L' abaissement de la température générale peut résulter
1° De la diminution dans la production de chaleur ; 2° D'un excédant de pertes thermiques ; 3° De la combinaison de ces deux éléments.
Un pareil abaissement au-dessous de la norme peut se produire, après une température normale ou élevée, et dans ce dernier cas, une diminution thermique qui n'atteint pas le niveau normal, peut avoir la même signification et les mêmes conséquences que présente, dans d'autres circonstances, la chute de la température à des degrés sous-normaux.
Dans la plupart des cas, sinon dans tous, il est entièrement impossible de préciser exactement, ni même d'une façon approximative, la part qui revient à l'amoindrissement de la production de chaleur et celle qui incombe à l'augmentation de la perte. Mais on pourra parfois conclure à la cause principale delà diminution thermique, des conditions même du cas, de la rapidité de l'abaissement de la température et surtout de l'efficacité des médicaments mis en usage.
15. Les autres phénomènes du frisson, de la chaleur fébrile et du col lapsus présentent un complexus très-varié de troubles fonctionnels et en partie aussi de modifications chimiques et histologiques. Quelques-uns de ces phénomènes pourront bien se rattacher à la température, mais il en restera toujours un grand nombre qui indiqueront que, dans ces processus, les organes les plus variés du corps subissent des modifications anomales sous l'influence directe de la cause morbide; et l'action réciproque des troubles qui se présentent de la sorte, est si intime qu'il doit y avoir des dépendances mutuelles multiples et qu'en ce qui concerne les rapports particuliers de la température avec les autres phénomènes pathologiques, elle peut sans nul doute être influencée par eux.
Si, par exemple, il est positif que l'élévation de la température produit certaines modifications clans les contractions cardiaques et dans la respiration, il n'est pas moins sûr que les troubles cardiaques et respiratoires exercent à leur tour leur influence sur la la température.
D'après l'inextricable chaos d'influences et d'actions diverses, il semblerait que leurs résultats et leurs conséquences soient vraiment incalculables, si dans les maladies, les phénomènes pathologiques n'étaient soumis à certaines lois que nous pouvons découvrir par des observations exactes et multipliées, mais que nous n'approfondirons probablement jamais.
14. Ainsi, le frisson se présente comme un complexus initial, rarement comme terminaison générale, dans certaines formes morbides et dans certains accès à répétition. Chez les uns, il se montre presque régulièrement ; chez d'autres, il faut pour qu'il se produise une certaine intensité de la maladie ou une certaine prédisposition de l'individu. Si cette dernière existe à un haut degré, des formes morbides qui, d'ordinaire, n'ont pas de période de frisson, peuvent commencer par une semblable période et même au milieu de la maladie, il peut se présenter un frisson tel, qu'il n'a lieu d'ordinaire que dans les maladies récentes ou dans les nouveaux accès.
Sans doute le frisson se produit le plus sûrement dans les cas où la température du tronc monte si rapidement, que, dans un court espace de temps, il s'y établit un contraste considérable avec la température des extrémités arrêtée dans son ascension ou même en décroissance. Mais il n'est pas toujours forcément lié à cette condition. Chez les hommes dont l'impressionnabilité est faible ou chez ceux dont elle a été diminuée par des médicaments (quinine) ou par certains états morbides, il peut ne pas survenir malgré une augmentation rapide de la température du tronc. Chez les hommes excitables, au contraire, il ne faut pas de contraste si considérable pour le produire ; cette disposition même des parties centrales qui, d'ordinaire, est déterminée par la divergence des températures peut sans doute être aussi amenée par d'autres causes. — Puisque même à l'état de santé, la sensation du frisson est provoquée par des modifications légères ou subites de la chaleur objective du mi-
lieu ambiant (courant d'air, transition en été d'une chaleur atmosphérique de 50° à une température de 22°). Ici aussi la prédisposition individuelle au frisson montre des différences très-considérables suivant les individus.
15. Le frisson fébrile est l'expression d'un rapide développement de conditions nouvelles et spécialement de celles à température ascendante, mais dans la chaleur fébrile les conditions sont plus ou moins arrivées à un certain équilibre relatif qui n'est pas celui du niveau de l'état de santé. Mais un équilibre tel, qu'il est déterminé par les processus pathologiques qui se sont produits, équilibre dans lequel, ou bien la température persiste dans des élévations sus-normales ou du moins accuse des fluctuations diurnes à élévations plus ou moins considérables, surpassant de beaucoup les élévations diurnes de l'état normal. — On conçoit que dans les cas où cet équilibre relatif se rétablit progressivement ou dans lesquels même avec une augmentation de température, il conserve toujours un certain degré et une certaine stabilité, le passage de l'état de santé à l'état fébrile, puisse se faire sans période de frisson et que la chaleur fébrile puisse être primitive ou n'èlre précédée que de vestiges de frissons (frissonnements) .
Le maintien d'un certain équilibre de la température dans le cours de la maladie n'exclut pas la possibilité de fréquentes modifications de niveau, pourvu qu'elles ne soient pas trop rapides, elles peuvent n'avoir d'autre conséquence que l'augmentation ou la diminution des autres phénomènes. — Si une nouvelle élévation rapide se présente et que la température en différents endroits soit inégale, le frisson peut se présenter de nouveau.
16. Les collapsus se manifestent, soit comme des phénomènes relativement primitifs (sous l'influence de certaines causes), soit accidentellement comme des modifications de courte durée dans le cours de la chaleur fébrile ou bien à l'issue léthale de la maladie ou enfin au moment de la guérison.
Le collapsus relativement primitif auquel se rattache aussi le collapsus de frisson ( c'est-à-dire celui qui se présente parfois pendant des accès de froid très-intense) dépend sans doute essentiellement d'une certaine influence sur le système nerveux ; à côté de
cela il y a des pertes thermiques rapides (ordinairement avec des sueurs profuses) et sans qu'il y ait compensation par hyperthermogenèse.
Le collapsus accidentel pendant la chaleur fébrile n'est souvent que la conséquence d'influences particulières ou de prédispositions individuelles; ou bien il est déterminé par des conditions dans la marche de la maladie produisant d'abondantes pertes thermiques qui ne peuvent pas, vu là circulation incomplète et malgré l'hyperproduction continue, se compenser simultanément dans tous les points du corps et surtout à sa périphérie.
Il se présente donc principalement quand les contractions cardiaques affaiblies ont été accompagnées de sueurs abondantes.
Le collapsus de l'agonie peut reconnaître les mêmes causes : ou bien résulter de ce que la production thermique est tombée audessous du niveau normal par suite de la marche même de la maladie.
Le collapsus de la convalescence ne se présente que quand il y a un brusque abaissement de la température auparavant très-élevée ; que cette chute soit détinitive ou qu'elle soit le prélude de nouvelles élévations. Ici c'est la thermogenèse qui doit avoir été suspendue, mais sans doute les pertes de chaleur ont été augmentées (sueurs). La nature favorable de ce processus est garantie par ce fait : que, dans la terminaison de l'évolution morbide, la compensation des pertes peut bientôt se rétablir, puisque les pertes thermiques augmentées elles-mêmes ne sont plus maintenues par un état morbide persistant.
