transplantés sous la peau de l’un de ces animaux : eh bien, les tronçons s’y sont greffés, et après avoir parcouru les phases de l’atrophie, ils se sont régénérés en partie. Ce seul fait ruine la théorie des centres trophiques, au moins en ce qui concerne les nerfs.

Je ne discuterai pas les données nouvelles fournies par Schiff à la question de la localisation des centres nutritifsh Ces données ne diffèrent de la théorie de Waller que par des subtilités sans importance, et les arguments physiologiques que nous avons invoqués contre cette dernière leur sont de tout point applicables.

Les idées de Waller firent rapidement leur chemin. Avouons qu’elles étaient bien faites pour séduire l’esprit des physiologistes, et qu’elles se prêtaient admirablement à la généralisation. Si les nerfs ont leurs centres trophiques, pourquoi chaque organe n’aurait-il pas le sien ? Pourquoi chaque territoire du tégument externe n’aurait-il pas, dans une partie quelconque du myélencéphale, un groupe d’éléments anatomiques spécialement chargé de régulariser, par

' Nous venons de voir Waller placer le centre de nutrition des nerfs moteurs dans l’intérieur même de la moelle ; Schiff le fixe tout près de la moelle, mais il le croit dans la racine motrice plutôt que dans l’axe spinal. Le centre de nutrition des nerfs sensibles est, d’après le premier observateur, dans les ganglions spinaux, tandis que d’après Schif|, il n’est pas tout à fait dans le ganglion, mais un peu à côté. — Jaccoud. — Paraplégies et ataxie du mouvement, 1864. p. 172.

une influence directe, ses phénomènes d’assimilation et de désassimilation ?

Cette généralisation fut l’œuvre de SamueP : « Si l’influence des nerfs sur la nutrition que nous avons constatée par nos expériences, dit-il^ne peut être attribuée aux nerfs des vaisseaux et certainement à aucun genre de nerfs connus jusqu’aujourd’hui, i^ ne nous reste plus aucune possibilité de faire autrement que de reconnaître dans les faisceaux nerveux en question l’existence de fibres nerveuses trophiques. »

Notons en passant que les nerfs trophiques n’ont dû leur existence qu’à l’impuissance où se trouvaient les physiologistes d’expliquer les phénomènes avec les données jusque-là acquises ; ils ont été inventés pour combler une lacune : c’est à ce seul titre qu’ils ont pris domicile dans la science.

Samuel n’hésite pourtant pas à leur assigner une origine, à leur décrire un trajet, à leur prêter des fonctions, donnant ainsi à une théorie essentiellement hypothétique l’apparence de faits démontrés, et oubliant trop peut-être, comme le lui reproche Legros, que s’il est permis de faire des hypothèses, on n’a jamais le droit de déguiser des fictions..

Ainsi, il fait naître les nerfs trophiques des ganglions spinaux et de certains ganglions qui leur correspondent, le ganglion de Gasser, par exemple. Après leur émergence de ces ganglions, ils s’accolent aux nerfs sensitifs, qu’ils accompagnent dans leur distribution. Le fonctionnement d’un nerf trophique

’ Samuel die tropbîschen nerven. Leipzig, -1860. — Mougeot, thèse Paris, p. 139. — Proust, loe. cît., p. 318. — Legros, ras. mot., p. 40. — Charcot, lésion du syst. aerr,,p. 133,— Mitchell, lésion des nerfs, p. 31. — Dieulafoy, thés, d’agr.,1876, p. 105.

se réduit à ces deux phénomènes existant à l’exclusion l’un de l’autre: EsHl excité? le mouvement nutritif, dont il est à la fois et le principe et le régulateur, est considérablement augmenté (hypertrophie) ; est-il paralysé au contraire, la nutrition continue, mais elle est notablement affaiblie (atrophie).

Les nerfs trophiques ont une excitabilité qui est lente à se réveiller; mais leur action est très durable lorsqu’une fois ils ont été irrités. Cette particularité explique pourquoi, dans le grand nombre des lésions nerveuses que l’observation clinique nous présente, les troubles de la nutrition se produisent si rarement. Les excitations qui suffisent largement pour faire naître de grandes douleurs, des convulsions sont incapables d’irriter d’une manière appréciable les nerfs trophiques; mais une fois produite, elle persiste.

« Chaque nerf trophique, dit Samuel à la fin de son livre, entretient dans son domaine la vivacité du processus nutritif, vivacité qui cesse avec la disparition de son influence sans que la nutrition elle-même soit altérée pour cela. L’augmentation de cette influence accélère les processus nutritifs depuis l’origine des cellules jusqu’à leur mort.

» Les nerfs trophiques sont donc, pour les organismes élevés/ un système leur permettant d’atteindre leur perfection typique Is entretiennent l’harmonie par leurs nombreuses communications entre eux, ils ont la faculté de la rétablir quand elle est troublée. Et ces phénomènes importants s'accomplissent par les moyens les plus simples, d’apr ès modus faciendi de toutes les actions nerveuses. Dans l’organisation complète de l’animal, avec les appareils multipliés formant une unité, malgré l’application rigoureuse

de la loi de la division du travail, le plus important des processus, le processus nutritif, ne pouvait prétendre à une indépendance complète \ »

Telle est en quelques mots la théorie déjà célèbre et fort contestée de Samuel sur les nerfs trophiques. Nous lui reprocherons de ne reposer sur aucune base solide et, en effet, personne n’a jamais vu les fibres nerveuses, chargées de présider aux phénomènes de la nutrition interstitielle. Samuel lui-même, qui pourtant les a décrites avec un soin si méticuleux, les a vainement cherchées, le scalpel à la main. Ce fait est d’une importance capitale, il suffit à lui seul pour faire rejeter, sans appel, cette fiction scientifique des nerfs nutritifs.

Et cependant il est encore bien des raisons qui militent en faveur d’une pareille proscription :

Les végétaux n’ont pas de système nerveux et pourtant ils vivent et se développent ; les utricules qui les composent en grande partie exécutent par eux mêmes des actions de chimie nutritive plus considérables et plus difficiles que celles qui se passent dans les tissus de l’homme ; ils font ce que ne sauraient faire les cellules animales, ils transforment la matière minérale en matière organique, et créent les principes immédiats. C’est en effet avec les sels puisés dans le sol par les racines, avec l’acide carbonique emprunté à l’air par les feuilles, que les végétaux produisent de l’albumine, de la fibrine, de l’amidon, des graisses, etc.

