‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 8 sur 48 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Affections vésiculeuses symétriques.

50e pBSERVATIOîI

Eczéma chronique des deux mains.

D... (Nelly), tailleuse, présente sur la face dorsale des deux mains un eczéma chronique. Cette éruption a débuté, il y a deux ans, sur la main droite, dans le sillon interdigital, qui

f épare le médius de l’annulaire ; elle a rapidement envahi toute la face dorsale du médius et les espaces interdigitaux correspondants. Ce n’est que dix mois plus tard qu’une éruption ana- ' logue s’est montrée sur la main du côté opposé ; elle s’est manifestée d’abord sur la face dorsale de la première phalange du médius pour envahir, comme sur Tautre main, la face dorsale du métacarpe et les espaces interdigitaux.

Cette éruption présente aujourd’hui tous les caractères de l’eczéma chronique ; elle disparaît pendant l’été pour reparaître au commencement de chaque hiver : elle s’accompagne toujours de démangeaisons fort incommodes.

31® PeserVAT ioN

Eczéma chronique des deux mains.

B... (Marie), vingt-huit ans, lisseuse, a vu apparaître, il y a dix-huit mois, ét sans cause connue, sur le bord interne de ses deux mains, de petites vésicules remplies d’un liquide clair, qui ne tardaient pas à se crever et à former de petites croûtes. L’affection disparut au bout de deux ans ; elle a fait depuis trois nouvelles apparitions et s’est étendue sur la moitié externe de la face dorsale de la main. Aujourd’hui, c’est une forme chroniqüe d’eczéma, compliqué d’une sensation presque continuelle de cuisson et rebelle à tout traitement.

32® pBSERVATION

Eczéma impétigineux symétrique des mains.

P... (Auguste), vingt et un ans, domestique au collège de Libourne, entre à l’hôpital Saint-André le 21 novembre 1874. Il présente sur les deux mains, entre les plis interdigitaux et empiétant un peu sur la face dorsale de la première phalange des doigts, des croûtes jaunâtres appartenant à une éruption d’eczéma impétigineux ; l’éruption remonte à cinq jours. Le malade ne sait à quelle cause l’attribuer ; pas de. démangeaisons.

L’affection signalée dans les trois observations qui pr-écèdent rappelle ces éruptions eczémateuses des mains et surtout des doigts, qui reconnaissent pour cause une irritation locale, et que tous les auteurs s accordent à rattacher à des influences professionnelles. Bazin leur a consacré de longues pages dans ses leçons sur les affections cutanées artificielles.

On a fréquemment l’occasion d’observer, sur les mains des cuisiniers et des cuisinières, des surfaces sèches rugueuses, avec un épiderme cassant et fendillé, une membrane papillaire épaissie. Ce n’est là qu’un état chronique d’une affection qui a été primitivement vésiculeuse.

Qui ne connaît la gale des épiciers ? « On observe sur les mains de ceux qui en sont atteints, dit Bazin, particulièrement à la face dorsale, une éruption papuleuse et squameuse. Cette éruption, mélangée de lichen et d’eczéma, est due à l’action des alcalis et des autres matières irritantes que manient les artisans. La peau est rougeâtre et sillonnée par des gerçures sèches et douloureuses, qui correspondent surtout aux plis articulairesh »

On observe des éruptions analogues par leurs symptômes et leur siège chez les mégissiers, les tanneurs, les ouvriers qui travaillent les crins ou les peaux, ou bien chez les individus dont les mains restent exposées pendant de longues heures à une chaleur élevée, comme les verriers, les forgerons, les boulangers,

Parent-Duchatelet a même décrit une forme d’eczéma chronique entre les doigts et les orteils chez les hommes qui vont à la recherche des objets utiles

iBazîn, loc. cit., p. 91.

OU précieux, que les neiges, les eaux et les boues de Paris entraînent dans la Seine^

Tous ces faits se réunissent autour d’une étiologie commune. Ils trouvent une explication toute naturelle dans le contact habituel de la main avec des substances irritantes. Nous rapporterons tout à l’heure quelques observations de cette forme d’eczéma symétrique. Voici un fait important d’éruption eczémateuse des deux mains^ survenu à la suite d’un traumatisme unilatéral, portant sur les nerfs de l’aiselle ; il est emprunté à Weir MitchelP; comme il est rapporté fort longuement dans l’auteur, nous l’analyserons et n’y prendrons que ce qui a trait à notre sujet :

33 ® Pbservation;

Blessure par uu coup de feu des nerfs de l’aisselle. — Paralysie du mouvement. — Perte légère de la sensibilité. — Causalgie au - dixième jour. — Désordres de nutrition. — Eczéma à la face palmaire des deux mains.

David Schwiley, âgé de dix-sept ans, sans profession, s’enrôle au mois d’août 1862, dans le 14® régiment des volontaires de la Pensylvanie. A Gettysburg, le 2 juillet 1863, tandis qu’il visait, il reçut une balle à deux centimètres et demi de la ligne médiane à gauche et à deux centimètres au-dessus de l’extrémité sternale de la clavicule. La balle sortit à la partie postérieure du bras droit, à cinq centimètres au-dessous de l’aisselte... Quand il fut frappé, il pensa que son bras avait été emporté ; il était devenu, en effet, incapable de mouvement, engourdi. Il survint bientôt des contractures dans les articulations de la main et des doigts.

Vers le dixième jour, des sensations de cuisson (causalgie) commencent à se montrer à la paume de la main et dans les doigts, particulièrement à la pulpe et dans les articulations.

‘ Bazin, ioc. c/Y.,p. 25.

^ Weir Mitchell. Des lésions des nerfs, traduit par Dastré.

Elles atteignent leur maximum d’intensité au bout d’un mois, se maintiennent pendant un autre mois, puis commencent à diminuer. Les bruits, les vibrations, le contact des corps secs réveillaient ses souffrances ; le frottement de ses bottes sur le plancher lui produisait une sensation insupportable à laquelle il remédiait en mouillant ses bas. Depuis le mois d’octobre, qui était le quatrième à partir de la blessure, la situation était restée la même. La sensibilité, légèrement affectée du côté externe, n’avait plus éprouvé de changement. Les mouvements volontaires, qui s’étaient améliorés pendant un temps, s’altéraient de nouveau, et de plus en plus, à mesure que les désordres de nutrition s’accentuaient.

