‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 7 sur 48 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Urticaire symétrique des deux poignets.

G... (Maurice), vingt-quatre ans, étudiant en médecine, voit survenir, au printemps de chgique année, une éruption symétrique d’urticaire; elle occupe la face dorsale des deux poignets et des deux mains ; elle s’étend sur les bords interne et externe, mais sans les contourner jamais.

L’éruption est annoncée le matin par de violentes démangeaisons : elle ne se montre que quelques heures après ; les démangeaisons deviennent alors moins incommodes, et tout disparaît dans l’après-midi, pour ne reparaître qu’après cinq ou six jours.

Ces éruptions périodiques d’urticaire se montrent ainsi pendant un mois. On n’a jamais employé de traitement.

Erythème symétrique des deux jambes accompagné d’œdème des membres inférieurs.

(Comnmniqnée par P. de CHAPELLE, interne-adjoint à l’Hôpital Saint-André.)

G... (Jean), d’origine espagnole, fut incorporé dans l’armée carliste en 1874. Après de nombreuses fatigues, il passa la frontière et fut interné à Angers. Pendant son séjour dans cette ville, il fut pris de courbature et vit survenir, aux deux jambes, une rougeur qm ne manqua pas de l’inquiéter. Il partit .alors

pour Bordeaux et entra à l’hôpital de cette ville le l®'' mai 1876. Je constatai alors un léger œdème des membres inférieurs et une nappe érythémateuse occupant, de chaque côté, les deux tiers inférieurs des jambes. Cette rougeur disparaît par la pression du doigt pour reparaître aussitôt que cette pression a cessé.

Le thermomètre placé dans l’aiselle marque 37o centigrades. On prescrit au malade les bains et le repos au lit. Sous l’influence de cette médication, l’érythème ne tarda pas à pâlir ; l’œdème disparaît à son tour, et G... quitte l’hôpital vers le 15 mai.

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Erythème symétrique de la face dorsale des mains.

V... (Jean), né à Bordeaux, trente-huit ans, exerçant la profession de portefaix, entre à la clinique de M. Mabit le 4 juillet 1875, pour un érythème des mains, datant de cinq ans. L’éruption apparaît chaque année à deux époques invariablement fixes : le commencement du printemps et l’entrée de l’hiver. Elle siège à la face dorsale des deux mains, où elle se caractérise par une coloration rouge intense. Au bout de quelques jours, l’épiderme épaissi se détache par petites lamelles qui font place à d’autres. Cette période de desquamation se prolonge durant deux ou trois semaines, après lesquelles l’érup tion et les démangeaisons qui l’accompagnent disparaissent d’une façon toujours incomplète: la peau des mains reste, en effet, épaissie et rugueuse.

De chaque côté, l’érythème se limite en bas par une ligne passant à quelques millimètres des articulations de la première et deuxième phalange ; en dehors et en dedans, par les bords correspondants de la main ; en haut, par une ligne transversale passant à trois centimètres au-dessus de l’interligne articulaire du poignet.

On ne trouve, sur aucune autre région 'du corps, des traces d’une éruption analogue.

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Erythème gouétrique du tronc et des membres (Epmyetide de l’auteur.)

BAZIN. (loc. eit.)

N... (Louise), âgée de cinquante-six ans, entre le 7 mars 1865

la salle Sainte-Foy, n“ 1.

Le père et la mère de la malade étaient maraîchers, profession qu’elle a elle-même. Tous les deux sont morts dans un âge très avancé, et auraient joui d’une excellente santé ; cependant la mère aurait eu quelques douleurs dans les articulations des doigts.

Elle-même offre une constitution robuste. Elle aurait toujours eu une bonne santé jusqu’à son affection actuelle ; pas de migraines, quelques douleurs légères dans les reins, qui ont disparu.

Fonctions digestives bonnes, pas d’hémorrhoïdes.

L’affection qu’elle présente date de deux ans et a débuté par l’épaule gauche ; de là, elle s’est étendue à toute la surface du corps; mais elle ne présente l’intensité qu’elle offre aujom*d’hui que depuis six mois.

A l’arrivée de la malade, on constate l’existence d’une rougeur diffuse sur tout le tronc, moins la face ; sur les bras et les avant-bras jusqu'aux poignets, où elle s’éteint progressivement, sur les cuisses et au-dessous des genoux, où elle s’arrête brusquement au niveau de la ligne des jarretières.

Cette rougeur est uniforme, d’une teinte vive assez marquée, et qui, par places, autour du cou et sur la poitrine notamment, rappelle celle de la scarlatine.

La malade répète que cette rougeur n’existe que depuis quelques mois ; qu’auparavant elle n’avait que des démangeaisons. Cette coloration est plus vive le soir et la nuit que le matin, où Ton peut la constater cependant.

La peau offre un état lisse très remarquable ; elle est flasque ; on peut la soulever facilement en larges plis ; elle présente des rides petites, mais multipliées. En aucun point, on ne trouve d’épaississement ; en aucun point ne s’observent ni papules, ni vésicules, ni desquamation ; pas d’excoriations superficielles.

La malade dit qu’elle éprouve deux sortes de douleurs qui surviennent alternativement ; des picotements très vifs et des démangeaisons irrégulières. Ces symptômes sont beaucoup plus intenses la nuit que le jour, où ils persistent à un certain degré. Ils la poussent à se gratter ou plutôt à se frotter constamment avec la paume des mains, plutôt qu’avec les ongles, ce qui explique l’absence d’excoriations.

En aucun point on ne trouve de traces de parasites.