Au dernier rang de l’échelle zoologique nous trouvons des millions d’animaux chez lesquels on ne trouve aucune trace de système nerveux, et qui ce-

* Samuel. Die tropbiseben nerven 1860.

pendant se nourrissent, se développent, se reproduisent; tels sont les spongiaires, les polypes, les protozoaires, etc., etc. On peut même assister, chez quelques-uns d’entre eux, à ce phénomène de nutrition intime et saisir ainsi sur le fait la preuve bien manifeste qu’il se produit en dehors de toute participation du système nerveux. Examinons un amibe par exemple, cette cellule vivante où l’on chercherait vainement autre chose qu’une masse sarcodique et un noyau central. Lorsqu’un point de leur corps atteint une particule nutritive, cette particule semble d’abord s’y souder, puis elle détermine une dépression et bientôt un enfoncement. Derrière elle, les deux bords ne tardent pas à se réunir, et elle se trouve englobée. Les divers mouvements de l’animal la font cheminer, et alors de deux choses l’une, ou elle disparaît, complètement absorbée, ou elle n’est absorbée qu’en partie. L’autre partie, non nutritive, est chassée vers la périphérie, détermine un allongement et s’échappe. Un nombre considérable de particules semblables s'introduisent ainsi successivement dans un temps très court et se transforment en une matière vivante, identique à celle dont l’animal est constituéb Mais qu’avons-nous besoin de descendre jusqu’à l’amibe pour nous convaincre que la nutrition n’est pas nécessairement liée à une influence nerveuse. L’étude de l’embryogénie humaine ne suffit-elle pas à elle seule pour faire repousser cette théorie d’un système nerveux trophique spécial. « Où est en effet ce système dans l’ovule qui vient d’être mis en contact avec un spermatozoïde, et cependant n’est-ce pas à la

Bocqaillon, m'si. nat.méd., p. 5.

suite de ce phénomène initial que vont se produire les actions trophiques les plus délicates et les plus énergiques que nous connaissions ? La conservation de l’individu n’est rien auprès de sa formation, de sa genèse,' en tant que phénomène trophique. Et ce serait précisément au moment où cette action directrice spéciale d’un système central est le plus nécessaire, au moment où il faut régir, en temps et lieu, pendant la période embryonnaire, avant la formation de l’élément nerveux et de l’élément vasculaire, l’apparition des éléments les plus divers, que ce système ferait défaut ! C’est inadmissible ; si l’on veut un centre trophique, il faut supposer que la cellule mère de l’embryon est elle-même la première cellule de ce centre, hypothèse que rien ne vient soutenir h »

Nous pourrions invoquer encore, contre la théorie de Samuel, la nutrition s’exerçant sur des tissus normaux totalement privés de nerfs, tels que le cartilage, les cellules épithéliales, les globules de la lymphe et du sang ; ces tumeurs volumineuses et rapidement progressives, où les éléments se multiplient avec une exubérance de vitalité parfois effrayante et où l’on n’a jamais rencontré le moindre nerf trophique ; et les greffes animales, ces lambeaux de peau qui, séparés des centres nerveux et transplantés sur un nouveau tissu, n’en continuent pas moins à vivre; et ces fragments de périoste, qui, arrachés à la surface des os et transportés dans le tissu cellulaire, n’en continuent pas moins à se nourrir et à former un tissu osseux. Mais c’en est assez; nous avons suffisamment démontré, ce nous semble, que les nerfs trophiques

‘ Lande ; De l’Aplasie lamiaeuse progressive. Th. Paris 1869, p. 146.

n’existent pas, et'que la théorie dont ils sont la base doit être rejetée.

Ces conclusions concordent parfaitement avec celles de Longet*, CL Bernard^ Virchow, Vulpian®, RobinL Brown-Séquart, Charcot®, Mougeof , Poincaré’, Lande®, etc. Et maintenant^ nous devons nous étonner peut-être qu’une pareille théorie, qui n’a pour elle aucune base solide, aucune garantie scientifique, ait fait à son apparition un si grand nombre de prosélytes et trouve encore quelques défenseurs. Nous devons nous étonner surtout de trouver dans la bouche d’un physiologiste éminent, auquel la science est pourtant redevable de travaux remarquables, cette assertion, pour le moins fort étrange, que « si les nerfs trophiques n’existaient pas, il faudrait les inventer. »

Et pourquoi les inventer? Est-ce que le mode de nutrition des cellules végétales, le développement de l’ovule, la vie des protozoaires, la survie des éléments anatomiques et des tissus après leur séparation des centres nerveux, ou même leur isolement complet, ne nous ont pas surabondamment prouvé que les éléments anatomiques peuvent se passer de l’influence nerveuse fet qu’ils trouvent en eux-mêmes et dans les lois physico-chimiques le principe de leur nutrition?

‘ Traité de PhysioL, IL * Cl. Bernard, Leçons sur les tissas vivants.

3 Vulpian, Dictionnaire EncycL, 2® série, 1. VIII, p. 594,

^ Robin, tournai d’anatomie, 1867, p. 276 à 300.

^ Charcot, loe. cit., p. 135.

Mougeot, loc. cit., p. 145.

Poincaré, Leçons sur la pbys. normale et pathologique du système nerveux, 1873, t. I, p. 14.

8 Lande, loc. cit., p. 135 et seq.

Théorie de l’Autonomie de la .Cellule. La Nutrition cellulaire, d’après M. Robin.

Cette opinion de l’autonomie de la cellule n’est pas nouvelle dans la science.

Déjà de Blainville, au commencement de ce siècle, avait nettement formulé dans un ouvrage resté célèbre ^ la théorie qui regarde les actes nutritifs et secrétoires comme une propriété inhérente aux éléments anatomiques.