Voici quelle était la situation au 17 décembre 1863 : Du côté de la nutrition, on observe que le bras blessé est devenu plus grêle; il y a atrophie évidente du sus-épineux, du sous-épineux, du deltoïde, du biceps, ces deux derniers muscles étant réduits à la moitié de leur volume. Pas d’altération dans le triceps ; le long supinateur et les radiaux sont réduits des deux tiers. Les muscles du pouce ont presque entièrement disparu. Les interosseux et les muscles du petit doigt n’ont pas éprouvé de changement.

Le cubital antérieur, le long palmaire, le fléchisseur radial sont fortement contracturés : le poignet est fléchi à angle droit sur le bras et incliné du côté du cubitus ; les extenseurs aussi sont contracturés, et les premières phalanges violemment étendues, tandis que le poignet est fléchi, ont subi une véri-, table subluxation.

La couleur des bras et de la main à la partie dorsale est naturelle; depuis les articulations jusqu’à l’extrémité des doigts, la peau est devenue luisante, dépourvue de poils, marbrée de rouge et de bleu, enlevée par places. Les ongles sont fortement courbés, les articulations enflées et très sensibles. La face palmaire du poignet a gardé son aspect ordinaire ; mais à la main et aux doigts elle est polie, d’un vif écarlate, enlevée par places et eczémateuse à un haut degré. A en croire le récit du malade, l’éruption s’est manifestée six semaines après la sensation de cuisson. La face palmaire de la main gauche est presque aussi eczémateuse que du côté blessé ; elle aurait été envahie un mois après l’action.

... La douleur de cuisson dans la main droite est continue et très vive, la chaleur, l’exposition à l’air, la sécheresse et la position déclive l’aggravent. La main gauche, affectée, elle aussi, d’eczéma est douloureuse à la pression et au simple contact, particulièrement à la face palmaire. Il est incontestable que cette main est affectée de douleurs, et que celles-ci se rapportent à la causalgie.

Au mois d’août 1864 la douleur commença à diminuer. Le rétablissement fut subit. Le malade, qui avait l’habitude d’enfermer ses mains dans des gants humides pour pallier ces phénomènes douloureux, s’aperçut un jour que son gant était sec et que pourtant les mouvements n’étaient pas[douloureux. La souffrance n’avait pas entièrement disparu, et l’homme commença encore à humecter sa main pendant quelques mois ; mais le mieux s’accentua. Aujourd’hui les impressions douloureuses se réveillent encore lorsqu’on exerce des frottements sur la face palmaire de la main ou des doigts avec un corps sec ; lorsqu’il se produit un grand bruit, par exemple, le passage d’un train de chemin de fer; lorsqu’une émotion vive s’empare du patient, comme cela lui est arrivé en voyant tomber une personne. Sa main gauche est débarrassée de la douleur.

La main gauche est aussi parfaitement normale comme apparence. h'eczéma a disparu avant même que le malade ait renoncé à tenir sa main humide. Quant à la main droite, sa coloration est normale; il n’y a plus d'eczéma. Celui-ci a persisté plus longtemps que pour la main gauche, mais il a disparu également avant la suppression des pratiques d’humectation. La sueur y est très forte et très abondante, elle se refroidit très facilement ; la douleur n’est pas continue ; les poils se sont reproduits à la face dorsale de la main et des doigts. Les ongles sont normaux.

34® PeserVAT ioN.

Eczema symétrique des deux jambes.

(Communi(juée par M. LA GROLET, interne adjoint des hôpitaux.)

R... (Grégoire), exerçant la profession de marin, entre à la salle 13, n® 22, service de M. Lebariller. Il y a environ douze ans, il fut pris de violentes démangeaisons sur la face dorsale

des pieds et la face antérieure des deux jambes. Les parties offrirent bientôt après une coloration d’un rouge ardent ; la peau lisse et luisante, se couvrit ensuite de petites vécicules qui se rompaient et formaient des croûtes blanchâtres. Sous l’influence d’un traitement approprié, bains et purgatifs salins, l’éruption rétrocéda au bout de trois semaines, et disparut enfin, ne laissant d’autres traces qu’une sm*face légèrement érythémateuse et des démangeaisons fort incommodes. Elle devait faire plus tard de nouvelles apparitions.

Deux nouvelles poussées ont conduit le malade à l’hôpital Saint-André, en 1872 et en 1873, L’eczéma s’est toujours loca lisé en des parties symétriques^ sur les pieds et sur les jambes ; il a disparu chaque fois après dix mois de traitement.

Il y a deux mois, de nouvelles vésicules se montrèrent sur les parties imparfaitement guéries ; leur rupture donna lieu à un suintement très abondant. R... rentra pour la troisième fois à la salle 13, Il présentait un eczéma chronique des extrémités inférieures, remarquable surtout par sa disposition absolument symétrique sur les deux pieds et les deux jambes. L’éruption occupait, des deux côtés, h moitié postérieure de la surface dorsale des pieds, passait au-dessous des malléoles jusqu’au talon, et de là s’étendait à la partie inférieure de la jambe, qu’elle enveloppait comme d’un manchon. Elle se limitait en haut par un bord irrégulièrement festonné, formant assez exactement la limite entre le tiers supérieur et le tiers moyen de ce segment de membre.

Quelques jours après apparurent de nouvelles vésicules d’eczéma disposées, des deux côtés, par groupes irréguliers sur la face interne de l’articulation du genou et sur la partie inférieure de la face interne des cuisses. La symétrie existait aussi dans cette éruption nouvelle.

35® pBSERVATION

Eczéma chronique des deux pommettes chez une femme atteinte de tuberculose avancée.

(Service de M. le D' LEBAKULER, salle 8, n" 17.)

D... (Louise), cinquante-huit ans, atteinte de tuberculose pulmonaire à la troisième période; phénomènes cavitaires très marqués, cachexie avancée.

Cette femme n’est plus réglée depuis l’âge de cinquante et un ans. La disparition du flux menstruel lui a laissé une céphalalgie fréquente. Quand survenait l’accès, ses yeux s’injectaient, les deux pommettes devenaient rouges; ne pouvant supporter ni le bruit, ni la lumière, elle cessait de travailler et s’enfermait pendant de longues heures dans une chambre obscure.

