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CHAPITRE III

Diagnostic

D'une manière générale, le diagnostic de ces lésions n’est pas de la première facilité. Le praticien se perd souvent au milieu du dédale des affections pouvant atteindre la région qui nous occupe, et, il s’égare encore bien mieux, si le malade, entraîné par une fausse honte, n’ose avouer les accidents spécifiques antérieurs qui même peuvent aussi n'avoir jamais été remarqués. Toutefois ses recherches seront bien facilitées, s’il songe à la syphilis, fait déshabiller le malade et, arrive à découvrir une cicatrice indurée, reste évident de l’accident primitif; ou bien s’il a l'heureuse chance de voir, comme cela se produit souvent, ces lésions conjonctivales coexister avec d’autres lésions de même nature et de même forme sur les autres parties du corps et la face surtout. C’est en effet dans les cas d’éruption faciale intense localisée principalement au front etau menton, que l’on rencontre le plus souvent les

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syphilides secondaires de la conjonctive. Il semblerait que, dans ce cas, l’action virulente de la syphibs fat plus intense que d'ordinaire ; c’est du moins ce que semble dire Sichel, quand il déclare que « les lésions secondaires de la conjonctive sont des éléments certains de diagnostic des syphilis graves. » Nous ne voulons pas surenchérir sur cette affirmation qui nous paraît quelque peu avancée, et, comme notre expérience en la matière est bien limitée, nous nous contenterons de nous appuyer sur l'autorité beaucoup moins contestable des auteurs qui, eux n'ont jamais insisté sur cette judicieuse remarque du D' Sichel.

L’iritis, avec ses douleurs périorbitaires, peut également apparaître en même temps que les manifestations conjonctivales, et l’on conçoit que dans ce cas, comme dans celui d’éruption cutanée, les recherches soient moins longues pour arriver au véritable diagnostic.

Mais comme il est nombre d’affections, d'origine syphilitique ou non, pouvant simuler les différents aspects empruntés par la syphilis secondaire de la conjonctive, il est bon, nous le croyons du moins, de les passer en revue et de montrer pour chacune d'elle, ce qui peut la faire distinguer des lésions qui nous occupent, (

En premier lieu nous parlerons du chanere induré de la conjonctive ou du bord palpébral. Il ne peut évidemment simuler qu’une plaque papulo-ulcéreuse, à moins toutefois qu’on ne l’observe qu'à son début, lorsqu'il présente l’apparence d’une petite tache rouge avec, à son centre, une papule d'un rouge brun cuivreux. Mais, soit à la période de début, soit à la période d'état, soit enfin à la période de déclin et de réparation, jamais un chanere

syphilitique de la conjonctive avec son induration, son

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aspect couleur jambon, son adénopathie parotidienne et sous-maxillaire, ne pourra être confondu avec une plaque muqueuse ulcéreuse, surtout s’il n’y a pas sur le corps trace d’une éruption spécifique quelconque. Il est très rare en effet que les accidents secondaires apparaissent en même temps que l’accident primitif.

Quant au chancre mou, nous ne croyons pas que la confusion soit bien possible pour y insister plus longtemps. Du reste il n’en existe pas d'observation bien authentique.

Avec les sommes, c'est une nouvelle question, et il est quelquefois très difficile de poser un diagnostic net. Si la gomme est grosse, ce n’est pas avec une papule syphilitique qu’on peut bien la confondre, ce serait plutôt, comme cela est arrivé d’ailleurs, avec un épithélioma. Il s’agit dans tous les cas d’une tumeur plus saillante, indolente, pouvant être accompagnée, il est vrai, comme les papules et les plaques muqueuses, d’une forte injection vasculaire voisine et d’un gonflement considérable, pouvant aussi, comme elles, s’ulcérer; mais c’est précisément au moment de cette ulcération que la gomme prend

un type caractéristique, car souvent alors elle est destructive, accompagnée de fortes douleurs, de fièvre et de délire.

