NÉLATON. — VIDAL. — DE CASTELNAU
Ces opinions, banales aujourd'hui, n'étaient pas sans soulever une vive opposition. Sanson et Marjolin niaient l'orchite scléreuse, et voici comment Henri de Gastelnau la comprenait en 1844 : Les engorgements syphilitiques surviennent au cours d'une vérole constitutionnelle ou se manifestent pendant une gonnorrhée. Les tuméfactions syphihtiques aiguës ou orchites blennorrhagiques sont bien connues ; il n'en est pas ainsi de l'affection chronique et « l'auteur n'aura pas de peine à montrer que leur histoire, leur existence même est encore enveloppée de ténèbres... Les observations d'A. Gooper sont moins propres à éclairer la question, qu'à montrer jusqu'à quel point et avec quel succès un homme en position peut abuser delà crédulité publique ». Il est vrai que, dans une préface modeste, M. de Gastelnau nous avertit que son travail « ne comblera qu'un petit nombre de lacunes, mais redressera bien des erreurs courantes ».
G'était là une dernière et vaine tentative et, sauf M. Armand Després, qui n'a jamais craint d'être seul de son avis, nul ne discute maintenant l'existence de la syphilis du testicule; mais de nouvelles questions ont surgi. On a déjà démontré, contre Ricord, les altérations de l'épididyme et du canal déférent ; on va maintenant prouver la réalité de la gomme, et plus tard son ramollissement et son évacuation possible, les fistules qui
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lui succèdent et les fongus qu'elle peut engendrer; on discutera la nature de ces dépôts mortifiés et leur analogie avec le tubercule. Enfin on décrira, dans la glande spermatique, des formes nouvelles de syphilis ; Dron étudiera l'épididymite, et nous, nous essaierons d'établir que l'orchite a, dans certains cas, un début franchement inflammatoire.
On ne s'explique guère l'oubli où a été plongée si. longtemps la gomme du testicule. Il fallait que l'autorité de Ricord fût bien grande, pour qu'on négligeât les observations publiées dans les recueils scientifiques, et où l'existence des masses caséeuses, déposées par la syphilis, est nettement affirmée. Nos livres classiques demeuraient muets et les auteurs les plus compétents conservaient une prudente réserve. M. Gosselin déclare, dans sa traduction de Curling, n'avoir jamais vu suppurer l'orchite syphilitique, mais il n'est pas démontré, pour lui, « que les sarcocèles non traités ou maltraités, surtout chez les sujets affaibhs, ne puissent arriver à suppuration. Ce serait seulement une terminaison tout à fait exceptionnelle » .
La Pathologie des tumeurs de Virchow^ contient, il est vrai, une étude remarquable de la gomme, mais on y retrouve la même erreur clinique : la gomme ne suppure pas : « Les dépôts caséeux se développent tantôt dans l'albuginée épaissie, tantôt dans les callosités du parenchyme
(iOSSKLliN. - VIHCIIUW. - LANCliREAUX. i;î
même... Gomme il existe une certaine quantité de substance intercellulairc fibreuse, ils sont habituellement compacts, secs et fermes... On peut facilement les confondre avec le tubercule... On n'a pas constaté que cette tumeur gommeuse pût s'ulcérer et s'ouvrir ; cependant on rencontre quelquefois aussi des ulcérations dans le cours du sarcocèle, et dans quelques cas de ce genre on peut regarder comme un état consécutif le fongus bénin de la glande. »
M. Lancereaux a bien vu lui aussi les gommes des testicules : « D'un volume qui varie de la grosseur d'une lentille à celle d'une noisette, d'une noix ou même d'un œuf, ces dépôts arrondis ou mammelonés, d'une coloration grisâtre ou d'un blanc jaunâtre, ont une consistance ferme qui devient plus molle vers le centre ; à la coupe ils sont secs. . . Entourés dès leur début d'une aréole grisâtre, ils sont enveloppés, plus tard, d'une sorte de capsule fibreuse blanchâtre dont il est parfois difficile de les séparer... Quanta la suppuration, tout porte à croire que le testicule syphilitique n'y est pas sujet. Cette opinion, qui est celle du professeur Gosselin, de Ricord et la nôtre, a l'avantage de reposer sur des faits nombreux. » A ces noms, M. Lancereaux pouvait ajouter ceux de Gornil et Ranvier, car ces auteurs écrivent : « On n'a pas d'observation positive de suppuration et d'ouverture, à l'extérieur, de gomme du testicule. »
GuUorier, dans la bonne description de son Précis iconographique, publié en 1866, ne va pas au delà des idées de M. Gosselin : « Il est admis, en France, que la terminaison par ulcération n'existe . pas, et cette proposition est généralement exacte pour notre pays, mais il n'en paraît pas être ainsi partout. » Ne faudrait-il pas admettre « la terminaison par ramollissement et ulcération », la formation du fongus pourrait en être la conséquence. Mais ce serait exceptionnel chez nous « et partout 011 le traitement prudent et rationnel de la diathèse rend rares la cachexie spécifique et l'affaiblissement général par l'abus du mercure ». Sa conviction est loin d'être faite, car plus loin il ajoute « le fongus syphilitique, si tant est qu'il existe... ».