Signalons enfin, comme se manifestant le plus souvent des deux côtés du corps et sur des régions similaires , ces congestions fugaces que f on voit survenir dans différents points du tégument externe, sous l’influence des émotions, et que M. Vulpian a désignées, pour cette raison, sous le nom de congestions enta-nées émotives. Nous empruntons aux Leçons sur rappareil vaso-moteur les lignes qui suivent :

« Au premier rang de ces congestions, nous trouvons celles qui se montrent à la face et qui sont provoquées par des émotions de diverses sortes : la colère, la joie, la honte, la pudeur, l’intimidation. Une rougeur plus ou moins vive envahit la face avec une rapidité plus ou moins grande et s’étend parfois aux oreilles et au front. En même temps, se produit un sentiment pénible de chaleur et parfois des battements artériels dans les parties congestionnées ; une sorte de bruissement peut avoir lieu dans les oreilles ; quelquefois il y a quelques troubles de la vue. Il peut y avoir aussi un peu d’embarras cérébral avec ou sans vertiges.

>» L’ensemble de ces phénomènes doit s’expliquer par un relâchement du tonus vasculaire. Il est patent que ce relâchement est, dû à une interruption plus ou

1 Vulpian. Leçons sur l’appareil vaso-moteur, t. II, p. 509.

moins complète et passagère du fonctionnement des centres vaso-moteurs, dont l’activité permanente produit et maintient le tonus des vaisseaux de la face.

Les vaisseaux de la face et parfois ceux du cerveau se dilatent, comme ils le feraient si les racines rachidiennes, qui fournissent les fibres d’origine du cordon cervical ou sympathique, étaient coupées.

» Les rougeurs émotives ne sont pas toujours limitées à la face. On voit chez les femmes nerveuses se produire des congestions cutanées du même genre sur la partie antérieure et supérieure du thorax. Ces rougeurs peuvent s’étendre, d’une part, jusqu’à la région mammaire et jusqu’au bas de la région sternale ; d'autre part, au-déssus des clavicules et du sternum, jusque vers le milieu du cou. On peut les observer en même temps à la partie supérieure du dos, sur les régions scapulaires, qu’elles peuvent dépasser par en haut pour se propager jusqu'aux clavicules. J’ai constaté, dans nombre de cas, qu’il n’y avait aucune relation nécessaire entre l’étendue ou l’intensité de cette congestion et le degré de celle qui se montre à la face : il n’est pas même absolument rare que les rougeurs émotives soient très prononcées au niveau des parties supérieures du tronc, chez des femmes qui ne présentent pas de congestion de la face.

» La disposition de cette rougeur émotive du tronc offre de l’intérêt. Elle n'est pas diffuse, dès le début, comme à la face. On voit se produire sur la partie supérieure du thorax, à la région sternale et au-dessus des clavicules, des taches rosées irrégulièrement arrondies, parfois irrégulièrement annulaires, de quelques millimètres à un centimètre au moins de diamè-

tre, d’abord rares, puis rapidement confluentes, et qui tendent bientôt à se réunir par leurs bords de façon à former des plaques plus ou moins étendues. Ces plaques peuvent se réunir elles-mêmes, et la peau de toute la région supérieure et antérieure du thorax peut alors offrir une rougeur uniforme et plus ou moins intense. L’apparition et le développement de cette congestion se font de la même façon dans les parties de la région dorsale, lorsqu’ils s’y manifestent aussi.

» Ces rougeurs émotives ne tardent pas à diminuer d’intensité ; puis, peu à peu, elles disparaissent, et la peau, dans les points primitivement congestionnés, reprend, au bout de quelques minutes, sa teinte première. C’est là ce qui éclaire rapidement le diagnostic. Au moment où cette congestion cutanée est sous forme de roséole, on pourrait être entraîné à croire à l’existence d’une roséole syphilitique, bien que la coloration de la peau ne soit pas la même tout à fait dans ces deux cas ; mais l’erreur ne peut pas durer ; la prompte disparition de la roséole émotive, ou même sa transformation en une rougeur diffuse, lève presque immédiatement tous les doutes.

» Les congestions émotives peuvent offrir une étendue plus grande encore. J’ai vu, chez un homme d’une cinquantaine d’années, très nerveux et souffrant de douleurs névralgiques de siège variable, une roséole émotive se produire, lorsqu’on l’examina pour la première fois. Cette roséole occupait non-seulement les parties antérieures et supérieures du thorax, mais encore les épaules, la région antérieure de l’abdomen et même la moitié supérieure des cuisses. Cette sorte d’éruption disparut au bout de quelques minutes et ne se reproduisit pas les jours suivants. »

J’ai eu l’occasion d’observer, la semaine dernière, à la cliniqué de M. le professeur Gintrac, un cas de congéstion cutanée émotive bien manifeste. Il s’agissait d’une jeune fille chez laquelle la pâleur de la face, des douleurs névralgiques erratiques, une lassitude et un abattement général dénotaient une anémie profonde. Il existait en outre, à la base du cœur, un bruit de souffle au premier temps, que le professeur voulut faire constater à ses élèves. On découvrit la malade ; mais à peine le sthétoscope eut-il touché la région précordiale, que nous vîmes apparaître, à la face antérieure du thorax, une série de petites taches roséoliques qui, d’abord distinctes, ne tardèrent pas à se réunir et à se confondre en une nappe érythémateuse uniforme. Elle occupait symétriquement les deux moitiés de la face antérieure de la poitrine ; elle était limitée en hàut par les clavicules; en dehors elle s’étendait jusqu’à quelques centimètres au delà des mamelles ; en bas ellë ne dépassait pas une ligne horizontale qu’on aurait fait passer par la pointe du sternum. Je revis la malade une heure après : tout avait disparu.

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