La congestion des pommettes disparaissait au début avec l’accès; mais bientôt elle devint permanente. Il y a trois ans, la malade vit survenir sur cette surface rouge de petites vésicules qui laissaient échapper un liquide blanchâtre et disparaissaient pour faire place à d’autres. L’éruption a présenté» depuis cette époque, des alternatives d’amélioration et d’aggravation ; elle n’a jamais disparu entièrement. Aujourd’hui, on remarque sur les deux joues, au niveau des saillies malaires, deux surfaces d’un rouge sombre, irrégulièrement circulaires, sur lesquelles s’étalent de petites lamelles épidermiques qui, en se détachant par places, laissent un derme rugueux et épaissi.

Des deux côtés, l’éruption présente une configuration et un aspect absolument identiques.

36e pBSERVATION

Eczéma chronique symétrique de la face antérieure des jambes

(Service de M. le professeur GINTRAC.)

Il s’agit d’un jeune homme de vingt ans, admis à l’hôpital Saint-André au mois d’août 1874.

Il présente, sur la face antérieure des deux jambes, une vaste surface érythémateuse, recouverte de vésicules d’eczéma impétigineux. De ces vésicules, les unes, jeunes encore, forment de petites cloches remplies d’un liquide séro-purulent; d’autres, plus anciennes, se sont déjà rupturées et concrétées en croûtes jaunâtres. Des deux côtés, l’éruption affecte une configuration ovalaire à grahd diamètre vertical. Commençant en haut, au même niveau des deux côtés, à quatre centimètres environ du sommet de la rotule, elle descend jusqu’aux malléoles; elle s’étend un peu plus sur la face interne du membre que sur la face externe.

Démangeaisons continuelles ; pas dè doulenrs lombaires, pas dé syphilis, pas dé scrofules.

57® pBSERVATION

Eczéma symétrique des deux avant-bras.

N... (Gracieuse), native des Hautes-Pyrénées, âgée de vingt-six ans, ménagère, entre à la salle 3, service de M. le D'Azâm, le 3 février 1875, {iour un abcès ganglionnaire du cOu et une'éruption eczémateuse des ayant-bras. Je laisse de coté la première de ces deux nffectioùs jiour iie m’occuper que dé la seconde. ' " ' ' ' ‘ '

Il y a huit jours, elle a vu apparaître de petites vésicules d’eczéma sur la face dorsale de la main droite, au niveau de l’articulation râdio-carpienne. Géttë éruption, qui s’accompàgnait de quelques démangeaisons, s’est étendue peu à peu sur la facedOrsale de i’avant-bras et sur la face dorsale de la main.

Mais en même temps appàrâissait'sur le membre gauche, en un point exactement symétrique, une éruption analogue ; elle a suivi la même marche que la première. "

Aujourd’hui, 4 avril (Un mois après le début), les vésicules ont disparu ; il ne reste plus qu’une surface rugueuse et rouge, recouverte de lamellés furfuracées ; mais la symétrie de l’éruption est frappantei Voici sa configuration ;

A. ~ Sur les deux mmns. — L’eczéma recouvre la région cai'pienne et se termine en bas, à trois centimètres environ des articulations métacarpo-phalangiennes, par une ligne sinueuse, irrégulière.

B. —Elle envoie une pointe dans le premier espace interosseux jusqu’à l’espace interdigital correspondant.

c. — En dehors et en dedans^ elle ne dépasse pas le bord interne et le bord externe de la ; main, pour envahir la face palmaire, qui est indemne.

~düxaFao/-Aras. — L’éruption recouvre la face dorsale dans son tiers inférieur ; puis, se portant sur le bord radial, elle le contourne et s’étend en une nappe irrégulière sur

e tiers supérieur de la face antérieure. Cette poussée sur la face antérieure est un peu plus étendue a droite qu’a gauehe.

E. — Des deux côtés, l’eczéma s’arrête au coude, à deuxcentimètres de l’interligne articulaire.

F. — A gauche, sur le bord cubital, on trouve une plaque bvoïde d’eczéma, à grand diamètre vertical de cinq centimètres de longueur sur trois de largeur.

G. — A droite et au même niveau, on trouve une plaque nouvelle plus petite, il est vrai, mais également ovalaire ; e’ ’e ne mesure que deux centimètres sur un centimètre.

Cette femme a toujours joui d’une santé parfaite. Elle ne se rappelle pas avoir eu autrefois d’éruptions analogues. Elle ne trouve dans ses souvenirs aucune circonstance étiologique, aucune irritation locale qui pourrait expliquer l’affection que je viens de décrire.

38e pBSERYATION

Eczéma symétrique.des membres inférieurs. — Troubles de la sensibilité.

C... (Bernard), soixante-huit ans, forgeron, entre àla salle 16, le 8 mai 1876, pour une éruption croûteuse des membres inférieurs, datant de plusieurs années.

Des deux côtés on rencontre sur les jambes des croûtes lamelleuses peu épaisses, d’une coloration grisâtre, reposant sur un derme rouge, épaissi et fendillé. Les parties atteintes sont le siège d’une cuisson presque continuelle. A droite, l’éruption forme, à la partie inférieure de la jambe, une espèce de manchon qui s’élève jusqu’à huit centimètres de l’articulation du genou; en bas, elle s’étend sur la moitié postérieure de la face dorsale du pied ; la face palmaire est indemne ; il existe deux durillons, l’un sous l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil, l’autre à côté du bord externe : ces deux durillons sont le siège de douleurs parfois assez vives.

A gauche, les squamès sont plus minces, mais l’éruption présente les mêmes limites que du côté opposé. Je dois sign -

1er ici encore un gros durillon situé sous l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil.

La sensibilité est fortement atteinte sur les deux membres. Les piqûres faites sur le derme dénudé sont à peine perçues, alors même qu’elles sont suivies d’un écoulement de sang. Autour des durillons, il existe une zone anesthésique de plusieurs centimètres d’étendue : sur la, face dorsale du pied, la sensibilité est mieux conservée, mais ici encore, un écartement de dix centimètres des pointes du compas de Weber ne suffit pas pour faire naître une double sensation.

