‹ De la temperature dans les maladies :Chapitre 6 sur 57 · V agonie · texte numérisé non relu

V agonie

5. La mort et les modifications thermiques qui l'accompagnent.

Fréquemment, certaines de ces périodes sont très-courtes, échappent à l'observation ou font même complètement défaut.

La période initiale présente un début très-caractéristique dans quelques formes de maladies (les maladies fébriles infectieuses, par exemple) ; elle est parfois si courte qu'elle se soustrait ainsi assez souvent à l'observation.

Ce qu'il y a de caractéristique, c'est que, dans certaines formes morbides, l'élévation de la température atteint avec une extrême rapidité des degrés considérables ; d'autres fois, au contraire, ce

n'est qu'au bout de plusieurs jours que la température arrive à son maximum.

Le type peut s'effacer et s'obscurcir, si la maladie vient à frapper un individu déjà malade et surtout fébricitant. Ce n'est que dans les cas d'une violence exceptionnelle que l'intensité des phénomènes initiaux décide de l'intensité et de la gravité de la maladie.

Le fastigium fournit par l'élévation des températures, par leurs divers changements et par sa durée, des points de repère caractéristiques pour l'appréciation de la forme nosologique. L'intensité et la gravité de la maladie sont indiquées par des températures extrêmement hautes et se maintenant longtemps à ces degrés extrêmes d'élévation, et, d'un autre côté aussi, par des déviations du type normal (irrégularités du tracé thermique).

En revanche, une élévation générale modérée, un maximum thermique de courte durée et des rémissions précoces sont des signes favorables pour la bénignité de la maladie.

Les irrégularités, alors même qu'elles consisteraient en un abaissement de température sont en général fâcheuses et ne peuvent être considérées, sauf dans des cas bien déterminés, comme des signes particulièrement favorables.

L'apparition des complications dans la période d'acmé se révèle souvent par des élévations tardives de la température.

rè 25.

Le stade amphibole manque rarement dans les cas qui, sans aboutir à Une issue funeste et rapide* prennent cependant un caractère fâcheux» — Il est d'autant plus accentué que le fastigium a été plus irrégulier dans son cours ;

Ce stade amphibole est la période des exacerbations et des rémissions variables souvent sans motifs apparents; c'est surtout pendant ce stade que les complications se présentent. Elles s'ailnoncent d'habitude par des élévations prolongées de la tempéra-

ture. Le stade amphibole est toujours un indice de la gravité de la maladie et pendant toute sa durée, qui varie de quelques jours à plusieurs semaines, tout pronostic sûrement favorable doit être proscrit; mais il faut aussi se tenir en garde contre les trompeuses apparences d'un extrême danger.

Les élévations thermiques isolées atteignant même des hauteurs considérables de même que des abaissements analogues ont bien moins de signification dans cette période, et ce n'est que la répétition ou la persistance de phénomènes qui rendent probables l'aggravation ou l'amendement de la maladie.

Vers la fin du fastigium ou de la période amphibole, souvent il apparaît avant la crise favorable une dernière élévation de température dépassant plus ou moins le niveau de la température antérieure. — Cette augmentation thermique ne dure parfois qu'une demi-journée et est accompagnée d'une légère rémission matinale ; dans d'autres cas, elle se prolonge deux ou trois jours. Cette exacerbation, jointe à d'autres phénomènes correspondants produit sous tous les rapports l'impression décevante d'une aggravation ou même d'un péril imminent (perturbatio critica). Cependant on peut tirer un signe favorable du moment et des conditions de son apparition. — La durée et l'enchaînement des phénomènes qui la caractérisent permettront de conclure sûrement à une amélioration prompte et certaine.

Le stadium decrementi, la période de l'amélioration préparatoire, fait défaut dans beaucoup de cas où l'issue est favorable ; la défervescence succède alors à l'acmé ou à la période amphibolej soit immédiatement, soit à la suite d'une perturbation critique.

Lé stadium decrementi est caractérisé tout d'abord par des abaissements de température qui ne sont pas suivis d'élévations thermiques, mais qui, eux-mêmes ne font pas de progrès bieri

16 PROPOSITIONS FO.NDAME.NTALES.

rapides, Ces premiers abaissements thermiques se montrent tantôt seulement à la place des exacerbations vespérines, tantôt dans les températures matutinales, soit enfin à ces deux moments de la journée. Pendant ce stade, il n'est pas rare de constater une température descendant même au-dessous de 56°, 5 ( = 29°, 2 R.) et compliquée de tous les phénomènes du collapsus.

