I. OuviLLt:, Moniteur des hôpitaux. 18b
SYMPTOMATOLOGIE.
superficiel , celle où le testicule tout entier fait hernie et se recouvre de bourgeons charnus. Nous allons établir encore la réalité de notre deuxième variété de fongus superficiel, celle où la masse bourgeonnante est formée par la végétation d'une partie circonscrite de l'albuginée mise à nu par l'ulcération du scrotum.
On trouve dans les Bulletins de la Société anatomique de décembre 1867 , une observation de M. A. Guérin rapportée par M. Olivier. Nous laissons de côté toute la partie clinique, la tuméfaction des bourses, l'adhérence des téguments, leur ulcération, l'écoulement de pus et l'apparition d'une tumeur rougeâtre à travers la perte de substance.
On se décide à faire la castration de cette tumeur « comparable à un morceau de viande » , et voici ce que la dissection permet de reconnaître : La totalité de la tumeur représente assez bien le volume d'un œuf de dinde. Elle est divisée en deux portions par un sillon bien marqué dans lequel s'insère le scrotum. La portion antérieure est formée par une partie du testicule dont quelques cloisons sont légèrement hypertrophiées. Le testicule est enveloppé, da reste, de sa tunique albuginée, qui est devenue granuleuse, et ses végétations forment le fongus. La deuxième portion, recouverte par le scrotum, est irréguHère ; à la coupe on trouve du tissu fibreux et des dépôts de matière blanchâtre. Dansl'épididyme on reconnaît
encore la substance normale , mais infiltrée de granulations jaunâtres.
Une pièce de M. Letenneur, de Nantes, présentée à la Société anatomique par M. Ranvier au mois de juin 1862, nous offre des caractères analogues. Le fongus est constitué, en allant de la périphérie au centre , d'abord par une masse végétante qui forme les 4/5 de la portion herniée. Au-dessous et servant de base aux bourgeons charnus, on rencontre un tissu fibreux très épais, dû à l'entrelacement de faisceaux conjonctifs et de fibres élastiques semés d'un grand nombre d'éléments fibro-plastiques. Enfin plus profondément encore , on trouve un noyau gros comme une amande, avec tous les caractères du parenchyme : les canalicules spermatiques ont une structure presque normale. Quant à la partie intra-scrotale, elle contient des lobules allongés, séparés les uns des autres par du tissu fibreux de faible résistance; de ces lobules, les uns sont opaques et granuleux ; d'autres ont un aspect fibrillaire ; quelques-uns sont un peu translucides.
Cette forme de fongus n'emprunte rien de particulier à la syphilis. Toutes les causes qui provoquent l'ulcération des téguments et, par conséquent , favorisent l'issue du testicule hors des bourses, ou du moins la mise à nu d'une partie de l'albuginée, peuvent, à ces conditions, déterminer l'apparition de masses végétantes. Le fongus
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en lui-même ne diffère en aucun cas; seules les lésions du parenchyme sont autres. Récemment, tandis que nous observions à l'hôpital Saint- Louis le fongus syphilitique superficiel dont nous avons donné plus haut la description , nous pouvions voir un fongus tuberculeux des plus nets qui figure, du reste, au musée pathologique de cet hôpital, catalogué sous le numéro 753. La castration a été pratiquée. Les bourgeons s'étaient développés sur l'albuginée,- qui entourait une substance glandulaire infiltrée de tubercules et de masses caséeuses.
Notre seconde forme, le fongus profond ou parenchymateux , naît de l'épaisseur même de la glande. Ici l'albuginée est ouverte, comme les enveloppes scrotales, et c'est par cette double perte de substance que passent les bourgeons pour s'épanouir à l'extérieur. Ce mécanisme est très simple. Une gomme testiculaire est expulsée selon le mode ordinaire. L'évacuation terminée, le tissu fibreux qui, dans certains cas, est une véritable membrane d'enkystement, se trouve à nu. Il prolifère, bourgeonne et la masse végétante, après avoir comblé la caverne, s'échappe au dehors et le fongus est constitué. Il se peut, d'ailleurs, que par suite d'une infiltration totale le testicule entier se mortifie ; il régresse en une substance puriforme qui se vide comme un abcès
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après ouverture de la peau. C'est alors de la surface interne des vestiges de l'albuginée que naissent les granulations du fongus.
En 1875, nous avons observé un cas de ce genre dans le service de M. Léon Labbé, à la Pitié. Il s'agit d'un plombier qui eut une première poussée d'orchite syphilitique en 1871 . La peau du scrotum adhérente aux parties profondes rougit; un abcès proémine et s'ouvre en donnant issue à une grande quantité de matière puriforme. Bientôt par l'orifice apparaît une petite tumeur qui peu à peu s'épanouit sur les téguments en une masse irréguhère, tomenteuse, rougeâtre, sauf en certains points grisâtres et comme sphacélés. Elle est du volume d'une grosse noix, unie aux parties intra-scrotales par un pédicule qui pénètre à travers les enveloppes.
On institue le traitement. Sous son influence et dès le cinquième jour, le scrotum, siège jusquelà d'un véritable œdème chronique, est moins rouge, plus souple, et l'on peut explorer facilement les vestiges delà glande. Elle se transforme en une masse qui va toujours en se ratatinant, et lorsqùe, grâce à l'iodure de potassium, le fongus s'est affaissé et que les bourgeons , devenus plus serrés et plus vivants , ont fait de la masse végétante une membrane granuleuse de niveau avec les téguments des bourses , on ne sent plus dans la vaginale qu'un petit moignon de la grosseur
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d'un pois et adhérent à la cicatrice. Il échapperait à un examen superficiel si, pour le trouver, on ne suivait le canal déférent jusqu'à son insertion sur l'épididyme.
L'exposé de ces observations contient toute notre description. On sait maintenant l'aspect du fongus et ses différentes formes. Nous ajouterons que la masse est absolument indolente et qu'on peut l'abraser sans provoquer de souffrances. Dans plusieurs observations , on voit que les malades imaginèrent impunément d'étreindre la base de leur tumeur avec une ficelle pour en amener la chute. La surface du fongus est parfois saignante, mais ne donne guère lieu à de véritables hémorrhagies; les bourgeons sont parfois rougeâtres, flasques etmous; mais quelques grammes d'iodure, et on les voit roses, vermeils et humides.
Enfin nous insisterons sur un épaississement spécial des téguments qui, autour du fongus et parfois même dans une assez grande étendue, prennent un aspect éléphantiasique. Dans le fait de M. Marc Sée, toute la partie antérieure du scrotum était rouge, tuméfiée et infiltrée de lymphe plastique ; il en était de même chez un malade de M. Obédénare. Notre observation nous montre ce genre de lésion plus accentué encore. On constatait un véritable œdème chronique, et même de grandes traînées rougeâtres et cicatricielles dont l'une étranglait la demi - circonférence
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iiiterieuro de la verge et gênait la circulation.
Telles sont, dégagées des obscurités dont on les a entourées, nos deux variétés de fongus syphilitiques. Nous avons, pour les décrire, préféré citer des exemples et analyser les faits que nous avons directement observés. Cette forme concrète embarrasse peut-être le tableau de détails inutiles, mais elle a du moins l'avantage de laisser, dans la mémoire, un type accusé et dont le souvenir s'efface plus lentement.