XXVIII. AFFECTIONS PALUDÉENNES [Malaria
Sous le rapport thermique, il i.'y a que la forme intermittente de l'infection palustre qui soit assez exactement connue. Les formes rémittentes ne s'observent pas dans nos contrées.
Dans cette forme morbide, il convient de séparer, au point de vue de la marche thermique l'accès isolé de l'évolution générale de la maladie.
1 . L'accès fébrile isolé se caractérise par une élévation rapide (le plus souvent accompagnée de frissons), presqu'à une hauteur hyperpyrétique, et un retour tout aussi rapide à l'état normal ou à peu près.
La température commence déjà à monter avant qu'aucun autre symptôme ne trahisse le début de l'accès.
L'ascension initiale est relativement lente, c'est-à-dire qu'elle peut durer quelques heures sans dépasser 58°, 5 — 59°. Dès que se montre le frisson, qui peut paraître à divers degrés thermiques, l'ascension devient plus rapide et arrive dans l'espace d'une heure environ jusqu'à 41° — 41°, 5, et par exception seulement un peu audessus. Dans cet intervalle, la chaleur peut être devenue mordicante, et dans cet étaL, l'ascension peut encore continuer. Cette ascension continue le plus souvent sans interruptions jusqu'à l'apogée thermique de l'accès; tout au plus si, une ou plusieurs fois, la température reste pendant quelques minutes à une même élévation, et s'il se produit dans le voisinage de la cime une fluctuation insignifiante.
Le maximum thermique est atteint pendant la période de chaleur mordicante, parfois aussi après que des sueurs partielles ont déjà apparu; il ne se maintient que durant quelques minutes.
Dès que les sueurs deviennent générales et profuses, la température recommence à baisser ; dans la première heure, ou même
dans la première demi-heure, cet abaissement se fait avec lenteur et est parfois entrecoupé de fluctuations ; puis la colonne mercurielle descend plus rapidement et sans se relever. Pendant un quart d'heure ou une demi-heure, la température se maintient au même niveau, ensuite elle tombe de ~ ou —, s'arrête de nouveau, retombe, et ainsi de suiLe (en échelons). Après environ quatre heures de cette évolution, et lorsque la température est redescendue à peu près à 40°, l'abaissement devient un peu plus rapide; il faut cependant le plus souvent dix ou douze heures et plus pour que l'état normal soit définitivement atteint.
Dans l'apyrexie qui succède, la température reste parfois un peu au-dessus de l'état normal ; mais quand l'apyrexie dure un peu plus d'une journée, il s'y présente une très-légère exacerbation vespérale qui dépasse à peine la fluctuation quotidienne normale.
Il n'est pas rare de voir se produire, surtout après l'emploi de médicaments antipyrétiques (sulfate de quinine et autres), des accès qui ne présentent pas de symptômes subjectifs, et ne se manifestent uniquement que par l'élévation thermique ; ils ne sont pas précédés de frissons et ne déterminent que peu ou point de transpirations. Dans ces accès, le maximum thermique peut égaler ou approcher celui des accès fébriles complets, mais l'abaissement et la chute se suivent de plus près que dans les paroxysmes accompagnés de frissons.
Déjà ce cycle thermique, pendant les accès isolés et pendant l'apyrexie qui leur succède, est si caractéristique de la fièvre intermittente que le diagnostic est déjà suffisamment établi par ce seul fait. Il existe très-peu de formes morbides où se produise une ascension thermique aussi rapide du niveau normal à une élévation de 41°, 41°, 5, et aussitôt après, un retour tout aussi rapide à la température normale. Il n'y a guère que la fièvre éphémère et quelques rechutes fébriles isolées dans la convalescence du typhus abdominal, les paroxysmes dans la tuberculose aiguë et dans la pyémie, qui présentent une allure semblable, et il suffit presque toujours, pour distinguer la fièvre intermittente de l'une de ces maladies, d'attendre le second accès et de prendre en considération en même temps le moment où celui-ci survient.
En tout cas, déjà le premier accès de cette maladie permet de la distinguer des affections qui pourraient le plus facilement être
confondues avec les symptômes graves de la fièvre intermittente, telles que le typhus, la méningite et le choléra. Dans ces maladies, qui souvent peuvent présenter, sous tous les autres rapports, des symptômes très-analogues à ceux d'une fièvre intermittente extrêmement intense et pernicieuse, la marche de la température est si différente que l'observation thermométrique suffit pour établir le diagnostic.
2. Quant à la succession des paroxysmes dans la forme intermittente, on sait depuis longtemps qu'elle peut se faire suivant des rhythmes divers. L'évolution la plus normale, c'est-à-dire celle qui n'est pas troublée par des influences individuelles (complications, etc.), me paraît être, d'après de nombreuses observalions, la suivante : les paroxysmes se répètent toutes les quarantequatre ou quarante-six heures (tertiana anteponens) .
Assez souvent la thermométrie seule est capable de découvrir que le rhythme quotidien, tierce, quarte, en apparence pur, est doublé, ou que de forts accès alternent avec des accès faibles (dans le rhythme en apparence quotidien), ou bien qu'entre les divers paroxysmes tous leurs symptômes s'interposent des accès fébriles, qui ne se révèlent uniquement que par des élévations thermiques.
De même la guérison complète de la fièvre intermittente ne peut être garantie que par la thermométrie; l'observation thermométrique apprend que souvent la maladie ne se termine pas par un paroxysme complet, mais qu'il peut survenir d'autres accès qui ne consistent qu'en élévations thermiques, parfois très-considérables, et ne se trahissent par aucun autre phénomène, et cependant qui peuvent parfaitement se transformer en accès réels si le traitement est prématurément suspendu.
Consultez, en dehors de Zimmermann et Bœrensprung, surtout Michael (Observations spéciales de la température du corps dans la fièvre intermittente — Specialbeobachtungen der Kôrpertemperatnr im intermittirenden Fieber, 1856; Archiv fur physiol. Heilk., XV, 59.)
Pour les tracés thermiques, voyez planche VII.