‹ De la temperature dans les maladies :Chapitre 18 sur 57 · V. ROUGEOLE · texte numérisé non relu

V. ROUGEOLE

1. La rougeole présente une fièvre assez rigoureusement typique, précédant l'exanthème, et l'accompagnant jusque dans son plus complet développement.

Mais, comme cette maladie est sujette à des irrégularités extrêmement nombreuses, qui sont surtout marquées dans certaines

épidémies, on doit s'attendre à ce que la marche thermique présente elle-même beaucoup d'écarts.

Comme, en outre, la rougeole constitue de préférence une maladie de l'enfance, et qu'à cet âge, la température est plus facilement accessible aux influences accidentelles qu'à toute autre période de la vie, on conçoit aisément que, souvent, ,on rencontre des cas présentant une aberration plus ou moins accusée du type thermique qui se montre après l'action régulière du contage morbilleux sur des individus auparavant bien portants et dispos, ni trop irritables, ni trop sensibles.

Le début de la fièvre morbilleuse offre déjà bien des côtés caractéristiques, de même que l'élévation maxima qui s'y produit. Mais c'est surtout le mode et le temps de la décroissance fébrile qui offrent des caractères particuliers dans cette maladie et qui la distinguent très-nettement des autres formes morbides aiguës exantbématiques.

Même dans les formes irrégulières, on peut encore le plus souvent reconnaître ce type de défcrvescence avec des traits plus ou moins marqués, et, d'un autre côté, l'accord incomplet de la décroissance thermique avec le type, l'irrégularité de la défcrvescence, dans les cas isolés, constituent un point important pour le pronostic, et dénotent la présence d'une anomalie.

2. Avant la période fébrile propre, pendant le stade d'incubation, c'est-à-dire dans un temps où les manifestations morbides ne sont pas ordinairement accessibles à nos moyens d'investigation, quoique l'infection se soit déjà produite, dans ce stade se présente, selon Thomas, une courte fièvre analogue à la fièvre éphémère ou synoque, dans laquelle le maximum thermique oscille entre 58°, 8 et 59°, 8, suivie d'une apyrexie complète de plusieurs jours.

Des élévations moindres (allant tout au plus jusqu'à 58°, 3) se rencontrent encore plus fréquemment à un moment quelconque du stade d'incubation, et elles peuvent même se répéter pendant plusieurs jours consécutifs. Dans l'intervalle de ces élévations éphémères, la température est normale ou même sous-normale.

5. Les phénomènes les plus importants et les plus connexes dé-

butent par une augmentation thermique rapide plus ou moins considérable (fièvre initiale), qui s'achève en douze ou vingt-quatre heures et qui atteint le soir, dans la grande majorité des cas, une élévation de 59°, 1 à 40°; beaucoup plus rarement, on observe, en pareils cas, une température de 58°, 1 à 59° (Thomas). Mais, dans cette première élévation, la température n'atteint que très-exeeptionnellement le maximum de toute la fièvre morbilleuse. Par contre, la hauteur de cette élévation initiale permet de prévoir, avec grande probabilité, celle du maxima thermique qui se présente plus tard, puisque celle-ci dépasse d'habitude en moyenne de 0°,8 à 1° l'élévation de l'accroissement initial, et il ne se présente de grand excédant que quand la hauteur de cette dernière est trèsconsidérable.

L'élévation thermique initiale est presque toujours suivie d'une rémission dès le lendemain soir, de sorte que, dans la matinée, on ne trouve plus qu'une température normale accrue de quelques dixièmes, allant rarement au-dessus de 58°, et cela presque seulement dans les cas très-graves ou anormaux. Tantôt cet abaissement thermique ne se maintient que pendant quelques heures, tantôt pendant une journée entière (pendant la soirée et le lendemain matin).

La fièvre initiale présente une augmentation et une diminution si rapides qu'on pourrait la prendre pour un accès de fièvre intermittente, si la température ne restait pas un peu trop basse pour un cas semblable. En revanche, la confusion avec une fièvre éphémère est très-possible, et si la température normale suivante ne se maintient pas un peu plus longtemps, on sera tenté d'admettre que la maladie est déjà terminée. Mais, la persistance des autres symptômes (notamment des phénomènes du côté des yeux et des organes respiratoires) fera reconnaître, dans la plupart des cas, que la maladie est encore en voie d'évolution.

4. La fièvre d'éruption commence par une nouvelle ascension qui, jusqu'au complet développement de l'exanthème, ne présente aucun retour vers la température normale, ou bien offre des rémissions de très-courte durée.

Dans la plupart des cas, cette fièvre morbilleuse se décompose en deux parties : un stade modérément fébrile et le fastigium.

5ô0 DR LA. TEMPÉRATURE DANS LES DIFFÉRENTES MALADIES.