1. Une mensuration pratiquée une fois seulement est toujours un moyen insuffisant. La mensuration isolée ne permet presque jamais par elle-même de formuler que des conclusions incertaines. Elle peut, par occurrence, coïncider avec une période qui présente des caractères thermiques décisifs, mais elle peut aussi se présenter à un moment où la température ne fournit aucune indication importante. Cependant, c'est avant tout elle qu'il faut connaître dans sa signification ; car :
a. Elle peut décider si un individu est probablement bien portant ou sûrement malade, si ses plaintes sont simulées ou dûment justifiées, si des troubles sont méconnus ou s'il n'y a pas lieu de les soupçonner avec juste raison.
b. Dans un trouble subit, indépendant d'une maladie locale, confirmée el essentielle, elle peut révéler la présence et le degré de ce trouble.
c. Si c'est la première mensuration dans une maladie, une appréciation rigoureuse et précise est assez importante ; pratiquée avec certaines précautions, elle donne aussitôt la clef de l'espèce morbide en question et indique plus sûrement encore l'absence de certaines formes.
d. Surtout en prenant en considération toutes les autres con-
ditions du même cas, une mensuration isolée peut même donner des éclaircissements sur le diagnostic et le pronostic.
e. La connaissance d'une température isolée, en dehors du cours général de la température est un élément important qui, interprété d'après les règles précises de l'expérience, peut fournir de précieuses indications.
f. Enfin l'appréciation d'une température isolée est déjà nécessaire par cette seule raison que le cycle thermique général se compose d'une série de températures isolées et que, par conséquent, l'importance de toute température isolée pour les conclusions à tirer du cours général est la suprême base de toutes les règles expérimentales.
Plus les conséquences qu'on doit tirer d'une mensuration isolée sont importantes, plus elle doit naturellement être précise, plus on doit se mettre soigneusement à l'abri de toute erreur. Bien que dans une analyse continue de la marche thermique et dans un cas qui n'admet pas beaucoup de doutes, l'exactitude extrême importe peu au point de vue purement pratique, on conçoit cependant que lorsque c'est sur une mensuration isolée que se fondent les conclusions, leur justesse dépende surtout de l'exactitude de cette mensuration, même toutes les mesures de précautions contre une erreur reconnue, soit par l'instrument, soit par le procédé, doivent être prises, si l'on veut accorder aux résultats d'une mensuration isolée une valeur décisive dans l'appréciation ; mais même dans ces cas on peut affirmer que les centièmes de degré importent peu, que même le plus souvent une erreur d'observation d'un dixième et même de plusieurs dixièmes ne pèse pas trop dans la balance et que les conclusions décisives n'en sont souvent pas essentiellement altérées.
2. Nous avons dit au § 5 que les températures observées sur l'homme vivant ne dépassent pas, à de rares exceptions près, un cycle de huit degrés, le minimum de la température générale, ne peut d'ailleurs pas être précisé, même approximativement; c'est précisément dans les degrés inférieurs que les erreurs d'observation se présentent le plus facilement et une température excessivement basse dans les parties accessibles à la mensura-
tion, quelque bien abritées qu'elles soient, ne permet nullement de conclure à une égale diminution de température des organes internes et du sang. Dans la grande majorité des cas, la température de la cavité axillaire bien close dépasse 55°, et il est déjà extrêmement rare d'observer un abaissement thermique allant jusqu'à 58° ou même 52°, et dans les cas isolés de choléra où l'on a trouvé à la face du corps des températures de 26° et audessous, on peut supposer, d'après d'autres observations faites dans la même maladie que la chaleur dans le rectum et dans levagin auront été essentiellement plus élevées. — Dans ces derniers temps, Lôwenhardt (Allg. Zeitschr. fur Psych., t. XXV, p. 685. 1868) a rendu compte de quatre cas de manie dans lesquels il a observé les plus basses températures qui aient été observées : avant la mort, et quelques jours même avant, les malades présentaient 25°,5, 25°,75 et 28°.
Il s'agissait d'individus d'un âge avancé qui quittaient souvent leur lit pendant la saison froide, se promenaient tout nus, qui avaient pris des bains réitérés et chez lesquels l'inanition avait été presque complète, la fréquence du pouls était tombée dans un cas à 45 et dans un autre même à 25 par minute.
Magnan {Gaz. des Hôpït., n° 82. 1869) prétend avoir trouvé 26° C. dans le vagin d'une femme adonnée à l'ivrognerie qui avait couché en plein air pendant une nuit entière, exposée à une pluie glaciale. Deux jours après elle était rétablie. — Le maximum de température trouvé sur un homme vivant n'a pas encore dépassé jusqu'ici positivement 44°, 75 (dans un tétanos observé par moi). Les élévations même approchant de celles-là n'ont été que rarement observées (abstraction faite de données fabuleuses) .
Ainsi, Currie a trouvé chez un scarlatineux 44°, 45. — Simon (Charité s Annalen, t. XIII, Bd. 8. 1865) a trouvé dans un cas de variole hémorrhagique 44°, 5 (il est vrai qu'il n'a fait la mensuration qu'après le décès). Lehmann (Schmidt's Jahrbùcher, 159, p. 256) a trouvé dans un cas de tétanos 44°, 4 avant la mort. Quincke (Berl. Klin. Wochensch., n° 29. 1869) dans un rhumatisme aigu 44°, 5. Brodie, dans un cas de déchirure de la moelle cervicale inférieure, 45°, 9. Moi-même, j ai observé plusieurs cas où la température approchait et atteignait même 44°. Après la mort, on peut parfois trouver une température encore plus élevée. Ainsi, dans le cas
204 DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. mentionné de tétanos elle était de 45°, 57 5, 57 minutes après la mort.
Même des températures variant entre 42°, 5 et 43°, 5 doivent être rangées parmi les cas rares et ne se produisent que dans des circonstances toutes spéciales.
Dans la grande majorité des maladies, même de celles à issue jéthale, la température ne dépasse même pas 41°, 5. Tant sont étroites les limites entre lesquelles se meuvent les différences de quantité dont on ne peut tirer les conclusions les plus décisives !
5. Ce qui importe avant tout, c'est la constatation aussi sûre que possible d'une température apyrétique, c'est-à-dire d'une température axillaire au-dessous de 58° (= 50°, 4 R.). Elle prouve qu'au moins au moment de l'observation il n'y avait pas de fièvre, mais il faut bien considérer ici que plus la température approche de cette limite, plus on peut supposer que dans d'autres moments elle a pu la franchir ; mais aussitôt qu'une température est limitrophe de la fièvre, on ne peut pas se dispenser de faire des mensurations multiples.
Avec tout cela, il n'y a naturellement pns de point fixe qui sépare nettement l'état apyrétique de l'état fébrile. Sur la limite même de ces deux états, il peut dépendre de circonstances accessoires, que l'on ait lieu d'admettre fa fièvre ou non. On penchera plutôt pour l'affirmative, si le degré thermique en question se présente le matin à jeun, après un décubitus prolongé, si c'est le soir ou vers midi, après le déjeuner ou après l'ingestion de boissons spiritueuses, après l'exercice, etc.
Pour décider de la présence de la fièvre, il faudra aussi faire entrer en ligne de compte les autres phénomènes.
On peut regarder comme suspectes de fébrilité toutes les températures qui dépassent 58°. Jusqu'à 58°, 4 on peut encore considérer la température comme l'indice d'un léger mouvement fébrile, mais celles qui dépassent ce chiffre sont positivement pyrétiques.
Pour savoir si la fièvre est modérée, forte ou violente, il faut considérer en premier lieu les heures du jour dans lesquelles l'observation a été faite. A niveau égal, les températures prises le matin et pendant le temps de la rémission habituelle, sont de toutes les plus importantes.