En 1845, Muller définissait la nutrition ; « Le résultat d’une force inhérente à toutes les molécules animales vivantes, une action accomplie par les molécules plastiques primaires, c’est-à-dire par les cellules et qui se manifeste dans les nerfs euxmêmes l

Suivant la même voie, Carpenter soutenait que la vie organique des animaux tout entière, ou, en d’autres termes, tout ce qui ce passe chez l’animal, sans l’intervention d’une sensation ou d’un acte mental, peut s’effectuer en dehors de toute participation du système nerveux et se produire sans modification matérielle [correspondante de ce système ; il allait même plus loin : partant de ces faits que les fonctions de nutrition, de’sécrétion, d’absorption s’opèrent avec une égale perfection chez les protozoaires, où le scalpel et le microscope n’ont jamais rencontré de nerfs, et dans le règne végétal, où on n’a jamais même soupçonné l’existence d’un système nerveux, il n’hésitait pas à dire que le système histologique « vit et se

1 De Blainville. De l’organisation des animaux. Paris 1822, p. 16 à 21.

2 Muller. Physiologie, t. 1. 289.

développe chez un animal à,la manière d’un parasite vivant aux dépens d’un végétalh »

Nous trouvons encore, dans rexcellent mémoire que Chauveau® a consacré à l’influence du système nerveux sur les fonctions nutritives, le développement de cette proposition que « les nerfs n’ont aucune influence directe sur la nutrition des organes. »

Telle est encore l’opinion de M CL Bernard :

« Constatons ce fait, dit-il, que toutes les manifestations de la vie sont exclusivement attachées aux parties élémentaires des corps vivants ; ce sont les éléments anatomiques ou organiques, cellules ou organismes élémentaires, comme on voudra. En effet, chaque organe a sa vie propre, son autonomie. II peut se développer et se reproduire indépendamment des tissus voisins. Sans doute tous ces tissus entretiennent, pendant la vie, des relations nombreuses qui les font concourir à l’harmonie de l’ensemble ; mais on pourrait jusqu’à un certain- point comparer chaque individu à un polypier, résultant de la juxtaposition d’organismes vivants ^ »

Mais jetons maintenant le regard sur une cellule vivante; suivons-laun instant dans les modifications incessantes que lui imprime le phénomène intime de la nutrition, et nous verrons apparaître, dans toute sa netteté, la vérité de son indépendance, de son autonomie.

Placée dans des conditions de milieu en rapport avec sa constitution moléculaire, toute cellule, à l’état

‘ Carpenter, Principes of human pbysiology. Philadelphia, 1853, p.58.

^ A. Chauveau, Inûuence dn système nerveux sur les propriétés nutritives, etc., Lyon 1853, p, 42.

* Cl. Bernard. Leçons sur les tissus vivants, p. 22.

de vie, présente un double mouvement de combinaisons et de décombinaisons ; phénomènes simultanés et incessants, d’où résulte pour l’élément anatomique une rénovation moléculaire également incessante.

Elle puise dans les liquides plasmatiques, au milieu desquels elle baigne, des principes immédiats qui la pénètrent par un phénomène d’endosmose ; soumis alors à l’action cellulaire, ces divers principes peuvent être détruits, décomposés et restaurés ensuite avec des propriétés et des formules atomiques différentes; finalement, ces nouveaux principes restent dans la cellule pour compenser ses pertes et fournir les matériaux d’une prolifération future {assimilation et reproduction), ou bien, ils sont rejetés au dehors ,par un phénomèned’exosmose {désassimilation).

Ainsi, pénétration endosmotique des liquides nutritifs , formation intra-cellulaire de principes immédiats, fixation sur l’élément de certains de ces principes, et rejet de certains autres par voie exosmotique, tels sont les trois phénomènes élémentaires, qui constituent, à l’état de santé comme à l’état de maladie, la nutrition cellulaire. Or, d’après M. Robin, chacun de ces phénomènes, considérés isolément, c’est-à-dire d’une manière abstraite, peut être envisagé comme un phénomène chimiqueb

Cette thèse, le savant professeur de la Faculté de Paris l’a longuement développée dans un ouvrage récent®. Nous devons en rappeler ici les principaux faits ;

1 Robin. Diet. eneycL art. cellule, Ire série, t. Xlll, p. 589.

‘ Idem. Anatom et phys. cellulaire. Paris 1873, p. tt','] et seq.

Et d’abord examinons l’entrée des matériaux nutritifs dans la substance des éléments anatomiques. Ces matériaux, fort variables dans leur constitution, sont tantôt des principes immédiats, le plus souvent soumis à certaines actions chimiques préparatoires {actions digestives), tantôt des gaz ou des sels en dissolution dans les liquides ambiants. Mais, quelle que soit leur nature, ils pénètrent dans l’épaisseur des éléments anatomiques en vertu de phénomènes identiques, en rapport avec les lois de l’endosmose.

Est-ce à dire que cette pénétration d’éléments amorphes dans les éléments figurés est invariable, toujours identique à elle-même? Non, chaque cellule, pour ainsi dire, puise dans le plasma qui l’environne les principes qui sont en rapport avec son* activité fonctionnelle : l’une les éléments du lait, l’autre les éléments de l’urine, celle-ci les principes de la bile, celle-là les matériaux constitutionnels des tissus épidermiques. De là, une apparence d’intelligence dans la vie de la cellule et l’origine de ces termes si expressifs de choix des matériaux, que l’on rencontre à chaque pas dans l’histoire de la nutrition et des sécrétions.

C’est là un langage figuré qu’il faut savoir rejeter. Ne disons pas qu’une cellule absorbe tel principe, et repousse tel autre, mais plutôt, tel principe pénètre dans une cellule, tel autre ne peut la pénétrer. Et si nous voulons aller plus loin et chercher l’explication

ces phénomènes, nous la trouverons dans les propriétés chimiques différentes des parois cellulaires plutôt que dans une détermination spontanée des éléments anatomiques.

Dans cet emprunt continuel de la cellule, au liquide

qui l’environne, «se manifestent simultanément, dit M. Robin, l’influence physique de l’endosmose et celle des propriétés chimiques de la matière organisée qui est le siège du phénomène.

» Tout élément mis en rapport avec un liquide dans lequel se trouve quelque principe susceptible de .se combiner avec lui, s’en empare. L’élément prend donc dans ce liquide qui exsude des vaisseaux tout ce qui lui convient, ou même ne lui convient pas, comme le montrent les empoisonnements, et il rejette ce qui ne peut lui servir. Il y a ainsi échange continuel d’une part entre Télément et les liquides sortis des vaisseaux, suivant la composition chimique de chacun d’eux, et, d'autre part, entre les principes des éléments et ceux qui circulent dans les capillaires. Le nerf forme du nerf, le muscle de la substance musculaire, etc. Chaque élément ne choisit ce qu’il fixe chimiquement que d’après sa composition immédiate, mais nullement d'après des propriétés électives autres'que celles qui dépendent de cette composition, contrairement à ce que l’on a souvent supposé.

» Ainsi, il y a de la part des éléments anatomiques, par rapport aux plasmas, choix de tels ou tels principes, en ce sens qu’il en est pour lesquels les éléments anatomiques sont imperméables, si l’on peut dire ainsi; d’autres, au contraire, par lesquels ils se laissent pénétrer molécule à molécule : ces substances organiques entraînent avec elle, comme on sait, telle ou telle espèce de sels insolubles.

