‹ De la syphilis du testiculeChapitre 14 sur 54 · GOMMES DU TESTICULE · texte numérisé non relu

GOMMES DU TESTICULE

moins abondants. Parfois un seul occupe le centre du testicule; parfois il en existe deux, trois, cinq, même dix, séparés les uns des autres par des tissus sclérosés. M. Gornil a publié une observation qui est un type de cette forme. La glande est très dure, élastique, et ses tractus fibreux, blanchâtres, tranchent sur la teinte rosée du parenchyme.

Au milieu apparaissent six ou sept tumeurs arrondies ou ovalaires, dentelées à leur bord, et dont le volume varie de celui d'un petit pois à celui d'une grosse fève. La couleur de ces noyaux plus résistants, plus fermes encore que le reste du tissu, est d'un jaune tendre, analogue à celle des corps jaunes de l'ovaire. Chacune de ces tumeurs fait saillie sur la coupe, s'échappant en partie de l'atmosphère celluleuse, plus lâche, qui les entoure. Leur centre est moins dur, moins fibreux que leur écorce. L'une d'elles se distingue assez bien par une aréole de vaisseaux qui rampent dans le tissu qui l'entoure.

Une de nos observations est à peu près semblable. Le parenchyme glandulaire, d'un rose nacré, avec quelques teintes laiteuses, nous montre tous les caractères de la sclérose. Au milieu de ce tissu nous trouvons deux foyers gommeux. Le plus gros se présente sous l'aspect d'une masse jaune dont le centre est constitué par une matière caséeusc, agglomérée en grumeaux assez petits qu'entraîne facilement un filet d'eau. La gomme

forme alors une caverne irrégulière, anfractueuse, et tapissée par un tissu lardacé de plus en plus ferme à mesure qu'on se rapproche de la périphérie; il se continue, par transition insensible, avec le parenchyme sclérosé qui enveloppe le syphilome de plusieurs lames concentriques.

Ces gommes, avons-nous dit, ont toutes les dimensions, depuis ces petits amas de cellules proliférées le long des vaisseaux et que le microscope seul nous révèle, jusqu'à ces dépôts énormes qui remplissent l'albuginée et se substituent au parenchyme glandulaire, dont il ne reste plus de trace. Le plus souvent elles ont la grosseur d'un pois ou d'une noisette et sont assez régulièrement sphériques. Leurs limites sont parfois indécises et leur tissu se continue avec les tissus environnants. Le syphilome ne peut donc pas être énucléé ; cependant nous avons observé un cas où il existait une membrane d'enveloppe lâche ; de légères tractions rompaient les traînées celluleuses, et la tumeur se dégageait d'une loge formée de lamelles conjonctives souples, où rampaient des vaisseaux en grand nombre.

Les gommes diffèrent beaucoup suivant la période de leur évolution : jeunes encore, elles sont gris rosé Ou jaunes et, bien qu'on les ait coufondues avec les noyaux crus du tubercule, nous avons des signes pour les distinguer. Elles n'ont pas la coloration mate, cette apparence de mastic

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de vitrier, que l'on signale dans les foyers casécux; elles sont plus franchement jaunes et parfois un peu chatoyantes. Un examen minutieux montre que leur substance n'est pas homogène, et l'on aperçoit des fibres ambrées, semi-transparentes et qui rappellent la chair de l'ananas. Ces fibres sont enchevêtrées en divers sens et circonscrivent des espaces irréguliers, de petites mailles où est contenue la substance opaque, qui donne à la tumeur sa teinte jaune. Si l'on essaie d'entamer la gomme avec l'ongle, le tissu résiste, il est élastique et ne se laisse pas effriter; le tubercule, au contraire, même lorsqu'il est cru, est essentiellement friable.

Les gommes en vieillissant subissent diverses métamorphoses, et la méconnaissance de ce fait nous explique l'absence d'unité dans les rares descriptions que nous ont données les auteurs. Ils semblent croire que le syphilome est toujours identique ; aussi serait-on disposé à regarder comme une variété ce qui n'est peut-être qu'un stade dans l'évolution de la tumeur. Spontanément, ou sous l'intluence du traitement spécifique, le néoplasme se résorbe et à sa place on trouve une cicatrice scléreuse; n'est-ce pas ainsi que l'iodure de potassium fait disparaître d'énormes dépôts sous les yeux de l'observateur? La glande est ligneuse, bosselée ; parfois même, comme nous en rapportons un cas, la tumeur soulève l'albuginoe, adhère aux

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téguments et dans peu l'évaoucation va se faire ; on administre le médicament, la tuméfaction diminue, les enveloppes reprennent leur mobilité, et non seulement la gomme s'affaisse, mais le tissu glandulaire peut reprendre sa souplesse primitive.