Ces abaissements thermiques extrêmes peuvent ne se produire qu'une seule fois ; après quoi la température reprend son niveau primitif; ou bien ils se répètent tous les jours, tandis que les exacerbations intercalaires ne montrent encore aucune tendance manifeste à l'amoindrissement décisif.

La défervescence, tantôt se relie immédiatement au fastigium ou au stade amphibole et tantôt succède à une perturbation critique ou à la période de ralentissement préparatoire.

Dans ce stade la température revient à la norme. — Il offre deux types principaux et bien accusés, mais il peut aussi présenter quelques nuances intermédiaires :

1° La défervescence rapide qui s'effectue en une nuit ou tout au plus en 56 heures (crisis) ;

2° La défervescence lente qui reste traînante pendant plusieurs jours (lysis).

Elle s'accomplit : tantôt sous forme de descente continue avec ralentissement de sa marche dans l'après-midi, si elle dure plus de douze heures;

Tantôt d'une façon rémittente, c'est-à-dire avec quelques retours ascensionnels vespéraux.

Souvent la défervescence est accompagnée de phénomènes de collapsus avec diminution considérable de la température pouvant faire craindre un danger extrême; mais ces phénomènes sont passagers [quoiqu'ils puissent se prolonger pendant plusieurs jours] et n'entravent pas la marche favorable de la maladie.

La période épicritique se distingue d'une façon d'autant plus tranchée du stade de défervescence que l'évolution de celui-ci a été plus rapide et plus complet.

Dans cette période, la température est alors devenue complètement normale et présente les variations quotidiennes de l'état de santé; mais, le plus souvent, elle reste encore un peu mobile, incertaine et instable. Parfois elle persiste à un degré inférieur au niveau normal ; dans d'autres cas (le fait est constant dans certaines maladies, surtout dans le rhumatisme polyarticulaire aigu) elle se maintient un peu au-dessus de la moyenne normale.

11 peut encore y avoir dans le stade épicritique des accroissements thermiques isolés et éphémères, souvent très-considérables (de 2°, 5° et même plus) qui surviennent sous l'influence de causes légères, parfois même sans motif apparent.

La persistance de pareilles élévations révèle, d'habitude, l'apparition des vraies rechutes ou des maladies secondaires.

La durée et la terminaison du stade épicritique est impossible à déterminer par le seul examen de la température, car la convalescence véritable succède à ce stade sans modification thermique appréciable.

Si la convalescence est complète, régulière et indemne de lésion persistante e'c de toute complication, la température est la même qu'à l'état hygide.

Tout changement thermique, élévation ou abaissement, qui dépasse les limites du cycle normal est un signe certain d'une convalescence incomplète et trompeuse.

Dans les cas morbides graves à tendance mortelle, apparaît souvent un stade proagonique qui succède d'ordinaire au fastigium

ou à la période amphibole et peut même se montrer inopinément dans le cours des stades de déclin. Dans ce stade proagonique qui diffère de l'agonie proprement dite, la température s'élève ou s'abaisse, tantôt reste stationnaire, tantôt présente de nombreuses irrégularités. — Ce n'est que par la coexistence d'autres phénomènes et principalement par l'état du pouls que l'on peut apprécier la signification de ce stade.

Pendant Yagonie, la température peut offrir les modalités suivantes :

1° Tantôt elle ne présente aucun changement appréciable ;

2° Tantôt elle s'abaisse notablement et tombe au-dessous de la normale (comme dans la mort par inanition) ;

5° En dernier lieu, enfin, elle peut s'élever rapidement à des hauteurs plus ou moins considérables qu'elle n'avait jamais approchées ni atteintes dans tout le cours de la maladie.

§ ol.

Au moment de la mort la température baisse souvent ; mais fréquemment aussi, elle monte, surtout dans les cas où l'agonie a donné lieu à de rapides augmentations. Jusqu'au dernier soupir, parfois quelques minutes, etmème pendant plus d'une heure après la mort, elle continue à s'élever.

