‹ De la syphilis congénitaleChapitre 7 sur 9 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Le pronostic de la syphilis congénitale est très-grave. C’est une des causes les plus fréquentes d’avortement; l’embryon peut succomber dès les premières semaines, mais le plus souvent c’est vers le sixième ou le septième mois que le fœtus meurt (in utero) et qu’il est expulsé prématurément hors du sein maternel. Les altérations du thymus, du poumon et du foie rendent compte le plus souvent de cette terminaison funeste.

Yicnt-il au monde avec des bulles de pemphigus, il ne tarde pas à succomber, souvent dans les premières heures qui suivent sa naissance’; il est très-exceptionnel qu’il survive; le danger n’est guère moindre lorsque l’éruption survient pendant les premiers jours.

« On voit peu souvent les enfants naiz avec cette maladie recevoir guérison, » disait Ambroise Paré1. Malgré les progrès de la thérapeutique il n’y a pas à modifier beaucoup cet aphorisme, car, s’il faut en croire M. Bassereau, le tiers au moins des enfants nouveau-nés en proie à la syphilis héréditaire succombent pendant les premiers mois de la vie. M. Trousseau2 n’a jamais vu guérir un seul enfant quand le mal s’était manifesté pendant les premiers jours. Si les premiers symptômes n’apparaissent que dans le troisième ou même dans le deuxième mois, on peut encore espérer la guérison. A mesure que l’on s’éloigne de l’époque de la naissance, la gravité du pronostic va en diminuant.

Le coryza est toujours grave; mettant obstacle à la succion, il rend difficile et souvent impossible l’allaitement naturel.

Une diarrhée incoercible glaireuse ou sanguinolente, les vomissements répétés, le ballonnement du ventre avec gonflement et induration du foie sont des signes de mort presque infaillibles.

ÉTIOLOGIE.

L’étiologie de la syphilis congénitale se résume en un mot, Y hérédité. Pour qu’un enfant en soit atteint dans le sein de sa

1 Œuvres, p. 465, 12e édition. Lyon.

2 Leçons cliniques . 1857.

mère, pour qu’il apporte le germe en naissant, il faut, à moins que la mère n’ait contracté la maladie pendant sa grossesse, qu’au moins un des deux géniteurs ait été en puissance de vérole au moment de la conception, soit que des symptômes fussent apparents, soit que le mal ne se révélât pas et restât larvé pendant cette période. Nous verrons, en parlant du traitement, à étudier la part qu’on peut lui attribuer dans les modifications des conditions étiologiques de la syphilis héréditaire.

§ I. L’infection peut venir :

Du père et de la mère ;

De la mère seule ;

Du père seul.

1° Le père et la mère sont tous les deux syphilitiques.

Presque tous les auteurs s’accordent à reconnaître que dans cette hypothèse l’infection du produit de conception est fatale, ou il succombera avant terme, ou il naîtra avec des manifestations syphilitiques, ou bien elles se produiront à une époque plus ou moins rapprochée de la naissance. Les exceptions sont rares ; et ici, bien entendu, je ne parle que des parents dont la diathèse n’est pas modifiée par le traitement.

2 5 La mère seule est syphilitique.

Deux hypothèses se présentent :

1° Etait-elle infectée avant la conception?

A-t-elle contracté la vérole pendant la grossesse?

1° Si la mère est infectée antérieurement à la conception, elle transmettra le plus souvent la syphilis à son rejeton; c’est une proposition qui ne sera contestée par personne, excepté toutefois par M. Capdevila1. Je ne m’arrêterai pas à réfuter son opinion ; elle n’a pas d’autre base que l’exagération des idées de l’école Huntérienne : la négation de tout mode de transmission de la syphilis en dehors du chancre primitif.

Nous verrons, en parlant du père, à rechercher quel est celui des deux géniteurs dont l’influence est prépondérante.

2° La mère a contracté la vérole pendant la grossesse. L’enfant sera-t-il atteint de syphilis congénitale? La réponse à cette question est subordonnée à l’époque de l’infection de la mère.

Bertin, qui observait à l’hôpital des vénériens où les femmes enceintes n’étaient admises qu’à une époque avancée de la grossesse et seulement lorsqu’elles présentaient des symptômes de syphilis, rapporte qu’un certain nombre de femmes en proie, au moment de raccouchement, à des accidents graves de cette maladie, mettaient au monde des enfants sains et qui ne présentaient ultérieurement aucun signe de la diathèse.

Pour cet auteur, plus la syphilis est ancienne ou rapprochée du moment de la conception, plus l’hérédité est possible; l’infection héréditaire est d’autant moins à craindre que l’invasion de la syphilis est plus voisine chez la femme du moment de l’accouchement.

