‹ De la temperature dans les maladies :Chapitre 40 sur 57 · XXIX. CHOLÉRA · texte numérisé non relu

XXIX. CHOLÉRA

Les mensurations thermiques présentent quelques difficultés spéciales dans le choléra ; il faut surtout apprécier différemment les résultats obtenus, car les températures locales ne marchent pas parallèlement entre elles sur les différents points du corps.

Les mensurations dans l'aisselle ne sont pas sûres à moins qu'elles ne soient faites avec de grandes précautions. La colonne mercurielle monte très-lentement et ne s'arrête qu'après une demi-heure, surtout dans la période algide. Mais ces recherches thermométriques pratiquées dans la période algide ne donnent pas la mesure exacte de la température générale (température du sang) , même quand elles sont faites avec le soin le plus scrupuleux. En revanche, elles sont précieuses au point de vue de la température de la peau, sur l'état de laquelle elles fournissent des renseignements très-précis. Dans le stade de réaction, c'est au contraire la température axillaire qui révèle de la façon la plus nette la température générale du corps.

Le degré de chaleur cutanée, ou plus exactement le degré de refroidissement de la peau, est marqué principalement sur les parties découvertes du corps, notamment aux mains et aux pieds. Mais, dans ces régions, une mensuration rigoureuse est presque impossible, et les résultats obtenus n'ont pas par conséquent beaucoup de valeur.

L'exploration thermoscopique de la cavité buccale ne donne aucun renseignement sur la température générale dans la période algide, mais elle a plus de valeur quand il s'agit d'apprécier la température de l'air expiré; ce dernier point du reste ne présente qu'un médiocre intérêt.

Il n'y a que les explorations dans le rectum et dans le vagin qui seules puissent fournir la vraie mesure de la température générale ; mais les premières sont précisément, dans cette maladie, difficiles, incommodes, dégoûtantes, et facilement dérangées par les évacuations alvines. Les mensurations dans le vagin sont encore meil-

leures, mais on ne saurait les employer chez toutes les femmes, du moins on ne peut pas les répéter assez souvent, et les résultats en sont encore modifiés par la coexistence fréquente d'une vaginite pseudo-membraneuse .

Les résultats thermométriques obtenus sur divers points du corps offrent souvent entre eux un singulier contraste, et c'est précisément ce contraste même qui peut fournir des indications importantes pour le pronostic. Ainsi une grande différence entre la température de l'aisselle et celles du vagin ou du rectum est un symptôme positivement défavorable, et dans le cas de guérison, on observe souvent que la température delà cavité buccale monte, tandis que celle du vagin descend.

Les conditions thermiques du choléra sporadique très-intense ne diffèrent pas essentiellement de celles du choléra épidémique. Les écarts seulement y sont en général plus insignifiants, à moins que l'accès cholériforme ne se complique d'une autre affection, qui détermine de son côté une modification considérable de la température.

2. Déjà même avant l'apparition des autres symptômes, on constate chez les individus antérieurement affectés de fièvre et atteints de choléra un abaissement thermique (Friedleender l'a démontré d'après des observations prises à ma clinique). Cet abaissement provient donc de l'infection, d'ailleurs encore latente ; mais en même temps il prouve que la diminution thermique à la surface du corps n'est nullement la conséquence exclusive des déjections.

Dans la période des évacuations, les températures tant de l'aisselle que du vagin et du rectum sont d'ordinaire normales ou trèspeu élevées (notamment celle du vagin) dans les cas légers qui ne vont pas jusqu'à l'asphyxie.

Mais aussitôt qu'apparaissent les premiers phénomènes d'asphyxie, les températures s'écartent davantage l'une de l'autre; la température vaginale est un peu plu. élevée, la température axillaireen général un peu plus âasse qu'à l'état normal.

Quand c'est la forme algide qui se développe, la température des parties internes est d'ordinaire modérée, et même peu élevée dans les cas de guérison, parfois cependant elle peut être considérable (elle s'élevait jusqu'à 59°, 6 dans un cas observé par Gù-

terbock), et ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle est normale ou diminuée.

Dans les cas où le malade succombe dans le stade d'asphyxie, les températures vaginale et rectale atteignent parfois des éleva tions encore plus considérables (40° et au-dessus — 42°, 4 même dans un cas de Gùterbock) .

Toute ascension considérable, de même que tout abaissement d'une certaine étendue, indique un grand danger, et dans les deux espèces d'écarts, il peut y avoir dyspnée, cyanose, asphyxie et rétention d'urine.

