EXAMEN AU MICROSCOPE
Le microscope va nous révéler la structure intime de ces tissus altérés. Pour des examens aussi délicats, la compétence nous manque, mais notre ami M. Malassez, dont la science n'a d'égale qu'une obligeance infatigable, a bien voulu nous communiquer ses recherches originales. Depuis 1874, il étudie les pièces que nous lui avons apportées, ou qui lui sont arrivées d'ailleurs au laboratoire du Collège de France. C'est le résultat de ses analyses nombreuses que nous exposerons ici, et nous ne pouvons que répéter ce que nous disions déjà à propos de notre tuberculose du testicule : Ce chapitre lui appartient; il en est seul responsable, mais seul aussi il doit en recueillir l'honneur.
Le tissu fibreux de production nouvelle et les masses gommeuses coexistent souvent dans le testicule syphilitique. Aussi avons-nous réuni ces
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altérations dans une description commune. Mais s'il n'y a pas lieu de leur attribuer à chacune un chapitre distinct, il ne faut pourtant pas méconnaître les différences qui les séparent. Le processus, pour être souvent simultané, n'en est pas moins dissemblable, et l'étude successive du tissu scléreux d'une part, et des dépôts caséeux d'autre part, va nous montrer les caractères propres à la gomme et aux néoformations fibreuses.
Pour mieux suivre les altérations que subit le parenchyme de la glande dans ses transformations en tissu fibreux, il n'est pas inutile de rappeler brièvement la structure d'un lobe testiculaire. Sur une coupe perpendiculaire à son axe on aperçoit, au microscope, les tubes pressés les uns contre les autres et presque tangents : la substance interstitielle qui les sépare est fort peu abondante ; on y trouve quelques cellules conjonctives et des éléments volumineux d'aspect particulier, considérés par les uns comme des cellules nerveuses et par les autres comme des cellules plasmatiques.
Les canalicules séminifères ont deux tuniques; l'une externe, plus épaisse, est constituée par des lamelles conjonctives, de forme engainante, qui se juxtaposent en strates concentriques, comme les feuilles dans un bulbe d'oignon; entre les lamelles, dans les espaces qu'elles limitent, on distingue çà et là quelques cellules plates et la coupe de leur noyau. La tunique interne, ou mem-
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brane propre, est si mince, que certains auteurs vont jusqu'à la nier; mais elle existe réellement. Elle est de substance homogène, ou du moins très vaguement fibrillaire; un épithélium polygonal la tapisse, qui ne remplit qu'incomplètement le tube et limite une lumière d'un diamètre variable.
Les lésions scléreuses sont variables dans leur degré, parfois à peine visibles à l'œil nu; cependant le tissu est déjà plus résistant, les tubes s'étirent mal et se rompent court à la moindre traction. Le microscope montre alors les tubes séminifères séparés les uns des autres par un tissu interstitiel plus abondant qu'à l'état normal, et formé par des fibrilles et des faisceaux conjonctifs enchevêtrés en un feutrage lâche dans les portions les moins malades ; on y trouve des cellules embryonnaires ou migratrices en général fort abondantes et, çà et là, d'autres éléments de nature indéterminée, des cellules plasmatiques en voie de dégénérescence granulo-graisseuse, puis de grands espaces tapissés d'endothélium et qui paraissent être des lymphatiques considérablement dilatés. C'est au milieu de ce tissu fibreux do formation nouvelle, et d'ailleurs plus ou moins abondant suivant les cas, que sont plongés les canalicules spermatiques.
Dans leur ensemble , les conduits séminifères sont atrophiés, et leur diamètre est moins considérable; les parois cependant sont épaissies, et
ofi ANATOMIE PATnOLOGIQUK.
c'est aux dépens du canal, dont la lumière est fort rétrécie, que l'hypertrophie s'est faite. Elle porte sur les deux tuniques : les lamelles engainantes de la couche externe se sont multipliées ; les éléments cellulaires y sont plus abondants qu'à l'état normal. Sa membrane propre, à peine visible sur les tubes sains, est maintenant fort épaissie; elle égale la tunique externe ou la dépasse même lorsque les altérations sont très avancées. Mais gênée en dehors par la tunique externe, la tunique interne n'a de libre expansion qu'en dedans ; aussi se plisse-t-elle comme une étoffe trop ample dans un anneau trop étroit, et forme des festons qui oblitèrent en partie la lumière presque effacée. La diminution de calibre du tube a donc plusieurs causes : l'atrophie générale du canalicule, l'hypertrophie des parois et le plissement de la membrane propre.
Aux premiers degrés des altérations, la lumière n'a pas encore complètement disparu. Le revêtement épithélial a perdu ses caractères normaux. On trouve, à sa place, de grosses cellules à protoplasma granuleux et chargées de gouttelettes graisseuses. On en distingue mal les hmites, mais le noyau s'aperçoit encore. Plus tard, lorsque les lésions ont progressé, il n'existe plus de cavité et le tube est comblé par un amas dans lequel on ne peut reconnaître le contour des éléments; les noyaux eux-mêmes, on pleine dégénérescence,