INFLUENCE DE LA SYPHILIS SUR LES LÉSIONS TRAUMATIQUES
La syphilis, avons-nous dit, n'agit pas toujours de la même manière sur les lésions traumatiques. On peut, en effet, observer les variétés suivantes :
l'' Les plaies prennent l'aspect syphilitique, soit d'emblée, ou du moins dans les premiers jours qui suivent la blessure, — soit plusieurs semaines après seulement ;
2** La plaie, sans prendre un aspect spécifique bien caractérisé, s'ulcère, s'étend en superficie et en profondeur, et ne guérit pas ;
3" La plaie, sans s'ulcérer, ne guérit pas ou ne guérit que très-lentement, — ou si c'est une plaie opératoire pour laquelle on cherche à obtenir la réunion par première intention (autoplastie) , la réunion échoue ;
4"* Une plaie minime, qui ordinairement se cicatrise aussitôt faite, pour ainsi dire, et sans accident, s'enflamme et suppure.
I 1 . — Observations dans lesquelles les plaies ont revêtu Vaspect syphilitique d'emhlée.
A. Le sujet ayant encore des manifestations de la syphilis au moment de la blessure.
1. — Une fille de 17 Ain, de conslitution robuste, eut un chancre de la petite lèvro droiti- av(;eHiJ«tiite multiple ol indolente de l'aine correspondante. On ne fit qu''in traitement local et le chancre clail guéri au liout de quinze jours.
Deux mois après, la malade, restée à l'iiôpilal à cause d'une affection utérine, présenta une syphilide papuleusc ircs-conllucnte, étendue 'd tout le corps; les frictions mercurieltes furent aussilât employées. Le 40' jour de ce traitemeot, alors que l'éruption papuleuse avait presque disparu, cette femme se dt une blessure à l'extrémité de l'index droit. On soigna la petite plaie avec du cérat, mais ce fut inutilement; elle se recouvrait de fausses membranes et le périoste de la première pbalange commençait à s'exfolier. La désarticulation de la phalangette fui faite alors. La plaie nouvelle ne larda pas, connne la première, à prendre tous les caractères d'uoe plaie syphilitique (bords saillants de couleur rouge sombre, etc.) Tous les moyens ordinaires ayant échoué, on soumit la malade à l'usage de l'induré de potassium et 35 jours après elle sortait guérie (1).
— Obs. â. — G. S.., est aO'eclé depuis un au, k des intervalles plus ou moins éloignes, de plaques muqueuses de la bouche ; il a, en outre, une syphilide squameuse ù la paume des mains et à la plante des pieds. Il est piqué par un cousin au dos de la main gauche, el la légère plaie prend, en peu de jours, l'aspect d'un ulcère syphilitique. On fil en vain plusieurs cautérisations. Le traitement anti-syphîiilique seul amena la cicatrisation. {Eod. loc).
Obs. 3. — Chez une jeune fille enlrée à la salle Sainte-Foy de l'hCpital Saint-Louis, service de M. Bazin, pour des plaques muqueuses et de la gale, toutes las lésions de la peau provoquées par ta
1. De l'in/liitTUX de la syphilis conslltutlonnelte lur Itis léiloni traumaUquea, par le 0' Carlo Ambrosoli. Ûaieita fntdlca italiana (Lombardia) el Gatette midleaU de Puis, 1S35, p. USi.
présence de l^acarus ont pris un cachet syphilitique tout-à-feit curieux.
(Schweich. Étude sur la classtf. des syphilides. Thèse de Paris, 1869, p. 33).
« Les éruplious ordinaires, les ôcorchnres, elc, dit encore M. Schweich, s'entourent d'un liseré rouge cuivré, lout-à-fait caractéristique, et la démangeaison qui pouvait (exister auparavant disparaît complètement. »
Obs. 4. — Un individu de 26 ans, d'un blond tendre, mais assez fortement constitué, exerçant la profession d'ouvrier cordonnier, était atteint d'ulcères syphilitiques secondaires. Des désordres locaux graves obligèrent le docteur Urich de pratiquer la trachéotomie sur ce malade.
Quelques jours après l'opération, la plaie prit, dans sa partie inférieure, un mauvais aspect. Les bords devinrent rugueux, irréguliers, et assez semblables à un ulcère chancreux, tandis que la partie supérieure avait conservé une apparence satisfaisante.
Une différence aussi marquée dans les deux moitiés de la même plaie appela toute l'attention de l'opérateur, qui fut longtemps à en chercher l'explication. Et cependant elle était toute simple; elle consistait dans ce fait que, par suite des mouvements incessants de l'opéré l'appareil descendait fréquemment sur la partie inférieure de la plaie et y déterminait des frottements, et par suite une forte irritation. D'un autre côté, comme le malade était syphilitique, cette partie avait pris le caractère syphilitique. (Thoman, loc. cit).
Les malades des observations précédentes étaient tous dans la période secondaire quand ils se sont blessés, et tous avaient des manifestations syphilitiques au moment de la lésion traumatique. En outre, la syphilis n'avait pas été soignée dans le premier cas, et dans les Obs. 2 et 4 les ma-
lades étaient atteints d'nne syphilis grave, puisque G. S. (Obs. 2) avait eu plusieurs poussées successives de plaques muqueuses, et que le malade du docteur Urich (Obs. 4) dut subir la trachéotomie par suite de la violence des accidents laryngiens. La malade de TObs. 3 avait-elle suivi un traitement; on ne le dit pas, mais comme elle avait des plaques muqueuses au moment de son entrée à l'hôpital, il est probable que le traitement n'avait pas eu beaucoup de succès. De ces faits nous pouvons conclure :
1. Chez les sujets alleints de syphilis grave, les lésions traumaliques peuvent prendre l'aspecl syphilitique.
2. La même complication peut se manifester chez les syphilitiques, &la période secondaire, alors qu'ils n'ont pas suivi de traitement.
3. Le traitement spêciÛqiie fail disparaUn; le caractère anormal de la lésion trauraatique en même temps que les accidents de la syphilis.
Q. Le sujet n'a plus de manifestation sijphilitigue au moment ëe la blessure.
Obs. 5. — ;persuuiieile). Traumatisme chez un typliilitique. Aspect spécifique des plaies. — T. Jean-Baplisie, 23 an>, garçon de café, entre à Lariboisicre, salle Sainl-Louls, o" 4, le 4 juin 1870.
Cet homme présente :
1. Sur la facp dorsale des mains, des ulcérations recouvertes de croules très-épaisses, arrondies, delà grandeur d'une pièce d'un franc, ayant la plus grande analogie avec le rupla syphilitique.
S. Au mollet L^auche, ulcérations de même nature : qucIques-nucs plus petites, plus haut.
3. .\ la hase du gland, deux ulcérations, taillées à pic. à fond végétant, comme soulevé, de couleur jambon, qui se continuent dans les parties voisines en devenant peu k peu rouges, indurées à la base.
4. Dans l'atne, un ganglion dur, indolent, roulant sous la peau.
5. Sur la peau de la verge, une cicatrice très-apparente de chancre induré.
Le malade rapporte en outre, qu'il a eu près du filet, il y a 10 ans, un chancre qui, traité par des applications de pommade au calomel, aurait guéri. Les traces de ce chancre sont masquées par les ulcérations actuelles.
Puis serait survenue une éruption de taches rouges sur la poitrine, ce qu'on ne peut encore contrôler, car le malade a la poitrine et les épaules recouvertes d'acné. A peu près à cette époque, il aurait perdu ses cheveux. Mais cette alopécie peut n'avoir rien de caractéristique, le père du sujet ayant été chauve de bonne heure.
Tous ces accidents n'ont pas la même origine.
1 . Les ulcérations des mains sont survenues après des coups d'ongle administrés par une femme qui, au dire du malade, était saine. De ces coups d'ongle sont résultées de petites plaies, qui se sont recouvertes d'une croûte, à la chute desquelles sont apparues les ulcérations actuelles. Les coups d'ongle remontent à six semaines et ont saigné.
