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III. TYPSIUS RÉCURRENT

(Fièvre à rechutes, fièvre récurrente.)

1 . La fièvre récurrente se présente sous deux formes principales : comme fièvre récurrente simple (le relapsing fever des Anglais) ou comme fièvre typhoïde bilieuse, introduite d'abord dans la pathologie par Griesinger.

La marche fébrile dans la fièvre récurrente simple est essentiellement typique et se distingue par cette particularité toute spéciale que deux, parfois trois, rarement quatre accès fébriles polyhémères caractérisés par une élévation thermique excessive sont interrompus par une apyrexie qui dure aussi plusieurs jours, de sorte que cette maladie apparaît plus que toutes les autres comme le modèle du type fébrile récurrent.

On peut également trouver dans la forme bilieuse typhoïde qui, il est vrai, est beaucoup plus rare et moins exactement étudiée, dans son évolution fébrile, une marche typique qui ressemblée la précédente. Mais aussi bien dans les cas mortels que dans ceux dont l'issue est heureuse, le deuxième paroxysme fébrile manque souvent ; en outre, l'interruption apyrétique propre à la première variété cesse d'exister ici, et le caractère particulier du type se trouve effacé.

2. D'ordinaire, la maladie débute par des frissons avec élévation rapide de la température. Cette dernière dépasse généralement au deuxième jour le chiffre de 40° et même de 41°. La marche ultérieure de la première période fébrile est d'abord essentiellement continue, cependant avec quelques exacerbations qui oscillent entre 41° et 42° et peuvent se présenter à toute heure de la journée. Il n'est pas rare de trouver même deux paroxysmes thermiques dans un seul jour. Des rémissions réelles, c'est-à-dire des abaissements de la température allant jusqu'à 59°, 8 ne se présentent pas pendant la partie principale de cet accès fébrile qui dure, en général, cinq ou sept jours, plus rarement trois ou quatre, et même de huit à treize jours. Ce n'est que le dernier ou les deux derniers jours, quand la durée de la marche fébrile est plus longue aussi dans les trois et quatre derniers jours de la crise que se produit une certaine tendance vers la décroissance ; cette tendance se manifeste, tantôt par un abaissement continu et assez notable de la température, tantôt par de fortes rémissions, suivies d' exacerbations moindres. C'est surtout le jour avant la crise que l'on voit une rémission très- forte allant jusqu'à environ 58°; mais, ensuite, la température remonte plus ou moins ; le plus souvent, elle n'atteint pas le sommet de l'exacerbation de la journée précédente, mais parfois aussi elle la dépasse.

L'élévation thermique qui précède immédiatement la crise flotte d'ordinaire entre 59°, 8 et 40°, 5; elle est, par conséquent, essentiellement plus basse que les maxima. Ce n'est qu'exceptionnellement que la température monte immédiatement avant la défervescence, et sous forme d'une perturbation critique jusqu'à la hauteur du maximum précédent.

La chute thermique se fait très-vite avec ou sans le concours de la transpiration, de sorte qu'en moins de douze heures et d'un seul trait, la chaleur propre baisse de 4° à 6° (rarement de moins de 5°) et atteint d'ordinaire des degrés sous-normaux.

D'après Zorn, la fièvre n'est pas aussi élevée, quoiqu'elle soit beaucoup plus intense dans la forme bilieuse que dans la forme simple. La colonne mercurielle monte rarement au-dessus de 41° et oscille, le plus souvent, entre 59° et 40°, 5 ; souvent même les parties périphériques sont fraîches au toucher, ce qui, précisément, est l'indice d'un danger imminent. Dans la forme bilieuse, on rencontre aussi, dès le premier accès, beaucoup de cas mortels. Dans la typhoïde bilieuse aussi, un tel abaissement rapide paraît pouvoir terminer la fièvre; parfois, elle disparaît après un nouveau frisson suivi de sueurs profuses. Mais ce n'est pas le cas habituel. La marche fébrile peut prendre aussitôt une tournure fatale, ou bien passer lentement à la défervescence. Hermann fait observer que, dans les cas où la sueur n'est pas sécrétée et où la crise est remplacée par une lysis interrompue par de nouvelles exacerbations, il faut redouter des lésions profondes ou des complications accidentelles.

5. A la défervescence succède la période apvrétique, qui dure le plus souvent une demi-semaine ou une semaine et demie, rarement un ou trois jours seulement, et parfois deux semaines, deux semaines et demie. Mais cette période ne présente qu'exceptionnellement une phase dans laquelle la température reste normale et uniforme avec les fluctuations quotidiennes physiologiques ou de la convalescence. Le cycle thermique est, au contraire, ordinairement interrompu par des élévations plus ou moins considérables.

Dès que la température a atteint, à la fin de la défervescence, le point le plus bas, elle remonte, dans beaucoup de cas, plus ou

moins rapidement et passe non-seulement des degrés sous-normaux aux degrés normaux, mais très-habituellement jusqu'au niveau thermique sous-fébrile ou même fébrile (58°, 5). Cette nouvelle ascension est généralement éphémère : déjà, après quelques heures, une demi-journée, un jour entier, la température revient à l'état normal. Parfois, dans la journée suivante, se montre une deuxième ascension, à la vérité plus faible, et ces fluctuations peuvent durer de trois à cinq jours, tandis que, dans d'autres cas, ces ascensions font complètement défaut, ou se meuvent seulement dans les limites physiologiques, ou bien la température reste encore pendant plusieurs jours au-dessous de l'état normal.