» Beaucoup des éléments qui sont le siège de la pénétration molécule à molécule des principes immédiats sont des corpuscules pleins et non vésiculeux, ’est-à-dire composés d’une paroi solide distincte d’un

contenu liquide. Ce phénomène est donc analogue ici à ceux dits d’hygrométricité, ayant lieu dans les substances homogènes, sans orifices ni conduits microscopiques ; les phénomènes d’endosmose et d’exosmose des expériences physiques ne s’éloignent de^ceux d’hygrométricité naturelle que par leur résultat ; celui-ci est une suite des différences de nature existant entre les liquides ou les gaz absorbés et de leur disposition mécanique par rapport à la membrane homogène qui les sépare ; mais, en fait, le phénomène de la transmission des liquides molécules à molécules au travers de la membrane d'un endosmomètre est analogue à celui dont nous venons de parler à propos des éléments anatomiques^. » /

B. — Une fois entrés daiis l’intérieur des cellules, les matériaux nutritifs vont subir une élaboration nouvelle, une série de transformations moléculaires, ayant pour vut final ; 1“ la formation de principes nouveaux; 2® la fixation de ces mêmes principes comme parties vivantes sur les diverses parties de la cellule. C’est là l’acte complexe de l’assimilation.

La création par la cellule de principes immédiats nouveaux, ne saurait être mise en doute: telle est la formation de la musculine, de l’élasticine, qu’on chercherait vainement en dehors des éléments histologiques dont elles sont la partie constituante fondamentale. Nous voyons de même des granulations graisseuses apparaître de toute pièce, dans des fibres et des cellules qu’elles n’ont pu évidemment pénétrer par endosmose, et l’hématoïdine se former dans l’épaisseur d’un grand nombre de cellules, à la

^ Robin, loc. cit., p. 491.

suite de la pénétration de l’hématosine du sang épanché lors des hémorrhagies pulmonaires, cérébrales, spléniques, etc., etc.

Les phénomènes de Tassimilation sont encore des actes moléculaires ou chimiques. Cette vérité s’impose d’elle-même pour ceux d’entre eux qui n’ont pour facteurs que des substances minérales. Ce sont, en effet; le plus souvent, de simples actes de dissolution {assimilation des chlorures, des sulfates alcalins), plus rarement ce sont des combinaisons ou unions fixes, telle que funion du phosphate de chaux à l’osséine au moment de la formation de celle-ci, durant l’ossification.

Quand il s’agit des substances organiques azotées, les actes moléculaires de leur formation assimilatrice sont un peu plus complexes, bien que réductibles encore aux proportions des phénomènes chimiques. Ce sont en. effet des actes de combinaison, d’hydratation et de déshydratation, ou des modifications structurales qui trouvent leur explication dans les lois de la polymérie ou de Visomérie^.

Notons enfin, comme un phénomème de fassimilation, le passage de certains principes cristallisés à l’état non cristallisable et leur aptitude, ainsi acquise, à

' M. Robin distingue ces actes complexes en quatre groupes : 1» des actes de combinaison des amides aux corps gras ; 2® des phénomènes de fixation et de perte d’un ou de plusieurs équivalents d’eau de constitution, sans variation des quantités d’azote et de carbone ; 3° des actes de combinaisons polymériques, c’est-à-dire de l’un des composés précédents, ou de quelque comporé ternaire hydro-carboné avec un deuxième équivalent du même composé ou avec un équivalent de l’un de ses isomères qu’il y ait ou non en même temps hydratation ou déshydratation ; 4» enfin des actes de simples modifications isomériques ou d’arrangement moléculaire intime dans chaque composé, sans perte, ni acquisition d’eau.

s’unir en proportions indéfinies aux substances organiques.

c, — Si nous suivions ijusque dans leurs modifications ultimes les matériaux de la nutrition, nous les verrions se désagréger bientôt, se modifier eux-mêmes et disparaître sous l’influence active des mêmes lois chimiques quiles avaient formés et fixés temporairement sur les éléments anatomiques. Mais pourquoi nous arrêter encore à des détails minutieux de chimie biologique ; nous craindrions de travailler en pure perte à une démonstration que nous croyons suffisamment assise : qu’il nous suffise de rappeler que les produits de la désassimilation sont ou bien des principes minéraux, tels que l’eau et l’acide carbonique, ou bien des principes cristallisables d’origine organique, tels que l’urée, la créatine, la glycollamine, la leucine, la tyrosine, toutes substances qui, pour être plus complexes et moins stables que les premières, n’en appartiennent pas moins à la chimie, dont elles ont reçu une formule de composition nette et préciseh

^ « Pour les composés polymères, c’est-à-dire pour les substances qui résultent de la condensation en une seule molécule de plusieurs molécules d’un seul composant ou de plusieurs qui sont isomères, la désassimilation consiste souvent en l’abandon successif d’un ou de plusieurs équivaènts des composants, cristallisables ou non, avec ou sans fixation ou perte d’eau ; elle consiste parfois en un dédoublement de tel ou tel de ceuxci en corps plus simples, analogues à ceux qui ont lieu lors du dédoublement de la glycose et de la galactose en acide lactique. » (Robin, loe. cit.

La formation des principes graisseux, dans la désassimilation, s’explique encore par un phénomène de dédoublement chimique. La chimie nous explique encore comment, une fois formés, ils restent à l’état de gouttelettes sphéroïdales dans l’intimité des cellules {dégénérescence granulo^ graisseuse) en raison de leur insolubilité dans les principes albuminoïdes, qui prédominent dans les cellules.

Les produits de la désassimilation s’échappent du lieu de leur formation, par exosmose^ pour rentrer de nouveau dans le torrent circulatoire et être finalement déversés dans le milieu extérieur par les divers appareils de l’excrétion.

Théorie de l’irritabilité de Virchow, en opposition avec la théorie physico-chimiqne de Eobin.

Cette théorie physico-chimique de la nutrition qui relègue bien loin toute idée de vie animale, en tant qu’une entité distincte 'des éléments anatomiques, et qui réduit le rôle de la cellule aux proportions modestes de laboratoires en miniature, devait soulever des contradictions et rencontrer de nombreux adversaires. Le plus acharné fut sans contredit Virchow, qui chercha à lui substituer la théorie de l'irritabilité.