Quelquefois il se présente des températures qui dépassent même de beaucoup les sus-fébriles, et que l'on ne saurait cependant considérer comme l'expression d'une fièvre excessive, mais qui, au contraire, se présentent précisément dans des conditions qui ne correspondent pas au développement fébrile, soit qu'il manque les phénomènes que l'on range habituellement dans ce processus, soit que leur développement ne soit pas proportionné à l'élévation fébrile. Ces températures peuvent s'appeler liyperpijrétiqiies.
Une élévation de plus de 41° permet déjà de soupçonner qu'il ne s'agit plus simplement de la fièvre. A mesure que la température augmente, ce soupçon grandit et notamment dans des élévations dépassant 41°, 5 (52°, 2 R.), il touche presque à la certitude.
Les conditions dans lesquelles les températures extrêmes se présentent sont d'ailleurs fort diverses :
a. Elles peuvent se produire dans certaines maladies spéciales, qui sans doute sont de nature infectieuse, mais qui, en partie, malgré une température élevée sont tout à fait sans danger, et en partie du moins ne présentent pas le danger auquel on pourrait s'attendre d'après l'énorme élévation thermique. Ce sont les fièvres intermittentes maremmatiques et la fièvre récurrente. Dans les premières, la température monte d'ordinaire à 41° et même au-dessus pendant très-peu de temps, mais le plus souvent par des accès répétés, sans qu'il y ait aucun danger. Dans la fièvre récurrente, on trouve quelquefois des élévations allant jusqu'à 42° et même à quelques dixièmes au-dessus dans les cas favorables. Dans cette maladie l'élévation au-dessus de 41° peut durer un peu plus longtemps que dans la fièvre palustre, mais rarement au delà de plusieurs jours.
b. Ce n'est que très-exceptionnellement et d'une façon tout à fait passagère que l'on trouve des élévations de 41° et au-dessus ; aussi, dans d'autres maladies fébriles, bénignes en elles-mêmes et qui se terminent aussi par la guérison.
Le plus souvent on ne peut pas expliquer cette élévation. Parfois elle précède immédiatement la crise (perturbatio critica) .
c. Il y a des maladies auxquelles on ne saurait assigner d'autre caractère principal commun que la malignité ; tantôt ce sont des maladies infectieuses bien définies, tantôt, leur caractère in-
fectieux n'est pas démontrable. Dans ces maladies on voit souvent la température s'élever extrêmement sans qu'on puisse savoir si cette élévation extrême est la cause ou l'effet de la malignité.
Ces cas se présentent le plus souvent dans le typhus, les exanthèmes aigus, la pyémie, l'hépatite parenchymateuse, la pneumonie maligne, la fièvre puerpérale, la méningitedela convexité et les affections rhumatismales mortelles. — Dans toutes ces maladies, l'élévation delà température se fait parfois d'une façon assez brusque et ne se maintient que rarement pendant plusieurs jours à la même hauteur. Le degré de la température est souvent dans ces cas, décisif pour le pronostic. Si la température monte jusqu'à 41°, 5 (58°, 2 R.), les chances de guérison sont déjà faibles, et si elle monte à 41°, 75, la mort est presque sûrement à craindre.
cl. Dans plusieurs cas morbides et précisément dans ceux qui ne sont pas essentiellement fébriles, la température s'élève énormément dans les dernières heures de la vie, dépassant dans de rapides élévations 41°, allant jusqu'à 42°, 5 et au-dessus et même jusqu'à 44°.
Ce sont là des maladies dans lesquelles le système nerveux central est principalement affecté et a souvent déjà été atteint d'une affection grave avant l'élévation thermique.
Le tétanos, en première ligne, se présente de cette façon, jpuis viennent l'épilepsie, l'hystérie à terminaison mortelle, les affections inflammatoires du cerveau et de la moelle ainsi que les blessures de la moelle cervicale ; mais incidemment aussi des maladies où l'on n'avait d'abord constaté aucun trouble du système nerveux.
Quant aux températures de collapsus, il faut bien remarquer que la notion de collapsus n'est pas identique avec celle de température collapsique. 11 peut se présenter une température de collapsus, sans tous les autres phénomènes collapsiques, et parfois ces phénomènes peuvent exister sans élévation de la température du tronc.
4. Les déductions tirées spécialement au point de vue du dia^ gnostic et du pronostic d'une élévation absolue de la température sont presque toujours fautives, si on ne tient pas compte en même temps des autres signes. — Il n'y a que les degrés thermiques
extrêmement hauts ou bas qui, en eux-mêmes, soient des indices sûrs du danger et de l'imminence de la mort. Mais encore ici avec cette restriction que dans certaines formes morbides spéciales, des élévations thermiques qui, dans d'autres circonstances, passeraient pour des signes positifs d'agonie présentent une signification plus favorable.
Ainsi, dans les typhus abdominal et exanthémique, les malades supportent des températures plus élevées que dans la pneumonie ; dans la scarlatine, des élévations plus considérables que dans la rougeole. Mais tandis que dans toutes ces formes morbides, une élévation de 42° ne donne presque plus d'espérances, dans le typhus récurrent elle ne présente pas encore de dangers en elle-même. La température la plus élevée dans un cas suivi de guérison a été récemment indiquée par Mader (séance de la Société royale de médecine. Sitzung de K. K. Gesellschaft (1er Aerzte, 5 juin 1868) chez un soldat revenu du Mexique et qui avait été affecté d'abord de fièvre intermittente irrégulière, la température serait montée à 48°, 5 ? après des hémorrhagies répétées, faiblesse extrême, obtusion de l'ouïe; c'est la transfusion du sang qui l'aurait sauvé et déjà le lendemain la température aurait été presque normale (Wiener Wochenblatt, t. XXIV, p. 255).
Comme déjà nous l'avons mentionné page 42, Lewig a observé des cas d'insolation présentant une température de 42°, 8 avec issue heureuse. Parmi mes observations, je ne me rappelle pas une seule (excepté deux cas de fièvre récurrente à 42°, 2) qui, ayant dépassé l'élévation de 42°, 125 (55°, 7 R.) (frissons violents dans le cours d'un typhus abdominal) se soit terminée par la guérison.
La limite inférieure de la température, compatible avec la vie, peut encore moins positivement être indiquée. La température la plus basse notée dans mes observations pour les cas de guérison est de 55°, 5 (26°, 8 R.) avec 62 pulsations par minute (dans le collapsus de défervescence d'un typhus abdominal).
5. Dans tous les degrés moins extrêmes, il faut d'abord prendre en considération les autres conditions du cas.
Avant tout, c'est 1 'individualité du malade qui doit entrer en ligne de compte.
Chez les enfants, la température a, en général, la même signi-
fîcation que chez les adultes ; mais ce qui les distingue, c'est que la température offre chez eux des variations plus grandes et plus brusques que chez les individus d'un âge avancé. Les oscillations sont plus rapides, et dans les maladies fébriles, on constate une élévation précoce et une moyenne thermique un peu plus élevée que chez les adultes. Les influences accidentelles agissent également avec plus de promptitude et d'intensité sur la température.