2. Les ulcérations du mollet ont une origine différente. Il y a 4 mois, altercation avec une femme saine (?) morsure au mollet ; pas de plaie, mais ecchymose, qui disparaît peu à peu. A la place, un petit bouton qui s'ulcère, autour de cette première ulcération en apparaissent d'autres qui donnent également lieu à des ulcères de même nature. Les ulcérations de la main et du mollet se recouvrent de croûtes, mais n'ont aucune tendance à la cicatrisation .
3. Au gland, les ulcérations auraient leur origine dans une contagion directe. Début, il y a un mois. Mais elles n'ont les caractères ni du chancre mou, ni du chancre induré ; elles ont au contraire la plus grande analogie avec les ulcérations de la main et du mollet. On peut les ranger dans la catégorie de ces dernières et les appeler « syphilides péniennes, » forme rare de la syphilis.
4. te ganglion de l'atne est là depuis 18 mois. Son début a coïncidé avec l'apparilion d'tin êcoiilemeiil blL>nnorrhagique(?).
5. La cicalricc du fourreau de la verge, blanche, régulière, OTalaire, souiile, a dû être prcfMée d'un chancre infeclaDl. Cependant, le malade ne se doute même pas de sa présence et il ne se souvient nullemetil d'avoir eu quelque chose en ce point.
L'incertitude des renseignements fournis par le malade fait qn'on s'en passe. Se fondant Bur l'aspect de la cicalrîce dn fourreau de la verge, sur la présence du ganglion inguinal, sur les caractères des ulcérations des mains et du mollet, on peut rétablir ainsi qu'il suit l'hisloire de ces accidents
1. Chancre induré, doaton peutrcporler la date àenviron 18 mois, car les sjpbilidesque nous avons mentionnées sont de l'ordre de celles que l'on observe dans l'année qui suit l'inoculation. En même temps on un peu après, engorgement ganglionnaire.
2. Il y a 4 mois, alors que le malade était en pleine gj'philis coqstilutionnelle, traumatisme, dont le résultat prend l'aspect de^ sypbi- Udes.
3. Il y a 6 semaines, nouveau traumatisme, nouvelles syphilides.
4. Il y a un mois, rapprochement, suivi d'êcorchurc de la verge; petite plaie qui prend alors les caractères des syphilides. L'aspect fongueux de ces dernières pourrait faire hésiter entre: syphilide et chancre mon. L'inoculation, tentée sur la peau de l'aLdomcn, reste négative.
Si le diagnostic est exact, il sera coaGrmé par le traitement. Or, les accidents que nous observons appartiennent à une période qu'on peut appeler intermédiaire entre la période secondaire et la période tertiaire. — Le iraiterucnt qui réussit le mieux alors est le traitement mixte. On donne au malade une pilule de proto-iodure de mercure le matin et 1 gramme d'iodure de potassium le soir.
14 juin. — Quelques-unes des ulcérations des mains sont cicatrï-
Bées ; les antres, aussi bien qne celles du mollet et de la verge sont
trës-notablemeot améliorées.
21 juin. — Les ulcéralïons des mains et de la verge sont complètement cicatrisées, ainsi que les petites du moUet. Les trois pins graodes marchent assez rapidement.
26 juin. — Toutes les ulcérations sont cicatrisées. Il ne reste à la place qu'une cicatrice violette, un peu rouge encore au mollet; on recommande an malade de continuer son traitement chez lui. Exeat.
Obs. 6. — Huguier opéra un malade d'une hernie étranglée. La plaie prit l'aspect d'un ulcère syphilitique qui céda à un traitement convenable {Bull Soc. Chirur. 1851, 1™ série, T. Il, p. 52).
Obs. 7. — (Cazenave. Annales des maladies de peau et de la syphilis. T. 1. p. 57), Piqûre de sangme. Chancre (?) Eruption de sypkilides consécuHvs à l'application du tartre stibté sur la peau. — Homme de 30 ans. Antécédents vénériens. Orchite &la suite d'un faux pas; sangsues. Une des sangsues appliquées sur le testicule détache et fait une nouvelle morsure sur le dos de la verge ; il en résulte une petite croûte qui tombe, laissant à découvert une petite plaie. Une nouvelle croûte se forme pour tomber aussi, et ainsi de suite pendant six semaines environ. A celle époque celte plaie était devenne un chancre phagédéniquc qui avait '6 cent, environ de longueur sur 2 de largeur et 8 à 10 mill. de profondeur.
Traitement antisyphilitique irrégulier ; peu d'efficacité. Syphilidea quelques mois après sur divers points du corps, déterminées par de» applications de tartre stibié sur la peau. Ulcération de la pituilaire.
Traitement suivi, d'abord par l'iodure de potassium pendant un mois, puis par le mercure pendant trois semaines ; guérison.
Celte observation est intéressante à plus d'un titre. Nous ToyoQS là une piqûre de sangsue donner lieu à un accident
syphilitique, qui n'est pas un chancre, évidemment, m nous en jugeons par la marche de l'ulcéralion.
Nous remarquerons aussi en passant, cette éruption de syphihdes provoquée par une application irritante sur la peau.
Obs. 8. — Une femme de chambre ayant eu à ta suile d'une ulcération syphilitique une pcrforalion du voile du palais, et paraissant du reste parfailemenl guérie de la syphilis, Blasius lui pratiqua la sulure du voile du palais. Au lieu de la guérison il se forma au niveau de la plaie une nouvelle ulcération syphilitique. (Blasius, Beitrarge zur praktisctieii Chirurgie. Berlin. 1848, p. 139).
Obs. 9. (personnelle). — En 1872, M"^ X. âgée de 46 ans, ' d'une bonne santé apparente, robuste, glisse et tombe dans une fenêtre; son bras droit passe à travers un carreau, dont un fragment fait à la partie antérieure et externe de l'avant-hras une profonde entaille d'au moins 15 cent, de long.
M™° X., enthousiaste de la Médecine Raspail, panse la plaie avec toutes les préparations camphrées en usage, pommade, eau-de-vie, huile, etc. Au bout d'un mois, ne voyant pas de tendance à la guérison, elle se décide à faire venir un médecin.
Celui-ci examina la plaie dont l'aspect ulcéreux, le fond pultacé, grisâtre, les bords violacés, livides, irréguliers et entourés d'une rougeur cuivrée le frappèrent tellement qu'il ne put s'empâcher de dire à la malade : « Maïs, madame, vous avez eu la vérole. »
Après bien des dénégations, celle-ci pressée de questions Gnil par avouer qu'à 21 ans elle avait eu une maladie vénérienne pour laquelle elle avait passé 6 mois à Lourcine, et avait pris des pilules pendant ce temps. Elle en était sortie parfaitement guérie et depuis, dit-elle, elle n'avait jamais eu d'accidents. On pansala plaie d'abord avec des cataplasmes, puis avec de la charpie alcoolisée, et on Et reprendre à îi" X. le traitement mercoriel.
La plaie gnéril, mais lentement, en 3 ou 4 mois, et la malade conserva une rétraction des fléchisseurs qui n'avait pas disparu un an aprËs.
Les malades dont nous venons de rapporter l'histoire se trouvaient probablement tous à une époque éloignée de l'accident primitif.
Chez la malade de TObs. 9 cela est certain ; il s'était écoulé en effet 25 ans entre les accidents primitifs et la lésion qui a pris l'aspect d'un ulcère syphilitique.
Pour les autres malades, nous n'avons pas de renseignements saflisanls, et même pour ceux des Observations 5, 6 et 7, il a fallu toute la netteté des ulcérations et le succès delà médication antisyphili tique pour qu'on ait pu affirmer que les sujets avaient bien la syphilis.