Dans un article publié sur cette question, en 1858, le savant professeur de Berlin s’attache à montrer que, par ces deux termes, irritation et irritabilité^ on doit entendre certaines activités des corps vivants; il se sert du premier pour désigner « les processus actifs provoqués par les irritants » ; par le second, il entend « les propriétés actives dont les irritants sollicitent les manifestations^ »

L’irritabilité et l’irritant sont les conditions indispensables de toute manifestation vitale dans la substance organisée. Sans irritabilité, point d’acte fonctionnel, point de nutrition, point de développement. Toute déviation trophique en particulier suppose

‘ Archiv. fùr pathol. anat.,i8f)8,\o\.XW. —Gazette bebd., 1868,ÿ.J453.

une modification préalable dans l’irritabilité ou dans la nature de l’irritant. Un territoire vasculaire devientil le siège d’une hyperémie active, d’une inflammation, d’une néoplasie, c’est une irritation qui en a été le point de départ. Un parenchyme glandulaire est-il envahi par une néoplasie cancéreuse, c’est encore à une irritation chronique locale qu’il faut rattacher l’origine de cette affection; et cette irritation, pour amener ces désordres circulatoires ou nutritifs, n’agit pas sur le système nerveux ; c’est sur la cellule qu’elle exerce directement son influence ; elle suscite la mise en action de son irritabilité, et ce n’est que par un phénomène consécutif de réaction vitale que celle-ci exerce sur le sang une altération spéciale, (hyperémie par vis à frontë), dilate les vaisseaux et modifie la nature de ses échanges moléculaires^ C’est encore par l’irritabilité que devraient s’expliquer ces affinités mystérieuses de certains tissus pour certaines substances ; nous avons déjà parlé de ce choix des matériaux nutritifs par les éléments et de la valeur qu’il fallait ajouter à ces mots diaction élective.

Contrairement aux conclusions de M. Robin, l’irritabilité persisterait après la nutricité qui n’en serait que la conséquence ; elle serait le premier et le dernier vestige de la vie dans la substance organisée.

La théorie de l’irritabilité, renouvelée avec quelques variantes des idées de Glisson (1672), de Brown (1780)

' Vircliow, Path. cell.^ p. 113.

Brown-Séquart, Leçons sur les vaso-moteurs, p. 64.

Charcot, Leçons sur le syst. nerveux, p. 130.

«Le système nerveux peut augmenter directement l’attraction moléculaire des tissus pour le sang; la dilatation des vaisseaux est un phénomène concomitant. Le système nerveux agit primitivement et sans intermédiaire sur le parenchyme des tissus. (Brown-Sequart, cité par Mitchell, p. 31)...

de Tiedemann, de Broussais, ne saurait réclamer pour elle la valeur d’une vérité scientifique démontrée. En ' lisant riiistoire de cette théorie, l’esprit ne peut se soustraire au souvenir de ces pages aujourd’hui vieillies, qu’inspirèrent en France etjà l’étranger la théorie du principe vital et de Yanimisme de Stalhh De deux choses l’une: si l’irritabilité cellulaire existe, la cellule doit cette propriété à une influence directe du système nerveux, ou bien elle la possède en elle-même, par le seul fait qu’elle est organisée et vivante.

Dans la première hypothèse, la théorie de Virchow n’est qu’un retour déguisé aux nerfs trophiques de Samuel, et elle est justifiable des mêmes objections. Dans la seconde, il est à craindre qu’on ne se trouve en présence d’une pure conception, sans appui expérimental et destinée seulement à masquer notre ignorance sur des phénomènes qui touchent aux plus hautes questions de la physiologie des éléments.

Écoutons là-dessus M. le professeur Robin :

« Les termes irritabilité, irritation, et l’idée des irritants donnent une idée complètement fausse de phénomènes élémentaires, assez bien connus en euxmêmes et dans leurs perturbations, pour qu’il ne soit plus nécessaire de faire intervenir dans leur interprétation autre chose que les lois mêmes, aujourd'hui déterminées, de toutes leurs manifestations. Rien de plus dangereux que de vouloir illusoirement faire régir ces actes par cette nouvelle sorte de principe métaphysique, qui ne fait que remplacer le principe

’ Cette théorie fut soutenue par Barthez en France, Hufeland et Blumenbach en Allemagne. Voir Cl. Bernard : Tissus vivants, p. 77.

vital des vitalistes purs ou l’âme immatérielle de

"" Stahl et des animistes.

» Pour ceux qui, avec Virchow ont fait sortir ces hypothèses de l’oubli dans lequel elles étaient si justement tombées, elles servent de moyens commodes et séduisants pour expliquer tout, mais sans rien démontrer, sur la nature réelle des phénomènes nutritifs, inflammatoires et autres, d’une observation et d’une comparaison difflcile^

» L’étude des sciences montre que tous les corps, quels qu’ils soient, ne marchent qu’escortés de toutes leurs propriétés, au-dessus desquelles ne plane aucune qualité plus générale ét commune à tous. Si les corps organisés semblent faire exception à cet égard, l’expérimentation prouve que cette exception n’est qu’apparente; elle tient à ce que lès propriétés spéciales et caractéristiques de ces corps ne persistent naturellement, et comme on devait s’y attendre, que tant que persiste le mode d’association des molécules, dit état d’organisation ; état peu stable, et qui, parce qu’il est moléculaire dans ce qu’il a de caractéristique, peut cesser d’être avant que les attributs physiques, mécaniques et géométriques des cellules aient varié.

» En résumé, les expressions irritabilité et irritation nutritive, plastique, formatrice des cellules, des fibres, etc., irritabilité ou. irritation nerveuse et fonctionnelle, ne représentent qu’une conception ontologique, une entité par laquelle on ajoute à la substance organisée une propriété dominante qui lui manque ; à moins qu’on ne désigne par ces mots les propriétés mêmes de nutrilité, d’évolutilité, de nata-

' R(.b'n. Ansit. et pbys. celIaMre,p.è2Q.

lité, de contractilité et de névrilité, ou la possibilité de leurs variations. Ces propriétés élémentaires sont bien les seules qui, dynamiquement, caractérisent la substance organisée. Il n’y en a point de plus générale, et c’est en vain qu’on voudrait prétendre que la nutrition, le développement, la reproduction, la contraction et l’innervation ne sont que les modes divers de l’irritabilité, h'irritabilité nutritive, T irritabilité, formatrice ei Virritabilité fonctionnelle sont des illusions au même titre que le terme générique irritabilité. En dehors des propriétés élémentaires,' il n’y a rien, absolument rien h »

Tbéorie vaso-motrice. — Influence prépondérante du grand sympatMque sur la nutrition locale.