1° Le stade modérément fébrile dure, d'ordinaire, de trente-six à quarante-huit heures, rarement moins, et se compose d'une ou deux exacerbations légères (58° à 59°) qui n'atteignent habituellement pas l'élévation de la fièvre initiale. Dans le cas où il y a deux exacerbations, la deuxième est plus importante que la première, et la rémission matinale qui les sépare descend ordinairement moins qu'après la fièvre initiale ; mais ici la température normale est encore une fois atteinte.

2° La période de fastigium est caractérisée par une élévation thermique considérable et persistante; et, déplus, la température normale ou modérée des jours précédents est définitivement franchie (Thomas). Cette période commence tantôt le matin, tantôt le soir. Dans le premier de ces deux cas, la température monte encore davantage dans la soirée, puis apparaît le lendemain une petite rémission, ou même il n'y a pas de changement; l'élévation maxima est atteinte dans la deuxième soirée. Si l'élévation du fasligium commence le soir, la rémission du lendemain matin est toujours très-peu considérable, ou n'existe même pas.

On peut cependant rencontrer des rémissions considérables dans le fastigium, mais cela arrive très-rarement.

La température maxima du fastigium, et par conséquent de toute la maladie, correspond dans les cas normaux au moment où l'exanthème arrive à l'apogée de son développement et de son extension. Mais ce fait est soumis à bien des exceptions; en ce sens que déjà peu après la première éruption de l'exanthème, c'est-àdire entre son début et son développement extrême, la température atteint son maximum et qu'au moment de la complète extension de l'exanthème, elle est déjà un peu retombée. Mais, presque toujours, le maximum thermique est plus près de l'apogée de l'exanthème que du commencement de l'éruption. Si le maximum thermique est franchi pendant que l'exanthème va encore en augmentant, la décroissance de la température est toujours, jusqu'au moment du plus complet développement de l'éruption, très-peu considérable. En outre, il n'est pas improbable que des complications puissent contribuer à hâter l'arrivée de l'acmé thermique.

Le maximum de la température tombe d'ordinaire dans les heures vespérales ; s'il se montre au contraire dans la matinée,

l'abaissement du soir est très-faible, et il semble arbitraire de le mettre déjà sur le compte de la défervescence.

La durée entière du fastigium est de un jour et demi à deux jours et demi, et la fièvre d'éruption, au total, par conséquent, de trois à quatre jours et demi. Des complications peuvent cependant en prolonger le cours .

5. La défervescence positive commence d'ordinaire dans la nuit et suit, le plus souvent, une marche rapide dans les cas réguliers ; tantôt la température atteint, dès le lendemain matin, l'état normal et le dépasse même ; tantôt l'abaissement est moins complet dans la nuit, se continue faiblement dans le courant de la journée, remonte encore le soir et n'arrive à la norme que le lendemain matin. Dans les cas réguliers et simples, le taux physiologique est atteint au moins le surlendemain et se maintient à partir de cette date. Tout au plus si, une ou deux fois encore, il se produit une petite élévation vespérale à des degrés sous-fébriles.

La marche de la défervescence peut être retardée par une bronchite intense ou par des complications. De même, la marche de la défervescence peut être anormale dans les cas où la rougeole a, dès le début, suivi un cours irrégulier. Il ne faut pas négliger non plus celte circonstance que, chez les petits enfants, des dérangements insignifiants peuvent déterminer une ascension thermique.

Parfois, la recrudescence de la fièvre est produite par une poussée exanthématique nouvelle. Dans ces conditions, la température peut s'approcher du maximum primitif; cependant, cette ascension n'est que de très-courte durée, s'il ne s'y ajoute aucune complication nouvelle.

6. Les complications qui surviennent dans la rougeole' peuvent amener des modifications dans le cycle thermique, mais, dans ces cas, celui-ci n'est plus déterminé par la rougeole elle-même, mais bien par la nature de l'affection intercurrente. Ce n'est guère que si la complication précède, l'exanthème qu'il se développe, habituellement pendant l'éruption et immédiatement après, une seconde ascension thermique, sans doute amenée par l'exanthème.

La terminaison fatale dans la rougeole dépendant sans doute tou-

jours de complications, la température, elle aussi, dépend, en pareils cas, de la nature de la complication.

Consultez, au sujet du type fébrile dans la rougeole, mon travail : Sur le cours normal de la température dans quelques formes morbides typiques :

Wunderlich (1858. Archiv fur Physiologie der Heilkunde, Bd. Il, p 14).

Siegel, Observations sur la rougeole (Archiv der Heilkunde, t. II, p. 521).

Ziemssen etl(rabler(1863. Greisfwalder Beitràge, 1. 1).

Wunderlich, Réflexions personnelles (1865. Archiv der Heilkunde, t. IV, p. 551).

Pfeilsticker (Beitr.zur Pathologie der Maseru, 1863).

Monti (Jahrb. fur Kinderheilk., t. VII, p. c21).

Thomas (1867. Archiv der Heilkunde, t. VIII, p. 585).

Pour les courbes thermiques de la rougeole, voyez le tableau V.

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