Chez les uns, le traitement spéciûque avait été mal suivi J (Obs. 5 et 7) ou il s'était écoulé une longue période entre! le traitement et l'accident (Obs. 9) ; pour les autres doil n'avons pas de renseignements. Il est donc probable qud l'insuffisance du traitement tians le premier cas et la ces sation de son efficacité ont été la cause du réveil de la dia^ thèse alors sans manifestation. Donc :
1. Une lésion irauinatiq^uc chez un syphilitique peut revêtir un ca-j raclère spéciûque ;
2. L'insuQisaace du traitement, réelle ou acquise, en est la cans
3. Le traitemeut spécifique seul amène alors la cicatrisation de 1 plaie.
1 2, — ia plaie prend l'aspect spéciûque à une périoà d^à avancée de la cicatrisation. ""' '
Obs. 10, — Fracture de l'humérus à son tiers supérieur par coup de feu. — Dèbridejnent des plaies d'entrée et de sortie. — Extraction de nombreuses esquilles. — Le membre est mis dans un appareil. — Commencement de cicalrisalion.
Le 30 mars (deux mois après l'accideot), il ne reste plus que deui plains, une en avant et une autre en arrière, mais la cicatrisation marche lentement. On applique trois attelles sur le bras, le membre est placé dans une écbarpe, et le malade commence à se lever.
Le 5 avril et les jours suivants, la plaLe antérieure change d'aspect, le fond se creuse, les bords se renversent et ])rennent une teinte violacée, lies symptômes fournis par cet ulcère et les circonstances commémoratives font découvrir une syphilis invétérée. A dater du 8, les frictions de pommade mercurielle sont employées, et quoiqu'elles n'augmentent pas la sécrétion des glandes salivaires, les ulcérations se cicatrisent.
Vers la fin dejuillet, six mois après avoir été blessé, le malade sort gnéri de sa blessure. Il a le bras droit raccourci de deux pouces. Les fragments de l'humérus se touchent sans être soudés. ' '
(Blanpain. Thèse de Paris, 1822, n° 169, p. 74).
Obs. 11. — Caienave, Traité des syphilides, p. 537.
Le nommé X... entre à l'hâpilal Saint-Louis dans le service de M. Jobert, mon collègue et ami, pour y être traité d'une fracture comminutive de deux os de la jambe droite, avei: plaie siégeant au nivean de la jonction du tiers supérieur avec le tiers moyen. A l'aide d'un appareil convenable on put, h force de soins et de surveillance éviter l'amputation et obtenir la consolidation ; mais malgré l'issue de nombreuses esquilies, le malade conserva une petite plaie rebelle, entretenue évidemment par la suppuration de quelque point nécrosé. Cette plaie avait à peine la largeur d'une pièce de cinq sous, quand le malade sortit sous prétexte d'aller se remettre à la campagne et en promellant de suivre un régime convenable. Mais il revint au beat
de ÇnfSfpie tettips après avoir fait des excès en tous genres ; la plai ëéÎL alors étendue comme une pièce de cinq francs, îi fond gri-^ sAtre, à bords taillés à pic, et présentait enfin tous les caractères d'à ulcération syphilitique.
Ce fut alors que des questions adressées au malade tirent découTi qu'il avait éprouvé une année auparavant des symptômes primitînj pour lesquels il avait été cependant régulièrement Irailé, et dont il 9 croyait complètement guéri. On eut alors recours à l'emploi du prot(h4 iodure de mercure et le malade sortit guéri .
Obs. 12. — Homme de 27 ans. Plaie de la main par arme fen. L'ouverture de sortie guérit après l'issue de quelques esquilles Tout-à-coup l'ouverture d'entrée se revêt de bourgeons qui premiei un aspect syphilitique,
L'interrogation du malade révèle une infection antérieure. — Frio^ tions mercurielles durant 15 jours. Guérison. (Herkel. — In(luen<n de la syphilis sur les plaies. — Arch. gén. de méd. 1872. série, t. XIX, p. 335).
Ce paragraphe peut être considéré comme la suite drt précédent. En effet, dans nos observations, les malades! n'avaient pas de manifestations syphilitiques au moraentj où ils ont été blessés, et leur plaie a pris néanmoins i cachet spécifique, mais à une période déjà avancée de 1% cicatrisation, deux mois dans l'Obs. 10, un temps indéter j miné mais pouvant être évalué à plusieurs mois dans lœ Obs. 11 et 12, puisque dans l'Obs. 11 le malade avait etf une fracture comminutive qui était guérie sauf la plaie res-*j tée fistuleuse et qui a pris l'aspect syphilitique, et que danaj rObs. 12 l'ouverture de sortie d'une plaie d'arme à feu^f était guérie après l'issue de nombreuses esquilles lorsque laj
plaie d'entrée a changé d'aspect. Nous ferons remarquer que, dans ces cas, la lésion traumatique s'accompagnait de fracas des os ; il est donc à présumer que l'étendue et la durée de ces lésions ont agi puissamment sur l'organisation des sujets ; ceux-ci n'auraient pas eu probablement de manifestation avant longtemps sans l'accident grave qui est venu réveiller la syphilis.
Conclusions. — Chez un syphïlitiqae, une plaie grave, sappurant depuis longtemps, peut prendre à la longue un aspect syphilitique.
Elle ne guérit que sous l'influence du traitement antlsyphilitique.
§ m. — Plaies qui s''ulcèrent et ne présentent aucune tendance à la cicatrisation.
Dans les quatre observations qui suivent, rulcération consécutive à la plaie, sans avoir bien nettement l'aspect spécifique, n'avait néanmoins aucune tendance à la guérision.
Comme dans les cas précédents, les malades avaient tantôt des manifestations syphilitiques au moment de la blessure, tantôt la syphilis était latente. Nous avons réuni dans un paragraphe particulier les cas dans lesquels l'ulcération a eu pour point de départ l'ouverture d'une gomme ramollie; cette ouverture avait été faite en général par une erreur de diagnostic d'autant plus explicable qup la syphilis, d'ailleurs niée par le malade, était latente au moment de l'opération.
: Dans tous les cas, sauf ceux de Pelletan, où les malades n'ont été qu'améliorées, le traitement spécifique a été suivi de la guérison des manifestations syphilitiques.
A. — Observations dans lesquelles le malade avait des manifestations syphilitiques au moment de la bléssure.
Obs. 13. — Guillemin. Gaz. hebd. 1863, p. 472. — M. J. P. âgé de 27 ans, d'un tempérament un peu lymphatique, a eu en 1858 des chancres suivis d'accidents constitutionnels (taches cuivrées, plaques inuqueuses dans la bouche, maux de gorge, etc.). Sous l'influence d'un traitement mercuriel régulièrement suivi et longtemps continué, ces accidents disparurent. M. J. P. n'avait rien éprouvé depuis longtemps et se croyait complètement guéri, lorsque, vers le milieu du mois d'août 1862, il lui survint deux petits tubercules cutanés à la paume de la main gauche, un troisième k la partie supérieure du dos, un quatrième dans la région des lombes; le malade ne s'inquiéta pas d'abord de ces lésions qui lui semblaient insignifiantes ; mais^ sur ces entrefaites, il se fit au talon gauche une petite ampoule, résultat de la pression d'un soulier mal fait; cette ampoule, au lieu de se guérir en un jour ou deux, comme cela arrive d'habitude, fut suivi d'un ulcère douloureux, qui, à plusieurs reprises s'enflamma, se recouvrit de fausses membranes, et s'entoura de larges vésicules. Pendant près d'un mois j'employai, suivant les indications apparentes, les cataplasmes, le céral, le vin aromatique, le diachylon, divers onguents, etc. Ces moyens, quoique aidés d'un repos à peu près absolu, restèrent complètement inefficaces; l'ulcère allait un peu mieux pendant un jour ou deux, puis, sans cause connue, les accidents reparaissaient.
Le 4 octobre, M. P. me montra les tubercules cutanés qu'il avait à la paume de la main et dans la région dorsale, et dont il n'avait pas jugé nécessaire de me parler jusqu'alors ; ces tubercules présentaient une teinte cuivrée très-évidente; comme je connaissais, du reste, les
antécédents du malade, je n'hcsitiii pas k les considérer comme étant de nature syphilitique, et je prescrivis le traitement suivant : Teinture d'iode ... 2 grammes.
Eau commune. . . . 200 — Prendre deus cuillerOes à bouche cUaquejour (1).