Plus près de nous encore, M. le professeur Fournier, dans ses séduisantes Leçons sur le sarcocèle syphilitique^ dit n'avoir pas observé de gomme suppurée. Il sait seulement que des masses circonscrites ou infiltrées ont été trouvées dans le parenchyme de la glande spermatique, mais il ignore leur évolution : « Peuvent-elles, en se ramollissant, s'ouvrir une voie à travers l'albuginée et les enveloppes du testicule? Tout cela nous échappe ét nous échappera sans doute longtemps encore, car nous ne laissons pas à ces lésions, facilement curables, la liberté de suivre leur évolution complète. »
CULLlilUER. - FOUHNIER. - MOUTIEH. V6
« Cependant, ajuate-t-il, }ious sommes aiilorisés à croire, dès aujourd'hui, que les gommes testiculaires où épididymaires affectent l'évolution de toutes les autres gommes; elles se ramollissent, tdcèrent les parties ambiantes et finalement se fraient une voie au dehors. Il est vraisemblable, par exemple, que les gommes épididymaires sont l'origine de certaines fistules qui , traitées par riodure de potassium, guérissent avec une rapidité significative. De même aussi certains fongus ne dérivent, suivant toute probabilité, que de gommes ayant abouti à ulcérer l'albuginée et les enveloppes des bourses. »
Il est surprenant que les travaux sur le fongus bénin n'aient pas détruit de fond en comble l'opinion de Ricord et de Virchow sur la non suppuration de la gomme. Dès 1858, Rollet avait démontré que les enveloppes des testicules peuvent s'ouvrir pour livrer passage à une masse fongueuse qui s'étale sur le scrotum. Une fois l'attention éveillée, il semblait qu'on aurait dû surprendre la phase intermédiaire et reconstituer l'évolution complète de la gomme. Il n'en est rien, et la suppuration du testicule est soupçonnée et non prouvée.
Nous voyons les mêmes incertitudes, en 1875, dans l'excellente thèse de Moutier. Évidemment le doute y est plus pressant; l'auteur demande s'il ne faudrait pas, à l'encontre des idées courantes,
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admettre la suppuration des gommes, mais il ne peut apporter, pour résoudre cette question, aucun fait où, sousles yeux de l'observateur, un dépôt caséeux se soit ramolli et ouvert. En tous cas, pas plus que Rollet, il ne suppose que la gomme puisse s'ulcérer sans donner naissance au fongus. La tumeur granuleuse paraît être, pour eux, la terminaison nécessaire de la perte de substance des enveloppes.
Seul à cette époque, Kocher, de Berne, dans le Com'pendimn de Pitha et Billroth, « conteste formellement l'assertion de Virchow, soutenue par Diday, que le testicule syphilitique ne s'ulcère pas. La peau s'infiltre d'un exsudât solide, rougit, perd sa souplesse et l'ouverture se produit... Il s'écoule une faible quantité de liquide séro-purulent, souvent avec des lambeaux de tissu... La fistule reste ouverte, souvent durant des mois, et sa sécrétion est peu abondante ». Il nous cite des observations assez probantes pour que M. Jullien eût pu supprimer le conditionnel dans cette phrase de son récent Traité : « Ces gommes seraient susceptibles de se ramollir... Une inflammation les ferait adhérer aux téguments »
Notre collègue et ami M. Reynier, qui ne semble pas connaître le travail de Kocher, publie, en 1879, dans les Archives générales de médecine, un rapide mémoire sur le sarcocèle gommeux. Il nous donne deux observationspersonnelles, oii le dépôt
K|OCHER. — JULLIKN. — REYNIER. 17
mmolli paraît avoir eu l'albuginée pour siège ; il n'y eut point de fongus consécutif; l'auteur en conclut que, seules, les gommes du parenchyme provoquent l'apparition des tumeurs granuleuses. Cette opinion est absolument erronée ; le mémoire de M. Reynier n'en est pas moins le premier oii nous]voyons, en France, affirmer la suppuration des syphilomes testiculaires.
De vieilles discussions viennent de se réveiller sur la nature de la gomme. Elle a été longtemps confondue avec les masses caséeuses que le tubercule dépose dans le testicule et l'épididyme ; cette erreur se surprend encore dans des observations relativement récentes, etl'orchite chronique de Curling nous montre pêle-mêle les foyers de la syphilis et ceux de la tuberculose. Mais jusque-là le microscope n'était pas intervenu, et on pouvait croire qu'il assignerait un caractère bien défini à chacune de ces affections.
Au contraire, l'obscurité s'est accrue et on a découvert dans la gomme les mêmes éléments que dans le tubercule. Ce sont des éléments « transitoires » et les uns et les autres « doivent finir nécessairement par délitescence, dégénérescence, ramollissement ou ulcération ». De Bserensprung a soutenu que les nodosités syphylitiques n'étaient qu'un agrégat de tubercules ; il s'agit non de lésions différentes, mais d'un seul et même produit.
N'aurait-il pas pu ajouter : Des parents syphilitiques engendrent des tuberculeux ; de même les premiers accidents de la vérole débilitent l'organisme et rendent les tissus du procréateur, tout comme ceux du procréé, aptes à produire les granulations.
Au mois de juillet de l'année courante, M. Ed. Brissaud insistait, devant la Société de Biologie, sur l'existence de follicules types trouvés en grandè abondance au milieu des tissus mortifiés d'une gomme du testicule. Sans aborder la question de doctrine, il montrait qu'entre le groupe cellulaire spécial si bien décrit par Koster, Friedlander et Gharcot dans les tubercules, et celui qu'il retrouvait dans la gomme, la différence était inappréciable. Ici et là c'est bien le follicule avec sa cellule géante et ses éléments épithélioïdes.
Bien que d'autres micrographes distingués n'aient jamais rencontré dans la gomme du testicule le follicule tuberculeux type, — M. Malassez, en particulier, n'a vu que des formes approchantes ou dérivées, — acceptons un instant son existence comme parfaitement prouvée. Il n'en faudrait pas moins repousser l'opinion de Bcercnsprung. Nous savons, en effet, qu'il y a, dans l'évolution de lésions différentes, des moments où les altérations se ressemblent. En l'état actuel de la science on ne saurait, sur l'aspect seul des tissus néoformés,