M. Ricord dit : « Jusqu’au sixième mois la mère peut transmettre une syphilis constitutionnelle acquise pendant la gestation ; mais si l’infection a lieu dans les trois derniers mois, il n’est pas sûr que la transmission soit possible. »

1 Gazette hebdom., p. 677. 1856. Extrait delà Crônica de los hospilales.

Pour M. Cullerier1, l’hérédité syphilitique peut se produire à tous les âges de la vie fœtale et à toutes les périodes de l’infection de la mère.

M. Mandron2, dans un mémoire couronné au concours de Bruxelles, a émis une opinion diamétralement opposée ; il déclare que « la syphilis gagnée par la mère pendant la grossesse ne saurait être transmise au fœtus. »

Son assertion s’appuie sur quatre observations ; or nous y trouvons que le père et la mère avaient eu la vérole avant la conception , que dans un cas même (obs. lre) des accidents secondaires ont apparu chez la mère pendant le premier mois de la grossesse, enfin que les enfants étaient tous entachés de syphilis originelle.

Ces observations prouvent que des parents infectés avant la conception engendrent des enfants syphilitiques, ce qui n’est contesté par personne, et aucune ne se rapporte à la proposition que veut soutenir l’auteur.

MM. Natalis Guillot3 et Bois de Loury ont vu des femmes, portant à l’époque de l’accouchement des accidents primitifs gagnés dans les derniers temps de la grossesse, donner le jour à des enfants chez lesquels aucune trace de syphilis ne s’est manifestée.

Pour M. Diday, du dépouillement de onze cas, il résulte que jamais la syphilis contractée par la mère, soit avant la quatrième semaine, soit après le septième mois révolu, n’a été une cause de syphilis pour l’enfant.

1 Loc. cit.

a Journal de Bruxelles, 1856.

3 Cité par M. Mandron. Extrait dans Gazette hebd., p. 357. 1856.

Ce dernier terme de sept mois avait déjà été donné par Abernethy.

3° Le père seul est syphilitique. '

Vassal1 nie l’influence du père. Pour M. Cullerier2 l’hérédité de la syphilis est incontestable, mais elle n’est due qu’à l’influence maternelle, le père y reste étranger.

« Suivant M. Bouchut3, dans l’état actuel de la science, la transmission de la syphilis par le père n’est pas très-bien établie, et dans presque tous les cas d’exemples de syphilis héréditaire bien observée, la cause en a été trouvée chez la mère. »

Bertin4 admettait qu’un enfant peut naître infecté quoique sa mère n’ait jamais eu de maladie vénérienne; le germe de la syphilis aurait été puisé, suivant cet auteur, dans la semence du père. Pour M. Cazenave5 l’influence du père sur l’hérédité serait plus puissante que celle de la mère.

M. Trousseau6 pense que la cause la plus commune est l’infection paternelle. Dans quelques circonstances, des individus complètement guéris en apparence, n’éprouvant plus d’accidents actuels, mais toujours sous le coup de la diathèse, donnent naissance à des enfants syphilitiques.

Si l’on devait ne s’en rapporter qu’aux renseignements re-

1 Mémoire sur la transmission du virus vénérien de la mère a l'enfant. Paris, 1807.

2 De l'hérédité delà Syphilis. Mémoires de la Soc. de Cliir., p. 253, 1854.

5 Traité des maladies des enfants nouveau-nés, p. 866. 1852.

* Op. cit., p. 167.

5 Traité des Syphilides , p. 134. 1843.

6 Leçons cliniques sur la Syphilis congénitale : Union médicale. 1857.

cueillis de la bouche des parents, l’influence prépondérante du père ne serait pas contestable; dans le plus grand nombre des cas où l’apparition chez l’enfant des symptômes de la syphilis congénitale vient accuser la transmission héréditaire, c’est le père qui avoue des antécédents de vérole. Mais il faut tenir compte de ces deux faits: l’un, que les femmes, surtout dans les classes aisées de la société, n’avouent qu’exceptionnellement tme maladie qu’à bon droit chez elles on peut nommer secrète; que, lorsqu’elles en sont infectées, leur médecin habituel est rarement consulté; l’autre, que les accidents secondaires peuvent passer dans bien des cas ignorés, ou sans constatation précise, le malade n’y attachant pas d’importance et ne se décidant à se faire soigner que souvent très-longtemps après la première apparition de ces symptômes. Et c’est principalement sur ces deux raisons et sur des faits dans lesquels l’enfant n’a pas présenté de signes de syphilis, le père étant seul infecté, que s’est appuyé M. Cullerier pour soutenir que le père est étranger à la transmission héréditaire.