Ce malade a les artères athéromateuses. Les durillons que j’ai signalés n’aboutiront-il pas à des ulcères per‘’orants?

59 ® pBSERYATION

Eczéma symétrique du tronc et des membres supérieurs.

(Communiqué par M. DÀUZATS, interne à l’hôpital Saint-André.)

B... (Marguerite), âgée de vingt-neuf ans, entrée à l’hôpital Saint-André le 15 décembre 1874, dans le service de M. le D' Lebariller.

Les antécédents héréditaires de la malade offrent peu d’intérêt ; il Y a lieu-)de noter cependant que la mère, âgée de cinquante-huit ans, est, hydropique depuis quinze à seize ans et que sa grand’mère est morte également hydropique, mais .à une âge très avancé. -r- Elle est fille unique. ,

La malade, depuis son enfance jusqu’à ce jour,, a toujours été oppressée et, par moment, les accès de dyspnée ont atteint une grande intensité. —Elle a été réglée à treize ans. La menstruation a toujours été régulière jusqu’à vingt-trois ans; mais depuis cette dernière époque les règles n’ont plus reparu, sauf cependant dernièrement, en janvier et février 1875, où elles ont été très peu abondantes.

A l’âge de vingt ans et demi, il y a de cela un peu plus de huit ans, par conséquent, la malade eut mi chancre dur à la. vulve qui guérit. assez rapidement ; mais deux mois après environ, une éruption se déclara à la partie supérieure du corps, consistant en bulles de un centimètre et plus de diamètre, qui.

après avoir subi la transformation purulente, laissèrent à leur place et dans leur intervalle de véritables plaques eczémateuses avec suintement séreux, s’accompagnant de fortes démangeaisons, surtout la nuit, et qui ont persiste pendant huit ans, jusqu’à l’époque de l’entrée de la malade à rhôpital.

Plusieurs éruptions bulleuses se sont ainsi montrées à plusieurs reprises, principalement chaque hiver et à l’époque des règles. Mais le nombre des bulles a été de moins en moins considérable, de telle sorte que le caractère eczémateux de l’affection s’est de plus en plus caractérisé. La malade a eu de plus quelques boutons dans les cheveux et un peu d'angine.

B ... (Marguerite) exerçait la profession d’infirmière à l’hospice Saint-Jean et supportait patiemment son infirmité sans suivre de traitement, lorsque, au mois de décembre 1874, se sentant beaucoup plus oppressée que de coutume et s’apercevant que depuis un mois ses jambes et son ventre enflaient, elle se décida à rentrer à l’hôpital Saint-André, le 15 décembre, où elle fut placée salle 8, lit n® 5, dans le service du D” Lebariller.

La malade, à son entrée, présentait l’état suivant :

La dyspnée était considérable et paraissait due à de l’emphysème pulmonaire et au ballonnement du ventre. Le ventre, globuleux, paraissait contenir une certaine quantité de liquide ; les membres infériem’s étaient très œdématiés et la face bouffie. La malade avait de fréquents vomissements ; elle souffrait des reins et présentait des troubles de la vision. Ces différents symptômes, joints à l’examen de l’urine qui montra une grande quantité d’albumine et quelques tubes, firent porter le diagnostic de néphrite albumineuse.

Quant à l'eczéma, il occupait le même siège que depuis sa première apparition, il y a huit ans ; le suintement était assez abondant et les démangeaisons fort vives. Voici approximativement quelle était sa disposition :

En arrière et en haut, une première plaque s’étendait dans la région de la nuque, de l’occipital à la première vertèbre dorsale, limitée symétriquement de chaque côté par le bord externe du trapèze, et en bas par une ligne transversale d’environ seize centimètres et passant par la première vertèbre dorsale.

Un peu plus bas, toujours sur la partie postérieure du tronc, se montrait une deuxième nappe eczémateuse beaucoup plus

considérable que la première. Sa forme était triangulaire, le sommet correspondant à la sixième vertèbre dorsale, la base passant horizontalement par celle du sacrum, et les côtés s’étendant symétriquement encore de la partie moyenne de la crête iliaque au sommet de la sixième vertèbre dorsale. A droite et en bas cependant, la dermatite s’étendait un peu plus loin, jusque sur le tiers antérieur de la crête iliaque.

En avant, la face était complètement indemne, mais audessous, la symétrie était encore plus frappante qu’en arrière. L’eczéma occupait en effet, de chaque côté, l’espace correspondant aux deux grands pectoraux, les deux plaques étant réunies sur la ligne médiane au niveau du sternum, depuis sa partie supérieure jusque vers sa partie moyenne. Enfin l’eczéma s’étendait encore sur les faces antérieure et externe de chacun des deux bras et s’arrêtait, juste de chaque côté, au niveau du pli du coude.

Ainsi, en résumé, l’éruption eczémateuse occupait depuis huit ans la partie supérieure du corps et affectait manifestement une disposition symétrique.

La malade fut, dès son entrée, soumise au régime lacté pur pendant deux ou trois semaines ; elle prit ensuite de l’iodure de potassium associé au tannin pendant plus d’un mois. Sous l’influence de ce régime, l’oedème ne tarda pas à disparaître et la santé se raffermit.

Chose remarquable : deux vésicatoires ayant été appliqués sur le dos de la malade dès les premiers jours de son entrée à l’hôpital, l’éruption eczémateuse sécha presque partout en même temps, l’épiderme se reforma et il ne resta plus que de larges taches cuivrées attestant pai’faitement encore la place première occupée par l’éruption.

Le 1®' mars, la malade est sortie, grandement améliorée et ses urines ne renfermant plus d’albumine. Il est] probable que la néphrite albumineuse était sous la dépendance de la diathèse syphilitique et que l’iodure de potassium doit revendiquer une grande part dans l’amélioration de la malade. J’ajouterai que les règles, qui n’avaient plus reparu depuis six ans, sont revenues, mais en très faible quantité, en janvier, et une deuxième fois en février.

408 PbSERYATION

Eczéma symétrique des membres supérieurs et de la face.

(Service de M. MABIT, salle 16, n- 21.)

B... (Joseph), dix-neuf ans, boulanger, entre à l’hôpitâl Saint André le 23 juin 1875.