On ne confondra pas les papules avec ce catarrhe intense bien décrit par Mauthner et par d’autres, et considéré comme un accident général de la vérole, pas plus qu'avec la conjonctivite syphilitique de nature granuleuse décrite par Golzieher, simulant le trachome. Car l’énisclérite gommeuse est le plus souvent constituée par un un'que bouton, tres volumineux, parfaitement adhérent à la sclérotique; ce bouton s'ulcère aussi parfois, et

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certaines syphilides dites ulcéro-papuleuses doivent ne pas être autre chose. Enfin l’épiselérite non syphilitique, soit danssa forme bien localisée, soit danssa forme boutonneuse, sera avant tout distinguée par l’immobilité absolue de la saillie qui tient à la sclérotique, tandis que les papules et les plaques sont ordinairement mobiles avec la conjonctive.

L'herpès de la conjonctive, étant constitué par de petites vésicules groupées où isolées, de couleur gris perle, ne peut pas être pris pour des papules. Les vésicules peuvent en effet disparaitre du jour au lendemain. De plus, c’est une affection généralement liée à un trouble gastrique, s’accompagnant d'un léger mouvement fébrile, et caractérisée par de petites vésicules opalines, dépressibles, se montrant sur un fond rouge.

Quant à l’érvthème noueux et papuleux de la conjonctive, il est constitué par des taches saillantes et arrondies, dures et formant de véritables nodosités. Elles coincident, tout le monde le sait, avec des douleurs articulaires, et s’accompagnent ordinairement de fièvre. IL en est de même du zona de la conjonctive dont les névralgies violentes doivent le distinguer des papules et des plaques.

Mais ne serait-t-il pas possible, à cause de l'aspect lobulé, bosselé de la papule syphilitique, de la confondre avec un épéthélioma de la conjonctive? Les différents caractères de la tumenr spécifique, son aspect, sa forme, son siège, sa coloration, la vascularisation du voisinage, l’indolence, l'absence fréquente de sécrétion, sont tous symptômes appartenant à l’épithélioma. Oui, certes; mais il faut tenir compte de l’âge du sujet, et surtout de la rapidité de l’évolution de la tumeur qui, dans le cas de syphilis, arrive en peu de jours à une grosseur

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que ne pourrait atteindre l’épithélioma dans le même laps de temps.

Grande différence aussi avec le chalazion. D'abord, le chalazion est un kyste renfermant les produits de la glande aux dépens de laquelle il est formé. Il est donc profond, et sa consistance n’est pas la même que celle de la papule qui est ferme, rigide. De plus, le chalazion se développe toujours très lentement et peut s’arrêter à chaque degré de son aéveloppement.

Est-ce bien nécessaire de parler du plérygion, qui, avec sa forme triangulaire et son siège favori, sa marche progressivement envahissante, n’a aucun rapport avec les papules ou les plaques muqueuses ? Et puis, le ptéry gion ne rétrocède jamais spontanément, c’est une lésion définitive qui ne disparait que par intervention locale. Il en est de même du pinguicula, qui, lui, est produit par le contact de petits corps étrangers.

L’hypertroplue simple de la conjonctive, due à lépaississement de la couche épithéliale ou au développement anormal du corps papillaire ainsi que cela s’observe parfois chez les jeunes gens et surtout chez les enfants lympha-

tiques et débilités, peut-elle être confondue avec une

lésion secondaire ? À cette question, on doit également répondre par la négative, car l’hypertrophie conjonctivale ne survient qu’à lalongue après de nombreuses rechutes de conjonctivite phlycténulaire, rechutes se succédant rapidement pour finir par ne plus disparaître et amener le développement exagéré des différentes couches de la muqueuse.

La conjonctivite phlycténulaire et la conjonctivite pustuleuse n’ont pas l’aspect lobulé de la tumeur spécifique

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elles n’ont pas pour lacorné le même respect que cette dernière. Leur durée est bien plus longue et la gêne qu’elles apportent au fonctionnement de l'œil bien plus considérable. La photophobie est plus intense, il y a du blépharospasme et souvent une sécrétion de larmes chaudes que l’on ne rencontre pas dans la syphilis palpébrale.

Enfin, si le diagnostic est impossible, si l’on a usé de tous les moyens d'investigation fournis par la pratique ordinaire, le meiïlleur moyen est souvent, dans les cas douteux, d'appliquer le traitement spécifique ; le résultat, positif ou négatif obtenu, est la meilleure base que l’on puisse choisir pour établir la nature de la lésion.

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