TRAITEMENT GÉNÉRAL
Bien avant que la nature du sarcocèle ne fût nettement démontrée, on a eu recours au traitement mercuriel. J.-L. Petit lui dut des succès remar-
quables. Avec des notions étiologiquesplus exactes, on voulut, au commencement du siècle, régulariser son emploi; mais le diagnostic était encore trop incertain pour rompre avec l'empirisme, et Dupuytren essayait des préparations hydrargiriques dans la plupart des tumeurs du testicule : au mercure à reconnaître les orchites syphilitiques.
La thérapeutique erre encore à l'aventure : chaque médecin a ses préparations, ses doses préférées. Ricord le premier établit un traitement régulier maintenant accepté de tous, et les succès qu'on en obtient sont si rapides et si sûrs, que, lorsque après un emploi rigoureux, la résolution
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de la tumeur se fait attendre, on pourrait presque douter du diagnostic.
On ne doit point espérer la g uérison « des seuls efforts de la nature ». Le sarcocèle progresse ou reste stationnaire, et si parfois il semble s'améliorer spontanément, c'est que la glande s'atrophie. Nous observons maintenant une orchite scléro-gommeuse d'un diagnostic évident, échue à l'un des concurrents du dernier concours du bureau central. Le chef de service ne croit point à l'efficacité du traitement spécifique, et l'iodure de potassium n'est pas administré. Malgré le repos, les toniques, l'huile de foie de morue et la nourriture substantielle, les deux testicules sont aussi malades qu'au premier jour, sous leur cataplasme biquotidien.
Le sarcocèle est souvent un accident secondaire, le mercure doit donc avoir prise sur lui. On semble l'avoir beaucoup trop oublié, et lorsqu'on eut démontré l'énergique efficacité de l'iodure de potassium, beaucoup de médecins ne se sont adressés qu'à lui seul. Cette exclusion est fort regrettable, surtout dans les formes précoces . Depuis longtemps Hamilton et Curling ont cependant montré quelle rapide action le mercure exerce dans ces cas. Aussi l'association des deux médicaments estelle fort souvent indiquée.
L'iodure de potassium n'en reste pas moins l'agent par excellence : Ricord l'a surabondam-
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ment démontré. Mais il a démontré, en outre, que les doses n'étaient pas indifférentes. En effet, que de patients atteints de sarcocèle ont eu à souffrir d'une trop grande timidité dans l'administration du médicament! « Il m'est arrivé, dit M. Gosselin, de traiter des malades qui depuis longtemps prenaient 30 cà 50 centigrammes d'iodure de potassium par jour, sans voir aucune diminution dans leurs tumeurs, et d'obtenir la guérison dans l'espace de quatre à cinq semaines en portant progressivement la dose à 4, 5 et 6 grammes.
« J'ai eu à soigner un -officier, qui avait un double sarcocèle syphilitique et qui était soumis depuis plusieurs mois au traitement mixte, sans que l'iodure de potassium eût été porté au delà de 60 centigrammes par jour. Il n'avait plus, depuis quelques semaines, ni érections, ni désirs vénériens. Je fis faire des frictions sur les bourses, matin et soir, avec l'onguent mercuriel, et prescrivis l'iodure à la dose de 1 gramme par jour, en augmentant cette dose de 50 centigrammes tous les deux jours, jusqu'à ce qu'on fût arrivé à 5 grammes. Six semaines après il ne restait plus qu'une légère induration à gauche. »
Tous les auteurs sont d'accord aujourd'hui, — si nous en exceptons pourtant M. Després, — pour donner à leurs malades de hautes doses d'iodure de potassium. On commence par 1 ou 2 grammes et l'on élève progressivement cette quantité, jus-
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qu'à ce que la résolution se fasse. « Dès la première semaine l'influence curative s'annonce d'une façon appréciable. Et, dans les cas moyens, trois quatre, cinq semaines au plus, suffisent souvent pour rendre au testicule dégénéré son volume et sa souplesse physiologiques. »
M. Fournier, suivant en cela les leçons de Ricord, dit qu'il faut tenir grand compte de l'âge de la syphilis. Lorsqu'il s'agit d'une vieille vérole, il traite le sarcocèle par l'iodure de potassium seul. <( Inutile alors de s'adresser au mercure... L'iodure suffit et il suffit -amplement. Quel avantage y aurait-il à compliquer la médication par l'emploi continu d'un remède superflu? Tout au plus l'indication se présenterait-elle d'avoir recours au traitement mixte si la lésion se montrait tant soit peu rebelle à l'iodure. »
C'est en effet la restriction qu'il faut faire. Nous avons vu trop souvent des sarcocèles , syphilitiques, manifestations tardives d'une vérole ancienne, ne s'assouplir que lentement avec la médication iodurée, puis fondre, pour ainsi dire, sous nos yeux, lorsqu'on ajoutait des frictions hydrargiriques, pour ne pas recommander vivement l'emploi du mercure dès que la guérison semble se faire attendre. En tous cas, il ne saurait y avoir d'hésitation lorsque l'orchite est précoce : M. Fournier « qui a recours à l'iodure à toutes les périodes et contre toutes les formes de la moladie ». re-
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connaît que le mercure exerce une influence marquée sur l'épididyme secondaire.