Dire que le père est plus souvent que la mère le géniteur infecté, celui auquel on doit attribuer la vérole originelle de l’enfant, c’est ce qu’on ne pourrait établir que sur des preuves tirées «de l’ordre moral. Qu’il me suffise d’établir, par des faits que j’ai toutes raisons de croire authentiques et trèssignificatifs, que le père peut seul transmettre la vérole à l’enfant.

Voici trois faits dans lesquels le père était médecin , et par conséquent dans lesquels il n’est pas probable que la mère ait pu avoir une syphilis constitutionnelle sans que le mari s’en soit aperçu. Pour moi, ces trois faits établissent d’une façon péremptoire que la mère peut donner le jour à des enfants

entachés de syphilis héréditaire, sans avoir elle-même été jamais infectée.

En 1823, M. Campbell1, d’Edimbourg, assista une dame dans une fausse couche à six mois. Elle avait déjà eu le même accident dans une première grossesse; il se produisit encore une troisième fois en 1824. Le mari, un jeune médecin , confessa avoir eu, six mois avant son mariage, un chancre qui fut diagnostiqué par quelques-uns de ses confrères ainsi que par lui. Aucun autre accident ne parut jusqu’à l’époque où il se maria. M. Campbell ne trouva sur les deux époux aucune lésion de nature syphilitique; il les soumit l'un et l'autre à l’administration du mercure. Cette dame devint bientôt enceinte de nouveau, et accoucha à terme d’un garçon bien constitué, qui vécut sans avoir de syphilis.

Une deuxième observation est publiée dans la thèse de M. Martinez y Sanchez2.

M. X...., docteur en médecine, eut, presque à l'époque où il terminait ses études, un chancre induré dans le cul-de-sac balano-préputial; ce chancre fut suivi d’une roséole confluente et de douleurs rhumatoïdes, symptômes qui se dissipèrent au bout de quelques semaines, au moyen d’un traitement mercuriel énergique (pilules de protoiodure , fumigations cinabrées). M. X...., de retour en son pays et se croyant radicalement guéri, ne tarda pas à se marier; à ce moment, rien ne pouvait lui faire craindre, du moins le croyait-il, la possibilité d’engendrer un enfant vérole, puisqu’il n’avait pas le moindre signe apparent de syphilis constitutionnelle : dix-huit mois s’étaient écoulés dans l’espace de temps compris entre la disparition de la roséole et le mariage indiqué. Bientôt sa jeune femme devint enceinte; la grossesse fut menée jusqu’à terme, et l’accouchement n’offrit rien d’extraordinaire. Mais l’enfant quelle mit au monde eut, contrairement aux croyances du père, cinq jours après sa naissance, des pustules manifeste-

1 The London and Edinburg monthly journal, p. 51 i. 1844.

2 Essai sur la Syphilis héréditaire Thèse de Paris, p. 50. 1855

ment syphilitiques en même temps qu’un coryza des plus aigus; il mourut au bout de douze jours. Le père, fort alarmé de cet incident, dont il soupçonnait la véritable cause, commença de nouveau un traitement antivénérien (liqueur de Van Swieten tous les soirs), lequel fut continué pendant deux mois. Cette fois, ses espérances ne furent pas déçues, il eut un second enfant fort et bien constitué, lequel, jusqu’à présent, n’a rien montré de douteux ni d’anomal.

Le troisième fait est ainsi rapporté par M. Trousseau dans ses Leçons cliniques sur la syphilis congénitale1.

Déjà, en plusieurs occasions, je vous ai raconté le fait de ce jeune médecin qui, après avoir eu des accidents syphilitiques graves, s’était marié à peine guéri, et qui, bien qu'il n'eût communiqué à sa femme, d'ailleurs parfaitement portante , aucun accident, avait eu deux enfants affectés de syphilis. Le premier était arrivé au septième mois de la conception et était mort; le second, venu à huit mois et demi, mais mal portant, avait présenté, peu de jours après sa naissance, des manifestations de la maladie. Mandé par ce jeune confrère, je n’eus pas de peine à reconnaître l’affection, qui était des mieux caractérisées; je lui lis part de mon diagnostic, dont il fut d’abord surpris, se croyant radicalement guéri de la vérole; mais, en analysant attentivement l’état de sa santé, nous trouvâmes des exostoses sur les tibias, et le malade se rappela avoir eu, depuis son mariage, plusieurs fois des douleurs nocturnes dont il ne s’était nullement préoccupé. Par une étrange fantaisie, il avait conservé l’avorton né à sept mois, et cet avorton, que nous examinâmes, portait des traces évidentes de lésions cutanées ressemblant au pemphigus des nouveaux-nés. C’était la preuve écrite que cet enfant était mort de la syphilis constitutionnelle.