Vers la fin du mois de mai dernier, il vit apparaître de petites vésicules sur la face antérieure de l’avant-bras gauche ; elles envahirent bientôt la face dorsale de la main et même la région du coude. Trois jours après, une éruption analogue par sa nature et par sa marche se montra sur le membre opposé.

Le 8 juin, apparition sur la joue gauche de quelques vésicules d’eczéma. Deux jours après, éruption identique sur la joue droite.

. Aujourd’hui, 23 juin, l’éruption persiste sur les membres supérieurs et à la face, où elle affecte une disposition symétrique remarquable.

418 PbSERYATION

Eczéma symétrique des membres et des oreilles.

(Communiqaée pat M. MOREAU, interne à l’hôpital Saint-André.

B.âgé de vingt-quatre ans, garçon de café, entre à l’hôpital Saint-André (service des payants), pour une éruption eczémateuse des deux oreilles. C’est un eczéma simple, compliqué de quelques vésicules d’eczéma impétigineux. Il y a peu de gonflement des parties. L’oreille est cuisante dans les points non recouverts de croûtes; il existe un prurit intense.

L’affection dont ce malade est atteint ne s’est pas localisée primitivement aux oreilles. Elle a commencé sur la face interne de La jambe gauche. La jambe droite, quinze jours après, devenait le siège de vésicules, analogues à celles qui s’étaient montrées sur celle du côté opposé.

Bientôt,-des vésicules ont apparu sur la face dorsale de la main droite d’abord, et puis sur le point correspondant de la

main gauche. Les deux avant-bras eux-mêmes ont été atteints à la partie inférieure de la face antérieure. L’huile de cade employée alors n’a produit aucun effet. Au commencement de décembre dernier, la face dorsale de l’index et du médius de la main gauche ainsi que l’index de la main droite ont été atteints à leur tour. En même temps l’oreille droite se prenait et l’oreille gauche ne tardait pas (quinze jours après) à être malade, elle aussi. L’éruption a commencé à la partie antérieure du pavillon, s’étendant jusque vers le milieu de la joue. Vers le 15 décembre les oreilles n’étaient plus malades.

L’eczéma des mains a également disparu vers la fin du mois, mais il y a eu alors récidive sur l’oieille droite, puis sur la gauche. Le traitement suivi jusqu’alors avait consisté en applications d’huile de cade, en pilules asiatiques, salsepareille, iodure de potassium à l’intérieur, bains sulfureux, une purgation par semaine. Puis ces médicaments furent remplacés par la liqueur de Fowler et la tisane de patience. Enfin, à son entrée à l’hôpital, les oreilles ont été recouvertes de compresses à l’eau de guimauve. Les croûtes sont tombées alors en cinq jours. On ne constatait qu'un peu de surdité ou plutôt des bourdonnements du côté de l’oreille gauche.

J’ai interrogé le malade au point de vae des maladies antérieures qu’il avait pu avoir. Il s’est contenté de me dire que ses mains étaient sujettes aux crevasses. Sa profession (garçon de café) l’obligeant à avoir les mains ordinairement dans l’eau,

42® pBSERVATION

Eczéma symétrique des membres inférieurs. — Diminution de la sensibilité au contact et à la température. — Hypéralgésie légère.

RENDU. {Annales de Dermatologie, 1875, 1.)

B... (Joseph), cinquante-cinq ans, porteur à la halle, présente manifestement les caractères de l’arthritisme. Il a été soigné quatre mois à l’hôpital Lainboisière pour des rhumatismes. Il est sujet à des migraines qui lai reviennent tous les deux mois et a déjà eu plusieurs atteintes d’eczéma. Depuis trois ans il n’avait pas éprouvé de récidive.

L’éruption qui l’amène à l’hôpital le 28 avril date de près de

quinze jours ; elle occupe les pieds, les jambes et la face externe des cuisses et des fesses, sous forme de placards disséminés assez secs, très prurigineux. Sur les pieds, l’eczéma est plus humide, et en ce point la peau est recouverte de croûtes lamelleuses.

Au niveau des plaques les plus animées, on constate très nettement que le contact de l’épingle est beaucoup moins bien perçu que sur la peau saine ; par contre, la sensibilité à la douleur, loin d’être diminuée, est manifestement exaltée. Quant à la sensibilité thermique, elle se comporte comme la sensibilité tactile, mais elle est encore plus obtuse : c’est à peine si le malade a la sensation d’un objet froid métallique appliqué sur l’eczéma.

Les démangeaisons sont très fortes, elles surviennent la nuit comme le jour, par intervalles et sous l’influence de la chaleur : c’est un mélange de prurit véritable et de picotements allant jusqu’à des élancements.

Le malade est soumis à l’enveloppement et aux bains d’amidon. —Le 15 mai, l’eczéma est déjà à l’état pityriasique, bien que la peau soit encore rouge et congestionnée au niveau des plaques. —La sensibilité tactile est à cette époque presque revenue complètement ; le sens de la température reste encore faible. —A la fin du mois, la guérison paraît complète : la peau présente encore un peu d’excoriation, les démangeaisons n’existent plus.

Le malade quitte l’hôpital le 1“ juin ; la sensibilité est alors revenue à son état normal.

Eczéma symétrique des membres et des extrémités. — Diminution

de la sensibilité au contact et à la température. — Conservation,

de la sensibilité à la douleur.

M... (Rosalie), âgée de vingt ans, blanchisseuse, a eu des gourmes à l’âge de sept ans, et à plusieurs reprises des poussées d’eczéma. Elle n’est pas sujette aux migraines ni aux douleurs articulaires ; sa menstruation est irrégulière.

Depuis deux mois, elle a vu se développer des placards

d’eczéma sur des régions symétriques, et de préférence au niveau des plis articulaires. L’éruption est distribuée sur le dos de la main, à la face interne du médius et de l’annulaire ; les autres doigts, de chaque côté, sont épai'gnés. Tous les plis de flexion des jointures, sauf les aisselles, sont eczémateux, et pour les membres supérieurs comme pour les inférieurs, les lésions sont beaucoup plus considérables du côté droit que du côté gauche, sans que la malade ait employé aucun agent susceptible d’irriter son mal. Cette düférence se retrouve même pour les placards d’eczéma qui cccupent le dos de la main.