En résumé il faudra, d'ordinaire, prescrire le traitement mixte, en commençant par 2 grammes d'iodure, un à chacun des principaux repas; on élèvera progressivement la dose de 50 centigrammes tous les deux ou trois jours, et l'on ne craindra pas d'arriver à 5 ou 6 grammes si la résolution ne s'affirme pas franchement ou si elle éprouvait quelque retard dans sa marche. En même temps, surtout dans la syphilis jeune, le malade prendra 5 à 10 centigrammes de protoiodure de mercure. Peut-être serait-il mieux de remplacer ces pilules soit par un bain au sublimé corrosif, soit par des frictions quotidiennes avec 3 ou 4 grammes d'onguent napolitain sur le scrotum et la partie interne des cuisses. On ne négligera, d'ailleurs, aucune des précautions d'usage.
Le traitement sera continué jusqu'à disparition complète de la tumeur; la glande aura son volume normal; elle sera souple de nouveau; les bosselures auront disparu; la compression des tissus provoquera la sensation caractéristique du testicule pincé ; les érections seront fréquentes et le sperme contiendra des animalcules. On pourra proclamer la guérison complète et l'iodure deviendra inutile.
Parfois, il faudra se contenter à moins et suspendre le traitement avant la résolution totale. Il
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n'est pas rare de voir quelque noyau persister en un point du testicule, sur l'albuginée, dans l'épaisseur du corps d'Highmore. Les indurations se fondent l'une après l'autre, celle-là demeure, et les doses de plus en plus élevées d'iodure ou de mercure échouent invariablement. Pourquoi continuer une médication qui n'est pas sans quelque danger?
Non pas cependant qu'il faille accuser l'iodure de produire l'atrophie de la glande. Ricord proteste vivement contre une pareille assertion. « On a encore confondu ici la maladie avec le remède. L'atrophie, en effet, dépend de la première et non du second, car si un seul testicule est malade, c'est lui seul qui diminue. Dans les états généraux graves , le testicule , conime les autres organes, peuvent maigrir, si l'on veut me passer le mot. Mais au retour de la santé ils reprennent de la force et un développement relatif. L'iodure de potassium, au lieu de diminuer les testicules, peut, en modifiant la santé générale, leur rendre ce qu'ils avaient momentanément perdu. »
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Le traitement local est sans importance : les pommades iodées et iodurées, les onguents de
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toute sorte peuvent être négligés sans dommage. Peut-être la compression a-t-elle plus de valeur, et la méthode de Fricke a joui de quelque renommée. Voici en quoi elle consiste :
(( Après avoir évacué le liquide contenu dans la vaginale, on saisit le testicule et l'on forme, par plusieurs circulaires, un anneau assez serré pour que l'organe ne puisse pas s'y engager et échapper à la compression. Ensuite on enveloppe, par des tours circulaires ou obliques, la tumeur de manière à la serrer uniformément et à la couvrir tout entière. » Il n'est pas impossible que, par ce procédé, on ait hâté la résolution déjà commencée par le traitement général ; mais d'habitude il sera pour le moins inutile.
On s'est préoccupé de l'hydrocèle qui complique parfois le sarcocèle syphilitique. Lorsque l'épanchement est volumineux, une ponction est souvent indiquée pour mieux établir le diagnostic ; on arrive alors directement sur la glande et la palpation n'est plus voilée par une couche épaisse de liquide. Mais s'il ne s'agit que de thérapeutique, la plupart du temps, l'intervention est inutile, le traitement ioduré résorbe à la fois le néoplasme et la sérosité. En tous cas, si la ponction est jugée nécessaire, l'injection iodée n'est pas de règle, et après évacuation, l'hydrocèle ne se reproduit pas. « En ce qui me cpncerne, écrit M. Fournier, je déclare n'en avoir pas vu jusqu'à ce jour
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qui ait persisté après résolution du sarcocèle. »
La gomme suppurée du testicule et les fistules consécutives ne réclament pas un traitement distinct ; l'iodure les guérit rapidement. Dans toutes nos observations nous avons vu la tumeur, jusquelà stationnaire, se modifier rapidement sous son influence. Le mort se détache du vif; le bourbillon s'expulse, la suppuration se tarit, les bourgeons granulent et la cicatrisation est rapide . Nous pourrions choisir au hasard : chez notre pilote d'Ithaque, le foyer caséeux, ouvert depuis longtemps, n'avait aucune tendance à la guérison. Quelques grammes d'iodure, et en moins d'une semaine l'orifice était refermé.
Avant le ramollissement complet de la gomme, une intervention énergique peut provoquer la résorption. Nous avons observé deux faits de ce genre; dans un de nos cas même les altérations étaient fort avancées; déjà la bosselure adhérait aux téguments épaissis, la peau était œdémateuse et rouge, et au premier abord on pensait qu'un foyer purulent allait s'ouvrir. Mais le sirop de Gibert eut raison de ces signes menaçants, et rougeur, épaississement, œdème, tout disparut, jusqu'aux adhérences de la gomme et des enveloppes du testicule.
D'autres fois le traitement modifie la glande envahie, mais la gomme continue son évolution et s'ouvre à l'extérieur. Il s'agit alors de foyers