Je prescrivis cette solution pour guérir les tubercules cutanés, et je ne me doutais pas le moins du monde que l'ulcère du talon allait en ressentir Tinlluence, attendu que, malgré la singularité de sa marche et de son aspect, j'étais bien loin de croire qu'il eût été influencé par la cachexie syphiliti([ue, tellement j'avais confiance dans la doctrine généralement adoptée. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque je vis la plaie marcher rapidement vers sa cicatrisation, en même temps que la douleur et les accidents inflammatoires, de telle sorte que le 12 octobre, c'est-ii-dire huit jours après le début du traitement par l'iode, la cicatrisation était complète et définitive.
Cette rapide guèrison me surprit d'autant plus que dans les premiers jours d'octohrc la petite plaie s'était enflammée de nouveau, des vésicules s'étaient développés à sa circonférence, et tout devait faire présager qu'elle n'était pas encore sur le point de se guérir.
Les tubercules cutanés ne disparurent qu'un peu plus tard; la solution iodée fut renouvelée et le traitement continué jusqu'au 3 nov.
Lu malade, bien que décidé, suivant mes conseils, à se remettre pendant quelque temps à l'usage de l'iode, se croyait cependant complètement débarrasse de ses accidents syphilitiques lorsqu'un nouvel événement vint me démontrer qu'il n'étail fi;iiéri tju'en apparence, c'est-à-dire que la maladie existait, bien qu'en ce moment elle ne se manifestât pas par des lésions apparentes. Le 23 novembre, M. S. P. se fit à l'indicateur de la main droite une petite écorchure, Tépiderme fut soulevé dans une étendue de deux it trois millimèlres, le maladie mit sur cette escnriatinn nu morceau de lafFctas 1. Pour des raisons partie ulières, M. Giiillemin a substitué ilins sa pratique h solution d'iodeàViodureile potaBÙam pour le traitement des raaladiessjphîlitiqueE.
d'Angleterre, et ne s*en inquiéta pas; mais peu de temps après il ressentit quelques douleurs, et remarqua que la suppuration était survenue et qu'au voisinage de Texcorialion la peau était enflammée ; c'est à ce moment qu'il me montra son doigt ; je lui fis remplacer le taffetas par un petit cataplasme qui apaisa la douleur et calma l'inflammation ; j'appliquai ensuite du cérat ; la cicatrisation ne parut pas vouloir se faire ; au contraire, l'épidermese soulevait tout autour de la petite plaie qui était d'un rouge vif, et ne se recouvrait pas d'un nouvel épiderme ; le diachylon, le vin aromatique, furent aussi employés sans plus de succès.
Enfin ridée me vint que la même cause qui s'était opposée si longtemps à la cicatrisation de la plaie du talon empêchait également celle-ci de se guérir, et le 2 décembre je fis reprendre l'usage de la solution d'iode. Voici quel était k cette époque l'état de la petite plaie ; située à la face dorsale du doigt indicateur au niveau de l'articulation delà première avec la deuxième phalange, elle était d'une forme à peu près circulaire, son diamètre était d'environ un centimètre, sa surface d'un rouge cuivré, recouverte d'une couche épithéliale très-mince; au centre existaient deux petites taches jaunes formées par des croûtes au-dessous desquelles se trouvait un peu de pus. Tout autour de ce petit ulcère l'épiderme était soulevé et formait une espèce de bourrelet paraissant résulter de la réunion de larges vésicules confondues les unes avec les autres par leurs bords ; les douleurs étaient assez vives, surtout pendant la nuit.
Je fis prendre par jour environ deux cuillerées à bouche de la solution suivante : teinture d'iode, 4 grammes, eau commune, 480 grammes.
Le 8 décembre (6 jours après le début du traitement), l'amélioration était déjà considérable ; il n'y avait plus de douleur, plus de suppuration, pn épiderme nouveau s'était formé, encore mince, rosé, mais paraissant às^tûk ^ jmnimir. he 4 2 décore on fu^bi^v^ l^ ^^
commencée le 2. La gaérisoD est depuis deux jours complète et déSnitive.
Obs. 14. — f'm^rfife^ communiquât! par M. Verneuil, — Déviation du gros orteil — FrotlemeiUs répétés sur te sommet de la partie déviée. — syphilis antérieure. — Ulcération qui ne guérit que par le trailemenl merairiel. — G. Léon, 46 ans, entre à Lariboisière, salle Saint- AugustlD, n° d bis, le 6 janvier 1872.
Cet tomme est d'une bonne constitution, il a toujours en, dit-il, un oignon au gros orteil du pied gauche. Cet oignon s'est ulcéré il y a â ans par suite du frottement de chaussures trop étroites. 11 a été obligé à cette époque de quitter son travail pendant 40 jours, puis il s'est fait faire une chaussure spéciale et a repris set occupations. Un mois après, l'ulcération s'était gaérie d'elle-même.
En novembre 1871 l'ulcération reparut sans cause connue. Le malade ne, peut attribuer qu'à ia fatigue la réapparition de son mal. Il crut d'abord que le repos seul sullïrait à le guérir, mais ne voyant pas de raiea:( survenir il se décida à entrer à l'hôpital.
On constate alors, au niveau de l'articulation mélatarso-phalangien- DC gauche du gros orteil une ulcération arrondie de la largeur d'une pièce de 2 francs. Celle ulcération a un aspect gris sale ; elle est assez profonde ; ses bords sont réguliers, pas d'inQamination dans les tissus environnants. Sur les bras du malade on trouve de petites eTceriations isolées et discrètes couvertes de croûtes et semblables à des papules de prurigo grattées ; à la région dorsale on eu voit d'autres qui sont beaucoup plus profondus et atteîgnenl la largeur d'une pièce de 50 cent. Elles sont couvertes de croûtes soulevées par du pus et sont le siège d'un prurit assea intense- Pensant avoir affaire it un syphilitique, M. Verneuil interroge le malade et apprend qu'en effet il a eu au mois de juillet un chancre, ^ qti^on lui a hrl «tifre pendant 30 jours un traitement (tisane de
salsepareille et pilules dont il ne sait pas le nom). Il conserve actaellement au pli de l'aine la pléiade ganglionnaire caractéristique.
M. Verneuil pense que Tulcération du pied est due à l'action de frottements répétés sur un orteil mal conformé, et que la syphilis seule en entrave la cicatrisation. Il ordonne un pansement aux bandelettes de sparadrap de Vigo, des pilules de protoiodure de mercure, des pilules de Vallet et du vin de quinquina.
Le 19 février la plaie est réduite à la largeur d'une tête d'épingle. Les ganglions sont toujours engorgés; les manifestations cutanées ont disparu.
Le malade sort.
B. — Observations dans lesquelles le malade n'avait pas d'accidents spécifiques au moment de la blessure.
Obs. 15. — Duval cite un négociant âgé de 60 ans, qu'il soigna pour un ulcère indolent et de mauvais aspect, siégeant à l'épaule droite ; cette ulcération durait depuis plus de six mois et résultait de l'ouverture d'un abcès phlegmoneux survenu à la suite d'une chute sur cette partie. Inutilité des pansements; il fallut le traitement spécifique, et les chairs redevinrent belles. Succès complet. (J. A. Moreau. De l'influence des diathèses en chirurgie. Th. de Paris, 1872. p. 27).
" Obs. 16. (personnelle). — Syphilis latente. — Traumatisme. Ulcération delà plaie. — L. Jules, 23 ans, conducteur de chemin de fer, entre à Lariboisière, salle Saint-Augustin, n° 39, le 7 avril 1870.
Dans les premiers jours de janvier il eut un chancre induré à la verge.
Environ un mois après, plaie contuse de la jambe. En quelques jours il se forme un ulcère de la largeur de la paume de la main, sans aucune tendance à la cicatrisation. Ni varices ni scrofule.
Dès son entrée le malade est mis au traitement par la liqueur de
1-Swieten. On panse l'ulcère avec des bandelettes L'ulcère se cicatrise peu à peu et le malade sort guÉri, le 23 ji
diachylon.
I ve
G.— Ouverture de tmneurs gommeuses.