Si on trouve, par conséquent, chez un enfant une température très-fébrile, elle n'a pas, en général, une signification aussi sérieuse que chez la plupart des adultes, même, abstraction faite de la fièvre intermittente palustre, elle peut appartenir à une affection paroxystique de très-courte durée, ou même elle se présente, sans indiquer un danger pressant, dans des maladies où elle aurait, chez l'adulte, un pronostic presque fatal. Il est vrai qu'une élévation considérable engage aussi chez un enfant, à la surveillance la plus attentive ; mais on voit assez communément des élévations très-considérables qu'on a trouvé après quelques heures de maladies, après une demi-journée ou une journée, retomber à l'état normal ou du moins céder le pas à une élévation modérée ; ce qui est surtout très-particulier à cet âge, ce sont notamment des accès fébriles éphémères sans grande portée. — il ne faut donc pas tirer trop rapidement des conclusions de la première observation chez les enfants, même quand elle fait constater une élévation très-considérable.
A cet âge aussi, il peut se montrer des températures plus ou moins élevées à certains points d'une marche morbide où, chez les adultes, la température est habituellement normale ou peu élevée. Même dans la convalescence, on voit parfois des élévations thermiques considérables, surtout après des efforts musculaires.
Les vieillards et les hommes d'un certain âge présentent d'ordinaire dans leurs maladies des températures d'un demi-degré jusqu'à 1 degré au-dessous de la moyenne, et même au-dessous de la minima, de celle que présenterait la même forme morbide chez des individus plus jeunes. — Et pour les maladies fébriles, l'âge mûr commence assez tôt ; à une époque que l'homme sain compte encore parmi les plus belles années, chez les uns, un peu plus tôt, chez d'autres, un peu plus tard.
Vers la cinquantaine, les élévations thermiques montrent déjà
le caractère sénile dans les maladies fébriles et il y en a beaucoup où les modifications imprimées par l'âge se font déjà percevoir vers la quarantaine.
Ce caractère sénile est si particulier que, une fois le diagnostic porté par une autre voie, on peut, pour ainsi dire, reconnaître l'âge par l'élévation thermique. Au contraire, quand on ne prend pas en considération l'âge avancé, une élévation modérée peut aisément induire en erreur sur la forme et la gravité de la maladie, surtout à la première mensuration ou avant que le diagnostic ait été établi. D'un autre côté, les hommes d'un certain âge ont une tendance marquée à des températures de collapsus, et celles-ci atteignent quelquefois chez eux un abaissement considérable.
Voir quelques travaux sur la température des vieillards fébricitants, deCharcot (De V état fébrile chez les vieillards, in Gaz. des Hop. 1867, n° 69-74) et de Bergeron (Recherches sur la pneumonie des vieillards, 1866).
Beaucoup de femmes et aussi des hommes dont la constitution physique et psychique est quelque peu irritable, et pour ainsi dire féminine, présentent aussi une modalité thermique tout à fait analogue à celles des enfants. C'est surtout chez les personnes délicates, sensibles, nerveuses, de constitution hystérique que se montrent des élévations thermiques brusques et considérables à la moindre occasion et même en apparence sans aucun motif ou bien se maintiennent pendant une durée de temps extraordinairement longue. Mais quand, chez ces individus, la température élevée n'est pas accompagnée d'autres symptômes décisifs, il faut suspendre son jugement. En tout cas, une élévation inaccoutumée de la température devra faire continuer avec soin l'observation.
6. Pour tirer profit des résultats d'une mensuration, il faut faire grand cas de l'heure de la journée à laquelle l'observation est faite et déduire de ce fait les fluctuations diurnes.
Pareillement, il ne faut jamais négliger le temps de la digestion qui cause, d'ordinaire, une augmentation de température beaucoup plus considérable chez les malades qu'à l'état de santé ; il faut également tenir compte de toutes les autres influences accidentelles dans une mensuration isolée. — Je noterai enfin que
les mensurations faites sur des malades qui viennent de subir un déplacement, sont toujours incertaines, car le transport peut aussi bien élever la température que l'abaisser.
7. Il est très-important dans une mensuration isolée, surtout quand elle ne fournit pas de résultats absolument décisifs, d'observer attentivement les autres phénomènes qui se présentent et d'examiner notamment s'ils s'accordent ou s'ils sont en contradiction avec les résultats thermiques.
Pour juger, à son vrai point de vue, les rapports de la température avec les autres phénomènes pathologiques d'une maladie, il faut toujours se souvenir que ces rapports sont extrêmement variables :
a. Les troubles thermiques peuvent être déterminés par la maladie d'un organe qui, en lui-même, présente des phénomènes plus ou moins caractérisés. Dans ce cas, les modifications de la température sont le résultat d'une maladie locale.
b. Les écarts thermiques et un plus ou moins grand nombre d'autres phénomènes ont leur source commune dans une cause déterminée, telle qu'une infection, une intoxication ou tout autre influence morbifique.
c. Les modifications thermiques et en particulier celles qui présentent un écart considérable ou une longue durée, produisent déjà par elles seules, des troubles fonctionnels plus ou moins accusés, et quand elles persistent pendant longtemps, elles peuvent entraîner des altérations histologiques, de sorte que dans la fièvre intense aussi bien que dans le collapsus, il peut se produire une série de phénomènes pathologiques qui sont sous la dépendance exclusive de l'excès même de la température et qui portent sur la circulation, la respiration et les sécrétions et même sur le système nerveux. Mais ici encore il ne faut pas négliger cette circonstance qu'il n'existe pas de parallélisme absolu entre les degrés d'élévation ou d'abaissement de la température et le reste des phénomènes morbides. On sait, en effet, par expérience que les troubles nerveux les plus intenses coïncident plutôt avec des changements brusques de l'état thermique qu'avec une marche uniforme et continue de la température.
cl. Il y a enfin une foule de circonstances qui peuvent déterminer un désaccord entre un ou plusieurs symptômes et les modalités de la température.
Dans chaque cas particulier, il s'agit d'abord de savoir jusqu'à quel point la température constatée s'accorde avec les autres phénomènes. — Si elle est en harmonie avec l'ensemble de l'état général du malade, avec chacun des phénomènes pris séparément et si elle est conforme au genre, au degré et au caractère de la maladie, elle est alors la plus éclatante et à la fois la plus précieuse confirmation du diagnostic.
Si, au contraire, on observe un contraste entre l'élévation thermique et les autres phénomènes, il faut, en tout cas, attribuer la plus grande importance à la température, lorsque ses écarts sont assez notables pour primer toutes les autres manifestations symptomatiques. Mais si l'écart thermique est, au contraire, plus faible que ne permettrait de le supposer l'intensité des autres phénomènes, il faut en premier lieu vérifier le résultat thermique luimême, puis diriger son attention sur les influences accidentelles, thérapeutiques ou autres, qui peuvent être survenues et qui sont capables de faire baisser la température ou d'accroître l'intensité des autres phénomènes.
En outre, pour bien juger du désaccord qui existe entre une modification thermique légère et d'autres phénomènes très-graves, on doit se demander si l'on n'a pas affaire à quelque forme morbide particulière ou à quelque période delà maladie, précisément caractérisée par ce contraste.
Si aucune des précédentes explications n'est admissible, on peut en se fondant sur ce désaccord symptomatique, être certain qu'il n'existe aucune maladie intercurrente dont on aurait pu de prime abord supposer la présence, ou bien que l'affection est déjà arrivée à un stade avancé ou qu'il est survenu des complications.
Un abaissement thermique très-marqué peut indiquer que le malade est près d'entrer dans la période de collapsus.
