‹ De la syphilis congénitaleChapitre 5 sur 9 · MARCHE. — SYMPTÔMES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

MARCHE. — SYMPTÔMES GÉNÉRAUX

Époque d'apparition. — Si l’enfant vient au monde sans manifestations syphilitiques, elles ne se produisent qu’après un temps plus ou moins long. En général, dit M. Trousseau*, dans le premier mois quelquefois, un peu plus tard dans le

1 Cité par M. Bertherand, Traité des Maladies vénériennes, p. 327.

2 Leçons cliniques. Union médicale, p. 182. 1857,

deuxième, le troisième ou le quatrième; rarement dans le cinquième; il n’a vu pour sa part qu’un seul exemple de début au septième mois.

Sur cent cinquante-huit cas rassemblés par M. Diday1 le mal s’est déclaré :

Avant 1 mois révolu depuis la naissance chez.

Avant 2 mois chez

Avant 5 mois chez.

Avant 4 mois chez

Avant 5 mois chez

Avant 6 mois chez

Avant 8 mois chez

A 1 an chez

A 2 ans chez

Ainsi cent trente et un enfants sur cent cinquante-huit ont présenté avant deux mois des symptômes apparents de syphilis. Voilà l’enseignement le plus pratique qui ressort de ce relevé. Et, en appréciant les cas ou des indications encore plus directes ont été données par les auteurs, on apprend que, de ces cent trente et un enfants, cent dix ont eu des symptômes avant six semaines, et quatre-vingt-six comme il vient d’être dit, avant un mois.

Sur une série de cent cinq cas où l’époque a été l’objet de désignations encore plus minutieuses, on trouve que quarantecinq ont subi les premiers effets de la maladie avant les trente jours écoulés depuis la naissance. De ces quarante-cinq sujets,

* Traité de la Syphilis des nouveaux-nés. p. 1G5. 1854.

vingt-quatre ont été frappés avant le quinzième jour et dix avant le huitième. Nos lecteurs trouveront dans ce tableau les indications dont ils ont besoin, et sauront bien remarquer: i° que la plus fréquente proportion des poussées constitututionnelles chez le nouveau-né tombe avant la fin du premier mois de son existence; 2° qu’une fois le troisième mois révolu, il n’y a plus que bien peu de chances de voir apparaître des accidents de ce genre.

Des quarante-neuf enfants syphilitiques soignés par le docteur Mayr1, médecin en chef d’un hôpital d’enfants à Vienne :

2 avaient.

5 avaient.

8 avaient.

13 avaient.

11 avaient.

2 avaient.

1 avait. .

. . . 16 jours.

3 semaines.

, 1 mois.

2 mois.

3 mois.

. . . 4 mois.

. . . 8 mois.

4 étaient à la fin de la lre année.

Enfin, 3 avaient de 1 an à 16 mois.

C est à tort que ce tableau a été reproduit, comme se j apportant à la période de début, par M. Martinez y Sanchez 2.

Ce tableau n’indique que l’époque à laquelle les petits malades ont été vus pour la première fois, sans tenir compte de la date de début des premiers accidents de syphilis qui. chez quelques-uns, duraient depuis un temps plus ou moins long.

1 Becherclies sur la Syphilis héréditaire chez les enfants. Traduit du Zeitscli.- Gesellsch. d. Aerzle zu Mien, dans Annales des maladies de la peau et de la syphilis, deCazenave et Chausit. IIIe vol., p. 2G3.

2 Essai sur la Syphilis héréditaire. Thèses de Paris, K° 30G, p. 55. 1855.

Le début, dit M. Mayr, a eu lieu, en général, après la seconde semaine qui suit la naissance. À ce moment, l’enfant présentait les premières manifestations morbides, assez marquées pour qu’il fût impossible, même aux parents, de douter qu’il existât une maladie. Chez deux enfants, le début n’aurait eu lieu qu’après deux mois, de sorte qu’en prenant la totalité des faits observés, l’espace de deux à huit semaines représentait les limites extrêmes du temps qui sépare le moment de la naissance de celui où les premiers symptômes se sont manifestés.

Sur quarante-six cas, M. de Meric 1 a pu vingt-huit fois préciser l’époque d’apparition des premiers accidents de la syphilis héréditaire.

2 fois quelques heures après la naissance.

4 fois de 1 à 10 jours après la naissance.

5 fois de 10 jours à 3 semaines après la naissance.

10 fois de 6 à 15 semaines après la naissance.

Ainsi, vingt et une fois sur vingt-huit, les symptômes appa rurent avant la treizième semaine.

Quant aux sept autres cas, l’apparition eut lieu :

fois

mois.

fois

mois.

fois

mois.

fois

ans et

fois

ans.

fois

ans.

fois

ans.

1 Leltsomian lectures on the Syphilis in the Lancet , p. 54. 1858.

Pour M. Cullerier, c’est par exception que les enfants en puissance de syphilis héréditaire franchissent le sixième mois sans rien présenter. Il a vu cependant des manifestations, déjà tardives, survenues au huitième, neuvième, dixième mois, jamais passé un an.