Dans presque tous les cas, l'ignorance des antécédents vénériens des malades, les caractères da mal, analogues à ceux d'un abcès, portèrent les chirurgiens à traiter les gommes comme de simples tumeurs phlegmoneuses ; on les ouvrit par le caustique ou par le bistouri. Ce ne l'ut qu'en voyant la marche insolite de ces abcès après leur ouverture, ulcération, décollement et lividité des bords, etc., qu'on l'ut amené à rechercher la cause de ces phénomènes ; une fois la syphilis dévoilée ou soupçonnée, on administra le traitement spécifique qui fit disparaître les accidents.
Obs. 17. — (Pli. J. Pellelan. Clinique chirurgicale, T. l. 1810, p. 2S8}.
Pellelan rapporte l'histoire d'une femme qui lui fut adressée par un de ses clicnls qu'il avait soigné pour une affection vénérienne et qui était depuis plusieurs années en intimité avec elle. Il est probable qne la maladie de la dame était de la même nature que celle du client.
« En effet, elle avait eu des tumeurs osseuses à toute la circonférence du front. On avait cru devoir ouvrir ces tumeurs avec la potasse caustique ; il en était réiîuUé des ulcères avec carie molle, et les tumeurs s'étaient encore multipliées.
Je fus d'avis de l'administration du muriate de mercure suroxygéné; mais on préféra les frictions et le mal ne 6t qu'empirer. La malade fut confiée à mes soins, et le premier emploi du remède proposé produisit une grande amélioration des ulcères, mais sans exfolialion
J'eus beau les perforer, les dessécher, rien n'avançait, et je n'ajnië' gagné que sur la santé générale de la malade. On s'ennuya de mes soins : d'autres gens de l'art furent encore moins heureux, parce qu'ils s'obstinèrent k entamer les nouvelles tumeurs du visage.
Dans le même temps, les os du métacarpe de la main droite se turaéfièreul, et les tumeurs furent ouvertes avec le caustique. Les glandes du cou s'engorgèrent et s'entr'ouvrirent. Celle malheureuse femme était couverte d'ulcères de l'aspecl le plus hideux , et maigrissait de jour en jour. Elle revint à mes soins : Je recommençai le remède unique, et la maladie semblait s'améliorer ; mais le sujet était usé et mes soins parurent encore insuffisants. Elle a passé successivement en diverses mains jusqu'à son extinction totale, après avoir langui pendant deux aas, et n'ayant dû un si long répit qu'aux bons effets momenta- , nés du muriate suroxygéné de mercure. i
Obs. 18.— (Peflelan, Clin.chir., T. f. 1810, p. 260). Uoe , femme atteinte de syphilis grave avec gommes multiples du frontal et ' ulcérations consécutives k la cautérisation de ces gommes, fut après 3 mois du traitement internu au mercure, trépanée par Pellelan qui enleva ce qu'il pol de l'os malade. Il y eut une amélioration considérable de l'élàt local, le mal étant réduit au quart de son étendue, et de l'état général. La malade fut perdue de vue.
Obs. 19 — Plaie ulcéreuse syphilitique à la jambe gauche^ canaécutive à l'incision de tumeurs gommeuses. — Séraphini Lucia, mariée, âgée de 25 ans, a perdu son père à l'âge de dix ans, probablement, d'après ce que raconte la malade, de pneumonie caséeuse. Ses règles apparurent à treize ans, et vinrent régulièrement depuis lors, Mariée il y a trois ans, elle eut deux enfants encore vivants, et une fausse couche au deuxième mois. Un an après son mariage son mari l'infecta d'un ulcère à l'orifice du vagin, suivi d'une éruption cutanée, de douleurs ostéocopes et d'engorgenenls des ganglions inguinaux et cervicaux.
Ad mois d'avril, il y a enviroo deux mois, les douleurs se montrërent aux deux tibias ; en même temps la malade vit apparaître sût la jambe gauche deux petites tumeurs, l'uue à la régiou interne du tiers moyeu de la jambe, l'autre à la région externe du tiers supérieur. Ces tumeurs, molles, indolentes, sans altiTation de la peau, comme l'alErme la malade, furent incisées par un chirurgien SO jours après leur apparitioQ. L'incision laissa écouler un peu de saaie sanguinoi'nte, mais les tumeurs ne diminuèrent pas de volume, et les plaies, au lieu de se cicatriser, devinrent ulcéreuses et s'étendirent en profondeur et en su perBcic.
A rentrée, les ulcères ont chacun de 7 à 8 centimètres de longueur sur 4 à 5 de large, à bords irrcguliers et taillés à pic. Lefondesten partie granuleux, en partie sinueux eC recouvert d'une matière pulpeuse, adhérente, d'un jaune sale, et d'an vert éclatant en quelques points. Au fond de la plaie située au tiers supérieur de la jamlw, on voit k déujuvertle bord externe du muscle soléaire.
On diagnostiqua une plaie ulcéreuse syphilitique produite probablement par une gomme cutanée, l'on prescrivit un traitement antisyphilitique et reconstituant ; ou pansa avec de la charpie imbibée d'huile phéniquée, La malade sensiblement améliorée, retourna dans sa famille. (C. Mazzoni, 5 mois de clinique chir. ^. 45, Rome, 1873).
Obs. 20 (personnelle). — Tumeur fongueuse tertiaire de ta mrse séreuse prémalléalaire ùiterne, du côté gauche. — L.E. homme a 64 ans, boulanger, entre à la Pitié, salle Saial-Louis n" 47, le 15 -rier 1873.
1 présente, à la face interne de la malléole interne dn cAté gauche,
î petite tumeur lenticulaire, cutanée, d'un rouge un peu sombre,
pfrès-neltement fluctuante, douloureuse au loucher; elle est apparue
rawnlanémeni , sans contusion. A l' interrogation le malade n'avoue,
îur tout antécédent vénérien, qu'un petit chancre à la verge, il y a
e quarantaine d'années. Il a bien guéri, sans engorgement ganglion-
naîre, ou autre accident de nature spécifique. On ne trouve sur le reste du corps ni cicatrice, ni rien d'analogue k ce qui se trouve à la malléole interne.
On fait dans la tumeur une ponction au bistouri ; il en sort du sang, et à peine une apparence de pus. On met des cataplasmes.
Les jours suivants la plaie, loin de se cicatriser, s'aggrandit, la tumeur paraît augmenter de volume, sans .Suppurer; peu k peu, par les bords de la plaie sortent comme des fongosités ; on croit k une tumeur fongueuse d'une bourse sous-cutanée. Cautérisation énergique au nitrate d'argent. Pas d'amélioration. La peau se décolle autour de la tumeur qui a doublé de volume depuis l'entrée.
\i mars. Les caractères de la tumeur et le peu d'efficacité du traitement font penser k une gomme, siégant dans la séreuse prémalléolaire. M. Verneuil ordonne donc l'iodure de potassium k l'intérieur et l'application de sparadrap de Vigo sur la plaie. En quittant le lit du malade, ses yeux tombent sur une croûte de la largeur d'une pièce d'un franc,, brunâtre, entourée d'un liseré rouge cuivré, superficielle, ovale, k grand diamètre transversal, siégeant au niveau de l'articulation choiidro-costale de la 9® côte. Le malade raconte qu'il y a une quinzaine de jours, c'est-àdire depuis l'entrée, il lui est venu un petit bouton, qu'il a écorché, et qui s'est étendu peu k peu ; c'est mainetnant une plaque de rupia.
Des cataplasmes appliqués les jours suivants font tomber la croûte qui laisse à découvert une ulcération ; ou la panse avec du sparadrap de Vigo.
Le 22, l'ulcération costale est guérie. Il n'en est pas de même pour celle de la malléole, qui reste encore longtemps stationnaire, malgré l'emplàtre de Vigo, l'iodure de potassium et les cautérisations au nitrate d'argent. Elle n'est cicatrisée que le 10 juin. Le malade sort guéri le 15.
Obs. 21 {personnelle). — M... P., 34 ans, entre à l'hôpital de la Pitié, salle Saint-Louis, n° 17, le 12 juillet 1873.
. Cet homme présente, à la (jartic Mi[ii'riouri; de la face postérieure de l'olécràne droit, une pclile tumeur du volume d'une noisette, Dicérëe à son centre, de coloration rouge violacée, dure, peu douloureuse au toucher.
