HISTORIQUE. — PLAN
Depuis quelques années déjà, à la faveur des recherches scientifiques récentes, la physiologie pathologique et la pathogénie des infections s’est éclairée d'une vive lumière. Par la réalisation expérimentale d'un certain nombre de maladies microbiennes, on a puse rendre un compte exact des étapes franchies dans lorganisme par l'infection, s'arrêter même à telle ou telle phase dans le développement des phénomènes morbides. Les expérimentateurs, dans ce sens, sont parvenus à reproduire quelques-uns des désordres prédominant dans l'histoire clinique ou anatomo-pathologique de l'infec-
tion. De la sorte, il a été possible d'opérer une disso-
SRE
ciation véritable et une analyse tout à la fois, dans les propriétés pathologiques des micro-organismes où de leurs sécrétions : les toxines.
Parmi ces propriétés, 1l en est une dont on a, dès le début, cherché à isoler l’action; celle que possèdent presque toutes les bactéries de produire une élévation de la température centrale. C’est cette influence sur la thermogenèse animale dont1l s'agissait de fixer le mécanisme exact, fort intéressant à connaître à cause de sa constance presque absolue en pathologie humaine. Les expérimentateurs ont essayé, à ce point de vue, de reproduire sur l'animal la fièvre microbienne.
Tout d’abord, les résultats obtenus firent admettre celte opinion que l'élévation de température était due à l'agent figuré de la maladie, introduit dans lorganisme et y causant par sa pullulation des troubles qui sont l’origine des modifications thermométriques.
Dans ce sens, les expériences sont nombreuses, et je citerai, pour mémoire seulement,que beaucoup d’infections bactériennes, réalisées de facon courante dans les laboratoires, s’accompagnent d’une élévation de la température. Ainsi font lorsqu'on les injecte à l'animal : le streptocoque, le staphylocoque pyogène, le bacille de la tuberculose. Il est, en effet, de notion courante que l’on peut réaliser aisément la fièvre de l'ostéomyélite par exemple, l'hyperthermie de l'érysipèle, etc. De ces données M. CnarriN a fait un intéressant exposé dans le livre de pathologie générale de M. Bouchard !,
* Charrin, Traité de path. gén. de Bouchard, t. 1.
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Néanmoins, on remarqua que parfois la température des animaux, après s'être élevée d’abord, s'abaisse progressivement jusqu’à réaliser même une hypothermie plus ou moins accentuée. En voici quelques exemples :
Dans la /iévre {yphoïde, MM. Cnanremesse et Wipar constatent que, avec des cultures pures de bacilles, chez lecobaye, latempératurene tarde pasà monter à 40 degrés centigrades, puis après une période stationnaire ou de minimes oscillations, qui dure de six à douze heures en général, elle revient à la normale d’abord, puis, progressivement, s'abaisse à 37. 36, 34 el même 32 degrés, jusqu'au moment où survient la mort, qui s’accompagne de collapsus algide
Mèêmes résultats ont été obtenus par M. Rocer dans le eharbon expérimental. Cet auteur a, en effet, constaté que la maladie évoluait en deux périodes : une première, d’une durée variant entre quelques heures et quatre jours, pendant laquelle, chez le cobaye, la température monteà 40, 41 degrés ; puis une seconde, où la courbe thermique s’abaisse progressivement à 34 et même 30 degrés, au moment de la mort.
Il est donc des cas où, avec des cultures de bacilles, chez certains animaux, on oblient, au lieu de l’hyperthermie, au contraire, une hypothermie plus ou moins accentuée.
Comment expliquer ces faits, en désaccord avec les constatations de la clinique ?
Peut-être par l’action, prépondérante dans l'infection
1 Chantemesse et Vidal, Ann. de l’inst. Pasteur, 1892, p. 755. ° Roger, Arch. de physiologie, 1894,
artificiellement réalisée, du produit soluble sécrété par le microbe. Les toxines influencent la thermogenèse : nous le savons actuellement d’une façon certaine depuis les recherches de MM. Charrin et Ruffer !.
Or, en injectant à l'animal de la toxine, on peut, en effet, observer assez fréquemment l'hypothermie.