Enfin, d’après les faits d’obsurvation les plus fréquents en pratique, on voit, par le trait ment, la preuve de la part qui doit revenir au père dans la j rocréation d’enfanis syphili

tiques.

Union médicale, p. 182 1857.

La mère a plusieurs avortements, met au monde des enfants nfectés ; jamais elle-même n’a eu d’accidents de vérole : le père est seul mis en traitement, et les enfants qui sont engendrés ultérieurement naissent indemnes de syphilis.

La diathèse syphilitique peut-elle être transmise par hérédité à ses différentes périodes?

On peut répondre affirmativement pour les accidents secondaires et tertiaires, en un mot pour la syphilis constitutionnelle, a seule transmissible par hérédité. Il est prouvé, par des faits nombreux, que les parents sont aptes à procréer des enfants syphilitiques non-seulement quand eux-mêmes sont en proie à des symptômes secondaires ou tertiaires, mais encore lorsque depuis plusieurs mois, depuis plusieurs années même, la maladie reste à l’état latent, quand, suivant l'expression dessyphiliographcs, elle est larvée. Je n’ai pas à insister pour démontrer ce fait, que la vérole peut rester sur un individu pendant de longues années sans se traduire à l’extérieur par des signes évidents; qu’ainsi, par exemple, un individu ayant présenté des symptômes secondaires ne sera quelquefois atteint que plusieurs années plus tard d’accident tertiaire, après avoir eu pendant l’intervalle l’apparence de la plus parfaite santé. Eh bien, pendant ce temps, quoique guéri en apparence, il peut donner le jour à des enfants dont la syphilis congénitale, tout aussi bien que les avortements répétés de la mère, surtout s’ils surviennent vers le sixième ou le septième mois, seront la révélation, et, si je puis ainsi parler, le symptôme par lequel se manifestera la vérole des parents.

Il est actuellement impossible de dire à quelle époque de sa

vie un individu, ayant eu des symptômes de syphilis constitutionnelle, ne sera plus susceptible de la léguer à ses enfants.

Doit-on, avec M. Bassereau \ admettre que la confrontation des enfants atteints de syphilides héréditaires avec leurs parents explique pourquoi ils présentent en naissant tantôt des symptômes secondaires, tantôt des symptômes tertiaires?

1° Si les syphilides héréditaires sont superficielles, le père ou la mère étaient, au moment de la conception, dans la période des accidents secondaires.

2° Si les syphilides héréditaires sont profondes, le père ou la mère étaient, au moment de la conception, dans la période des accidents tertiaires.

A l'appui de cette thèse, il cite deux faits très-intéressants :

Obs. — Père seul syphilitique ayant eu trois enfants.

Première grossesse, courant de janvier. En mars, le mari seul présente des accidents secondaires; enfant né très-faible, mort au quinzième jour. Accidents secondaires. — Erythème papuleux syphilitique. — Coryza.

Deuxième grossesse au commencement de 1845. Le père a des tubercules secs de la peau; enfant né à terme (avril 1845), très-chétif; au quinzième jour, tubercules sous-cutanés aux membres inférieurs, qui suppurent et laissent à nu des ulcérations syphilitiques. — Guérison par traitement indirect (la nourrice prend un gramme d’iodure de potassium par jour).

En novembre 1845 le père présente une exostose du tibia droit.

Troisième grossesse. Enfant né à terme (janvier 1849), très-faible; au vingtième jour, gros tubercules syphilitiques érodés, d’un rouge cuivré sur l’avant-bras. — La nourrice refuse de prendre l’iodure de potassium. — L’enfant meurt le cinquante-cinquième jour.

Obs. — Dans une famille soignée par M. Bassereau, et auprès de laquelle M. Ricord fut appelé en consultation, le premier enfant, né à l’époque où

1 Traité des affections de la peau symptomatiques delà syphilis, p. 539. 1858.

e père venait d’être soumis à un traitement mercuriel pour une syphilis récente, vint au monde avec un érythème syphilitique, et succomba un mois après sa naissance.

Le second, né quatre ans après, fut atteint de tubercules tertiaires, qui s’ulcérèrent rapidement; l’enfant guérit par des frictions mercurielles et le traitement indirect par l’iodure de potassium.

« Les affections tertiaires, dit M. Ricord1 2, ne se transmettent par l’hérédité qu’en déterminant dans l’organisation et le tempérament des enfants des altérations sans caractère spécifique, et qu’on peut le plus ordinairement rapporter aux scrofules. » Cette dernière question rentre dans l’étude des causes de la scrofule, ce que nous n’avons pas à agiter ici. Mais ce qui en ressort clairement, c’est queM. Ricord n’admet pas que les accidents tertiaires puissent être la première manifestation de la syphilis congénitale.