Quel que soit l'état de la température dans les premiers jours de la période intercalaire, dite apyrétique, il se présente presque toujours au milieu de cette période une ascension thermique acméenne de courte durée, qui n'arrive parfois qu'à un degré, mais qui peut atteindre 2° et 5°. Puis l'apyrexie revient très-vite et souvent elle n'est complète qu'après cette ascension épisodique ; d'autres fois, cependant, la température est plus normale avant qu'après cette ascension. En général, cette courte ascension divise l'apyrexie en deux moitiés à peu près égales, mais dont chacune présente un caractère un peu différent.

On dit cependant que la période apyrétique n'est pas tout à fait sans danger, et que la mort peut survenir accidentellement dans la simple fièvre récurrente, et qu'elle n'est pas rare dans la typhoïde bilieuse.

4. Le deuxième accès de la maladie se rencontre plus souvent dans la forme simple que dans la forme bilieuse : dans la première, presque toujours dans les cas favorables ; dans la seconde, d'après Zorn, environ seulement dans la moitié des cas.

Le début du deuxième accès arrive plus ou moins promptement, précédé parfois par une légère ascension. Puis, l'élévation se continue avec rapidité, et la température parvient à une première cime d'exacerbation, tantôt en quelques heures déjà, tantôt seulement après vingt-quatre heures. Cette cime est d'ordinaire de 40° à 41°; elle reste, cependant, presque toujours au-dessous du maximum de la seconde période fébrile.

La durée de cette seconde période est d'ordinaire de trois à

quatre jours. La marche thermique dans cette période suit, le plus souvent, un trajet ascendant avec des rémissions plus ou moins profondes ; parfois, c'est une température continue ascendante, plus rarement une vraie intermittente avec type tertiaire ou autre, avec deux ou quatre accès ; rarement aussi, la marche thermique présente une seule élévation acméenne de courte durée.

Les cimes deviennent d'ordinaire progressivement plus hautes; le plus souvent, il n'y en a qu'une par jour, quelquefois deux ; la dernière de ces cimes représente habituellement les maxima de la seconde période fébrile, qui est habituellement un peu plus considérable que celle de la première. Elle est rarement au-dessous de 41° ; le plus souvent, elle varie entre 41%4 et 41°; souvent même elle s'élève plus haut (dans deux de mes observations, elle montait jusqu'à 42°, 2) ; elle peut donc atteindre, en général, la température la plus élevée que l'on rencontre dans toute maladie dont la terminaison n'est pas mortelle.

Les abaissements intercurrents sont parfois insignifiants ; dans la plupart des cas cependant, une ou plusieurs (le plus souvent, la première ou la dernière) sont considérables, de sorte que, pour quelques heures, la température peut tomber de 2°, 5° et plus. Mais, aussitôt après elle remonte et dépasse promptement le point d'élévation d'où elle était antérieurement retombée. Ce n'est que dans la forme intermittente que les basses températures incidentes se maintiennent pendant plus longtemps, tandis que les paroxysmes montent plus haut que dans la fièvre intermittente paludéenne ordinaire. La dernière cime qui, en même temps, est la plus élevée est assez souvent atteinte dans les premières heures de la matinée. Aussitôt après commence la défervescence avec ou sans transpiration caractérisée par une chute subite et ininterrompue de la température, c'est-à-dire de 4° à 7°, dans le cours d'une demijournée, rarement de moins de 5° |, et souvent, allant à des degrés sous-normaux qui sont atteints sans qu'il y ait de collapsus. Vers la fin de cet abaissement se présentent encore de petites fluctuations isolées.

Avec cette seconde défervescence qui présente une chute thermique, comme il ne s'en produit dans aucune autre affection, cette maladie est habituellement achevée. Çà et là se présentent encore quelques fluctuations insignifiantes allant jusqu'au-dessous de

l'état normal ; mais, le plus souvent, la convalescence est définitive. Parfois, une terminaison funeste peut encore se produire après la défervescence.

Après une seconde et courte apyrexie, se manifeste parfois un troisième accès qui peut même être suivi d'un quatrième. Mais ces accès ultérieurs font le plus souvent défaut ; ils sont déjà trèsrares dans la fièvre récurrente simple et plus rares encore dans la forme bilieuse. S'ils se présentent, ils revêtent les mêmes caractères que les deux premiers. Ils sont cependant, le plus souvent, moins violents que ceux-ci, la température y est moins élevée; néanmoins, ils peuvent avoir une terminaison funeste. Dans les cas heureux, le troisième accès dure deux ou quatre jours, rarement plus longtemps ; la défervescence est rapide. Mais la chute est moins profonde à cause de la moindre élévation fébrile : elle n'est que de 1°,6 à 5° environ.

5. La mort peut survenir dans des conditions diverses : tantôt dans un accès fébrile des plus intenses, tantôt dans le collapsus le plus complet ou bien avec un cortège de phénomènes variés. Nous manquons encore à cet égard de données thermométriques. Dans le seul cas mortel que j'ai observé, j'ai remarqué une période amphibole de la durée d'une semaine avec une élévation ultime allant jusqu'à 41°, 4.

Consultez : Hermann, De la fièvre dans le typhus récurrent (Petersburger Zeitschrift, t. VIII, p. 14).

Zorn(J&id.,t. IX, p. 16).

Wunderlich (Arch. fur Hellkunde, 1869, t. X, p. 514).

Wyss et Bock (Studien ùber febris recurrens, 1869), etc. — Voyez les tracés de la fièvre récurrente, tableau IV.

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