Comme dans la dothiénenterie par inoculation de bacilles, l'infection eberthienne par la toxine donne de l'hypothermie à l'animal. Sanarezrr? montre que la thermogenèse est influencée de telle sorte qu'il se produit d'abord une élévation, puis une chute de la courbe jusqu'à la mort. L'abaissement thermique consécutif à l'élévation est, d’ailleurs, proportionnel à l'intensité de l’'empoisonnement et, dans les cas où l'animal résiste, dans les cas où 1l est vacciné contre l'infection, la température ne tarde pas à remonter pour regagner rapidement de nouveau la normale.
Plus récemment, MM. Lépine et Lyonxer ? observent que, chez le chien, l'hypothermie est le signe annonçant que l’animal doit succomber; cet abaissement de la température est souvent précédé d’une hypothermie très marquée. Chez le cobaye, l'effet sinon constant, au moins habituel, d'une dose mortelle de toxine typhique est cette hypothermie.
Pour la dothiénenterie, par conséquent, il y a désaccord entre l’ensemble des résultats fournis par l’expé-
rimentation et les constatations cliniques.
1 Charrin et Ruffer; Mécanisme de la fièvre dans la maladie pyocyanique {Soc. Biologie, 26 janvier 1889).
? Sanarelli, Annales de l’Institut Pasteur, 1892.
3 Lépine et Lyonnet, Revue de médecine, 1897, 98 et 99.
lier
D'autres infections se comportent de même quant à leur action sur la thermogénèse.
MM. Roper el Couruoxr !, par exemple, prouvent que les toxines du s{aphylocoque pyogène ont des actions diverses et ils en dissocient les influences. Ils montrent que, à côté des propriétés pyrétogènes, le staphylocoque en posséde d’autres qui abaissent la température centrale.
Je mentionnerai encore que les recherches de Merscanxorr?, de WesBrook* de MErscaxikorr, Roux et TAURELLI-SALIMBENI , de J. Courmoxnr et M. Doyox ontmontré que la toxine seule, dans l'empoisonnement cholérique, suffisait à produire un abaissement terminal de la température centrale, que l'animal succombe le plus souvent avec une hypothermie qui peut avoir jusqu'à 25 degrés environ. £es courbes de MM. Courmont et Doyon pour la toxine cholérique sont très sigmificatives : à cet égard, elles se rapprochent beaucoup de celles que nous avons recueillies sur certains animaux.
Tels sont les principaux résultats fournis par l'expérimentation, en ce qui concerne la production artficielle de la fièvre sur l'animal. En résumé si, dans la règle, chez ce dernier, la maladie revêt la forme d’une
pyrexie, parfois on produit avec le bacille de l'hypo-
1 Rodet et Courmont, Rev. de Méd., 1893.
? Metschnikoff, Ann. de l’Inst. Pasteur, 1894.
3 Wesbrook, Ann. Pasleur, 1894.
4 Metschnikoff, Roux et Taurelli-Salimbeni, Ann. de l’Inst. Pasleur, 1896.
5 J. Courmont et M. Doyon, Arch. phystol, 1896, p. 785.
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thermie, souvent terminale, et, plus sûrement avec la toxine sécrélée, un abaissement variable de la température centrale. Il y a, dans ce cas, une opposition formelle, une divergence marquée entre les enseignements de la clinique et les données expérimentales.
La question est à la vérité complexe. Comme le fait remarquer J.-F. Guyon, dans son article sur lFhypothermie écrit pour le Traité de pathologie générale de M. Bouchard, ces modifications variables de la température sont elles-mêmes sous la dépendance de condiüons multiples. La dose, la virulence du poison, la porte d'entrée employée pour lintroduire dans lorganisme (voies sous-culanée, sanguine, péritonéale, etc.) interviennent manifestement. Il faut tenir grand compte aussi du choix de l'animal, à régulation thermique, la déperdition de calorique n'étant pas identiques chez les animaux de diverses tailles. Ainsi s'expliquent sans doute les résultats différents, parfois inverses, fournis par l'étude des modifications de la température dans les infections, quand on emploie le thermomètre et le calorimèlre, comme nous en fournissons d'autre part un exemple.
En présence de ces résultats, discordant avec les données de la pathologie humaine, deux hypothèses peuvent être invoquées : ou bien lamaladie, telle que nous la provoquons expérimentalement n'est pas tout à fait homologue aux entités morbides dont la clinique nous fournit les principaux traits ; particulièrement, l'agent pathogène a été modifié par son passage dans les milieux qui sontemployés pour sa fructification; le changement dans l'énoncé de la maladie se traduit par les modifi-
TA lee cations que subit la marche thermique de l'infection.