Dans les cas d'abaissement, la température tombe vite après le décès ; dans ceux d'élévation thermique, le refroidissement s'opère souvent avec une telle lenteur, que, douze heures même après la mort, la température cadavérique peut être encore de beaucoup plus élevée que celle de l'état hygide.

Les 7naladies ptjréliques considérées au point de vue de leur marche, de la durée et de la succession des phénomènes fébriles^ se divisent en cinq groupes principaux :

1° Les accès de fièvre de courte durée (fébricule, fièvre éphémère et terminale) ;

2° Les fièvres essentiellement continues : ne présentant dans leur fastigium que de légères différences quotidiennes et à défervescence habituellement rapide ;

5° Les fièvres aiguës essentiellement rémittentes : offrant de grandes différences quotidiennes (le plus souvent des exacerbations vespérines et des rémissions matinales) tant que leur intensité n'est pas du moins trop considérable, souvent aussi pendant l'acmé, mais en tout cas durant la période de déclin.

Ces fièvres ne perdent leur caractère de rémittence que dans les cas désespérés ou lorsqu'il survient des complications.

Leur défervescence s'accomplit aussi le pius souvent suivant le type rémittent et par gradations lentes ;

4° Les fièvres intermittentes et à rechutes ;

5° Les pyrexies à forme chronique qui traînent pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, tantôt d'une façon interrompue, le plus souvent avec le type intermittent et rémittent, tantôt aussi avec des interruptions temporaires assez longues.

La fébricule et la fièvre éphémère sont caractérisées par des accès fébriles, légers et de courte durée, se terminant' promptement parla guérison.

a. La température dans ces cas peut monter avec ou sans stade de frisson jusqu'à 40°, 40°,5 (= 32"— 52°, 4 R. ) et même plus ; elle ne se maintient que peu de temps à cette hauteur et descend ensuite rapidement, tout au plus avec de. très-courts temps d'arrêt.

L'accès fébrile dure parfois moins d'un jour, jusqu'à quarantehuit heures et rarement dépasse trois jours.

Cette forme pyrétique se rencontre dans la fièvre traumatique, comme accès éphémère dans les couches, dans la convalescence, dans les catarrhes légers, les lésions organiques peu intenses et dans beaucoup d'autres conditions plus ou moins appréciables.

— Les accès isolés de fièvre intermittente affectent le même type.

b. La température peut d'abord ne s'élever que modérément et revenir au bout de peu de temps à son point de départ ou bien monter progressivement après deux à cinq jours de durée, à son maximum qui dépasse rarement 40°(52°R.) et tourner ensuite, après un très-court temps d'arrêt, à une défervescence rapide.

Cette évolution thermique peut se présenter dans les conditions pathologiques que nous avons précédemment énumérées, à l'exception cependant de la fièvre intermittente ; mais en revanche, elle se montre dans beaucoup d'autres maladies infectieuses s'arrêtant à leurs premières phases et restant incomplètes dans leur développement.

Les fièvres terminales qui, il est vrai, ont une toute autre signification pathologique que les formes fébriles précédentes, offrent cependant avec elles, au moins à leur début, une grande analogie.

Dans la période proagonique des maladies restées jusqu'à ce moment apyrétiques, ou même à l'agonie seulement, la température augmente rapidement, et quand elle a atteint son point culminant ou subi dans les dernières minutes une légère diirïinution, la mort arrive.

Cette forme se présente à la période ultime des névroses mortelles, dans les lésions traumatiques de la moelle cervicale, dans quelques empoisonnements ou dans les maladies que l'on peut assimiler aux intoxications.

Dans tous ces cas, la température peut atteindre les degrés les plus élevés qui aient été observés chez le vivant.

Les fièvres avec accroissement continu de la température débutent ordinairement parune période initiale rapide, marquée fréquemment par un violent accès de frisson. — Pendant le fastigium, la température moyenne varie, selon l'intensité des cas, entre 59°

et 40° (51°, 2 — 52°R.), rarement plus, rarement moins; les différences entre le maximum et le minimum quotidiens atteignent exceptionnellement 1°(0°,8R.) et le plus souvent un demi-degré seulement. — Le fastigium dure à peine une semaine. — La défervescence est prompte, ou du moins relativement rapide.

