‹ De la Sympathie à la Fraternité dArmesChapitre 7 sur 30 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CEUX QUI NOUS AIMENT EN AMÉRIQUE

i" mai 1916.

Le message des Cinq Cents intellectuels américains. — Un appel de M. Paul Bourget. — Quelques manifestations de l'amitié charitable des États-Unis.

Pendant longtemps, beaucoup d'entre nous furent persuadés que, pour le plus grand nombre des Américains, l'unique souci était de gagner de l'argent en vendant n'importe quoi en Europe, aux Austro-Allemands aussi bien qu'à l'Entente. Mais, de jour en jour, des dispositions morales apparaissaient, que nous aurions été bien coupables de ne pas reconnaître et saluer quand elles venaient d'elles-mêmes s'offrir à nous servir. Avons-nous toujours distingué clairement entre les Américains, et accueilli avec un suffisant empressement nos amis ?

Ici, peut-être mes lecteurs veulent-ils s'en souvenir, nous avons dépouillé des lettres qui nous venaient des grandes Universités de Cambridge, de l'Est et de l'Ouest, de partout, et qu'animait un amour ardent de la Justice piétinée en Belgique et de la France. Je disais : « Une révolution de conscience se prépare en Amérique, au profit de la France. Voulez-vous y assister? L'opinion des Universités est là-bas d'une importance que je ne risque pas d'exagérer. Seules, elles ont des idées, au sens européen du mot, au milieu d'un public tout neuf, qui vit d'impressions. » Et je recueillais les premiers frémissements de l'intelligence d'outre-mer. Mais, dans l'ensemble, les Américains les meilleurs ont parfois trouvé

CEUX QUI NOUS AIMENT EN AMÉRIQUE

que notre presse, qui n'enregistre guère que les actes politiques des pays étrangers, nous laissait trop ignorer les manifestations de sympathie individuelles, si belles et si touchantes, qui de leur pays montaient vers la France. Ce reproche de l'amitié méconnue a bien quelque vérité, et je voudrais montrer ceux qui furent le ferment de l'honneur et de la justice, ceux par qui la pâte fut soulevée.

Nul de nous ne doit ignorer que cinq cents Américains, représentant l'élite intellectuelle, ont lancé le fameux message annonciateur du 17 avril 1916, pour protester contre les méthodes de la guerre allemande et pour dire leur espoir dans le triomphe du droit et de la civilisation. Cinq cents signatures (on n'en voulut pas une de plus) qui représentent quarante-quatre Etats et toutes les catégories de citoyens : vingtneuf évêques et puis des hommes de lettres, des hommes de loi, des hommes d'affaires, deux cent douze professeurs d'enseignement supérieur et des présidents d'Universités, vingtsept juges et même des Américains de pure descendance allemande, qui protestent contre les crimes allemands.

Que nous disent-ils, ces amis? Vous les avez entendus ; ils crient que la conscience américaine ne peut pas continuer à se taire, qu'a sembler rester neutre, elle se sentirait atteinte dans sa propre intégrité et dans son respect d'elle-même. Et alors ils prononcent la grande parole étrange et vraie :

Le bien de la civilisation moderne, pour laquelle l'Allemagne a tant donné, et les intérêts de l'Allemagne même demandent que dans ce conflit lAllemagne et T Autriche soient défaites. C'est pleins de confiance et d'espoir que nous attendons ce résultat.

Enfin, il est rompu le lourd silence américain, et les sympathies que nous avions vu frémir, l'opinion que nous sentions se former prennent corps et s'affirment. C'est trop peu de dire que voici, dans cet appel des Cinq cents, la première protestation collective de nos amis américains depuis le commencement de la guerre; le fait est sans analogie dans toute l'histoire de leur pays; pour la première fois, je crois bien,

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