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Du mode d’action des nerfs vaso-moteurs sur la production des troubles trophiques : effets directs et effets réflexes.
Arrivé au terme de cette longue étude, qui nous a conduit à rapporter au système des nerfs vasculaires tous les phénomènes normaux et pathologiques de la nutrition, les troubles trophiques de la peau par con-
1 Cl. Bernard. Tissus vivants, p. 410.
conséquent, nous devons nous poser une dernière question : quel est le mode d'action de ces nerfs ? Agissent-ils par effet direct? Agissent-ils par effet réflexe ?
Pour les troubles trophiques, consécutifs à une lésion de la moelle épinière elle-même, la réponse ne saurait être dquteuse : Les noyaux gris d’origine des vaso-moteurs [centres trophiques), directement irrités sur place, entraînés pour ainsi dire à un fonctionnement anormal par la lésion même dont ils sont le siège, déterminent dans leurs territoires respectifs des troubles circulatoires qui modifient à leur tour les phénomènes de rénovation moléculaire, ou, ce qui est identique, la nutrition. C’est là un effet direct.
En est-il de même pour les troubles trophiques qui viennent compliquer les affections des nerfs? Ainsi, par exemple : un cal vicieux irrite le nerf médian à l’avant-bras, et l’on voit surv.enir sur la face palmaire du pouce des bulles de pemphigus (fait de Paget) ; une balle déchire un nerf sciatique et détermine l’apparition d’un ulcère perforant à la plante du pied ; devonsnous dire que l’irritation dont le nerf est le siège est directement transmise au foyer traumatique, à la périphérie (effet direct)', ou bien, suivant un chemin détourné, est-elle transportée vers la moelle par les füets centripètes, modifiée par les cellules de la substance grise et renvoyée de nouveau vers les régions périphériques [effet réflexe)"!
D’après Mitchelh l’un et l’autre de ces deux méca- • nismes peuvent s’appliquer également bien, selon les cas, à la pathogénie des troubles trophiques.
‘ Loc. cit., p. 27 et 29. ‘
Le premier nous paraît d’une vérité fort douteuse ; nous n'en voulons pour preuve que l’absence habituelle des troubles de nutrition dans tous les cas où le phénomène réflexe ne peut se produire, dans les faits de sections nerveuses complètes par exemple, que ces sections soient expérimentales ou accidentelles. Par contre, le second mécanisme est incontestable ; les modifications circulatoires qui suivent l’excitation de certains nerfs centripètes ne sont plus à démontrer depuis les beaux travaux de Schiff, Cl. Bernard, Vulpian, sur les nerfs vaso-dilatateurs et les congestions actives réflexesh Dans l’ordre pathologique, c’est à chaque pas qu’on rencontre des troubles localisés de la nutrition, sous la dépendance d’une excitation souvent lointaine, et dans des conditions anatomiques telles, qu’on ne peut trouver entre la lésion secondaire et le foyer d’irritation qui en est le point de départ, aucune communication nerveuse en dehors de la moelle : on est bien obligé dans ces cas d’admettre l’action réflexel
Il est enfin, nous le répétons, une considération qui plaide en faveur de cette hypothèse : les altérations de la peau sont plus fréquentes et plus considérables dans les cas de section incomplète des nerfs que dans ceux de section complète.
Nous croyons donc devoir admettre Y effet réflexe comme étant le mécanisme qui intervient le plus généralement dans la production des lésions trophiques, le seul peut-être qu’on puisse invoquer dans celles de
1 Vulpian. Vaso-moteurs, t. II, p. 461.
^ Voir Mitchell, loc. cit. — Brown-Sequart, loc. cîL, Inûam. par action réûexe, p. 45. Atrophie, par act. réûexe, p. 47. Mécanisme des altérations de nutrition par action'réûexe, p, 65.
ces lésions qui semblent plus spécialement se rattacher à un état de dilatation active des artères, tels que l’érythème, l’herpès, l’eczéma rubmm, etc.
C’est par un phénomène réflexe de même nature que Nothnagel explique l’atrophie musculaire progressive d’origine périphérique^ : Les sensations douloureuses, déterminées par l’irritation d’un nerf, et transportées à la moelle, seraient réfléchies sur les fibres nerveuses vaso-motrices destinées aux muscles, dont les nerfs naissent du centre médullaire ainsi excité. Les vaisseaux des muscles se resserreraient sous l’influence de cette incitation réflexe, et en diminuant ainsi l’apport des matériaux nutritifs, amèneraient l’atrophie.
Les troubles trophiques de la peau, d’origine périphérique, surviennent d’après un mécanisme absolument identique. Constitués par une perturbation de la circulation locale, ils ont pour point de départ une irritation (Irritation dystrophique) exercée sur les expansions terminales des nerfs centripètes.
« Il n’y a pas de lésions, dit Bouchut^ qui n’ait été précédée d’un acte d’impressilité et les maladies ne sont que des impressions transformées. Les effets des causes morbifiques sont des actions réflexes d’une nature spécialé, ce sont des actes moléculaires irréguliers dus à l’ischémie, ou à fhyperémie paralytique capillaire, et produits par l’impressilité organique mise enjeu ; c’est une réaction qui succède à l’impression morbifique reçue par forganisme. Toute la pathogénie se résume dans ces deux mots, impression
Nothnagel. Tropbische storungen bei Neuralgîen (GrîesiDger’s arcbiv. II, 29,37. — Analysé in Centralblait, 1869.
■ Bouchut. PatLgén., p.254
et réaction, et il ne faut voir dans les maladies que des impressions transformées ». Dans cette page, em^ pruntée à un ouvrage de pathologie, générale , M. Bouchut avait sans doute en vue ces grands processus morbides qui s’attaquent à l’organisme tout entier; puissions-nous avoir démontré que, dans leur sphère plus modeste, les affections de la peau, échos plus ou moins manifestes d’une altération nerveuse, ont, elles aussi, quelque localisées qu’elles soient, une origine irritative et ne constituent pas une exception.