8. Lorsque c'est Y état général qui est en désaccord avec la température, en ce sens qu'il est dans des conditions plus ou moins fâcheuses, tandis que la température se maintient à peu près à son taux normal, il peut bien exister un trouble dans l'organisme,
mais il n'offre jamais un notable degré d'acuité, quand bien même la maladie serait à son début. Si donc un malade accuse de vives souffrances, tout en présentant une température normale, on a tout lieu de croire qu'il simule ou qu'il exagère son état.
Quand, au contraire, l'état général est satisfaisant tandis que les écarts thermiques sont considérables, on peut précisément conclure de ce contraste, que la maladie doit probablement être grave et dangereuse. C'est surtout dans les typhus et dans les maladies infectieuses que se montre ce désaccord.
Dans les maladies fébriles graves, au moment des crises favorables, le malade accuse un sentiment de malaise extrême, tandis que sa température devient normale ou sous-normale, surtout quand la défervescence dégénère en collapsus. Dans ce cas, il ne faut pas se laisser induire en erreur par le mauvais état apparent du malade et l'on peut être sûr qu'il vient d'entrer en convalescence
9. Très-souvent, il n'y a pas d'harmonie entre la température et la fréquence du pouls.
On peut admettre que, dans les états fébriles des adultes, une température légèrement fébrile correspond en général à une fréquence du pouls représentée par 80-90 pulsations, une température plus pyrétique équivaut à 108-120 pulsations. Ce dernier chiffre est dépassé dans le cas de températures hyperpyréliques. Mais toutes ces évaluations n'ont qu'une valeur approximative.
Chez les enfants et chez les individus faibles ou nerveux les rapports sont tout différents et la fréquence du pouls est, en général, beaucoup plus considérable.
Une fréquence de pouls légèrement amoindrie, proportionnellement à l'élévation de la température, peut être considérée comme un indice favorable; elle révèle, en effet, le calme du système nerveux ; mais le pouls ralenti avec une température très-haute, dénote la présence de conditions particulières qu il faut rechercher par d'autres voies. Ainsi, il peut y avoir : compression du cerveau, rétention des éléments biliaires dans le sang, action spéciale de médicaments qui ralentissent le pouls, etc....
Un pouls dont l'accélération n'est pas en rapport avec le degré thermique trahit des perturbations du cœur produites, soit par
des lésions de cet organe, soit par des affections des voies respiratoires, du thorax ou de l'abdomen, ou enfin de simples troubles nerveux. Mais il ne faut pas négliger ce point important : à savoir que, chez beaucoup de malades, tout mouvement si modéré qu'il soit, peut augmenter considérablement la fréquence du pouls.
Il résulte donc de tout ce qui précède que, l'accélération du pouls est une mauvaise pierre de touche de l'état fébrile.
En général, l'élément à la fois le plus important et le plus décisif est presque toujours celui qui présente la plus grande gravité : ainsi, quand il y a eu en même temps grande fréquence du pouls et élévation modérée de la température, c'est le premier terme qui a le plus d'importance ; si une accélération modérée du pouls se joint à une grande élévation thermique, c'est cette dernière qui doit surtout être prise en considération. L'état du malade est d'autant plus grave que le contraste entre ces deux manifestations pathologiques est plus accusé.-
En revanche, une faible augmentation de fréquence du pouls combinée avec une température sous-normale n'aggrave nullement le pronostic.
10. La fréquence de la respiration est encore moins en rapport avec le degré thermique. Dans les basses températures de collapsus, la respiration est ordinairement accélérée, sans qu'il soit possible d'établir une règle à cet égard, pas plus que pour les températures hyperpyrétiques. A côté des cas où la respiration est fréquente, on en trouve assez souvent d'autres dans lesquels elle descend au-dessous du niveau normal.
Avec une température approximativement normale, aussi bien qu'avec une fièvre très-légère, la respiration en elle-même est à peine influencée; c'est seulement chez les enfants que l'on trouve parfois une fréquence accrue même dans les cas de fièvre légère. Par conséquent, toutes les fois qu'un état légèrement fébrile sera accompagné d'accélération respiratoire, il faudra soupçonner la présence de conditions locales produisant ce phénomène.
Dans la fièvre de moyenne intensité, on observe d'ordinaire une fréquence respiratoire qui dépasse rarement 20 inspirations par minutes chez l'adulte et qui, chez les enfants, peut atteindre le chiffre de 40 ou 50 inspirations. — Mais, dans les fièvres graves
et intenses, l'accélération respiratoire monte à 50 et au delà ; chez lesenfants, elle s'élève souvent dans ces cas au-dessus de 60.
La fréquence de la respiration chez les fébricitants peut aussi être notablement accrue par l'exercice et les efforts musculaires.
11. Entre les symptômes cérébraux et la température, il peut y avoir, tantôt parallélisme et tantôt divergence. En outre, les dispositions individuelles peuvent produire les plus grandes différences.
Quand la fièvre est légère ou modérée, chez l'adulte elle ne retentit que bien faiblement sur le cerveau; mais, chez les enfants et les vieillards, la participation de cet organe à l'état morbide s'accuse par des phénomènes violents.
Même avec une fièvre considérable, les fonctions cérébrales ne sont pas encore assez troublées chez les adultes pour que les idées soient confuses et la parole incohérente ; il faut que la fièvre soit très-intense pour qu'elle puisse à elle seule provoquer du délire ou tout autre trouble fonctionnel.
Si done, une température qui n'est pas hyperpyrétique, est accompagnée de phénomènes cérébraux intenses, on peut, apriori, admettre l'existence dans le cerveau d'une affection locale et indépendante ; à moins toutefois que le malade ne soit ni un enfant ni un vieillard. Cette conclusion est d'autant plus légitime que la température s'éloigne davantage des degrés hyperpyrétiques, et que l'idiosyncrasie du sujet explique moins le retentissement morbide sur le cerveau.
Cependant, à l'occasion de l'abaissement thermique rapide qui se produit dans le collapsus et dans quelques cas de défervescence, il se manifeste parfois des symptômes cérébraux alarmants, précisément pendant que cet abaissement a lieu, et notamment de violents délires, des accès de manie qui, dans ces conditions, sont loin de présenter la gravité que l'on serait, de prime-abord, tenté de leur attribuer. Il est vrai que des phénomènes cérébraux analogues se rencontrent également dans le collapsus agonique, et pour éviter, en pareil cas, toute confusion, il faut s'aider des autres manifestations pathologiques.
12. Signification du résultat d'une mensuration isolée chez un individu réputé sain.
Les écarts thermiques sont, dans ce cas, le plus souvent insignifiants, on en rencontre parfois cependant de considérables : pendant les règles et les couches, dans la période de lactation, au moment de la dentition, lorsque la croissance est extrêmement rapide, après de grandes fatigues, dans les états de dépression psychique, etc., la température est assez souvent augmentée : dans ces conditions, la persistance d'une température normale est donc une excellente garantie de la force de résistance de l'organisme et une preuve qu'il n'existe pas encore de processus pathologique.
En revanche, si l'on trouve des transgressions de la température hors de son cycle normal, il importe de connaître d'abord le degré de l'écart thermique et, en second lieu, la nature de l'individu.
En tout cas, toute modification thermique doit éveiller l'attention vers un examen scrupuleux et continu.
Une température sous-normale chez des individus en apparence bien portants n'a pas habituellement grande valeur, bien qu'elle puisse faire soupçonner que l'individu a été frappé par une influence nocive ou bien que l'organisme sain en apparence contient cependant le germe morbifique.