Dans le chapitre précédent nous avons démontré que les troubles trophiques de la peau et des autres organes se rattachaient à un fonctionnement anormal du système nerveux ; d’autre part, l’étude que nous venons de faire du mode de nutrition des éléments cellulaires, nous a conduit à cette conclusion, que ces éléments se nourrissent et évoluent en dehors de toute influence active du système nerveux. Gomment concilier ces deux notions qui semblent s’exclure?

Les deux faits sont également vrais ; leur contradiction n’est qu’apparente.

Dans la nutrition locale il existe deux facteurs :

L’élément anatomique qui se nourrit ;

2“ Le réservoir où il puise ses matériaux dénutrition.

De ces deux facteurs, le premier, la cellule vivante

Robin, hoc. eit., p. 624 et Revuedes cours scient., 1868, p. 414.

exclusivement soumise à l’action des forces chimiques et physiques, doit être invariable comme les lois qui régissent ces forces. Mais en est-il de même du second, qui constitue le liquide sanguin? Evidemment non. Le sang qui baigne les éléments anatomiques est soumis à des modifications fort variables dans sa qualité, sa pression, modifications éminemment propres à influencer les courants osmotiques et les échanges moléculaires dont ces éléments sont le théâtre et qui constituent leur nutrition. Ornons savons, depuis des expériences de Cl. Bernard que l’on trouve partout, que les nerfs vaso-moteurs, en amenant la dilatation ou la contraction des artérioles et des capillaires contractiles, augmentent ou diminuent l’apport du liquide sanguin, devenant, pour ainsi dire, un système régulateur des circulations locales. C’est ainsi que se fait sentir l’influence nerveuse sur les déviations de la nutrition, et que se trouvent conciliées les données cliniques et les exigences de la physiologie. Notons que cette influence s’exerce par les nerfs vasculaires, par des nerfs qui se terminent dans les fibres des vaisseaux, sans présenter jamais de connexion avec d’autres éléments histologiques ; qu’elle est par conséquent indirecte, quoique prépondérante et peut-être exclusive.

Je ne rapporterai pas ici les expériences célèbres de LL Bernard sur le sympathique *cervical ; tout le monde les connaît ; je me contenterai de rappeler que l’excitation des nerfs vasculaires amène, dans le territoire organique correspondant, une contraction des vaisseaux avec pâleur et diminution de la température ; qu’à la paralysie de ces mêmes nerfs se trouve invariablement liée la dilatation des artères, avec rougeur et élévation thermique. Enfin des expériences

plus récentes ont démontré que l’excitation de certains nerfs pouvait amener également une dilatation artérielle que l’on a appelée active, par opposition à celle qu’on observe après la section du sympathique et qui est passive.

C’est à ces divers modes de troubles circulatoires ; 1° contraction et ischémie, 2° dilatation paralytique, et hyperémie passive; 3° dilatation et hyperémie active (contraction péristaltique autonome, de Legros) que l’on doit rattacher^ selon les cas, les troubles trophiques en général, et en particulier les diverses affections cutanées dont nous avons parlé dans la première partie de notre travail,

La physiologie devait naturellement chercher à s’éclairer des résultats de l’expérimentation. On a excité le cordon sympathique à la région cervicale, on l’a sectionné à toutes les hauteurs (Brown-Sequart, Ollier, Bernard), et dans la plupart des cas on a vainement attendu l’apparition des troubles trophiques. Quelques auteurs ont cru trouver dans ces faits des raisons suffisantes.pour rejeter entièrement la théorie vaso-motrice. Mais pour qu’une pareille conclusion fût légitime, il aurait fallu démontrer que la dilatation active, maintenue quelque temps dans une région, n’amène à son tour que des résultats négatifs. Je ne sache pas qu’une pareille expérience ait pu être réalisée.

Au reste, il existe quelques faits où des altérations de la nutrition ont suivi la paralysie des vaso-moteurs et la dilatation passive qui en est la conséquence. Schrœder van der Kolk, cité par Legros, a noté des lésions survenues sans traumatisme, à la suite de la cessation de l’action nerveuse. Th. Goujon

a vu la section des deux rameaux du sympathique au cou amener quelquefois, chez les animaux, des suppurations des méninges, qui sont évidemment à l’abri de tout traumatisme directe Schiff a attiré l’attention des physiologistes sur l’hypertrophie, parfois considérable, qu’on observe dans les maxillaires après la destruction de leurs nerfs vasculaires.

L’extraction du ganglion cervical supérieur, pratiquée par Legros sur un coq adulte, a amené l’atrophie de la moitié correspondante de la crête.

Adelmann® a vu la section du nerf tibial chez le cheval être suivie d’un accroissement du sabot. Enfin l’année dernière, William Stirling a observé la croissance exagérée de l’oreille et des poils de cette oreille, chez un jeune animal auquel il avait sectionné le sympathique cervical\

Tout récemment, M. Cl. Bernard a produit une expérience que Ton n’a pas manqué d’interpréter comme une preuve de l’indépendance de la nutrition et de la circulation. Il porte une ligature sur les vaisseaux de la glande sous-maxillaire, de façon à empêcher le renouvellement du sang ; excitant alors la corde du tympan, il note une élévation de température dans l’épaisseur de la glande. D’autre part, l’excitation du filet sympathique du ganglion cervical supérieur, amène un abaissement. Voilà donc, a-t-on dit, un exemple bien net de modifications thermiques survenues en dehors de toute intervention de la circu-

‘ l egros, loe. tit., p. 44.

Schiff, Gaz. méd., 4854, p, 982,

® Schmidtiz JahrbücherB. 150. 4872, -Frétny, th, Paris, p. 113.

Brit. med. Joa-. a., 28 août 1875, p. 278 - Hayem, Bev. se. méd., t. VII, p. 415.

lation générale, une modification trophique indépendante du cours du sang.