J’ai trouvé mentionnés un certain nombre de faits de manifestations tardives de la syphilis héréditaire. Je les ai médités attentivement, et j’avoue que je n’ai pu, sur ce point, me former une conviction. Rien de caractéristique, rien qui ne puisse se rapporter aussi bien, soit à la syphilis acquise, soit, dans d’autres cas, aux manifestations de la scrofule.

M. de Meric, qui pourtant appartient à une école qu’on n’accusera pas d’admettre les faits à la légère, a vu sept fois le mal se manifester entre le treizième mois et la quinzième année. Eh bien, aucune de ses observations ne me paraît probante; dans P une, c’est un garçon de huit ans, chez lequel apparaissent des tubercules muqueux à la verge et à l’anus ; dans l’autre, un jeune garçon de quatorze ans voit survenir, comme premier symptôme de syphilis héréditaire, des plaques muqueuses à l’anus. Il faut avouer que voilà des phénomènes de début bien tardifs et que la vérole acquise par contagion d’accidents secondaires pourrait parfaitement expliquer.

Le professeur Sigmund *, de Vienne, rapporte quatre faits moins contestables de manifestations tardives, débutant par des accidents tertiaires : altérations d’os et de cartilages; tubercules du tissu cellulaire sous-cutané et ulcérations de l’arrière-bouche.

1 Zeitschrift der gesselch Aerzte Wien. 1858. N#5.

Symptômes généraux. — Si quelques enfants, issus de parents infectés, naissent avec des signes certains d’infection, il faut avouer que le plus grand nombre ne présente en naissant que des signes très-incertains; que d’autres offrent les apparences de la meilleure santé et paraissent quelquefois plus robustes que des enfants nés de parents sains; que les symptômes vénériens positifs ne $e manifestent le plus souvent que quelques jours ou quelques semaines après la naissance, et qu’enfin on en voit en petit nombre, il est vrai, qui échappent à la contagion.

Telle est l’opinion exprimée par Bertin1; elle concorde parfaitement avec celle de MM. Dubois, Depaul, Stoltz, pour établir qu’en général les enfants en puissance de syphilis congénitale ne présentent pas, au moment où ils voient le jour, l’aspect flétri, décrépit, regardé à tort par quelques médecins comme un des caractères les plus constants de la diathèse syphilitique chez le nouveau-né,.

Beaucoup d’entre eux naissent gras et colorés comme les enfants les plus sains; mais, après quelques jours pour les uns, après quelques semaines pour les autres, rarement avant l’apparition des accidents confirmés, le plus souvent, peu de temps après, on les voit dépérir rapidement. Ils pâlissent d'abord, puis leur peau prend la teinte jaunâtre des cachectiques. Chez un certain nombre, elle prend une teinte bistrée, que MM. Trousseau et Lasègue * regardent comme caractéristiques de la syphilis.

La paume des mains est luisante et blanche, exactement

1 Loc. oit., p. 103.

- Archives générales de Médecine. 1847. — De la Syphilis constitutionnelle des enfants du premier âge.

comme les mains des blanchisseuses qui font usage de solution de potasse (MM. Trousseau et Lasègue).. Le derme rigide empêche les doigts de s’ouvrir et les mains restent à demi fermées, l’épiderme, en se fendant dans les plis, laisse des solutions de continuité linéaires, au fond desquels apparaît le derme. Les mêmes accidents s’observent aux pieds. La peau de la face plantaire devient brillante, comme vernissée; elle se fendille dans les plis des orteils et dans les sillons de la plante du pied.

En même temps, on constate les syphilides avec ou sans complication d’éruptions vulgaires, le coryza et les autres symptômes que nous avons précédemment décrits. Si un traitement efficace n’intervient en temps opportun, on voit les phénomènes de cachexie s’aggraver; les enfants sont pris de vomissements, de diarrhée, de convulsions, et ne tardent pas à succomber.

La marche est très-rapide, soit que les accidents aillent en s’aggravant, soit qu’ils se dissipent sous l’influence de la médication spécifique.

Parmi les complications les plus intéressantes, je mentionnerai l’entérite et la péritonite.

L’entérite est très-fréquente et très-grave. Est-elle une simple complication, comme cela arrive si communément dans les maladies du premier âge, ou bien a-t-elle une signification spéciale comme tendrait à l’admettre M. Cullerier, qui l’a vu guérir plus d’une fois par l’administration directe de préparations mercurielles? La thèse de M. Pillon 1 contient une observation très-curieuse qui viendrait à l’appui de cette manière de voir.

1 Des exanthèmes syphilitiques. Parif, 1857.

Pour ma part, je crois la question insoluble. L’argument tiré des faits de guérison par l’administration des sels de mercure est loin d’être péremptoire; n’arrête-t-on pas un certain nombre de diarrhées, même chez les phthisiques, en donnant le calomel à petites doses? Quant à la péritonite, elle est presque toujours symptomatique de l’altération du foie.

Des hémorrhagies passives, qu’explique très-bien l’altération du sang, s’observent quelquefois.

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