CHAPITRE II
ETAT ACTUEL DE NOS CONNAISSANCES SUR LA TEMPÉRATURE CENTRALE DANS LE TÉTANOS SPONTANÉ ET EXPÉRIMENTAL
Ce qui frappe dès l'abord, quand on étudie dans les différentes publications nos connaissances actuelles sur l’évolution thermique du tétanos, c'est le contraste entre les données certaines relatives à la température dans le tétanos spontané de l'homme et des animaux, et, au contraire, les indications brèves, le plus souvent vagues, fournies par les expérimentateurs sur la marche thermique du tétanos artificiellement reproduit.
Chez l’homme, en effet, on sait depuis nombre d’années déjà, que la maladie, dans ses manifestations mortelles ou graves, est le plus souvent accompagnée d'une hyperthermie considérable. Les constatations déjà anciennes de Bichat, de Piorry, avaient déjà permis de meitre ce fait en lunuère. Wunderlich, dans ses recherches sur la température dans les maladies aiguës, en avait fait un objet spécial d’études. Peter! y consacre une part importante d’une leçon clinique sur « les températures extrêmes dans les maladies », et tend à faire de cette hyperpyrexie un corollaire de l’asphyxie.
! Peter, Clinique médicale, t. IL, p. 776,
PEAR
Il mentionne l'observation des malades chez lesquels, quelques instants avant la mort, la température s’est élevée à 42 degrés, 42°5, 43 degrés même. 11 rappelle que Wunderlich a constaté chez un tétanique, mort au sixième Jour de son affection, une élévation thermique ayant atteint 44°9. Il ajoute même : « Cinquante-cinq minutes après la mort, ou, pour mieux dire, après la dernière contraction du cœur, la température s'élait encore élevée d’un demi-degré (45°5) et elle ne revint à ce qu'elle était au moment de la mort, qu'une heure et demie après celle-c1 ». Dans plusieurs autres cas, d’alleurs, on a noté aussi une élévation du tracé thermique post mortem. D'une façon générale, donc, un certain nombre de cas de tétanos humains peuvent s'accompagner d’une hyperthermie extrêmement accusée, telle que la pathologie humaine en présente peu d'exemples semblables.
Il en est de même en clinique vétérinare. Les traités de pathologie animale en témoignent ainsi. Dans le ivre de MM. Nocarp Er Leczamcue ! est mentionnée la température dans le tétanos du cheval, des bovidés, des moutons, du porc ; en générale elle atteint, souvent même dépasse 42 degrés.
Pour la chèvre, animal que nous avons uülisé dans nos expériences, la maladie s'accompagne d’une hyperthermie de 41 à 42 degrés.
D'autre part, comme chez l’homme, les cadavres
conservent pendant les quelques heures qui suivent la
1 Nocard et Leclainche, Trailé des maladies infeclieuses de l'animal, 1898, p. 619.
Se mort, une température égale ou supérieure à celle des derniers instants de la vie. Chez le cheval — particula rité notée par Bayer, Lustig, Friedberger et autres pathologistes — la température s'élève à 43 et même 45 degrés.
On ne connaît pas le tétanos spontané des petits animaux, ou du moins l'attention des vétérinaires n’a pas élé, à ma connaissance, attirée sur ce fait, qui n'a pas, d’ailleurs, d'importance pratique.
Très pauvre est la littérature des modifications thermique, dans le {éfanos expérimental.
Plusieurs mémoires allemands, relatifs à l’étiologie bactérienne de cette maladie, ne contiennent aucune indication.
Les travaux de Krrasaro!, Kxup FAger ?, Tizzonr et Carranr®, BLumexrnaz#, ne parlent point de la marche de la température dans la toxi-infection. De même, la récente monographie de MM. Leypex et BLUMENTHAL?, dans la collection Nothnagel, ne fait pas mention de la température.
J'ai pu cependant relever certaines indications utiles dans quelques travaux parus en Allemagne.
L'article de Nicoraïer6, consacré à l’étiologie du tétanos, à la description de l'agent pathogène, en 1884,
! Kitasato, Zeutschrf. für Hygiene, 1889.
? Knud Faber, Berliner klinische Wochenschr., 1890. # Tizzoni et Cattani, Centratbl. f. Bakterol , 1890. Blumenthal, Deutsche med. Wock., 1898.
rs
5 V, Leyden et F. Blumenthal, Der T'elanus, in collection,
Nothnagel, 1900.
® Nicolaïer, Deutschemed. Wochenschr., 1884, p. 842.