La modalité thermique qui se présente le plus fréquemment chez les individus sains en apparence et ne se trouvant pas dans des conditions anomales, est la température sous-fébrile.
Elle indique que l'organisme ne possède pas sa complète intégrité et qu'il existe au moins une imminence morbide. — Chez les enfants, surtout dans le premier âge, ces températures peuvent, il est vrai, être produites par des influences extérieures, insignifiantes, par des mouvements, etc., mais, chez les adultes, les températures sous-fébriles indiquent la probabilité de quelque trouble latent, d'autant plus sûrement que leur constitution est plus vigoureuse.
Une pareille constatation doit donc conduire à l'exploration ultérieure des poumons, du cœur, des intestins, de la sécrétion urinaire, ainsi qu'aune surveillance active et continue et surtout à des mensurations répétées.
Les températures fébriles se rencontrent aussi chez des individus en apparence bien portants, il est vrai que la fébrilité thermique n'est, le plus souvent, que très-modérée. Ces températures
sont un indice certain, soit d'un trouble préexistant, soit d'une anomalie produite par une influence extérieure, soit du début d'une maladie pour ainsi dire larvée ou enfin de quelque affection chronique restée latente. Il va sans dire que cette première constatation doit être suivie d'un examen attentif et persévérant.
15. Signification de la mensuration isolée dans les indispositions en apparence insignifiantes.
Les indispositions qui ne permettent pas encore d'établir un diagnostic sont promptement reconnues, grâce à l'emploi du thermomètre.
Une température normale indique bien que l'indisposition est insignifiante, mais il faut avoir soin dans ce cas de répéter une seconde fois la mensuration après un certain temps, notamment dans les heures où se présentent habituellement les cxacerbations.
Une température sous-normale ou sous-fébrile permet aussi de supposer un léger dérangement, surtout quand il n'est pas précisément à son début.
Mais aussitôt que la température présente une élévation fébrile , il est nécessaire de redoubler d'attention, quoique une telle augmentation thermique ne soit nullement la preuve du début d'une maladie grave et qu'en particulier les femmes, les enfants et tous les sujets nerveux et impressionnables, ou affectés de maladies chroniques, les phthisiques enfin, présentent passagèrement une température fébrile dans de simples indispositions.
Mais quand il y a une élévation considérable de la température, il faut s'attendre à un trouble sérieux, en pareille occurrence, il faut donc que les malades ne quittent pas le lit et que le médecin apporte de son côté toute sa vigilance et toute son attention.
14. Dès le début d'une maladie fébrile aiguë, il est rarement possible de faire un diagnostic.
Si, dans ce cas, on trouve une température normale ou une élévation fébrile modérée, on peut exclure avec un certain degré de certitude la pneumonie lobaire flbrineuse, la variole et la scarlatine.
Si, à une heure vespérale, la température est normale ou n'est que légèrement fébrile, la maladie n'est pas une affection typhoïde.
Mais si, au contraire, dès le début des premiers phénomènes, la température indique aussitôt une fièvre considérable, le cercle des affections possibles est assez considérable : exanthèmes, amygdalite, pneumonie, pleurésie, fièvre intermittente, fièvre éphémère, méningite de la voûte, typhus exanthématiqne, etc. ; mais on peut du moins admettre avec grande certitude qu'il n'y a pas typhus abdominal. — La grippe et le catarrhe intestinal ne sont pas probables, à moins que des influences pernicieuses considérables n'aient affecté les intestins. De même, un rhumatisme articulaire aigu est très-peu vraisemblable.
15. Dans beaucoup de cas, le diagnostic d'une maladie aiguë est encore très-douteux dans la première moitié de la première semaine. La thermométrie est capable, dans beaucoup de cas, sinon dans tous, de fournir dès lors quelques indices par une seule mensuration.
Les températures sous-normales et de collapsus ne se présentent que dans la diarrhée, le choléra, les hémorrhagies, les perforations intestinales et quelquefois aussi dans la gastrite toxique et même dans la péritonite. Si, malgré une anamnèse révélant des symptômes fébriles, on trouve dans l'un des premiers jours une température normale, surtout à une heure vespérine, le soupçon d'une fièvre intermittente est assez justifié. Au moins un pareil état thermique exclut-il les typhus abdominal et exanthématique, les exanthèmes aigus avant l'éruption (abstraction faite de la rougeole, de la roséole et de la variole). Le développement d'inflammations graves est aussi invraisemblable dans ces circonstances et en général, on peut conclure d'une température vespérine normale dans les premiers jours de la maladie à une affection de peu d'importance.
Si la température du matin a été trouvée normale, on peut exclure à peu près les mêmes maladies, à moins qu'il n'y ait une circonstance particulière ayant pu déprimer la température. — Par contre, il peut très-bien exister avec un pareil état thermique, une affection catarrhale, une rougeole, une pleurésie, une tuberculose aiguë, une méningite granuleuse, un rhumatisme aigu.
Les températures sous-fébriles et les températures légèrement fébriles ont à peu près la même signification, avec cette seule dif-
férënce que, constatées dans les premières heures matinales et même dans la deuxième partie de la matinée, elles n'excluent pas encore l'hypothèse d'un typhus abdominal. Dans les exanthèmes aigus, encore très-rudimentaires, surtout dans la rougeole, il peut se faire que de pareilles températures modérément fébriles se trouvent aussi avant l'éruption ; dans les affections catarrhales et rhumatismales, elles sont même de règle dans les premiers jours; par contre, on ne les trouve pas dans la fièvre intermittente, à moins qu'on ne fasse la mensuration au premier début ou à la fin d'un paroxysme.
Une température considérable et très-fébrile, observée dès le premier ou le deuxième jour, rend improbable l'existence d'un typhus abdominal ou prouve du moins qu'il a commencé plus tôt que les autres symptômes ne permettaient de le supposer ; une pareille conclusion est plus justifiée encore si la température élevée s'est montrée le matin. D'ailleurs, une mensuration isolée des premiers jours indiquant une fièvre très-intense n'explique pas la nature du processus ; elle permet seulement de s'attendre à une maladie grave, pourvu que la possibilité d'une fièvre intermittente puisse être exclue.
Si, dans les premiers jours de la maladie, le diagnostic est déjà établi d'après d'autres phénomènes, le degré d'une température isolée donnera au moins des indications sur l'intensité du cas en tant que des élévations extrêmes dénotent un cas grave et une température au-dessous de la moyenne dans la même heure du jour, et la même maladie, fournit de grandes probabilités en faveur de sa marche bénigne.
16. Dans le cours d'une fièvre qui a atteint la deuxième moitié du premier septénaire, le diagnostic peut toujours être douteux. — Voici les maladies qui peuvent être en question : fièvre prodromique prolongée d'un exanthème, typhus abdominal et exanthématique, fièvre récurrente, pneumonie lente, grippe intense et bronchite capillaire, tuberculose nriliaire aiguë, fièvre intermittente, méningite tuberculeuse, méningite cérébro-spinale épidémique, hépatite, suppurations internes, ostéomyélite, syphilis aiguë.
Une mensuration isolée ne peut fournir dans ces cas que de faibles données pour décider du diagnostic.
Si on trouve la température normale, sous-fébrile ou modéré-
ment fébrile, surtout le soir, et si une influence particulièrement dépressive de la température n'a pas eu lieu, on peut admettre avec certitude qu'il n'y a là ni fièvre prodromale exanthématique ni typhus.