Au dire du malade, le déhul de celle tumeur remonte à liuil ans. C'était alors un petit boulon, survenu sans cause connue. N'éprouvant aucune gène il ne s'en inquiéta pas. Peu à peu, cependant, elle augmenta de volume, et devint douloureuse ; il y eut de l'œdème de voisi* nage. Le malade consulta alors, quinze jours avant son entrée à l'hôpital, un médecin qui, trouvant de la fluctuation, fit une incision dans la tumeur; it en sortit du pus mélangea du sang. La tumeur diminua de volume; quanta la plaie, au lieu dese cicatriser, elle s'nlcéra.
Au moment de l'entrée du malade k Thâpital l'œdème circonvoisin avait un peu diminué; la tumeur présenlait k son sommet une ouverture arrondie, à bords décollés, et qui donnait issue & des fongosités. L'exploration avec le stylet ne révélait aucune dénudation osseuse. La présence d'une bourse séreuse en ce point, l'inulilité du traitement anti-ph logistique avant et après l'incision, et la longue durée du mal, l'analogie frappante qui existait entre la tumeur de l'olécràne et celle de la malléole chez le malade de l'observation précédente, tireni penser qu'il s'agissait là aussi d'une tumeur fongueuse tertiaire de la séreuse. Interrogé au point de vue de la syphilis, le malade apprit qu'il avait eu, en 185S, un chancre du méat avec blennorrhagîe; mais depuis il n'a jamais suivi de traitement anti-syphilitique et néanmoins il n'a, dil-il, jamais eu d'accident que l'on puisse rapporter à la syphilis. Les renseignements sont donc peu précis. Néanmoins, là, comme dans les autres observations, le traitement vint confirmer l'hypothèse de syphilis, car l'emplâtre de Vigo appliqué sur le mal et l'iodore de potassium administré k l'intérieur amènent une amélioration rapide.
Le 24 juillet, la tumeur avait diminué considérabiemenl de volume, la douleur avait disparu ainsi que l'œdème de voisinage, et le malade sortait pour reprendre son travail.
1 4. -» Observations dans lesquelles la plaie, sans s^vlcérer, ne guérit pas.
H y avait toujours, dans les observations que nous avons recueillies, coïncidence de manifestations syphilitiques. La lésion traumatique et les accidents vénériens cédèrent toujours au traitement approprié.
Obs. 22. — ^*Jarjavay observa un syphilitique atteint d'un fongns da tubercule et qui se coupa lui-même, à plusieurs reprises, ses végétations avec un rasoir. Le fongus repoussa chaque fois. Guérison, en deux mois, par Tiodurede potassium, du fongus et d'autres accidents syphilitiques. (RoUet, Rech. clin, et expér. sur la syphilis. Paris, 1861, p. 489).
L'observation suivante, bien que ne rentrant pas directement dans notre sujet, présente néanmoins assez d'intérêt pour que nous la tirions de l'oubli dans lequel elle est restée jusqu'à ce jour.
Saviard opère une fistule à l'anus chez un homme en pleine éruption syphilitique, mais il lui donne du mercure ; les accidents syphilitiques disparaissent et la plaie va bien ; survient un épanchement pleurétique ; la plaie cesse de se cicatriser et la guérison ne reprend son cours que lorsque le malade est débarrassé de sa complication thoracique. Il est plus que probable que dans ce cas c'est la pleurésie qui a arrêté la marche de la plaie vers la guérison, et (fu'elle a fait alors ce que la syphilis, combattue par le mercure, n'avait pas produit.
Obs. 23.— (Saviard. iVow. Recli. d'obs. chir. Paré. 1702,: p. 434).
u D'une fistule au fondement. —Je tus appelé te dix-septième dejanvier 1696, pour voir uq avocat de la proviucfi de Bùarn, qui était logé priis U' fort S. Landry, oiise Iroavêreat aussi M. de Tursan,, maître cliirurgleii, et un aulre chirurgien d'armée, pour conauller s^uj;" une fistule au TondemenL dont ce malade était attaqué, avec coi^plÏT cation de maladie vénérienne, qui nous était manifestée par des pustules au foDdcmcnl.et par une mauvaise gale répandue sur tout son corps.
u Nous convînmes qu'il fallait le préparera l'opération qui pressait, par la saignée, la purgation, et le régime de vie; qup, pendant le Iraiti'ini'ut de la lisliile, on lui ferait user de médicaments propres; à combattre le virus veroliqne, qui ne manquerait pas de formeri nu obstacle k sa guérison.
" Apres les préparations faites, je coupai la fistule eu présencBidfl ces deux Messieurs, et dès les premiers jours la plaie Iburnil une sup-^ puration si louable, qu'elle nous parut prendre le chemin d'une prompte guéfison, ce qui n'empêcha pourtant pas qu'en vue de satisn faire à l'indication que nous avons prise de combattre le virus véro-" lique, je nu lui fisse prendre tous les malins 15 grains de mercure doux , dans la confiture de roses, et par dessus une infusion de séné, afin de précipiter le mercure, et qu'il n'usât pour sa boisson ordinaire que d'une douce décoelion de salsepareille et d'esquine.
Ces remèdes eurent leur effet, les pustules disparurent, ia mauvaise gale s'amortit; el la plaie était sur le grand chemin d'une heureuse guérison un mois ou 5 semaines après l'opération, s
A ce moment le malade fut atteint d'une pleurésie qui se termina par une évacuation abondante de pus par la bouche. " Ce crachcraei^t continuant pendant uu temps considérable, le malade tomba dans une
telle exténuation qu'il n'avait plus que la peau I Cependant son ulcère était en bon état,
collée sur les i
cicatrice
qui
resUit'k faire n'était retardée que par le défaut de baume de nature, dont la source était épuisée. »
On l'envoya ^ la campagne ; il y suivit uu régime Ionique et réparateur, et l'ulc^e secicatrisa bientôt.
Obs. 24. — Une femme de 32 ans, de tempérament robuste, portait au niveau de la bossa pariétale droite une large plaie qui suppurait abondamment. Cette plaie était le résultat d'une contusion el datai', d'un an environ. On avait vainement employé toutes sortes d'onguents. Cette femme avait eu quelques années auparavant des chancres aux parties génitales, et au moment de son entrée à l'hApital elle était atteinte d'une syphilis squameuse à la paume des mains. Ou lui fil prendre des pilules de proto-iodure de mercure et la plaie ne tarda pas à s'améliorer notablement. (Ambrosoli, bc. cit.).
Obs. 2S. — ThérÈsa M. est admise le 20 juin 1863 à l'hôpital des Vénériens. Cette femme est robuste et n'a jamais eu comme maladie que des chancres aux parties génitales. Au moment de l'entrée elle est atteinte d'un ecthyma syphilitique Irès-élendu. Une plaie qu'elle s'est faite à l'index gauche résiste à tous les traitemenls. Sous l'influence de frictions mercurielles et de pilules de prolo-iodure, la plaie et l'ecthyma disparurent bientAt (Ëod. loco.).
Obs. 26 (personnelle). — Incision d'une gomme d'une bourse séreuse (?) de la paume delà moin. ■ — Pas de cicatrisation. — Frictions mercurielles sur la plaie et iodure de potassium à l'intérieur. — Guérison. — B. 35 ans, garçon d'amphithéâtre, vient en mai 1873 consulter M. Vernenil pour ce qu'il appelle un clou, siégeant à la paume de la main, au niveau de l'extrémité inférieure du 2°" métacarpien. Ce préteuduclou est une petite tumeur de la forme et du volume d'une noisette que Ton aurait coupée en deux et dont on aurait posé une des moitiés en ce point; elle est lisse, uniformément rouge, à base indurée, non douloureuse, excepté au centre elle est plus molle qu'ailleurs ; elle est venue spontanément, sans cause
ajqtrécîable au malade. M. Veroeuil pensa d'abord qu'il y avait un corps étranger, car on remarquait au centre une petite croûte. Mais B, lui dit qu'il s'était lui-même fait cette plaie, qui sans s'ulcérer, ne présentait cependant aucune tendance £t la cicatrisation. Ce n'était pas non plus un tubercule résultant d'une piqûre anatomique. M. Vcrneuil, en attendant un diagnostic précis, ordonna l'application de cataplasmes et de teinture d'iode sut la tumeur.
