‹ De la temperature dans les maladies :Chapitre 30 sur 57 · XVII. MÉNINGITE · texte numérisé non relu

XVII. MÉNINGITE

1. Il y a beaucoup de cas de méningite qui évoluent sans aucune espèce de fièvre ou bien ne présentent que des élévations thermiques irrégulières et sans caractères particuliers ; ce sont les inflammations chroniques et partielles des méninges. — Les inflammations aiguës étendues des méninges n'affectent pas non plus d'allure thermique constante ; cependant, on peut y établir certaines règles qui ne sont nullement précises et applicables sans exceptions, mais qui s'adaptent pourtant à la grande majorité des cas.

Au point de vue du cycle thermique, on distingue principalement trois espèces de méningite :

a. L'inflammation aiguë sporadique de la pie-mère qui revêt la face convexe des hémisphères.

b. La forme granuleuse (tuberculeuse) qui a son siège principalement à la base dans les scissures de Sylvius et sur le cervelet.

c. La forme épidémique qui attaque pour la plupart simultanément la convexité et la base, et s'étend aussi à la moelle épinière (méningite cérébro-spinale épidémique).

Ces formes différentes, au point de vue étiologique etséméiologique, présentent aussi des divergences dans leurs caractères thermiques.

2. Dans la méningite aiguë de la convexité, la fièvre débute, tantôt d'une façon rapide, tantôt plus ou moins lentement suivant la cause déterminante de la maladie.

Autant que je puis en juger d'après le petit nombre de cas que j'ai à ma disposition, l'ascension thermique devient bientôt trèsconsidérable, se maintient à une grande hauteur (au-dessus de 40°) d'une façon continue et monte encore davantage pendant l'agonie, de sorte que la mort survient habituellement à une tem-

pérature hyperpyrétique. La durée totale de la maladie ne dépasse pas quelques jours.

5. Dans la méningite basilaire granuleuse, le commencement de l'ascension thermique se dérobe d'ordinaire à l'observation, soit qu'on n'ait pas pratiqué de mensuration dans les premiers jours du début insidieux de la maladie, soit que les lésions antérieures (tuberculose des glandes, des poumons, etc.) aient déterminé déjà une élévation thermique.

Dans le cours de la maladie, la température se maintient tantôt seulement un peu au-dessus de l'état normal, tantôt à une élévation fébrile modérée avec un type d'ordinaire rémittent. Mais elle atteint aussi assez souvent les degrés fébriles d'une fièvre typhoïde, d'autres fois, elle présente quelques forts abaissements et d'autres irrégularités, parfois aussi des intervalles apyrétiques de quelques jours.

Quand l'issue léthalo approche, après une durée plus ou moins longue de la maladie, la température ne monte qu'exceptionnellement si elle a été auparavant fébrile ; le plus souvent, au contraire, elle tombe ; bien qu'elle ne descende pas à l'état normal, elle diminue cependant de plusieurs degrés, tandis que le pouls s'accélère en même temps.

Dans l'agonie, cet abaissement continue ou bien il se présente encore avant la mort une dernière ascension plus ou moins considérable; le pouls, au contraire, augmente rapidement de fréquence jusque presqu'au moment où les contractions du cœur cessent.

4. La MÉNINGITE ÉPIDÉMIQUE CÉRÉBRO-SPINALE est, Oïl le Sait, Ulie

forme morbide qui, malgré son essentialité, peut présenter un ensemble très-différent de symptômes.

Les conditions thermiques sont aussi très-diverses. Mais, comme c'est seulement à l'occasion des dernières épidémies qui ont régné en Allemagne que l'on a commencé en quelques endroits d'élendre l'observation clinique à la température , les expériences sont encore trop peu nombreuses, pour qu'elles puissent présenter dune façon complète tous les côtés de la question.

D'après les trente et quelques cas de cette maladie que j'ai ob-

serves moi-même, il me semble qu'il y aurait lieu de distinguer trois variétés principales dans le cycle fébrile :

a. Dans quelques cas très-graves et rapidement mortels, la température présente une allure semblable à celle de la méningite de la convexité.

Bien qu'elle ne soit pas toujours très-élevée au début de la maladie, elle atteint cependant la très-peu de temps des degrés extrêmement considérables, auxquels elle se maintient durant plusieurs jours ; à l'approche du moment suprême, elle peut atteindre des élévations extraordinaires (42° et au-dessus ; dans un cas elle était de 45°, 75) et, après la mort même, elle peut s'élever encore de quelques dixièmes ; dans le cas susmentionné, elle était montée trois quarts d'heure après la mort jusqu'à 44°, 16. — Parmi les cas mortels, on en trouve aussi dans lesquels la température très-peu élevée pendant un certain temps montait soudain à des hauteurs considérables à la fin de la maladie.

b. D'un autre côté, des cas relativement légers ne présentent qu'une fièvre de courte durée, bien que parfois avec de considérables élévations (en opposition apparente avec la lenteur du pouls) et avec une marche le plus souvent discontinue. La guérison ne s'effectue pas nettement sous forme de crise, mais avec une défervescence plutôt rémittente, le pouls commence précisément à s'accélérer quand la température est devenue à peu près ou complètement normale. Il arrive qu'après la défervescence, au moment où la guérison semble prochaine, une récidive se produit tout d'un coup avec une élévation rapide et une marche semblable à celle décrite dans le paragraphe précédent.

E: opposition avec ces marches iébriles de courte durée, présentant un caractère léger ou extrêmement grave, on trouve des cas dans lesquels le décours de la température est plus ou moins traînant et dans lesquels la fièvre suit une marche correspondante. L'élévation thermique peut être très-différente et varier d'une façon multiple dans un seul et même cas ; cela doit dépendre principalement des diverses complications qui peuvent affecter les bronches, les poumons, les intestins, les séreuses, etc.

Parfois, la durée et les exacerbations thermiques de la fièvre sont semblables à celles de la fièvre typhoïde, et, jusqu'à un certain

point, le tracé thermique peut présenter une très-grande ressemblance avec celui de la maladie susmentionnée ; mais il n'offre pas la régularité qui caractérise la fièvre typhoïde, et l'on n'y retrouve tout au plus que les traits de la période amphibole du typhus abdominal; on pourrait cependant le comparer encore à la forme irrégulière de cette maladie. On peut y constater des fluctuations d'une grande étendue, des améliorations apparentes, des réascensions subites. Parfois l'état thermique ressemble à celui d'un phthisique fébricitant.

La défervescence peut se faire avec rapidité, mais, d'ordinaire, elle suit une marche lente. Quand l'issue est mortelle, il se produit des élévations ou des diminutions thermiques suivant la variété du cas et selon la cause qui a directement produit la mort.

J'ai relaté en détails (Archiv der Heilkunde, t. VI, p. 271) un cas très-intéressant dans lequel le diagnostic restait indécis entre une fièvre typhoïde et une méningite cérébro-spinale, tant au point de vue de l'état thermique qu'eu égard aux autres phénomènes morbides.

Consultez mes deux mémoires (1864, Archiv der Heilkunde, t. V, p. 417 et 1865 ibid., t. VI, p. 268).

Ziemssen et Hess (1865, Deutsches Archiv fur klinische Médian, t. I, p. 72 et 546).

Mannkopf (Ueber Meningitiis cerebrospin. epid. 1866).

Voyez planche VI.

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