Nous répondrons, avec M. Dastre, auquel nous empruntons Texposé de ce fait\ que « la ligature entrave, il est vrai, le renouvellement du sang et que la masse totale reste la même. Mais Faction vaso-motrice peut distribuer cette masse d'une façon différente entre les gros et les petits vaisseaux ; elle peut ainsi modifier l’irrigation interstitielle et, par suite, la nutrition intime. Parce que l’influence des gros vaisseaux est supprimée,i ne faut pas conclure que les petits sont inertes et qu’ils sont sans influence sur les lésions trophiques. Il faut distinguer soigneusement les gros vaisseaux des petits, au point de vue de Faction des vaso-moteurs, comme au point de vue des phénomènes de nutrition. La circulation générale et la circulation interstitielle sont distinctes et quelquefois antagonistes. C’est pour avoir négligé cette distinction que l’on a souvent désintéressé les vaso-moteurs dans des cas qui étaient parfaitement de leur ressort. De ce que les troubles de la circulation générale sont dissimulés en certaines occasions, il ne faut pas conclure que les vaso-moteurs ne sont pas intervenus.»

Nous pourrions signaler encore, à l’appui de notre thèse, les cas intéressants de trophonévrose faciale, où des plaques ischémiques précèdent l’atrophie, et où l’on a souvent noté des troubles circulatoires, constatés à la fois par le thermomètre et les pulsations carotidennes ^ Mais il est un fait que nous ne

‘ Weir Mitchell, ioc. cit ., p. 35.

^ Fait Haet. —Jeune fille de huit ans; trophonévrose faciale du côté gauche ; pigmentation gris jaunâtre du même côté. La carotide gauche bat plus faiblement que la droite. La maxillaire externe, dont on sent nette-

pouvons taire, parce qu’il est d’une importance capitale dans le sujet qui nous occupe. Il ressort des effets comparés de la section de la cinquième paire avant et après le ganglion de Gasser. Pratique-t-on la section de ce nerf au-dessous du ganglion, les effets trophiques sont constants et presque immédiats. La section porte-t-elle au contraire entre le ganglion et la protubérance, les troubles de la nutrition ne surviennent point, dans la plupart des cas ; et s’ils se manifestent parfois, leur manifestation est assez tardive pour qu’on puisse les rattacher alors à l’inflammation ou à la dégénérescence consécutive du bout inférieur, plutôt qu’au traumatisme primitif (Magendie, CL Bernard)^

Or, nous savons, par les recherches des anatomis- . tes, que les fibres vaso-motrices de l’ophthalmique, font défaut dans le tronc du trijumeau, et qu’émanant du plexus caverneux, elles ne rejoignent ce nerf qu’au niveau du ganglion de Gasser ou même audessous L

ment les battements à droite, est inappréciable à gauche. Différence de température entre les deux côtés.

Fait de Frêmy. — Homme de vingt-huit ans. Trophonévrose du côté droit. La température du crâne, prise avec le thermomètre à réservoir plat présente un degré de différence en moins avec celle du côté opposé; il existe une différence notable dans la circulation locale, appréciable à la main et au sphygnographe.

Fait de Frêmj. — Trophonévrose du côté droit, différence notable dans la circulation carotidienne. D’après Longuet, la comparaison des deux tracés indique une différence de pression qui est augmentée du côté malade. 11 y a de ce côté embarras de la circulation périphérique.

Fait de Brunner. — Femme de vingt-sept ans ; éprouvait une sorte d’astriction et une sensation de froid au niveau de la moitié supérieure gauche du visage (côté malade), preuve bien manifeste de l’ischémie qui existait de ce côté.

’ Magendie. Journal de physiologie, 1824.

Cl. Bernard Leçons sur le syst nerveux, 1858, t. II, p. 48.

^ Cruveilher. Anat. desoript., 1871, t. III, p. 509, 510, 676.

' Sappey. Anat. descript., 1872, t. III, p. 271 et 485.

Le nerf ophthalmique possède donc deux espèces de fibres ; les unes sensitives, fournies par le nerf trijumeau ; les autres sympathiques, empruntées, par l’intermédiaire du plexus caverneux, au système du ganglion cervical supérieur. L’expérimentation démontre qu’elles sont groupées en deux faisceaux distincts, le faisceau sympathique, situé à la partie la plus interne du nerf, le faisceau sensitif en constituant la portion externe.

Le hasard d’une expérimentation, qui d’abord avait paru manquée, a fourni à Meissner^ l’occasion de prouver que les troubles de nutrition, observés après la section du trijumeau, ont leur origine dans le faisceau interne (filets vaso-moteurs) ; sur un lapin, il chercha à sectionner le nerf trijumeau dans sa portion intracrânienne ; après la sortie du neurotome il constata la persistance de la sensibilité et crut avoir échoué. L’animal fut néanmoins conservé et on ne tarda pas à observer tous les troubles de nutrition qui accompagnent la section du trijumeau. Or, l’examen nécroscopique fit reconnaître à l’observateur que la partie interne du trijumeau, le faisceau sympathique, avait été seule intéressée par le neurotome ; et on ne saurait dans ce cas prétendre à une simple coïncidence : Schiff rapporte quelques faits semblables.

Il manquait au fait deMeissnerune contre-épreuve; nous la trouvons dans une expérience de Büttner. Cet expérimentateur, à la suite d’une tentative de section de trijumeau, obtint très nettement jl’anesthésie qui accompagne toujours un pareil traumatisme;

’ Ueber dîê nacb der Durcbschmidiing der Trigeminus am Meissner Auge des Kanincbeus eintretende Ernabrungstorung. Gentralblatt, 1867, p. 265. Gaz. bebd. 1867, p. 634.

mais l’œil ne s’enflamma pas. A l’autopsie, il remarqua que le trijumeau n’avait été intéressé qu’en partie, qu’une portion était restée intacte. Or, cette portion, nullement atteinte dans ses attributions fonctionnelles, était précisément celle qui, dans l’expérience de Meissner, avait été lésée.

Rapprochons de ces expériences les faits cliniques ^ dans lesquels, la sensibilité de l’œil étant conservée, on a noté des troubles de nutrition de l’œil, liés à une altération particulière de la cinquième paire, démontrée à l’autopsie. (Schiff, Hybord, Sœmischh)

Ainsi, dans l’explication des troubles trophiques, la théorie vaso-motrice nous paraît devoir être acceptée, comme étant la plus rationnelle, la plus conforme à la fois aux données de l’anatomie, aux phénomènes de la nutrition et aux faits de physiologie éxpérimentale. Nous l’adoptons pleinement, quelles que soient les difficultés qu’elle laisse encore à résoudre ; l’avenir, nous en avons l’espoir, les fera disparaître. Au reste, nous pouvons réclamer pour elle l’appui de noms illustres qni se rattachent à son histoire, et bien nous convaincre que si nous avions dévié du droit chemin, nous ferions route en bonne compagnie :

C’est d’abord Mougeot^ qui, rejetant, sans même leur faire l’honneur d’une discussion, toute manifestation d’une ou plusieurs forces mystérieuses présidant au fonctionnement des organes, formule avec la plus grande netteté le rôle actif des vaso-moteurs dans la nutrition locale. Prenant pour exemple une cellule d’épithélium : « Cet élément anatomique, dit-

’ Hybord. Zona opbthal. Th. inaug. 1872.