«J’ai vu, ditM. Cullerier*, des femmes dans la période d’accidents secondaires les plus tardifs et les plus graves, ainsi que dans la période tertiaire, mettre au monde des enfants qui présentaient à l’époque ordinaire de la roséole et des plaques muqueuses qui sont considérées comme des phénomènes secondaires précoces. De même aussi que j’ai vu comme première manifestation de la syphilis héréditaire des maladies des os et du tissu cellulaire chez les enfants dont les mères n’avaient eu pendant, ou peu de temps avant leur grossesse, que des chancres et des symptômes secondaires les plus précoces et les plus superficiels. »

Sans nier que des parents atteints d’accidents tertiaires

1 Traité pratique des affections vénériennes , p. 644. Paris, 1838.

2 De l'hérédité de la syphilis. Mémoires de la Société de chirurgie, p. 259.

puissent les transmettre sous la même forme, nous devons dire que leur extrême rareté, comme première manifestation de la syphilis congénitale, nous impose des réserves, et que du reste la question est impossible à décider, les symptômes secondaires, plaques muqueuses, coïncidant habituellement chez l’enfant avec les tubercules sous-cutanés et les ulcérations profondes donnés comme signes de syphilis tertiaire. Je le répète encore, l’irrégularité est un des caractères principaux de l’évolution des symptômes de la syphilis congénitale.

L'hérédité est-elle fatale ?

La transmission par la mère n’est pas fatale. Bertin 1 dit que des enfants nés de mères infectées et qui n’ont fait aucun traitement pendant la gestation sont quelquefois exempts de syphilis.

Quant au père, on peut voir que l’hérédité venant de son côté est loin d’être forcée, en comparant le petit nombre des •enfants qui naissent infectés avec le grand nombre d’hommes ayant eu la vérole constitutionnelle avant l’époque de la conception, et qui cependant ne la transmettent pas à leur progéniture. 11 est de fait que dans les classes aisées la syphilis congénitale est assez rare en proportion du grand nombre des pères à antécédents syphilitiques.

Quand le père et la mère sont tous deux infectés, les mauvaises chances sont doublées et l’enfant est presque nécessairement voué à la syphilis. Cependant dans quelques cas on a vu un ou plusieurs enfants échapper au sort de ceux qui les

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avaient précédés; mais dans presque toutes les observations je vois que les parents avaient subi un traitement, ce qui modifie singulièrement les conditions étiologiques. Toutefois il semblerait prouvé que, la diathèse syphilitique des parents étant abandonnée à sa marche naturelle, les chances d’immunité pour les enfants vont en augmentant à mesure qu’on s’éloigne du moment de l'infection.

Dans l’observation III de Berlin, cette augmentation suit une progression très-remarquable ; en voici le sommaire :

Obs. III. — Marie Des... père et mère syphilitiques; six enfants :

Infection de la mère vers le milieu de la première grossesse; avortement à six mois; enfant mort-né.

Deuxième grossesse. Réapparition des symptômes pendant le cours; disparition à l’époque de l’accouchement. Avortement à sept mois; l’enfant vécut huit jours.

Troisième grossesse. Réapparition puis disparition spontanée vers le quatrième mois, ce qui eut lieu à toutes les grossesses suivantes. Avortement à sept mois et demi; enfant mort-né.

Quatrième grossesse. Enfant à terme; en naissant, bouffissures, infiltration générale, pustules à l’anus, — plus tard, chancres aux lèvres; vécut dix-huit jours.

Cinquième grossesse. Enfant à terme; en naissant, pustules aux fesses; huit jours après, gonflement du ventre, ulcères des lèvres; vécut six semaines.

Sixième grossesse. Enfant à terme, vivant; quinze jours après la naissance, pustules ulcérées aux fesses, ulcération derrière l’oreille droite.

Le traitement du père et de la mère n’a été fait qu’après la sixième couche; le sixième enfant, soumis au traitement direct, a guéri.

La septième observation de MM. Doyon et Dron 1 pourrait encore être invoquée à l’appui de cette décroissance dans l’action de la syphilis des parents sur le produit de conception.

Gaz. hebd p. 509. 1854.

TRANSMISSIBILITÉ.

La syphilis congénitale est transmissible. D’après M. Diday, sa puissance de contagion serait plus grande que celle de la syphilis acquise.

Dans quelles circonstances s’exerce cette transmissibilité?

Plusieurs questions ont été agitées; les plus importantes sont les suivantes :

1° L’enfant peut-il, pendant la vie intra-utérine, transmettre à la mère la syphilis qu’il tient du père?