La résorption est souvent moins complète ; les cellules entrent en régression granulo-graisseuse, ce qui donne à la tumeur sa coloration jaune; elles se détruisent, leurs éléments forment des combinaisons nouvelles, et il n'est pas rare de trouver, au milieu de foyers granuleux, des cristaux de cholestérine et d'acide stéarique. M. Nepveu en fournit une observation; M. Lancereaux en a observé des exemples. La gomme est alors dure, sèche, la pression la plus énergique ne peut en exprimer le moindre suc; la coloration est aussi plus foncée, et sur la coupe on n'aperçoit plus ces stries demi-transparentes dues à l'enchevêtrement des fibres sclérosées. La tumeur peut alors rester stationnaire et demeurer, au milieu des tissus, sans nouvelles modifications.

Le ramollissement parfois est fort rapide au contraire, et amène la désagrégation complète du syphilome. A sa place se trouve une caverne remplie d'une substance molle, d'un liquide puriforme qui entraîne avec lui les fibres sclérosées. Cette matière difflaente ressemble à de la filasse mouillée, ou au bourbillon de l'anthrax. Cette fonte des dépôts gommeux est en général partielle et n'ai-

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teint qu'un foyer circonscrit. Dans une de nos observations, le testicule tout entier était pris et, sur une coupe, on constatait, au milieu de la glande, des bourbillons à centre diffluent, à couches périphériques plus résistantes, lardacées, avec des amas de cellules mates et de fibres translucides ; entre ces sortes de grumeaux, du volume d'un pois, était un liquide trouble qui rappelait la colle de pâte un peu fluide.

Lorsque ces foyers ramollis coexistent avec des gommes plus jeunes, grisâtres ou jaunes, séparées les unes des autres par de grandes travées de tissu scléreux, l'aspect de la tumeur peut rappeler certains sarcomes. L'erreur a été commise devant nous, et le microscope seul révéla la nature réelle du néoplasme.

L'épididyme est parfois altéré : les lésions n'y sont pas de règle comme dans la tuberculose. Ricord a pu dire : « Lorsque le testicule est atteint de tuberculose, il y a toujours des dépôts caséeux dans l'épididyme. » Nous pouvons retourner cette loi et dire : « Toutes les fois que l'épididyme est affecté par la syphilis, le testicule est pris plus profondément. » Il n'en reste pas moins acquis, malgré les dénégations de certains auteurs, que l'épididyme peut-être lo siège de grands désordres. M. Fournier nous dit qu(», « sur 39 malades soigneusement observés à ce propos, il trouve que les testicules ont été a.iïoctés seuls 18 fois,

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et 11 fois conjointement avec l'épididyme ».

C'est là une statistique clinique et faite sur des glandes vivantes, examinées au travers de leur enveloppe. Mais les causes d'erreurs sont fort nombreuses. Les autopsies de glandes syphilitiques sont rares, et, chose plus grave, elles sont souvent incomplètes; l'état de l'épididyme n'est pas toujours indiqué. Nos recherches personnelles nous ont conduit aux résultats suivants : Sur 14 cas, où la distinction est bien établie entre les deux parties de l'organe, le testicule et l'épididyme sont envahis en bloc 8 fois; 6 fois seulement les altérations se limitaient au testicule. Nous n'avons pas de cas personnel où la syphilis se soit uniquement cantonnée dans l'épididyme.

Ses lésions d'ailleurs ne diffèrent pas de celles du testicule proprement dit. Ce sont les mêmes productions de tissu fibreux à la périphérie, et nous savons que la coque prend une épaisseur plus grande; la périépididymite l'emporte sur la périorchite. Des tractus scléreux parcourent l'organe et limitent souvent des territoires où le canal enroulé paraît sain encore. Mais la néoformation peut être assez abondante pour étouffer le tissu primitif, dont il ne reste plus trace. C'est là que se développent les gommes. Dans un cas nous avons trouvé , au niveau de la tête , une masse infiltrée, jaunâtre, du volume d'une grosse amande ; une moitié de ce syphilome pénétrait dans

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l'épididyme, tandis que l'autre moitié était juxtaposée à la glande et envahissait la gangue fibreuse oirconvoisine. L'observation de M. Gornil nous montre les dépôts caséeux , semblables à ceux du testicule, enchâssés dans toute l'étendue de l'épididyme, et nombreux surtout au niveau de la tête.

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