Chaque plaque est sèche, fissurée, douloureuse, légèrement lichénoïde, quoique la peau ne soit pas notablement épaissie.

La sensibilité est très émoussée sur la plaque : même une fois les squames tombées, après enveloppement dans le caoutchouc, la pointe de l’épingle est à peine sentie ; la perception, de la température est également peu distincte. La douleur, au contraire, est aussi bien sentie sur les points malades et sur les parties saines.

(Houblon ; bains alcalins ; enveloppement par le caoutchouc ; onctions par le cérat.)

Le 14 mai, au bout de dix jours de traitement, les plaques ont cessé de desquamer, la peau a recouvré sa souplesse : il ne reste plus qu’un état luisant et congestif des plaques La sensibilité au tact et à la douleur est revenue à son intégrité, mais la sensibilité à la température reste encore un peu obtuse.

La malade quitte l’hôpital le 23 mai, guérie : toutes les sensibilités sont normales.

44e Pbseryation

Eczéma invétéré, disposé en placards symétriques. — Diminution de la sensibilité tactile et thermique. — Sensibilité à la douleur plutôt exaltée.

EENDÜ. (Loc. eit.)

P... (Jean), caissier, âgé de soixante-et-un ans, n’a jamais fait de maladies sérieuses. C’est un homme d’un tempérament sec, nerveux, sujet quelquefois aux migraines. Il y a vingt-sept ans, il eut déjà de l’eczéma des membres. L’hiver, il a des bronchites assez tenaces et de la blépharite chronique.

L’eczéma qui l’amène à l’hôpital date de huit ans ; il ne l’a jamais quitté et est resté presque toujours localisé aux bourses et aux aisselles. En ce moment l’éruption est symétriquement distribuée sur les bras, les avant-bras, les aisselles, le scrotum et le pli de l’aine. Elle affecte la forme d’un eczéma sec, fendillé, surtout au scrotum ; elle est excessivement prurigineuse et entraîne l’insomnie. Malgré l’ancienneté de l’éruption, la peau n’est que rugueuse, sans épaississement véritable. Les ganglions correspondants aux plaques sont volumineux.

L’exploration de la sensibilité montre une diminution évidente de la sensibilité tactile et thermique ; au contraire, les impressions douloureuses sont plus vivement perçues que sur la peau normale.

(Bains d’amidon; enveloppement dans le caoutchouc; une cuillerée de solution d’arséniate de soude.)

Quelques jours après son entrée, la peau a repris de la souplesse, mais reste encore luisante et squameuse. La sensibilité tactile est moins emoussée qu’au début, mais elle n'est pas revenue à son état naturel.

Le malade, sur ces entrefaites, demande à quitter l’hôpital.

Eczéma symétrique des membres.—Anesthésie tactile et thermique.

— Intégrité de la sensibilité à la douleur.

RENDU. [Loi. Cit.)

G... (François), âgé de cinquante-deux ans. Cet homme, qui s’est toujours bien porté, a été pris d’eczéma il y a trois semaines. Il attribue l’origine de son mal à une perte d’argent qui l’aurait vivement contrarié. L’affection a débuté par des démangeaisons très vives et une sensation de brûlure et de cuisson aux points où plus tard apparurent les rougeurs. Actuellement, l’eczéma occupe les membres, le cou et les organes génitaux ; il respecte le tronc. Au cou et au pubis, il est suintant et très confluent; sur les membres, il est disposé, par placards symétriques, au niveau des plis articulaires et sur la face antérieure de l’avant-bras. Par une singulière exception, les aisselles ne sont pas atteintes.

Au niveau des plaques, la sensibilité est notablement altérée. Le sens du tact est émoussé de moitié. Là où l’esthésiomètre marque un écartement de neuf millimètres pour la peau saine, il faut dix-huit millimètres pour que la perception sur la plaque soit égale. La sensibilité à la douleur superficielle est conservée. Quant à la sensibilité thermique, elle est diminuée au moins dans la même proportion que la sensibilité tactile. Ces expériences sont faites à plusieurs reprises sur des placards en voie de croissance, qui ne sont recouverts ni de croûtes, ni de squames pouvant amortir mécaniquement la sensibilité.

Un mois après son entrée, le malade quitte l’hôpital. Le contact et la douleur sont régulièrement perçus, mais l’appréciation des différences de température laisse encore à désirer. A part un peu de rougeur, la peau a repris son état normal.

46 e peSERVATION

Eczéma symétrique des deux avant-bras.

M... (Augustin), vingt-trois ans, exerçant la profession de boulanger, entre à l’hôpital Saint-André le 24 mai 1876 (salle 16, lit n° 9), service de M. le Mabit.

Il y a un mois, ce jeune homme a vu apparaître sur l’avantbras droit une série de petites vésicules qui, en se rompant, formèrent comme autant de croûtes squameuses d’un gris jaunâtre. Quinze jours après, l’affection se manifesta sur le bras gauche, en un point exactement similaire.

Les deux éruptions reposaient sur une surface rouge et enflammée et s’accompagnaient de démangeaisons fort vives que rien ne pouvait calmer.

Quand le malade est entré à l’hôpital, il présentait deux immenses placards de squames grisâtres, siégeant de chaque côté sur la face antérieure des avant-bras, et empiétant un peu sur le bord externe. Ses démangeaisons sont moins vives qu’au début.

M. Mabit prescrit d’abord des bains amidonnés, et comme traitement local, l’emploi de l’huile de cade. Le malade est sorti à peu près complètement guéri le 25 juin 1876.

47® pBSERVATION

Eczéma nummulaire symétrique des membres.

BAZIN. {Affect, eut. de nature arthritique et dartreuse.)

C... (Eugène), âgé de quarante-deux ans, apprêteur de châles, entre le 24 janvier 1865 au pavillon Saint-Mathieu, n° 36. Pas de renseignements sur la santé des parents du malade. Pour lui, d’une constitution sanguine très prononcée, il est surchargé d’embonpoint et sujet à des transpirations abondantes. D’une santé habituelle très bonne, il a été pris, il y a quatre ans, de douleurs névralgiques dans la tête, douleurs qui se sont renouvelées à des intervalles irréguliers, pendant deux ans, et auxquelles ont succédé des douleurs très vives dans l’épaule et le genou gauches, et qui ont été elles-mêmes remplacées par des douleurs fréquentes dans les reins. Pas d’hémorrhoïdes ; cuissons anales fréquentes, à la suite de chaleurs et de fatigues à la marche.