Le mal resta statioanaire. Plusieurs incisions au bistouri ne donnèrent issne qu'à un peu de sang. Considérant que normalement les manouvriers présentent au point en queslion une bourse séreuse souscutanée, que le sujet était en pleine syphilis tertiaire (l'interrogation du malade et la coïncideace d'une périostose du tibia, avec douleurs ostèoeopes uocturnes, ne laissent aucun doute à ce sujet), M. Venieuil pensa qu'il s'agissait d'une gon)me syphilitique siégeant dans une bourse séreuse. Il prescrivit en conséquence des frictions sur la tumeur avec l'onguent napolitain, et à l'intérieur un gramme d'iodure de potassium par jour. Depuis, le mal qui jusqu'alors était resté stationnaire s'améliora peu à peu, et au bout de trois semaines il éiait guéri.
M. Verneail nous dit alors qu'il avait observé le même fait une fois déjà ; et dans son opinion il s'agissait aussi d'une gomme syphilitique, siégeant dans une séreuse située exactement au même point.
Dans le cas de B.,ily avait bien des accidents tertiaires, mais la petite tumeur de la main avait des symptômes si peu caractéristiques qu'on ne songea pas d'abord à l'existence d'une gomme.
I 5. Observations dans lesquelles la réunion par première
intention a échoué.
[ Obs. 37. — (Jobert de Lamballe). Traité- de chirtirgie plastiqiu
-9, t. II, p. 171 [67" obs.}. ' ■■^•u,. ,.
D.>., 3S ans, eut en 1840, une rétention d'nrine pour rétréone- 1 jpeot blennorrhagique. A la suite d'un calhétérisme forcé avec n sonde métallique, l'iirèthre fut perforé : une fistule reste.
En juillet 1843, D... contracta des cliancres à la verge ; accideols I ^hilitiques consécutifs ; éruption au front, aux épaules, puis sur b ]t corps; maux de gorge.
Il entre dans le service de Jobert dans l'état suivant : la iace et les 1 membres sont couverts de taches el de tubercules syphilitiques. Sur | Je dos plusieurs de ces tubercules sont ulcérés. Maux de g pas de traces d'ulcérations dans l'arriére-gorge, ni sur le voile dn I palais.
La Ëstule a 3 cent. 1/2 de long sur 1 cent, de large, ses bords sont | 'arrondis et iudurës.
Autour de cet orifice on voit encore la trace de trois petits chancres 1 incomplètement cicatrisés. On en voit deux aulres sur la peau du •prépuce. Dès le lendemain de l'entrée on fait prendre au malade une J (ûtule de proto-iodurc de5 cenligr.
Âa bout d'environ une semaine les tubercules syphilitiques ont I .Qompicncé à s'aiïaisser ; au bout de 16 à 17 jours, gingivite, saliva- 1 ■tien. On cesse les pilules. A colle époiiue, à la place des tubercules, F il ne restait que des taches légèrement cuivreuses ; les traces de chancre sur la verge avaient ceniplélcment disparu.
Le 3 décembre, avivement des bords du la fistule, dissection d'unJ lambeau de même forme que la fistule, fixation par 10 pointe de J tsuture.
Le 14, chute des points de suture par suite de l'ulcération de U 1 peau voisine de la fistule. Ceux du lambeau ont résisté et le fil de-' meure encore daus son épaisseur.
Deux essais de suture le 10 et le il sont infructueux. 7 Janvier 1844. — Nouvelle opération. Avivement, disse-clion d'un j kulre lambeau, 7 points de suture. Chute des fils et décollement du | lambeau au 4° jour. Le 14 on fait trois nouveaux points de sutHie,
~ 50 — qui le 17 ont encore coupé la peau. Le 20 on met deux épingles, mais le 28 le laaibeau est encore détaché, on avise de nouveau les surfaces, on suture, on exerce de la compression sur le loul. Le 1" et le 4 février, nouvelle suture sans plus de succès.
Le 7 février de nouvelles syphilides se montrent & la face et sur presque tout le corps. On reprend le traitement anti-syphilitique et on abandonne toule idée de réunion.
21 mars. L'éruption syphilitique a disparu. On fait une troisième opération analogue aux deux précédentes; avivement, lambeau, suture, sonde à demeure.
Le 9 avril la réunion est à peu près complète. Il reste une petite fistule de quelques millimélres d'élcndne. On avive et on suture. Pas de réunion. Cautérisation à la pierre infernale. Epingles. Cinq jours après, il ne restait plus que deux petits perluis juxtaposés ([u'on combattit à la fin de l'année par l'avivement et deux points de suture entortillée. Le malade finit par guérir; le 30 mars 1845 il sortait de l'hApital sans fistule.
— Obs. 28. — Nous avons vu en 1872, dans le service de M. Verneuil à l'hôpital LariLoîsièrc, une femme dont l'observation a étérapporlée par le Journal de méd. cl de cliîr. pratiques (1), juin 1872 et qui fut opéiée dans les circonstances suivantes.
Cette femme, syphilitique depuis une dizaine d'années, avait eu pendant Tliiver de 1871-72 des accidents tenaces et très-pénibles vers le pharynx el le voile du palais. Une perforation assez large du voile dupalais avaitpersisté.Aprèsles derniersaccidenls la malade, très-inquiète de cette i^rforation, tourmenta sans relâche M. Verneuil pour qu'il lui fit une o|)ération. Celui-ci, considérant que cettefemmejouissait d'une excellente santé, quedepuis trois mois toute trace de maladie avait disparu sans laisser la moindre induration des tissus, finit par céder aux obsessions de la malade el ])ar se départir de sa règle de
1 (t) Voir aussi fuJ-itén. de (Aér, 1873,1. 83, pageaTS.
•lol «Hi] »iu .Uitiii
conduite habituelle, qui est de n'opérer que six mois après la disparition totale des derniers accidents. Il fît une opération trës-simpie: quatre points de suture métallique furent placés ; il n*y avait aucune tension des tissus, tout paraissait devoir Favoriser le succès de l'opération.
Malgré cela elle échoua complètement ; les points de suture coupèrent les tissus et le sixième jour on pouvait constater que rien n'était réuni. Evidemment ces tissus encore sous TinQuence de rinfection syphilitique étaient sans tendance à la réunion.
Quatre ans auparavant, M. Verneuil avait fait une opération de cheilorrhaphie dans des conditions un peu différentes. L'infection datait d'un an et le malade n'avait aucun accident au moment de l'opération ; le succès fut complet.
Voici cette observation que notre excellent maître a bien voulu nous communiquer.
Obs. 29. — Restauration de la lèvre inférieure chez un tailleur qui avait eu cette lèvre enlevée par une morsure, au mois de juillet 1867. Inoculation d'un chancre induré. Accidents secondaires. Traitement suivi d'une cicatrisation normale de Téchancrure, qui se rapetisse remarquablement comme si de rien n'était.
L'induration disparaît lentement, et lorsque le malade vint me retrouver au mois de juillet 1868, les parties étaient saines en apparence. Gomme malgré la minime pe^te de substance l'écoulement de la salive était continu et gênait beaucoup le malade, je lui accorde l'opération, m'étant d'ailleurs assuré qu'il ne présentait actuellement aucune trace de syphilis.
Dissection d'un lambeau losangique. Réunion avec deux épingles et deux points de suture fine. Pansement à l'eau froide. Réunion immédiate des plus belles. Â la vérité pas de tension et affrontement facile.
T traittânent spécifique concomiUiit. A peine de réaction locale. Résultat des plus simples.
Il n'est cependant pas probable que la syphilis soit guérie, mais elle était dans la période latente.
Nous trouvons une intéressante observation de ce genre, dans Friedberg {Chirurgiscke Klinik. léna, 1845, p. 87).