Ou bien, dans l'acte de la fixation qui sépare les agents figurés des produits solubles dialysables, a été retenu un principe pyrétogène, peut-être étroitement lié à cet agent figuré. Donc la fièvre manque, la maladie s'accompagne même d’hypothermie.
Pour essayer de résoudre cette question, nous avons tenté de nous adresser à une maladie due à un nuicrobe bien connu dans son action, dans laquelle, malgré l'immobilisation absolue du sujet, malgré la médicaüon véritablement hypnotique par le chloral, on observe généralement une élévation de température considérable : le féfanos ; el nous, nous sommes proposé de connaître par l'examen attentif de la courbe thermique chez l'animal, si les inoculations expérimentales ne s’accompagneraient pas d’une hyperthermie identique à celle présentée en clinique.
Nous nous sommes aussi basés sur ce faut, pour entreprendre nos recherches, qu'entre les maladies expérimentales le tétanos peut être considéré comme une de celles qu’il est le plus facile et le plus sûr de reproduire chez l'animal. La nécessité de lapparition des contractures, après une phase obligatoire d’incubaton (J. Courmont et M. Doyon),en fait une maladie dans laquelle existe et doit être recherché un critérium d’une constatation facile : la confraclure. Il y à là un élément de contrôle d’une grande valeur en pathologie expérimentale.
Cette affection, d'autre part, est à manifestations et à localisation sur le système nerveux, bien que les lésions qu'elle produit sur le neurone échappent encore,
PAU EUX Or, s’il est permis, comme semblent l'avoir indiqué les recherches de Mosso, Ricuer, J.-F. Guxox, de penser que le névraxe intervient efficacement dans la thermogenèse, il est évident qu'une maladie qui l'intéresse si profondément doit, a priori, produire chez l'animal des modifications thermiques d’un réel intérêt et dont l'étude comporte des conclusions capitales.
Enfin, dans cette maladie où la contracture est l’élément dominant, on doit se demander si elle est, forcément, la raison même de cette élévation de température. En d’autres termes si. dans tous les organismes, animaux ou humains, la contracture exagérée des muscles est la cause délerminante de cette fièvre.
Malgré l'opinion ancienne de Béczarp, de P. Berr, que l'élévation de la température dans le tétanos est due à l'existence de la contraction, MM. Arronc et Trrprer, dès 1870! soutenaient une idée différente. «On croit généralement, disent-1ls, que les températures élevées dans le tétanos dépendent des contractions musculaires ; nous sommes d’un avis entièrement opposé. Et d'abord, les températures élevées ne sont pas la règle : il est des cas de tétanos subaigu ou chronique, dans lesquels les contractions musculaires sont très étendues et on a trouvé 38° ou 389,5 dans le rectum, ce qui semble indiquer que l’elévation de la température, quand elle existe, ne doit pas être rapportée à la contraction musculaire.
Pour tenter de résoudre ces multiples problèmes nous avons suivi dans nos recherches le plan que voici :
* Arloimg et L. Tripier, Recherches sur la pathogénie et le traitement du tétanos (Arch. de physiologie, 1870, p 243).
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Nous avons étudié d’abord l’évolution thermique dans le tétanos développé chez les petites espèces animales (cobaye, lapin, poule) employées dans les laboratoires pour l'injection de toxine.
Les résultats ayant consisté dans l'apparition constante d'une hypothermie plus où moins considérable, nous avons cherché si, comme nous en émeltions plus haut l'hypothèse, on ne pouvait expliquer le défaut de fièvre, par la rétention sur le filtre des principes pyrétogènes adhérents à l'agent figuré,contractant une union intime avec le protoplasma bacillare. Nous avons donc en variant le modus faciendi, inoculé aux mêmes espèces animales des spores et des bacilles tétaniqnes.
Nous nous sommes ensuite adressé à un animal plus volumineux et pouvant prendre le tétanos spontané : la chévre. 2
Enfin, nous avons complété ces deux séries de recherches par une comparaison avec la marche de la température après injections d'une substance d'action physiologique assez voisine de celle de la toxime tétanique : la s{rychnine.
Nos résultats ont été intéressants et assez inatlendus. Tels qu'ils nous ont été fournis par l’expérimentation, ils laissent certains points du problème obscurs encore. En attendant des investigations que nous nous proposons de tenter avec toute l'ampleur désirable, il nous à paru néanmoins utile d'exposer ce qu'il est résulté de
nos recherches.