Des évacuations violentes et profuses sont accompagnées d'ordinaire et parfois précédées d'une chute de la température, mais cet abaissement n'est que relatif.

Dès que la température s'élève, alors même que son ascension ne serait que relative, les évacuations cessent, et quand cette élévation s'accroît, le sopor se produit.

Un fort et rapide abaissement, aussi bien qu'une grande et prompte ascension, sont l'indice d'une mort prochaine.

Moins, au contraire, les fluctuations sont considérables, moins elles s'écartent de la température normale, et plus la guérison est probable.

A la surface de la peau, même dans l'aisselle, la température est d'ordinaire diminuée dans le stade algide, parfois même très-notablement, mais elle ne descend pas facilement au-dessous de 35°. La température axillaire présente en général des fluctuations moins accusées que la chaleur des parties internes. C'est un signe particulièrement grave quand la température extérieure du corps persiste à un niveau bas, ou quand elle monte rapidement après une considérable diminution, ou quand elle retombe de nouveau après avoir monté. C'est au contraire, un signe favorable quand la température basse tout d'abord remonte lentement, d'une façon continue, avec d'insignifiantes oscillations, et ne franchit plus ou dépasse à peine le niveau physiologique.

Les diminutions thermiques peuvent devenir encore bien plus considérables sous la langue. Dans le stade asphyxique, la température n'arrive pas facilement au-dessus de 51°, et même dans les cas de guérison elle peut descendre jusqu'à 26°. Si elle tombe encore plus bas, il ne reste plus aucune chance de salut.

Dans le stade jjost-cholérique, la température est, dans les cas favorables, normale ou à peu près. Quand elle a été anomale d'abord, elle revient à la norme dans ce stade.

Des élévations fébriles modérées ne sont, à la vérité, pas encore des indices d'un grand danger, mais elles sont toujours suspectes et trahissent quelque complication.

Les fortes élévations thermiques sont produites notamment par la parotidite et Pérysipèle, parfois aussi par la pneumonie, mais le fait est plus rare; cette dernière affection ne présente qu'exceptionnellement une marche typique. Les exanthèmes ne produisent pas invariablement d'ascension thermique.

Mais une élévation normale ou approximativement normale de la température dans le stade posl-cholérique n'est pas une suffisante garantie en faveur de la guérison. Lorsque la période de réaction revêt la forme typhoïde, la température est dans beaucoup de cas normale ou peu élevée; ce sont, il est vrai, en général, des cas favorables à évolution bénigne et sans complications locales graves, ils ne sont cependant pas à l'abri de tout danger. La température peut bien aussi s'élever dans la forme typhoïde, même à de très-grandes hauteurs, et revêtir le plus souvent un type rémittent. C'est ce que l'on constate habituellement dans les cas dont la marche est violente, où les désordres locaux sont intenses et qui, s'ils ne tournent pas rapidement vers une issue léthale, donnent droit à supposer une grande lenteur dans l'évolution des phénomènes pathologiques. La néphrite parenchymateuse se produit aussi bien dans les cas ou la température est modérée que dans ceux où l'élévation thermique est plus considérable.

Une des circonstances les plus défavorables, c'est quand, dans le stade post-cholérique, une température auparavant normale ou élevée tombe subitement au-dessous de la normale. Un abaissement subit de la chaleur périphérique est même un des signes les plus graves de cette période.

Après la mort, la température tombe dans beaucoup de cas plus ou moins rapidement ; mais elle peut parfois monter après la mort pendant quelques minutes, quelquefois même pendant une demiheure, et cela se voit aussi bien dans les cas où la température avait été peu élevée auparavant que dans ceux où l'élévation avait déjà été considérable.

4. Depuis longtemps déjà, l'attention a été éveillée sur l'état de la température dans le choléra, et dès la première apparition de l'épidémie cholérique en Europe, des observations thermométriques relatives à ce sujet, ont été publiées par Czermak, Gôppert Lockstàt. Elles étaient cependant bien imparfaites. Les observations faites dans les années 1848-52 (Ross, Mair, Reinhardt et Leubuscher, Roger, Doyère, Briquet et ilignot, Hùbenet, Bârensprung) présentent déjà une plus grande importance. Les faits décisifs n'ont pourtant été constatés que pendant l'épidémie de 18G6. Consultez surtout Charcot (Température rectale dans le choléra. Gaz. méd., 1866, 11), Monti (Jahrb. cl. Kinderheilkunde, 1866, p. 109), et Gùterbock (D<? la température dans le choléra. — Die TemperaturverhâUnisse in der Choiera, 1867; Virchow's Archiv, XXXVIII, 30).

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