VIII. ÉRYS1PELE
\ . L'érysipèle de la face est une forme morbide, de préférence polytypique ; dans beaucoup de cas, cependant, elle est atypique.
Cela tient peut-être à ce que les mêmes modifications anatomiques peuvent être produites par des causes très-différentes et présenter diverses significations.
Les érysipèles provenant d'une cause purement locale, soit de l'irritation de parties blessées, l'érysipèle ayant son origine dans une disposition locale, l'érysipèle qui accompagne les troubles gastriques et abdominaux, l'érysipèle ambulant et à marche lente, celui qui ressemble aux exanthèmes aigus et qui est le plus souvent primitif, l'érysipèle déterminé par une infection pyémique, l'érysipèle morveux, l'érysipèle terminal ultime qui se développe chez les individus gravement malades ou plongés dans le marasme et qui ne précède la mort que d'un ou de plusieurs jours. — Toutes ces variétés appartiennent en grande partie indubitablement à des maladies essentiellement différentes et qui n'ont presque rien de commun en dehors de la dermatite circonscrite et du nom même de la maladie. On conçoit, d'après cela, que la participation de l'organisme, et, par conséquent, la marche thermique, doivent être extrêmement variables.
Mais, jusqu'ici, il n'a pas été possible de rattacher avec précision et sûreté les formes de la marche fébrile, à des espèces et à des conditions causales déterminées.
Les érysipèles qui se produisent sur d'autres parties du corps présentent des divergences semblables ; mais, dans ces dernières formes, la marche entièrement atypique est plutôt la règle que l'exception.
2. Dans la grande majorité des cas, la maladie commence, abstraction faite des cas apyrétiques et de ceux à marche atypique,
par une élévation thermique intense et à développement rapide, souvent compliquée de frissons intenses.
Autant qu'on en peut juger d'après le nombre relativement peu considérable des cas où l'observation peut être prise dès le début, la température monte en quelques heures à 40° et même au-dessus.
Le plus souvent, on aperçoit l'inflammation cutanée de la face dès le lendemain, bien qu'elle ne soit pas encore très-développée à ce moment et qu'elle puisse parfois être confondue avec une simple rougeur fébrile.
11 est beaucoup plus rare que la température suive une progression plus lente, et que les degrés fébriles très-considérables ne soient atteints que le deuxième ou le troisième jour.
5. C'est dans le fastigium que se présentent le plus de divergences.
Dans des cas assez rares, ce fastigium ne consiste qu'en une seule acmé de très-courte durée.
Le plus souvent, l'élévation de la température se maintient d'une façon continue ou discontinue et même croissante avec des abaissements matinaux insignifiants, jusqu'au moment où l'inflammation se développe et s'étend uniformément. D'ordinaire, la température présente alors, dans les heures vespérales, plus de 40°, mais elle peut aussi atteindre 41° à 41°, 5 et même (mais le fait est plus rare) 42°, tandis que les rémissions matinales descendent peu au-dessous de 40° et vont rarement jusqu'à 59°.
Cependant, on rencontre çà et là des cas où le fastigium affecte une marche plutôt rémittente et même intermittente, le plus souvent avec des exacerbations très-intenses.
Le maximum n'est ordinairement pas atteint à la terminaison de cette période fébrile; mais déjà un ou deux jours avant; alors il se produit un petit ralentissement correspondant à la moindre intensité de l'inflammation, mais qui, cependant, est remplacé parfois avant que la défervescence se produise, par une seconde perturbation critique. Parfois, on rencontre tout près de la terminaison (du fastigium) une fausse crise dans laquelle la température descend jusqu'à l'état normal ou à peu près ; puis il survient une dernière élévation de courte durée, montant jusqu'à 40° et même au-dessus.
4. Le fastigium est suivi de la défervescence qui, souvent, fait de si rapides progrès que, dans le cours de douze heures ou dans l'espace d'une nuit, la température descend jusqu'à l'état normal ou à peu près. D'autres fois, notamment quand la température précédente a été très-élevée, l'état thermique normal n'est pas atteint dans les premières douze heures de la défervescence ; la température remonte encore une fois dans la soirée et n'arrive à son élévation normale que dans la nuit suivante.
Dans certains cas, la défervescence ne suit pas une marche aussi rapide, et se présente sous une forme plutôt rémittente ; cependant, son évolution est plus prompte que celle du typhus abdominal. C'est ce qui arrive dans les cas où les fluctuations quotidiennes ont déjà été plus considérables pendant le fastigium et où l'inflammation cutanée fait encore quelques progrès dans la période de défervescence. L'abaissement rémittent se termine parfois, dans ce cas, par une dernière chute plus rapide que les autres; après quoi la défervescence arrive à son terme.
Lorsque l'éruption cutanée s'éteint en même temps que la fièvre, l'état apyrétique se maintient et la convalescence vient s'y joindre sans trouble ultérieur.
5. Les cas où le premier et fort abaissement de la température conduit à la défervescence définitive ou dans lesquels l'état apyrétique se maintient, sont, il est vrai, très-fréquents en général. Cependant, il n'est pas rare de voir se produire, après une courte interruption (un à six jours), une ascension nouvelle et considérable que la température normale ait été atteinte auparavant ou non. Cette ascension est accompagnée d'une nouvelle extension de l'inflammation cutanée ou lui sert de prélude. Il peut se faire que de pareilles rechutes de la fièvre arrivent à plusieurs reprises; cependant, le plus souvent, elles n'atteignent pas la durée du premier fastigium et disparaissent au bout d'un à deux jours. Plus l'érysipèle contracte la forme ambulante, plus ces reprises peuvent se multiplier. La fièvre ne disparaît qu'au moment où l'érysipèle s'arrête, et celui-ci ne cesse que quand il ne se produit plus de nouvelle ascension thermique. Cependant, on remarque que, quand l'affection et ses périgrinations durent plus que le temps ordinaire, les élévations thermiques baissent gra-
duellement et que, souvent, elles se transforment en ascension vespérales quotidiennes et modiques.
6. En cas d'issue léthale, la mort semble se produire, le plus souvent, à une température très-élevée ; du moins, il en était ainsi dans les cas observés par moi (ainsi que dans ceux observés par Eulenburg).
Consultez mes publications antérieures sur la marche régulière des maladies typiques (Ueber der normal Verlauf typischer Krankeiten, p. 15).
Blass, Observations d'érysipèle (Beobachtungen der Erysipelas. Leipzig, thèse, 1863).
Eulenburg, Sur les modifications ante et post mortem de la température dans Uérysipèle (Ueber prœmortale und postmortale der Eigenivànne bei Erysipelas. Mémoire original dans le Centralblatt, 1866, p. 65).
Ponfick [Deutsche Klinik, 1867, p. 20-26).
Voyez les tracés thermiques de l'érysipèle, planche V.