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Rien de plus remarquable que de voir l’accord existant entre tous les auteurs pour proclamer la rareté extrême de cette forme papuleuse de la syphilis conjonctivale; et pourtant, si un chercheur patient se donne bien la peine de consulter, de fouiller les différentes littératures médicales, il est tout étonné du nombre relativement considé rables d’observations qu’il y trouve consignées. Nous ne voulons cependant pas prétendre que ce soit une affection commune, mais nous ne voulons pas croire non plus aux auteurs qui, comme Gutmann en font une manifestation excessivement rare. Gutmann, en effet, prétend {Médecine moderne, juin 1885) qu’on en connaît seulement trois cas dans les recueils. -
Nous aimons donc mieux croire à Hans qu’à la non-existence de ces éruptions, et nous ne développerons pas ici une proposition dont tout ce travail ne sera que la démonstration. « S'il est vrai que la conjonctive, dit le D’ Savy (thèse de Paris, 1876) peut être le siège de vésicules, de pustules, de squames sous l'influence de l’herpétisme, pourquoi ces éléments, quand ils sont sous la dépendance de la syphilis, ne s’y pourraient-ils pas développer ? »
J1 peut donc se produire sur la conjonctive, sous l’influence de la syphilis, de petites saillies papuleuses; mais leur siège, leur forme, leur aspect extérieur, leur coloration, enfin les réactions qu’elles produisent du côté de la conjonctive et du globe oculaire, variant suivant les cas,
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il importe pour se faire une idée plus nette de ces lésions, de passer successivement en revue les différents points de vue sous lesquels on peut les étudier.
Forme et aspect extérieur. — Ces papules sont cons tituées par la conjonctive elle-même tuméfiée, épaissie et surélevée. Ordinairement ce sont des tumeurs inégales, d'aspect bosselé et semblant composées par la juxtaposition de petites élévations disposées par amas formant des sortes de petits lobules. Elles n’ont pas de tendance à l’ulcération comme les syphilides du bord palpébral. Leur forme est le plus souvent ovalaire, leurs dimensions plus ou moins étendues et leurs bords escarpés. Elles ont une consistance ferme, rénitente, plastique et se laissent quelque peu déprimer. Elles respectent presque toujours la cornée et il est remarquable de voir celles qui bordent le limbe cornéen s’arrondir à ce niveau et prendre la forme de croissant. Enfin il est un signe qui leur est propre et qui les distingue des autres tumeurs d’origine scléroticale (épisclérite), c’est qu’elles se meuvent et se déplacent avec la conjonctive.
Coloration. — Excessivement variable. Tantôt teinte cuivrée due non pas à l’état de la circulation, mais à la maculation syphilitique même ; tantôt il s’agit d’une couleur gris rougeâtre, rouge jaunâtre, brun rougeâtre, ou bien encore rouge vif, jaune rosé, rouge fauve, jaune orangé, gris bleuâtre, etc.
Réaction du côté de la conjonctive et du globe oculaire. — 11 n’y a presque toujours pas de douleur; le malade n’éprouve qu’une simple sensation incommode de corps étranger. La vascularisation de la conjonctive est bien souvent normale ; mais il peut aussi y avoir une
légère injection conjonctivale, et même un réseau vasculaire abondant sur la tumeur et autour d’elle. Dans ce cas-là, la conjonctive est rouge et sa couche superficielle est injectée de nombreux petits vaisseaux. En outre, il peut y avoir soit une tuméfaction superficielle de la conjonctive et du tissu sous-jacent, soit une infiltration générale de toute la paupière, qui est boursouflée et saillante, en même temps que le cul-de-sac est rouge et infiltré. Enfin, cet état local ne s'accompagne ordinairement pas d'écoulement morbide, pas même de sécrétion conjonctivale ; mais il se rencontre aussi des cas où il y a du larmoiement, une sécrétion muqueuse importante et même issue de muco-pus à travers la fente palpébrale.
Ce que nous venons de décrire est la papule conjonctivale ordinaire, véritable néoplasie spécifique, mais cette tumeur peut affecter la forme tuberculeuse décrite par Savy. Il s’agit alors de petites élevures de la grosseur d'une demi-tête à une tête d’épingle au plus, et coïncidant avec une éruption analogue du côté de la surface cutanée. Les papules conjonctivales peuvent aussi devenir pustuleuses, rester dans cet état, ou bien s’ulcérer et suppurer. Cela complète l’analogie dont nous venons de parler, et l’on aurait ainsi, à la surface de la conjonctive, de véritables syphilides pustuleuses et ulcéreuses, correspondant aux syphilides pustuleuses et ulcéreuses de la peau. Ici toutefois, l’analogie en question nous paraît quelque peu forcée. La transformation purulente des papules conjonctivales, en effet, doit être excessivement rare, car des auteurs très experts disent ne l'avoir jamais observée, d’autres la nient complètement. Aussi ne faut-il pas rapporter l’aspect jaunâtre que prennent parfois ces boutons,
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à une certaine époque de la maladie, à une collection de pus dans leur épaisseur ; souvent on a pu se convaincre par des incisions, qu’ils étaient composés de masses solides,
- En même temps que ces tumeurs paraissent sur la conjonctive, il y a presque toujours sur la face une éruption spécifique intense de même nature et localisée surtout au front et au menton, avec envahissement de tous les ganolions des régions pré-auriculaire, rétro maxillaire et cervicale. |
Siège. — C’est la conjonctive bulbaire qui est le siège le plus ordinaire des papules syphilitiques. On n’en trouve que très rarement sur la conjonctive palpébrale et sur celle du cul-de-sac. ”
Mais ces papules, et Le fait n’est pas rare, peuvent avoir une situation intermédiaire, et se trouver à cheval sur le rebord palpébral, empiétant d’un côté sur la muqueuse conjonctivale, et de l’autre sur la peau des paupières. Les commissures en sont le siège le plus ordinaire. Habituellement érosives en dedans, elles sont croûteuses en dehors et forment de petites rhagades dans leur partie moyenne. Ces lésions deviennent parfois végétantes, hypertrophiques Quelques-unes, sur la partie médiane du bord libre, simulent lPorgeclet à sa période de début ; elles sont cependant moins limitées et présentent une teinte qui les fera toujours reconnaître. Ce sont là des formes de transition entre les syphilides cutanées et les syphilides muqueuses. :
Voilà maintenant traitées ces papules conjonctivales, qu’autrefois on appelait condylomes, que certains auteurs ont décrites sous les noms de tubercules, des végétations
RQ: jrs vasculaires, de vésicules, de pustules, etc, Les observa-
tions qui vont suivre ne feront que confirmer ce que nous avons déjà avancé.