Pas d’éruption cutanée antérieure.

L’éruption actuelle a débuté, il y a deux mois et demi, par le bras gauche, puis elle s’est manifestée quelques jours après sur la jambe du même côté ; plus tard, elle est apparue sur les membres du côté opposé et dans les mêmes points, de telle sorte qu'aujom'd’hui elle est devenue symétrique, mais secondairement et par suite de ce développement successif.

Elle se compose de placards arrondis ou ovales, quelquefois irréguliers et assez étendus, grâce à l’adossement des placards primitifs. Elle siège principalement sur la face externe des bras, qu’elle recouvre dans presque toute leur étendue, moins la face interne ; les avant-bras présentent également deux ou trois placards arrondis. Aux membres inférieurs, elle occupe surtout la face externe et antérieure des jambes et remonte jusque sur les genoux.

Ces placards sont surtout abondants du côté gauche. Ils présentent une coloration rouge très prononcée ; leurs bords sont assez nettement délimités ; leur surface est sèche et recouverte d’une exfoliation légère. Il n’y aurait eu de suintement, dit le malade, qu’au moment de l’apparition de chacun d’eux.

Une tension douloureuse, avec des picotements assez vifs, se manifeste, surtout le soir, sur les parties affectées. Pas de symptômes généraux.

48® peSERVATION Eczéma symétrique des jarrets.

BAZIN. (Loe. eit.)

N... (Ernest), âgé de vingt-huit ans, entre le 20 mars au pavillon Saint-Mathieu, n® 3.

Le père du malade est mort atteint d’aliénation mentale. Sa mère était sujette à des migraines très fréquentes et s’accompagnant de vomissements, et à des accès d’asthme également fréquents ; elle serait morte dans un de ces accès. Pour lui, d’un tempérament lymphatico-nerveux, il est d’une constitution sèche et un peu amaigrie ; il a eu une fluxion de poitrine à dixneuf ans. Depuis, sa santé s’est bien rétablie, et il n’a jamais fait d’autre maladie grave.

Pas de douleurs dans les articulations, quelques douleurs de reins passagères ; digestions faciles, selles régulières, pas d’hémorrhoïdes, chaleurs fréquentes à la tête, avec tendance aux étourdissements, et sensation d’étouffement. Apparition de placards eczémateux au creux du jarret, symétriquement de chaque côté, il y a une quinzaine d’années, et qui persistent encore ; des placards analogues se sont montrés plus tard de chaque côté du cou et à la face interne des cuisses, et ont disparu après quelques mois de durée.

Ce malade entre à l’hôpital à dix heures du soir, dans un accès d’oppression et d’étouffement très violent, qui l’aurait surpris eh bonne santé une heure avant son arrivée à l’hôpital. On lui applique immédiatement au creux épigastrique un large sinapisme, et une heure après il. se sent notablement soulagé.

Le lendemain, revenu à son état ordinaire, il peut donner les renseignements qui précèdent, et il ajoute que depuis cinq à six jours, il éprouvait des chaleurs à la tête et des étourdissements plus violents que d’habitude, et qu’au début de son accès d’oppression, il avait senti se développer sm* tout le corps, le tronc et les membres, des boutons du volume d’une lentille, s’accom-

pagnant de démangeaisons très vives, et qui ont rapidement disparu, en même temps que son oppression {urticaria e vaüida.)

Actuellement, 21 mars, le malade ne présente ni oppression, ni boutons sur le corps, ni démangeaisons ; il éprouve à peine un léger sentiment de malaise général. Mais en l’examinant de eapite ad calcem on trouve de chaque côté, au creux du jarret, des plaques d’eczéma que porte le malade depuis longtemps. ■Ces plaques sont d’une rougeur peu intense, sans suintement, recouvertes d’exfoliations légères, et ne^’accompagnant que de faibles démangeaisons. Elles sont peu étendues, et jusqu’ici sont restées limitées aux points qu’elles occupent actuellement. Aucune autre trace d’éruption sur le reste du corps.

49« pBSERYATION

Eczéma symétrique des membres inférieurs. — Accès d’astbmé et migraines périodiques.

BAZIN. {Loe. cit.)

D... (Charles), âgé de trente-six ans, journalier, entre le li avril 1865 au pavillon Si'intrMalhieu, n° 25. — Pas de renseignements sur les parents du malade. — Pour lui, d’un tempérament lymphatico-nerveux, et d’une consi.ituiion robuste ^ mais sans embonpoint, il n’a jamais eu de gourmes dans les cheveux, ni d’ophthalmies, et il aurait toujours joui d’une bonne santé jusqu’à l’apparition de l’érupLion qui l’amène à l’hôpital et qui date de deux ans. Cette éruption s’est montrée tout d’abord au creux des jai’rets, des deux côtés, et y a persisté depuis, en présentant des exacerbations passagères, et en même temps une extension de plus en plus grande. La poussée actuelle date de trois semaines et est beaucoup plus intense que les précédentes.

Le malade ajoute que, six mois après l’apparition de l’affection cutanée, il a été pris d’accès d’oppression et d’étouffement, qui surviennent surtout la nuit, le forcent à se lever brusquement et à se mettre à l’air libre pour avoir sa respiration ; ces accès durent de quatre à cinq heures, se terminent par de la toux et une expectoration peu abondante. Ils se renouvellent

deux ou trois jours de suite, et se répètent périodiquement tous les huit à dix jours sous la même forme et avec la même durée.

Depuis que l’éruption qu’il porte a pris plus d’extension, ces accès d’asthme sont, dit-il, moins fréquents et moins graves ; il se sent notamment bien soulagé de ce côté depuis la dernière poussée eczémateuse.

Il y a un an, il est entré une première fois à Saint-Louis, et en est sorti guéri ; mais l’éruption reparaissait quinze jours après. Six mois après, il a eu une poussée intense, pendant laquelle les accès d’asthme ont diminué sensiblement ; depuis, ils ont repris leur intensité première, jusqu’à recrudescence actuelle de l’affection cutanée.