Trouve-t-on la température fébrile à une grande hauteur, on peut exclure avec grande probabilité la méningite tuberculeuse. Ya-t-il une température hyperpyrétique? Il peut exister une fièvre intermittente ou une maladie infectieuse maligne, une observation ultérieure attentive et la répétition de la mensuration sont alors très-nécessaires.
Dans tous ces cas, la température est le meilleur guide pour le diagnostic, mais l'investigation thermométrique bornée à une seule mensuration ne peut rendre que des services très-imparfaits, et il faut éviter d'en tirer des conclusions prématurées.
17. Si, avec un diagnostic d'une maladie fébrile aiguë encore douteux jusque-là, il se développe un exanthème, ce sont naturellement la forme de ce dernier et les autres phénomènes concomitants qui doivent fournir les principales bases du diagnostic ; mais souvent on peut encore se demander pendant un certain temps s'il fautprendre l'éruption commençante pour la variole, la rougeole, la scarlatine, le typhus exanthématique ou pour un exanthème syphilitique. Dans ce cas, la mensuration thermométrique peut fournir des indications si, après des troubles généraux considérables, la température s'abaisse avec l'éruption, il faut supposer la variole, et quand cette température devient complètement normale, il y a plus de probabilités en faveur d'une variole modifiée (varioloïde). Par contre, dans la rougeole, la scarlatine et le typhus exanthématique la fièvre persiste après le commencement de l'éruption.
18. Si, dans le cours ultérieur d'une maladie fébrile aiguë, le diagnostic est sûrement établi ou paraît l'être, la température donne continuellement les indications les plus précieuses sur les conditions les plus importantes du cas ; mais alors aussi, il faut que l'observation soit continue et minutieuse.
Parfois le résultat d'une seule mensuration peut acquérir une grande importance ; il peut contribuer à la confirmation du diagnostic, mais il peut aussi soulever des doutes ou les réfuter, il
peut encore décider du degré de la maladie, révéler des modifications, des complications, ou des dangers.
Pour pouvoir utiliser de cette façon le résultat d'une seule mensuration, il faut qu'on soit bien familiarisé avec la marche thermique des différentes maladies.
En premier lieu, des degrés thermiques proportionnellement élevés sont toujours une preuve de l'intensité de la maladie, même si on ne les a constatés qu'une seule fois. Au contraire, des degrés relativement bas ne prouvent rien pour la bénignité de la maladie, parce que, dans les cas les plus graves, un abaissement passager peut survenir, avec ou sans motif connu.
Une seule température, détachée de la marche thermique, ne donne droit à une conclusion positive que lorsqu'on a soigneusement examiné toutes les autres conditions du cas.
On doit à peine supposer le typhus si, à une période quelconque comprise entre le troisième et le dixième jour, la température n'est pas au moins modérément fébrile et ne s'élève pas considérablement aux heures vespérales (au moins 59°, 6) à moins toutefois qu'une forte action modératrice de la fièvre n'ait été produite (hémorrhagie abondante, diarrhée succédant à la constipation) ou que l'individu ne soit très-âgé. Une température basse en contraste avec la marche thermique suivie jusque-là, peut même avant que le sang se soit répandu au dehors faire soupçonner une hémorrhagie interne. Même plus tard et jusqu'au milieu de la troisième semaine, l'existence d'un typhus abdominal est douteuse quand une température vespérale (en dehors des influences citées plus haut) présente moins de 59°. Des températures matinales très-fébriles (approchant 40°) ou des températures vespérales de 41° sont, dans cette maladie (typhus abdominal), les indices d'un état grave.
De même, le danger est très-grand quand des phénomènes de collapsus se compliquent d'une grande élévation thermique du tronc. Les températures restant normales, le matin, dans une période avancée de la maladie, ne sont aucunement l'indice que la fièvre a cessé.
Dans la rougeole, c'est le signe d'une complication existante ou imminente si, dès que l'exanthème commence à pâlir la températurc reste toujours fébrile. Même une température sous-fébrile est suspecte.
La même observation s'applique à la scarlatine, mais pour une période ultérieure.
Le résultat fourni par une seule mensuration peut parfois acquérir une grande importance et contribuer puissamment à la confirmation du diagnostic ; mais il peut aussi soulever des doutes ou les réfuter, décider du degré d'intensité de la maladie, en révéler les changements, les complications et les dangers.
Pour pouvoir utiliser de la sorte le résultat d'une seule mensuration, on doit, avant tout, se familiariser avec la marche thermique des différentes maladies.
En premier lieu, des degrés thermiques relativement élevés sont toujours une preuve de l'intensité de la maladie, ne les eût-on même constatés qu'une seule fois. Au contraire, des degrés proportionnellement bas ne prouvent nullement en faveur de la bénignité de la maladie, parce que, dans les cas les plus graves, il peut survenir, souvent même sans cause appréciable, un abaissement passager de la température.
Une seule constatation thermique faite dans le cours d'une maladie grave, n'autorise à aucune conclusion précise à moins que l'on ait soigneusement réfléchi à toutes les autres conditions du
cas.
On doit à peine songer au typhus si, à une période comprise entre le troisième et le dixième jour, la température n'est pas au ' moins modérément fébrile et ne présente une élévation considérable dans les heures vespérales (au moins 59°, 6) à moins que des causes accidentelles n'aient antérieurement abaissé la température, (telles qu'une abondante hémorrhagie ou la diarrhée succédant à la constipation) ou enfin à moins que le sujet ne soit déjà d'un certain âge. — Une basse température contrastant avec la marche thermique antérieure peut faire soupçonner une hémorrhagie interne avant même que le sang ne se soit répandu au dehors. Plus tard encore et jusqu'au milieu du troisième septénaire, l'existence d'une fièvre typhoïde est douteuse quand la température du soir (en dehors des influences précédemment mentionnées) reste inférieure à 59°. Des températures matinales très-élevées (voisines de 40") ou des températures vespérines atteignant 41° sont, dans cette maladie, les indices d'un état dangereux et grave.
De même, le péril est très-grand lorsque des phénomènes de
collapsus se compliquent d'une forte élévation thermique du tronc.
Les températures normales du matin," dans un stade avancé de la maladie, ne sont en aucune façon l'indice de la fin de la fièvre.
Dans la rougeole, si la température reste fébrile après que l'éruption commence à s'effacer, c'est un signe de complication imminente ou actuelle. Une température même sous-fébrile doit être regardée comme suspecte.
Pareille observation s'applique à la scarlatine, mais à une période ultérieure.
Dans la variole, on peut admettre avec une extrême probabilité l'existence d'une variole vraie (c'est-à-dire avec le stade de suppuration fébrile) ou d'une complication aussitôt que dans la période qui succède à l'éruption, la température ne cesse pas d'être fébrile.
Dans la pneumonie fibrineuse ou lobaire, une température isolée normale ou sous-fébrile ne prouve en aucune façon que le processus est terminé. Toute température hyperpyrétique est très-grave et révèle l'extrême intensité de la maladie avec d'autant plus de certitude que l'élévation thermique est constatée à une époque ultérieure de la maladie (par exemple, après le sixième jour).
Il faut cependant avoir égard à ce fait que, parfois une issue favorable est précédée d'une notable élévation thermique.