2° Un enfant qui porte des manifestations de syphilis congénitale peut-il infecter sa nourrice et d’autres personnes?

o° Le virus de la syphilis congénitale peut-il être transmis par le vaccin ?

V U enfant peut-il, pendant la vie intra-utérine , transmettre à la mère la syphilis quil tient du père?

Cette transmission du père à la mère par l’intermédiaire du fœtus est généralement admise, quoiqu’elle soit loin d’êlre fatale et que l’immunité soit plus fréquente. Troncin, MM. Depaul, Laugier, Semanas, Diday, Hutchinson, en ont rapporté des exemples. M. Ricord1 ne croit pas ce mode de propagation impossible.

1 Discussion sur la contagion des accidents secondaires. Acad, imp de Méd. 1852. — Lettres sur la Syphilis, p. 461.

M. Depaul1 est plus affirmatif.

« Je persiste, dit-il, à regarder comme la conséquence d’une observation rigoureuse la proposition suivante :

« La mère étant incontestablement saine et la syphilis n ayant pu être transmise que par le père et seulement au moment delà fécondation , l embryon seul , malade pendant quelque temps , pourra à son tour infecter la mère pendant son séjour dans F utérus. »

Dans un mémoire intitulé : De la Transmission de la syphilis du fœtus à la mère , M. Hutchinson s admet que la syphilis constitutionnelle est transmise aux fluides maternels par ceux du fœtus encore dans l’utérus quand il a été engendré par un père syphilitique.

Les conclusions sont appuyées sur cinquante observations :

1° La mère dont le mari est atteint de syphilis constitutionnelle est très-exposée à recevoir la maladie du fœtus, et, lorsque cet accident a lieu, la forme syphilitique que présente la mère ressemble beaucoup à celle du père.

2° L infection ainsi transmise se traduit par la cachexie syphilitique et les symptômes tertiaires suivants : psoriasis de la paume de la main, gerçures de la langue, leucorrhée, ulcères suivis de cicatrices serpigineuses et de nodus.

3° La prédisposition à l’avortement paraît moins marquée dans ces circonstances que lorsque la mère était infectée avant la conception.

4° Si l’infection ainsi transmise ne se manifeste pas en gé-

1 Mémoire sur l'altération des poumons. Académie. 1851.

5 Medical times and Gazette. 1856. Extrait dans Gaz. médic ., p. 646. 1857.

néral par les symptômes de la syphilis secondaire, c’est que le père a presque toujours dépassé cette période et qu’il est déjà arrivé à la période tertiaire.

5° Il est extrêmement douteux que la contagion puisse avoir lieu par le fluide séminal; caries cas où les femmes mariées qui n’ont jamais conçu sont devenues sujettes à l’infection constitutionnelle sans avoir eu de symptômes primitifs sont extrêmement rares, et peuvent, selon toute probabilité, être expliqués comme suite d’erreurs dans l’observation. M. Hutchinson n’a rencontré qu’un fait de ce genre.

Enfin M. de Méric1, sur vingt-trois femmes mettant au monde des enfants syphilitiques, en a vu dix présenter les symptômes de la syphilis constitutionnelle peu de temps après l’accouchement. Les treize cas dans lesquels les mères restèrent saines pourraient venir à l’appui de l’influence du père seul sur l’infection du fœtus. Quant aux dix autres faits, l’auteur ajoute qu’ils prouvent en faveur de l’action délétère du fœtus sur la mère, en supposant toujours que le père n’a d’action directe sur la femme que lorsque les accidents actuels dont il est affecté sont primitifs.

La démonstration aujourd’hui bien évidente de la contagionabilité des accidents secondaires modifierait probablement beaucoup les résultats de ces nombreuses observations de transmission de la syphilis du fœtus à*la mère. J’avoue que si les faits m’imposent par leur nombre, s’ils me démontrent la possibilité de ce mode singulier de contamination, de ce choc en retour , pour me servir de l’expression de M. Diday, il me

1 lettsomian lectures. 1858.

reste cependant un doute dans l’esprit sur sa fréquence. Je crois qu’on n’a pas assez fait la part des quelques cas où, la mère ayant pour accident primitif un chancre du col ou de la profondeur du vagin, l’accident primitif a pu passer inaperçu, et surtout la part très-large des circonstances dans lesquelles l’homme aurait pu transmettre directement l’accident secondaire à la femme.

2° Un enfant qui porte des manifestations de syphilis congénitale peut-il infecter sa nourrice et d’autres personnes?