Mougeot. Loc. cit., p. 137.

il, jouit, comme tous les autres, de la propriété d’assimiler et de désassimiler, d’absorber des liquides ambiants par endosmose, de les modifier par son contenu spécial ; mais il est évident que cette cellule ne peut vivre qu’autant qu’il y aura à sa portée des matériaux capables de remplacer ceux qui viennent de disparaître par l’action même de la fonction cellulaire, par la décombinaison. Ces matériaux sont contenus dans le plasma du sang. Or, le sang circule dans les vaisseaux que le système nerveux tient directement sous sa dépendance, à cause de l’élément musculaire qu’ils contiennent. Le système nerveux, en permettant ou en empêchant l’afflux d’une certaine quantité du liquide nourricier, n’a donc qu’une action indirecte sur la nutrition. Il est incapable de modifier, d’une façon primitive les phénomènes physico-chimiques. Ainsi donc, c’est par les nerfs vasculaires, les nerfs vaso-moteurs, que s’explique cette action indirecte du système nerveux. »

Snellen, dans un travail sur l’Inflammation, publié en 1857 dans les archives de Donders, est arrivé à . cette conclusion : « Les nerfs des vaisseaux modifient la nutrition en agissant sur le calibre de ces conduits^ »

Stilling, étudiant un cas de trophonévrose faciale, explique l’atrophie par une diminution de l’acte réflexe des nerfs vasculaires sensitifs sur les vaso-moteurs correspondants^

Guttmann professe une opinion identique : il y aurait, d’après lui, une sorte de convulsion tétanique

* Journal de phy. de Bpown-Sequart, 1858.

- Stilling, Spinal irritation .— Cité par Fréœy, loc. cit., p. 15.

des plus petites artères par suite de l’irritation des vasomoteurs. De là la coloration blanche partielle qui est le premier signe de l’affection ; de là aussi, par ce fait du rétrécissement des petits vaisseaux, un trouble apporté à la nutrition des tissus qui sont vivifiés par la nutrition des vaisseaux, de là l’atrophie^.

Barwinkel place l’origine de la troptfonévrose de la face dans une affection du ganglion sphéno-palatin, laquelle déterminerait une diminution de calibre des petits vaisseaux de la face, avec activité moindre de la nutrition intime dans les parties correspondantes^ Peut-on être plus explicite ?

Legros : « L’influence des nerfs vaso-moteurs sur les phénomènes de nutrition est incontestable, car la diminution ou l’augmentation de la circulation modifie nécessairement l’activité des phénomènes de la vie dans les tissus. C’est donc par l’intermédiaire de la circulation que le système nerveux exerce une influence des plus importantes sur la nutrition. Cette influence est purement indirecte®. »

M. Poincaré : <' Il existe tout un système de nerfs appelés vaso-moteurs, dont le rôle est d’animer les fibres musculaires des vaisseaux, et qui vont puiser leur puissance dans des départements spéciaux et déterminés des centres nerveux. Ce mode d’intervention du système nerveux dans la nutrition est incontestable aujourd’hui. C’est lui qui est chargé de faire en sorte que le tissu reçoive tantôt plus, tantôt moins de sang et par conséquent, plus ou moins de matériaux capa-

‘ Voy. Gouraud, Union médicale, 1872, novembre, n® 134.

^ Voy. Vulpiaa, Vaso-mot, t. II, p. 431. —Gaz. bebdom., 1874, p. 107.

® Legros, Vaso-moteurs, p. 39.

blés d’être utilisés par l’activité propre des cellules. Les vaisseaux sont les moyens passifs du transport des maté,riaux de la nutrition. Les nerfs vasomoteurs dirigent et règlent ce transport. »

Béraud ; « La nutrition offre, selon l’état des vaisseaux qui portent aux tissus leurs matériaux de rénovation, des augmentations momentanées d’énergie qui sont considérables ; elle offre aussi des diminutions transitoires qui peuvent aller jusqu’à la cessation presque complète, sinon complète. Nous avons vu que cet état des vaisseaux est influencé par le système nerveuxL »

M. Robin ; « Ces nerfs (les vaso-moteurs) qui viennent, les uns du système cérébro-spinal, les autres du système du grand sympathique, en diminuant ou augmentant le diamètre des vaisseaux, diminuent ou augmentent l’apport des principes assimilables ou désassimilés, et influent ainsi sur les phénomènes nutritifs, sécrétoires, et aussi sur ceux d’absorption. Tous ces phénomènes changent, en effet, selon que la circulation plus ou moins active, emportant plus ou moins vite les principes qui ont pénétré, facilite plus ou moins l’arrivée ou Tissue de ces principes. L’action de ces nerfs qui est indirecte, puisqu’au fait elle est musculaire ou motrice, n’en est pas moins réelle®. »

M. Cl. Bernard ; « Le système nerveux joue un rôle fort notable dans les phénomènes de la nutrition des tissus ; seulement, son influence n’est pas une influence directe ; elle s’exerce toujours par l’intermé-

’ Poincaré, Leçons sur la physiologie du syst. nerveux, 1873, t. I, p. 10.

® Béraud, physiologie, 1850, 1.1, p. 105.

^Journal d’anatomie, ie année, 1867, p. 298 et 299.

diaire du système circulatoire. Mais le système

vasculaire est soumis à l’influence de deux systèmes nerveux plus ou moins distincts : le système du grand sympathique et le système cérébro-spinal ; cherchons donc quel est le rôle de chacun d’eux et quelle part doit légitimement leur revenir dans les faits que nous étudions. Le premier, c’est-à-dire le gÆnd sympathique, joue le rôle de modérateur des vaisseaux ; en l’irritant, on produit un resserrement plus ou moins considérable de ces vaisseaux, resserrement qui apporte une certaine entrave à la circulation, et par conséquent la ralentit. Au contraire, en excitant les filets du système cérébro-spinal, on provoque la dilatation de ces mêmes vaisseaux. Voilà tout le mécanisme de l’influence nerveuse. Avec ces deux seuls modes d’action, resserrement ou dilatation des vaisseaux, le système nerveux gouverne tous les phénomènes chimiques de l’organisme h »

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