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CHAPITRE III

2e modalité. — Affections symétriques de la peau d’origine périphérique, succédant à deux excitations dystrophiques parties de deux régions homologues.

Tous les troubles vasculaires' et trophiques qu’un centre vaso-moteur peut produire directement., quand il est lui-même le siège d’une lésion initiale, il les produira de même par effet réflexe, si son activité vient à être mise enjeu par une irritation périphérique. Deux irritations de même nature, parties de deux régions homologues, pourront donc amener des troubles trophiques symétriques.

1“ Parmi les affections de la peau qui se rapportent à cette nouvelle modalité pathogénique, nous devons signaler tout d’abord^ celles que M. Bazin a désignées sous le nonï àléruptions professionnelles. On lés rencontre surtout chez les cuisiniers, les verriers, les tanneurs, les mégissiers, les forgerons, les boulangers, etc., etCi; elles affectent les formes variables d’érythème chronique, d’eczéma presque toujours squameux , d’éruptions pustuleuses. Toutes ces affections se confondent dans une explication pathogénique commune, et ont été parfaitement dénommées en pathologie. Il n’est pas un seul de ces ouvriers, qui n’accuse la nature même de ses occupations, d’être la cause de l’éruption qui recouvre ses

mains, et leur enlève parfois avec ses formes, toute aptitude au travail. Suivons un instant devant leurs fourneaux le verrier et le cuisinier, dont les mains sont sans cesse exposées à une chaleur brûlante; suivons dans leurs ateliers les tanneurs et lesmégissiers, dont les mains ont à subir l’atteinte d’irritations continuelles, et nous acquerrons la conviction qu’il faut, en effet, rapporter ces affections à une influence professionnelle. Chez ces ouvriers, les doigts, les mains, et quelquefois même les avant-bras sont sans cesse en contact avec des substances, sinon caustiques, du moins toujours irritantes ; des excitations permanentes remontent le long des nerfs centripètes, vers les noyaux vaso-moteurs de la moelle épinière, qu’ils mettent en jeu, et déterminent, par action de retour, des troubles vasculaires de nature congestive. Si l’excitation n’était que temporaire, cette perturbation de la circulation sanguine disparaîtrait avec elle ; mais comme elle est permanente, la lésion vasculaire se stabilise à son tour: d’une lésion vasculaire permanente à un eczéma squameux, à un érythème chronique, il n’y a pas d’intermédiaire qui ait lieu de nous étonner.

2“ A côté des éruptions professionnelles nous devons placer les deux cas de congestions sjmétriques des extrémités, que nous avons rapportés à la page 23 et leurs analogues. « Comment interpréter des faits de cette nature ? Il est certain que chez nos malades, les impressions venues du monde extérieur ne pouvaient pas être regardées comme les causes déterminantes de ces accès de congestion douloureuse. L’observation montrait que ces accès survenaient

d’une façon spontanée, en apparence du moins. On peut supposer que la congestion des extrémités était un phénomène réflexe, provoqué par une irritation névrosique des nerfs centripètes de ces extrémités. Mais, si l’hypothèse d’une névrose vaso-constrictive ne peut être admise sans réserve, celle d’une névrose vaso-dilatatrice est aussi très discutable. Cependant, nous sommes ici en présence d’un phénomène, la congestion, que nous voyons se produire très souvent dans les cas de névralgie, tandis que l’anémie locale est tout à fait exceptionnelle dans ces cas. Rien de plus fréquent que la rougeur de la peau de la face, de la conjonctive oculaire dans les cas de névralgie du nerf trijumeau ; et quelquefois, surtout dans les cas d’intoxication palustre, on a vu des congestions intermittentes des conjonctives se produire sans être précédées ou accompagnées de douleurs névralgiques bien manifestes. Il se pourrait donc que dans le cas dont il est ici question, il y ait eu réellement une sorte àQ névrose symétrique peu douloureuse des nerfs centripètes des extrémités, principalement de ceux des pieds et de la partie inférieure des jambes, déterminant par action réflexe une dilatation des vaisseaux de ces parties. On pourrait jusqu’à un certain point comparer encore ces faits de congestions actives des extrémités à la dilatation réflexe de l’artère saphène interne produite chez le lapin dans l’expérience de M. Loven par la faradisation du bout central du nerf dorsal dupied^».

^ Vulpian, Vaso-moteurs, t. II, p. 624.

Nous acceptons pleinement cette explication donnée par M. Vulpian pour les deux observations que nous avons rapportées ; mais nous croyons qu’elle doit être rejetée en tant que formule générale : la moelle, lésée dans ses centres vasomoteurs, peut produire directement et en dehors de toute irritation périphérique des congestions bilatérales des extrémités ; nous n’en voulons pour preuve que les deux faits rapportés par Gouyba dans lesquels nous voyons deux traumatismes par coups de feu de la colonne vertébrale, amener dans les deux membres inférieurs des plaques d’érythème, indices manifestes d’une irritation spinale.

3“ Ges rougeurs subites qui se montrent à la suite des émotions les plus diverses, et que nous avons désignées, d’après M. Vulpian, sous le nom de congestions cutanées émotives^ sont susceptibles d’une explication analogue. Qu’on les explique par une paralysie temporaire des vaso-moteurs ou qu’on les rattache à.un simple relâchement du tonus vasculaire, elles n’en sont pas moins dépendaiites d’un troublé fonctionnel des foyers d’origine bulbaires ou spinaux des vaso-moteurs dé la face. M. Vulpian a même cru devoir parler d’un centre émotif qu’il placé dans la protubérance annulaire.Gette dernière conclusion manque peut-être de preuves solides. Ne pourrait-on pas dirigercontre le centre émotif éé M. Vulpian, tous les arguments avec lesquels ce savant physiologiste luimême a victorieusement combattu le centre vaso-moteur unique de Schiff et d’Owsjanikow?