Dès le commencement du seizième siècle, le Génois Jacques Catanée s’était chargé de la réponse : Vidimus plures infantulos lactantes, tali morbo infeclos , plures nutrices infecisse.

Ambroise Paré faisait la même observation. Elle est consignée en ces termes dans son chapitre de la grosse vérole :

« Souvent on voit sortir les petits enfans hors le ventre de leur mère ayant cette maladie, et tost après avoir plusieurs pustules sur leur corps ; lesquels estans ainsi infectez, baillent la vérole à autant de nourrices qui les allaictent. »

Bertin 1 admet non-seulement la transmission directe à la nourrice, mais encore une sorte de transmission médiate; ainsi pour lui un nourrisson peut communiquer l’infection à sa nourrice, quoiqu’il ne présente aucun symptôme aux lèvres et à la bouche. Une nourrice saine d’ailleurs peut quelquefois transmettre à son enfant le virus, lorsqu’elle lui donne le sein que vient de teter récemment un enfant qui a des ulcères vénériens à la bouche, sans qu elle l’absorbe elle-même.

1 Op. cit., p. 108.

« Je ne repousse pas, dit M. Ricord1 2 3 *, d’une manière absolue ce genre de transmission de la sypliilis (du nourrisson à la nourrice et de la nourrice au nourrisson); je dis seulement, ne quittant pas le terrain de l’observation rigoureuse et de l’analyse sévère des faits, que l’existence de ce mode de transmission n’est pas prouvée; et j’ajoute que, si elle l’est jamais, ce ne sera que par l inoculation , l’inoculation seule pouvant en fournir la démonstration irréfragable et dégagée de toute fin de nonrecevoir. »

Aujourd’hui la démonstration est complète, et depuis les inoculations des accidents secondaires par Wallace, Waller, Vidal (de Cassis), Rinecker, et tout dernièrement par M. Gibert, la preuve est faite en quelque sorte à fortiori , car, sur le terrain de la contagion de l’accident secondaire de l’adulte, la défense de l’école Huntérienne était plus acharnée, elle n’hésitait pas à la repousser formellement.

Du reste, à l’égard de la syphilis congénitale, toute résistance est impossible, l'inoculation a réussi entre les mains de M. Sperino8. M. Diday est porté à admettre que la propriété contagieuse du virus de la vérole héréditaire a plus d’activité que celui de la vérole acquise.

La science possède un bon nombre d’observations de transmission de la syphilis des. nouveaux-nés aux nourrices. J’en indique quelques-unes parmi les plus importantes et les plus récentes.

Le mémoire de M. Bouchut5 contient sept observations, une

1 Lettres sur la Syphilis, p. 171.

2 Cité par M. Diday, p. 267.

3 Transmission de la Syphilis des nouveaux-nês aux nourrices. Gaz. médic.

de Bouchacourt, trois du docteur John Egan, une deM. Rayer, et deux observées par lui-même.

Dans un fait de M. Cazenave1 : Le nourrisson infecte sa nourrice et un autre enfant, qui lui-même va contaminer sa mère et sa sœur.

Je citerai encore l’observation de M. Caradec2, celle de M. Petrini 3. MM. Doyon et Dron \ dans leur mémoire, donnent neuf observations.

M. Letorsay 5 a publié une observation.

M. Putegnat de Lunéville 6 rapporte trois faits : deux des femmes qu'il a observées avaient été contaminées en allaitant le même enfant.

Dans la Medical Gazette de 1842, le docteur Lodwell7 a relaté un fait analogue : un nourrisson infectant deux nourrices.

Dans le fait du docteur Junquet 8, le nourrisson infecte deux nourrices.

Dans ses Leçons cliniques, M. Trousseau9 a raconté l’histoire d'un nourrisson infectant successivement deux nourrices. — Je lis dans l’observation que la mère ne présentait pas de symptômes de syphilis èt que le père niait avoir jamais eu la vérole. Les renseignements qui m’ont été fournis

' Annales des maladies de la peau et de la syphilis, p. 285. 1850.

2 Bull. de Thèrap., t. XII, p. 505.

3 II raccoglitore medico. Extrait dans Gaz. des Hôpitaux, p. 18. 1852.

4 Gazette hebdom., p. 488. 1854.

3 Bull, de thèrap., p. 120, t. XLIX. 1855.

6 Hist. thèrap. de la Syphilis des nouveaux-nés et des enfants à la mamelle , p. 126. 1854.

7 Extrait dans Gaz. mëdic., p. 189. 1859.

8 Montpellier médical. Août 1859.

9 Union médicale, p. 207. 1857.

par le docteur Thibierge confirment les réflexions du professeur.

