XXXI. NÉVROSES
Les névroses simples, qu'elles troublent les fonctions psychiques, sensitives ou motrices, évoluent en général aussi bien à leur début qu'à une période plus ou moins avancée de leur développement, sans aucun écart thermique, ou du moins les modifications de la température qui s'y produisent ne sont que tout à fait insignifiantes.
Il y a cependant des exceptions. Ce sont :
1° Parfois les névroses intermittentes nées sous l'influence du miasme paludéen, dont les accès peuvent être aussi accompagnés d'augmentations thermiques.
2° Les névroses hystériques, dans lesquelles on peut observer, à côté des autres phénomènes, des élévations de la température, qui peuvent atteindre des hauteurs excessives, et, sans aucun motif apparent.
5° Certaines affections, dont la nature est encore loin d'être parfaitement connue, et que l'on peut désigner sous le nom de névroses vaso-motrices ; on y rencontre également parfois des troubles de la température.
4° Dans les névroses psychiques, on n'observe pas, en général, de modifications thermiques considérables, à moins que des maladies intercurrentes ne viennent en produire à leur tour. On constate cependant chez certains aliénés une température permuinente un peu sous-normale ; chez d'autres, des élévations temporaires modérées, en apparence sans motif, qui le plus souvent s'élèvent à peine à une hauteur fébrile. Chez les aliénés plongés dans une inanition profonde et exposés à un violent refroidissement, la température peut aussi tomber à des degrés extrêmement bas. — (Voy., à la page 197, les faits remarquables cités par Lôvenhardt.)
D'un autre côté, Westphal (Griesinger Archiv fur Psychiatrie, I, 557) a rapporté des observations dans lesquelles des élévations
thermiques très-considérables ont pu accidentellement se produire chez des aliénés paralytiques. Il est vrai que c'était au moment des attaques épileptiformes et apoplectiques ; mais Westphal démontre que ces élévations n'ont aucun rapport avec les convulsions ni avec leur degré de violence, qu'elles se produisent aussi quand les mouvements convulsifs sont très-légers, et même quand ils font complètement défaut ; qu'en cutre, les accès épileptiques par eux-mêmes n'élèvent pas sensiblement la température. Westphal ne croit pas non plus que les ascensions thermiques dépendent des affections aiguës des organes respiratoires qui coexistent le plus souvent en pareil cas ; ces affections concomitantes n'existaient pas toutes les fois que se sont manifestées les attaques accomppgnéej. d'élévation thermique.
Il faut naturellement qualifier d'exception seulement apparente les cas de modifications thermiques survenant dans les maladies où l'on ne peut encore reconnaître que la névrose, mais dans lesquelles il existe déjà des processus latents qui produisent ces écarts ; il en sera de même pour les cas dans lesquels se développent, dans le cours d'une névrose, des complications qui ne sont pas encore nettement appréciables, mais influent déjà sur la température.
D'un autre côté, il est un phénomène extrêmement particulier sur lequel j'ai appelé le premier l'attention, et qui depuis a été signalé par plusieurs observateurs (Billroth, Lcyden, Ebmeier, Ferber, Erb, Quincke, Monti) ; voici en quoi il consiste : dans le dernier stade des névroses mortelles, le plus souvent dans le tétanos, mais aussi dans beaucoup d'autres lésions des centres nerveux (du cerveau), la température s'élève brusquement et atteint en très-peu d'instants des hauteurs extraordinaires. Ces élévations sont tellement excessives qu'on ne les rencontre qu'exceptionnellement; dans les pyrexies elles-mêmes, elles peuvent aller parfois jusqu'à 43°, même jusqu'au-dessus de 44° (dans un cas de tétanos jusqu'à 44°, 75'), et le plus souvent la température monte encore de plusieurs dixièmes de degré après la mort.
M. Unterberger, professeur à l'École vétérinaire de Dorpat, m'a communiqué les résultats de ses observati-rns ; il a constaté chez les chevaux, dans les cas de tétanos mortels, des températures de plus de 42°.
Ces faits rapprochés des températures également excessives qu'on
observe dans les lésions aiguës graves du cerveau et de la moelle, semblent indiquer qu'il existe probablement dans le cerveau, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire (p. 147-149), des centres modérateurs dont la paralysie a pour conséquence un surcroît d'activité pathologique thermogène.
Mais cette expérience a aussi un côté pratique, puisqu'elle enseigne que toute ascension thermique un peu considérable est d'un pronostic très-la cheux dans les névroses, à moins qu'on ne trouve d'autres raisons pour expliquer la fièvre.
Mes publications antérieures sur ce sujet se trouvent dans : Archiv der Heilkunde (1861, p. 547; 1862, p. 175; 1864, p. 205), et les travaux de Erb sont consignés dans : Deutsches Archiv fur klïn. Médian (1866, p. 175).