On sait, en effet, que les rougeurs émotives ne sont pas toujours localisées à la face; et qu’on peut les

rencontrer, avec les mêmes caractères sur le thorax, les épaules, les deux régions mammaires, etc., etc., plutôt que de supposer dans ces cas Faction un centre émotif sur le fonctionnement des noyaux vaso-moteurs intra-médullaire, il est préférable d’admettre que ces mêmes noyaux entrent d’eux-mêmes en activité, sous l’influence du stimulus périphérique qui détermine la congestion.

Ce stimulus parti de la périphérie n’est pas toujours facile à reconnaître soit dans sa nature, soit dans son mode d’action. On peut dans certains cas, peut-être, mettre en cause le contact offensif de Fair froid, avec les parties habituellement couvertes : mais le plus souvent, il faut l’avouer, c’est la vue d’un objet, une parole, un son, un léger bruit, qui chez des sujets essentiellement nerveux, déterminent les rougeurs émotives, écho direct d’une perturbation fonctionnelle survenue dans les cellules de l’idéation, image pour ainsi dire tangible d’un sentiment de colère, de joie, d’intimidation, de pudeur.

Dans ces derniers cas, c’est par l’intermédiaire des réseaux périphéiiques des nerfs optiques et auditifs que le stimulus vient ébranler les centres vasomoteurs intra-médullaires.

4® Enfin trouvent ici leur place, tous les faits d’anémie, d’asphyxie locale et de gangrène des extrémités qui ont manifestement une origine périphérique; des faits analogues d’origine centrale peuvent exister, mais ils sont plus rares. Quelle est ici la nature de l’irritation primordiale ? Nous n’hésitons pas à dire que c’est Faction du froid. Tous les auteurs qui ont

écrit sur ce sujet (Raynaud S Yulpian^ Foulquler^ Bréhier *) mentionnent cette influence dans l’étiologie de la gangrène symétrique. Tantôt c’est un froid intense déterminant rapidement les phénomènes de l'onglée ; tantôt, au contraire, la pâleur anémique succède à un abaissement de température. Dans les deux cas qu’a observés M. Vulpian les malades rapportaient les accès de pâleur exsangue de leurs doigts au refroidissement que subissaient leurs mains mises hors du lit. Marchand a rapporté l’histoire d’une femme de vingt-huit ans qui, à la suite d’une fièvre tierce était devenue d’une impressionnabilité excessive pour le froid. Toutes les fois qu’elle sortait par un temps un peu frais, le nez, le menton, les joues, les mains et les pieds commençaient à pâlir, ^passaient ensuite à une coloration violette, pour s’arrêter à une teinte blanc ardoisé ®.

Ce seul fait de l’influence d’un abaissement presque insignifiant de la température ambiante sur la production de l’anémie locale, suffit à démontrer que le froid n’est pas toujours l’unique cause de cette affection, et qu’il a besoin, pour agir, de rencontrer un terrain préparé à l’avance. Il existe en effet, dans la plupart des cas, un deuxième facteur : l’excitabilité exagérée de la substance grise centrale. N’est-ce pas chez des sujets

‘ Raynaud, Thèse inaug. Paris 1862. et Archives de médecine 1874,

t. xxm, p. 6.

«Vulpian. Leçons sur les vaso-moteurs, t. II, p. 610..

* Foulquier, Considération sur l’asphyxie locale, Thèse de Paris. 1874 no 307.

Bréhier. Quelques considérations sur l’asphyxie locale. Thèse de Paris 1874, n® 378.

Journal des connaissances médicales de Nantes, année 1837.

jeunes et d’un tempérament nerveux, principalement chez des jeunes filles, que le plus grand nombre de faits de gangrène symétrique ont été observés ?

D’après M. Maurice Raynaud, le stimulus périphérique, qui détermine par effet réflexe l’anémie des extrémités, pourrait avoir un point de .départ autre que les expansions terminales des nerfs sensitifs dans le tégument externe. L’appareil génital de la femme pourrait, lui aussi, tenir sous sa dépendance les troubles circulatoires des extrémités du corps, et le savant médecin de Lariboisière cite, à l’appui de sa thèse, les faits de gangrènes symétriques que l’on observe parfois durant la période menstruelle. Nous doutons, avec M. Yulpian, que les relations, invoquées par M. Raynaud entre le travail physiologique de la menstruation et l’anémie locale symétrique des doigts ou des orteils, soient aussi directes qu’il le suppose.

Pourquoi désintéresser ainsi l’eXcitabilité du système nerveux qui est si souvent accrue dans la menstruation ? il est probable que les phénomènes vasculaires qui apparaissent, durant cette période, dans les extrémités, n’ont pas d’autre cause que cette excitabilité exagérée, répondant alors aux irritations périphériques les plus légères, irritations/qui, en raison même de leur faible intensité, peuvent passer inaperçues.

Cette interprétation nous paraît plausible, et nous maintenons dans ce chapitre les faits d’anémie locale et de gangrène symétrique des extrémités, qui semblent liés à la période mensuelle, comme se rattachant, au même titre que les éruptions professionnelles , à un trouble fonctionnel des centres vaso-moteurs homologues, dont l’excitation a été mise en jeu par une double excitation périphérique.

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