« C'eût été un singulier hasard, disait M. Trousseau, que d'avoir affaire à deux nourrices également syphilisées : Tune était mariée, parfaitement portante avant de commencer l’allaitement; son mari était aussi d’une très-parfaite santé; l’autre était une jeune femme, arrivant de la campagne, accouchée depuis quatre mois, n’ayant pas eu le moindre accident depuis sa couche avant que le nourrisson lui eût été confié, et toutes deux cependant avaient été infectées, infectées de la même façon, et présentaient les memes manifestations syphilitiques. »

C’était bien en effet le nourrisson qui avait transmis la vérole; il la tenait de son père, et celui-ci avait eu successivement un chancre de la région dorsale du pénis, dont il reniait déjà l’origine vénérienne, et pour lequel il ne voulut pas se soumeltre au traitement que lui conseillait M. Thibierge. Cinq semaines plus tard apparut une roséole, et en même temps on constatait l’induration du chancre, puis successivement survinrent des plaques muqueuses au pourtour de l’anus et à la bouche, et ces dernières persistaient encore au moment du mariage.

Je n’insisterai pas pour démontrer une transmission que personne ne peut plus contester aujourd’hui.

Est-elle fatale? Un certain nombre de faits démontrent le contraire.

Dans toutes les observations que j’ai relevées, les nourrices étaient des femmes étrangères. Que se passe-t-il quand c’est la mère elle-même qui allaite? Elle est saine, son enfant est infecté, va-t-elle contracter la vérole? Eh bien, je ne le pense pas; je n’ai pas trouvé une seule observation de ce mode de

transmission. Mais, en faveur de l’immunité de la mère, j’invoquerai l’autorité de M. Natalis Guillot : à l’hôpital Necker, où on reçoit à la fois la mère et l’enfant, il a vu beaucoup d’enfants teter une nourrice saine sans qu’il en résultât pour elle aucun accident.

Les six observations que je lis dans le mémoire de M. Cullerier1 sur la Contagion syphilitique entre les nourrices et les nourrissons viennent encore à l’appui de ce que j’avance. Dans toutes, c’est un enfant en proie aux symptômes les plus évidents de la syphilis congénitale; deux avaient des plaques muqueuses aux lèvres; un troisième en avait à la langue; le quatrième avait un coryza syphilitique avec écoulement abondant; évidemment la contamination était facile; aucune des nourrices ne fut infectée. Mais, ce qu’il faut bien remarquer, c’est que les nourrices n’étaient autres que les mères de ces enfants. — Deux d’entre elles (Obs. VII et VIII) avaient eu, plusieurs années avant, des accidents syphilitiques. — Les autres paraissaient saines.

Ces faits, — qu’on pourrait aussi invoquer à l’appui de l’in fluence du père seul dans la syphilis congénitale, — viennent démontrer l’immunité dont jouit la mère par rapport à l’infection par l’enfant. Il en résulte que certaines femmes peuvent résister à la double chance contraire de la gestation et de l’allaitement d’un enfant infecté.

3° Le virus de la syphilis congénitale peut-il être transmis par le vaccin?

Nous admettons l’indépendance des deux virus, et nous pensons que, dans les cas où, au lieu de la vaccination, on a opéré

1 Union médicale. 1854

la transmission de la syphilis (Evertgen, 1830, rapport adressé au comité de Copenhague1; — rapport de M. Broca 2 sur l'affaire du docteur Hübner, de Hollfeld (Franconie), au lieu de prendre le virus sur une pustule réellement vaccinale, comme on le croyait, on Ta pris sur une pustule syphilitique développée sur le siège de la piqûre.

Chez un enfant syphilitique dont le corps était couvert de pustules d’ecthyma, M. Cullerier3 a pu non-seulement reproduire par l’inoculation les pustules d’ecthyma, mais en piquant la peau avec une lancette neuve, il a vu naître sur les piqûres de nouvelles pustules d’ecthyma.

Voici par conséquent ce qui peut arriver : on vaccine un enfant syphilitique, le vaccin ne réussit pas, mais, à la place de la piqûre, il s’élève une pustule d’ecthyma syphilitique; on y puise pour vacciner plusieurs enfants, et, au lieu du vaccin, on leur inocule la vérole. C’est très-probablement ce qui est arrivé dans le cas de M. Hübner; il est relaté dans l’observation que l’enfant sur lequel il prit le soi-disant vaccin avait des pustules sur les jambes.

Je ne crois pas qu’il existe dans la science un seul fait authentique dans lequel une pustule bien légitime de vaccine ait pu transmettre autre chose que la vaccine.

1 Archives gén. de Médecine. 1830.

* Société de Chirurgie. 1855.

5 Bull, de la Soc. de Chirurgie, p. 68. Juillet 1855.

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