Oss. 30. — Chez une malade atteinte d'une destruction étendue des fosses nasales avec carte du spénoïde, Friedberg voulut pratiquer la rhinoplftstie. Mais la malade étant en pleine syphilis, comme le démoutraientclairement les altérationsenvahissanles des fosses nasales et les douleurs des os, ce chirurgien, intimidé par le fait de Blasius cité plus haut, et qu'il connaissait, n'osait pas opérer. Il fit d'abord suivre à sa malade un traitement approprié. Mais tout ïafyparatus medicaminum anlisypkililicorum ne fut capable de mettre obstacle à la marche toujours envahissante delà syphilis qu'au bout d'un temps assez long, et qu'après beaucoup de persévérance de la part du chirurgien.
Enlin, bien convaincu que le libre accès de l'air dans les Fosses nasales entièrement découvertes favorisait la marche de l'altération, que la cicatrice déjà obtenue des parties sur lesquelles devait être appliqué le nouveau nez était durable, et qu'une nouvelle manifestation de la syphilis en ce point n'était pas probable, Friedberg opéra.
La rhinoplastie réussit à merveille, et pourtant la syphilis n'était pas guérie: bien plus, elle se manifesta deux mois après l'opération dans le périoste du sternum, marque certaine des accidents tertiaires.
La rhinoplastie démontra du reste, ajoute l'auteur, de quelle utilité était le recouvrement d'un loit naturel des fosses nasales. C'est à lui qu'il faut rapporter la cessation d'oïène, d'anosmose et d'épiphora, et peut-être aussi celle de la carie du sphénoïde, de sorte que les parties attaquées de cet os purent être déplacées et éliminées.
Le meictire, à notre avis, pourrait bien avoir été plutôt l'agent de toutes ces améliorations.
M. Abadie a lu dernièrement à la Société de MédecÎDe ] de Paris une observation qui peut se rapprocher desprécédentes, et dont voici le résumé.
Obs. 31 . — Homme de 34 ans : chancre en 1865 ; pas de traitement général ; depuis lors accidents généraux à plusieurs reprises; en 1873, irilis plastii[ue; cécité. Traitement iodure et frictions mercnrielles, disparition des accidents, mais les yeux restent dans lemème élat. On pense à faire une pupille arliiicielle, mais dans la crainte que ! le traumatisme ne provoque la Ibrmalion d'exsadats au niveau de la nouvelle pupille, M. Abadie résolut de n'opérer que trois mois après la disparition complète des accidents Irideclomicà gauche : fausse ' membrane dés le lendemain : elle s'épaissît les jours suivants malgré la reprise du traitement spécifique. En outre, deux mois après, accidents cérébraux attribués a la syphilis et qui cèdent aux frictions mercurietles et à riodur& de potassium à hautes doses. Après la disparition de ces accidents on pratique de nouveau l'irideclomie à gauche, puis ii droite, et cette fois avec succès. (Gaz. des kôp. i87S. n. 28 ' p. 221),
Ce paragraphe, qui intéresse au plus haut point la chirurgie opératoire, demanderait, pour élre traité avec une autorité égale à son importance, un nombre de faits considérable. Malheureusement nous n'en avons que très-peu ; mais, à la vérité, ils nous semblent assez concluanls.
L'opéré de Jobert arrive dans son service avec une éruption syphilitique dans toute sa force ; traitement de peu de durée, opération précoce, ulcération des lèvres de la plaie par les fils. M. Verneuil opère dans les mêmes conditions, contre son habitude : même insuccès (Obs. 28).
M. Abadie veut faire ^^e .|)Upi|le arliâcielle, il croit Ja
eyphilÎB éteinte parce qu'elle n'a pas donné de manifestalions depuis trois mois, il opère trop tôt, et il se forme de nouvelles exsudations sur l'iris.
Voilà qui est bien net : Opérations précoces : insuccès. Vient un deuxième ordre de faits.
Après plusieurs insuccès Joberl se décide à attendre, et [il donne pendant ce temps du mercure à son malade. Il fctient enfin la réunion tant désirée.
M. Verneuil et M. Abadie suivent la même conduite et Iflbtiennentle même succès.
D'autre part, dans le second l'ait de M, Verneuil, l'iniduration chancreuse, datant d'un an, avaitdisparu, et le Imalade avait suivi un traitement rigoureux. Avivement, suture, réunion par première intention.
Friedberg pratique une rhinoplastie entre deux poussées de syphilides, mais il avait fait suivre un traitement fort long et fort minutieux à sa malade, et avec un tel succès que les accidents osseux du nez guérissent eux-mêmes après ropéralion. Il est facile, d'après cela, de conclure, avec IJobert, M. Verneuil et M. Abadie, et presque tous les Eiuteurs dont nous avons lapporté auparavant les opinions Ice sujet (Saviard, L. Rivière etc.).
i. Avant d'opérer un syphilitique, il faut attendre penlant un certain temps (six moisau moins, dit M. Verneuil) fue 'les accidents syphilitiques aient disparu.
2. Le traitement an tisyphill tique devTa avoir été fait ^vec soin ; ânon, y remettre le malade avant d'c
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1 opérer.
I 6. Inflammation et suppuration anormales de pteSe^ minimes.
La rareté des observations d'accidents survenus à la suite de saignées, d'application de sangsues, etc., est facile à démontrer, par le petit nombre de celles que nous avons trouvées. Mais cela veut-il dire, comme le croyaient M. Ricord et autres, que les accidentssont rares? Nous ne le pensons pas, On ne fait gnére attention en général aux plaies des sangsues et des saignées, et à l'époque dont parle M. Ricord, et pendant laquelleon saignait tiini, ons'occupait beaucoup plus de la couleur du sang et de la consistance de la couenne que de l'aspect de la piqûre faite par la lancette.
Obs. 32. — Sur i'nn desmalades traités au Glascow Eye In6rmBry, le D' Kennedy remarqua que les piqûres faites au pli du bras pour les saignées suppurèrent presque toutes, ce qui l'engagea à rechercher s'il n'y avait pas là quelque infection syphilitique. Le malade avoua qu'avant d'être blessé il avait eu quelques symptômes primitifs, mais sans mal dégorge oi éruption. Du reste l'œil enflammé n'offrait aucun symptôme propre a la syphilis. (.VI. Mackenzie. Traité pratique des maladies d£ t œil. 4. éd. T H, p. 124, 1857).
Obs. 33. — On raconte que dans l'épidémie syphilitique connue sous le nom de maladie de BrUan, les malades avaient l'habitude de se baigner et de se faire appliquer des ventouses scarifiées. Ce qu'il y avait de singulier, c'est qu'il survenait une inflammation et des ulcères sanieux sur les parties mêmes ou avait eu lieu l'application des ventouses. Malgré le grand nombre des ventouses appliquées, une ou deux seulement devenaient le siège d'ulcérations. (Lancereaux, op. cit. p. 26). •
Dans le sibbon, ajoute-l-il plus loin (p. 31), il vient
des excroissances spongieuses à la peau, partout où il y a la moindre tache, écorchure, ou ulcère. >
En parlant des injections hypodermiques de sublimé employées contre la syphilis, M. Doyon dit que M. Hardy a dû y renoncer par suite de la douleur^ des es'ckares et des abcès que déterminaient ces infections.
> Il se produit souvent des ulcérations sur le poiut injecté, ulcérations qui se recouvrent de croules noirâtres, sont très-doulourenses au toucher, l't parfois même plus lentes k se ('icalriser que les »ccidents spécifiques contre lesquels l'opération qui les engendre était dirigée. >
■ Quant aux abcès, dont nous avons vu deux exemples, bien des observateurs ont signalé leur présence à la suite de cette méthode de traitement. Gasati, qui employait de la même manière lecalomel, parle d'un abcès plilegmoneux qui survint au point d'iaoculation. »
(Doyon. Ann. de dermat. et de syph. T. IV, 1869, p. 232).
A la vérité les accidents consécutifs aux injccûons sousculanées sont relativement rares, si l'on en juge par le peu de faits que l'on touve dans les nombreux mémoires ou thèses publiés depuis Liégeois sur ce sujet. Mais le plus souvent ne les a-t-on pas passés sous silence?