Il se plaint également d’être sujet à des migraines, s’accompagnant de vomissements, mais de courte durée ; pas de gastralgie, pas d’hémorrhoïdes, selles régulières. Il dit être très vif et s’emporter à là moindre contrariété.

A son entrée, on observe de larges plaques d’eczéma couvrant toute la face postérieure des membres inférieurs. Ces plaques semblent partir du creux des jarrets, où elles sont plus intenses, comme d’un centre, pour remonter jusque vers le tiers supérieur des cuisses et descendre sur les jambes jusque près de l’articulation du pied.

Deux plaques s’observent également au pli des saignées de chaque côté, et s'étendent de là sur le bras et l’avant-bras, mais dans une petite étendue.

Toute la face, enfin, présente une large plaque qui la recouvre complètement.

Les surfaces eczémateuses offrent une rougeur assez vive, qui s’étend progressivement sur la limite des parties saines. Elles sont recouvertes d’une exfoliation légère, qui se détache facilement. Le suintement, qui aurait été assez abondant au début de la dernière poussée, est presque tari aujourd’hui.

Le malade accuse des démangeaisons sur toutes les parties affectées; mais ce symptôme est également moins intense depuis quelques jours.

50® pBSERVATION

Eczéma symétrique des membres. — Psoriasis symétrique des coudes et des genoux.

(BAZIN, loc. Cit.)

D... (Séraphine) âgée de trente six ans, domestique, entre, le 21 février 1865, à la salle Sainte-Foy, n° 45.

Le père de la malade, d’une bonne santé habituelle, aurait longtemps porté une dartre à la jambe.

Pas de renseignements sur la santé de la mère.

Pour la malade, elle offre un tempérament lymphatico-sanguin assez prononcé ; elle est sujette à des maux de tête et à des douleurs dans les articulations, douleurs qui sont surtout fréquentes l’hiver. Les règles sont régulières, mais peu abondantes.

Elle présente deux éruptions différentes : l’une siégeant aux coudes et aux genoux, et l’autre occupant principalement la jambe gauche au niveau du mollet.

La première, de date indéterminée, est toujours restée limitée aux points qu’elle occupe aujourd’hui et n’a jamais préoccupé la malade.

La seconde est apparue, pour la première fois, il y a quinze ans, à la même place qu’elle affecte encore aujourd’hui; guérie au bout de quelques mois, elle est restée quatorze ans sans reparaître elle s’est montrée, de nouveau, il y a un an, après avoir été précédée d’une éruption abondante de furoncles.

A l’arrivée de la malade, on constate l’état suivant :

A. —On observe actuellement sur la jambe gauche, à sa partie postero-externe, une large plaque d’eczéma, couvrant une grande partie du mollet. Cette plaque est d’un rouge assez intense, offre des bords nettement circonscrits et une surface un peu humide et couverte de squames légères. Une plaque analogue mais beaucoup moins étendue, se voit, sur la jambe droite. Sur les avant-bras, on retrouve un piqueté eczémateux, c’est-à dire de petites poussées de vésicules irrégulièrement disséminées et en grande partie desséchées ; sur les mains, au

niveau de la racine des doigts, se remarquent quelques croûtes humides et eczémateuses assez épaisses.

B. — Au niveau des coudes et des genoux, sur leurs parties saillantes, on trouve des squames blanchâtres, argentées, d’une sécheresse remarquable et formant, en chacun de ces points, une petite plaque peu étendue. La rougeur sous-jacente est peu marquée ; aucune trace de vésicules soit anciennes, soit récentes.

Des démangeaisons assez vives tourmentent la malade au niveau de l’éruption eczémateuse des jambes. Elles sont presque nulles sur les coudes et les genoux.

51e pBSERYATION

Eczéma symétrique des membres inférieurs de nature syphilitique

Q... (Alexandre), âgé de quarante-neuf ans, menuisier, entre le 31 janvier 1865, au pavillon Saint-Mathieu, n® 24. Pas de renseignements sur la famille du malade. Pour lui, d’un tempérament sanguin prononcé, il est d’une constitution robuste et jouit d’une santé habituelle excellente. Il porte de nombreuses varices aux membres inférieurs.

II raconte qu’il a été atteint, il y a une quinzaine d’années, d’une blennorrhagie, pour laquelle il est entré à l’hôpital du Midi. Cette chaudepisse s’est accompagnée de crêtes de coq, siégeant à la racine du gland, et d’un bubon à l’aine, lequel a suppuré et a dû être ouvert. Il est resté dix-huit jours seulement à l’hôpital, et il n’a pas été soumis au traitement mercuriel. Depuis, il assure qu’il n’a eu aucune autre affection véné rienne soit à la verge, soit ailleurs, et qu’il n’a eu aucune éruption sur la peau, sauf celles qu’il présente aujourd’hui.

Ces éruptions siègent, l’une à la jambe droite, et l’autre à la jambe gauche. La première daterait de neuf ans et aurait présenté de nombreuses alternatives de guérison et de récidives ; à son arrivée, on constate l’état suivant :

— Sur la jambe droite, à sa partie interne et au niveau du mollet, on observe une plaque de la largeur de la main, offrant une coloration générale d’un rouge cuivré, et sur laquelle, çà et

là, existent des croûtes épaisses, jaunes verdâtres, humides et assez saillantes, et laissant suinter au-dessous d’elles une petite quantité de sérosité purulente. Au - dessous de ces croûtes, qu’il est facile de détacher, on constate l’existence de deux ulcérations : l’une assez étendue et disposée enfer à cheval, l’autre plus petite et formant un cercle presque complet. Toutes les deux ont les bords taillés à pic et le fond d’un rouge assez vif. Enfin, tout à fait à la périphérie, s’observent des cicatrices petites, arrondies, superficielles, entourées d’une coloration brunâtre assez intense, et qui dénotent Texistence d’ulcérations antérieures. P as de douleurs, ni de démangeaisons.

Sur la jambe gauche, également au niveau du mollet, existe une autre plaque aussi étendue que la précédente, d’un rouge assez vif et présentant une surface couverte d’exfoliations légères. Cette plaque aurait été souvent le siège d’un léger suintement et de démangeaisons vives, qui persistent encore à un certain degré.

Page 1