Les phénomènes alarmants dans la période avancée d'une pneumonie ne présentent ordinairement pas de danger, si en même temps la température est normale ou sous-fébrile ; et l'on peut annoncer en toute assurance l'heureuse terminaison.
Dans l'érysipèle de la face, une température fébrile indique que le processus n'est pas encore terminé et que de nouvelles poussées ou des complications sont imminentes.
Dans la grippe et la bronchite, des températures très-élevées ou hyperpyrétiques sont toujours très-suspectes, surtout si elles se présentent le matin ou à un stade avancé de la maladie. — Elles indiquent avec probabilité l'extension de la maladie aux petites bronches ou bien le développement d'une pneumonie ; parfois aussi elles se présentent dans les cas où la bronchite aiguë masque une infiltration granuleuse.
Dans la coqueluche, toute température fébrile dénote la présence d'une complication, sauf à la première période de la maladie.
Dans le rhumatisme articulaire aigu, une mensuration isolée est de médiocre importance pour le diagnostic; elle ne suffit même pas pour déceler l'existence de complications viscérales. Il n'y a que les températures extrêmement élevées qui puissent faire présager, en général, la gravité du cas.
Dans les accidents méningitiques, une température hyperpyrétique dénote toujours une lésion de la convexité, par contre, des températures médiocrement fébriles ou même apyrétiques font soupçonner la méningite granuleuse de la base.
Dans la méningite cérébro-spinale, on peut rencontrer toutes les élévations thermiques.
Dans la pleurésie, la péricardite, l'endocardite, la péritonite, une température très-fébrile est toujours l'indice d'un grand danger, tandis qu'une fièvre modérée ou même un état apyrétique n'autorise pas à porter un pronostic favorable.
Quand un malade, présentant les signes d'un catarrhe gastrointestinal, a toujours été bien soigné et n'a pas été exposé à des influences nocives, une mensuration même isolée indiquant une certaine élévation thermique, doit éveiller l'attention et faire tout d'abord penser à la fièvre typhoïde ou à une inflammation latente. Mais, en pareil cas, il faut à plusieurs reprises avoir constaté des températures élevées pour pouvoir affirmer la présence d'une maladie grave.
La fièvre intermittente sera mise en doute, lorsque, vers la fin du frisson ou au commencement du stade de chaleur, la température ne monte pas à 41° ou au-dessus. Mais si elle dépasse 41°, 8 le diagnostic de fièvre intermittente sera encore plus improbable. — Il sera également douteux si la température n'est pas normale dans la période d'apyrexie.
Quand les accès ont cessé et qu'il n'y a pas d'autre phénomène morbide, si la température reste encore fébrile, c'est une preuve que la fièvre intermittente n'a pas complètement disparu.
19* Dans la période de défervescence, les mensurations isolées ne fournissent pas de résultat certain; cependant, une basse température se montrant dans les heures vespérales est le signe de la décroissance de la fièvre. Dans la période de déclin et dans celle qui lui succède, la température franchit très-souvent les limites
normales, surtout après des maladies graves et chez des individus de faible constitution ; souvent même elle tombe à un si bas degré qu'elle peut inspirer des inquiétudes. Parfois, ces collapsus se combinent avec d'autres phénomènes plus ou moins graves ; dans d'autres cas, on ne peut les reconnaître que d'après l'état de la température. — Plus un tel collapsus est voisin de la période de défervescence, moins il présente de dangers, car on peut le regarder alors comme un véritable collapsus de déclin.
20. Après le déclin de la maladie et pendant la convalescence, la température est, en général, normale; néanmoins, on peut y rencontrer passagèrement des températures de collapsus et, le cas échéant, celles-ci ont une signification d'autant plus grave qu'elles surviennent à une époque plus éloignée de la défervescence, et l'on doit, en pareille occurrence, se demander si le collapsus n'a pas été déterminé par une hémorrhagie interne ou par une perforation intestinale.
De simples températures sous-normales se produisent aussi chez les convalescents, sans avoir en elles-mêmes une signification positivement défavorable ; mais elles indiquent que la convalescence est loin d'être définitive et permettent de supposer que la nutrition n'a pas repris son équilibre.
La température des convalescents est du reste très-mobile et accessible aux influences les plus légères ; on peut donc, dans cette période, surprendre la température à un degré d'élévation plus ou moins considérable.
De semblables fluctuations thermiques sont en général l'indice d'une convalescence imparfaite ou troublée.
Les températures fébriles que l'on constate dans cette période, peuvent tenir à plusieurs causes secondaires, telles que :
1° A un écart relatif de régime, notamment à l'ingestion prématurée de viande ou de boissons alcooliques , ou bien à une trop grande réplétion de l'estomac ;
2° A un effort musculaire dépassant les forces du malade ; chez beaucoup de convalescents, en effet, la température s'élève rapidement aussitôt qu'ils quittent le lit, ou bien s'ils se lèvent trop tôt ou s'ils restent trop longtemps levés ;
5° A la constipation ;
DE LA MENSURATION ISOLÉE, SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE. 225 ■ 4° Certaines autres influences plus ou moins insignifiantes qui peuvent agir sur les convalescents.
Mais les modifications thermiques qui se montrent dans la convalescence peuvent être produites par des troubles importants qui, peut-être, ne sont pas encore accessibles au diagnostic et ne se trahissent que par la température elle-même (comme, par exemple, une guérison incomplète du processus morbide, une réversion delà maladie, des affections chroniques latentes, ou bien une maladie nouvelle) ; mais la mensuration isolée n'a aucune valeur décisive en pareil cas et n'est qu'un simple avertissement à réitérer l'examen thermométrique et à apporter une plus grande attention à tous les autres phénomènes pathologiques.
21. Quand une maladie fébrile aiguë semble prendre une tournure grave, une seule mensuration suffit quelquefois pour décider si c'est l'issue fatale qui se prépare. On peut admettre que le malade est en danger de mort dans les conditions suivantes : quand la température devient hyperpyrétique, quand elle est modérément fébrile ou quand elle redescend jusqu'à l'état normal et même au-dessous de la normale, tandis que les autres phénomènes accusent une intensité extrême.
22. Dans les maladies en elles-mêmes apyrétiques, l'unique constatation d'une température élevée présente toujours une certaine gravité. Par exemple :
Dans les affections du système nerveux (épilepsie, chorée, hystérie, tétanos, névralgie, apoplexie). Dans ce cas, l'élévation thermique peut résulter d'un trouble fébrile intercurrent ou bien être le signe avant-coureur d'une mort prochaine.
Dans l'ictère, où toute température fébrile est extrêmement suspecte.
Dans les maladies accompagnées de vomissements, de diarrhée et, en général, de collapsus. — Ici la température fébrile du tronc est le prélude de la réaction.
Du reste, l'élévation thermique qui apparaît dans des maladies antérieurement apyrétiques peut aussi indiquer une exacerbation ou une complication.
D'un autre côté, les températures de collapsus, dans ces maladies,
quand elles descendent trop bas, peuvent aussi devenir extrêmement graves.
25. Dans les maladies chroniques, accompagnées de fièvre, une mensuration isolée est naturellement d'un bien faible secours pour le diagnostic. — On doit procéder à une observation suivie aussitôt que la mensuration isolée n'est plus conforme aux conclusions que l'on était autorisé jusque-là à tirer de la marche de la maladie.
Une température de collapsus est un symptôme plus grave dans les maladies chroniques quedanslescas aigus, à moins quede semblables abaissements thermiques ne soient conformes à la nature de l'affection.