Le type le plus parfait de ce groupe est la pneumonie lobaire primitive, croupale simple (quoiqu'elle puisse quelquefois affecter d'autres types). — On peut ranger parmi les maladies qui suivent une marche analogue : la fièvre d'éruption de la variole, la scarlatine (celle-ci a cependant une défervescence plus lente), l'angine tonsillaire parenchymateuse, la méningite de la convexité, le typhus exanthématique (la durée de la fièvre est dans ce cas plus longue), l'érysipèle de la face au début, enfin, souvent aussi toutes les maladies fébriles intenses dans lesquelles la marche de la température auparavant irrégulière suit un cours ascendant continu proportionnel aux progrès de la maladie.

Dans les fièvres à température rémittente, la période initiale peut être courte ou prolongée : la moyenne thermique quotidienne est très-variable parce que les cas légers aussi bien que les formes graves peuvent revêtir le type rémittent. — Ainsi elle peut descendre au-dessous de 58°, 5 ( = 50°,8R.) et monter jusqu'à 40°, 5 ( = 52°, 4 R.) et au-dessus. — Dans ce dernier cas, il n'y a plus à vrai dire que des exacerbations et non pas de véritables rémissions ; car les températures minima restent toujours dans ce cas excessivement fébriles. La durée de l'évolution rémittente de la température fébrile est moins limitée que celle de la température fébrile continue : elle persiste parfois pendant plusieurs semaines. La défervescence est ordinairement lylique et rémittente.

Le type le plus saillant de ce groupe est représenté par le typhus abdominal. Le caractère rémittent se rencontre en outre dans les inflammations catarrhales fébriles ; la grippe, la pneumonie catar-

rhale ; dans les affections rhumatismales fébriles et aussi dans la rougeole, au début de la méningite basilaïre, dans la tuberculose aiguë, assez souvent dans la phthisie aiguë, et enfin dans la trichinose fébrile, etc.

Les types intermittents et à rechutes ont cela de caractéristique que, entre les accès de fièvre isolés, le plus souvent très-courts ou du moins peu prolongés, se placent des intervalles pendant lesquels la température est complètement normale.

Dans les formes intermittentes, les paroxysmes sont courts et atteignent rarement la durée d'un jour ; la température s'élève plus haut que dans les autres maladies de pareille inocuité. Elle monte ordinairement jusqu'à 41° ou 41°, 5 (= 52°, 8 — 55°,2Pu) et même encore à 1 ou 2 dixièmes de degré en sus.— L'apyrexie, également courte, peut varier entre quelques heures et plusieurs jours ; d'ailleurs, les paroxysmes et les périodes intercalaires alternent avec plus ou moins de régularité.

Dans les formes à rechutes, la durée de l'accès est moins limitée et la température plus variable; l'apyrexie est plus longue et les accès ne se répètent qu'une ou deux fois, très-rarement plusieurs fois. L'exemple le plus frappant du type intermittent est la fièvre palustre, celui du type à rechute est la fièvre récurrente.

Mais un certain nombre de maladies se rapprochent plus ou moins de l'un de ces deux types. Notamment, la pyoémie, l'érysipèle, la variole, quelques cas de pneumonie lobaire, assez souvent la tuberculose aiguë, la méningite basilaire et la phthisie aiguë.

Les formes fébriles chroniques, aussi appelées fièvres hectiques, se distinguent d'abord par leur longue durée ; il y a, en effet, des cas où la fièvre persiste presque uniformément pendant plusieurs

années. Avec cela, leur marche est parfois très-irrégulière, mais elles affectent le plus souvent un certain type qui, malgré certaines variations dans le cours de la maladie, se maintient cependant pendant assez longtemps, avec une régularité quelquefois parfaite.

Ce type est le plus souvent rémittent avec une ou deux exacerbations quotidiennes offrant tous les caractères fébriles plus ou moins accusés. — Ces exacerbations atteignent chaque jour à peu près les mêmes maxima, tandis que les rémissions se rapprochent d'habitude de la température normale qu'elles peuvent atteindre ou même dépasser. — Il est plus rare d'observer un type intermittent avec des intervalles apyrétiques de deux ou plusieurs jours. — A l'approche de la mort ou dans le cas de complications intercurrentes, le type rémittent se transforme souvent en type continu.

Ce processus thermique se montre de la façon la plus frappante dans toutes ces inflammations chroniques des poumons et des bronches que l'on comprend sous le nom générique de phthisie ; mais il se rencontre aussi : dans les ulcérations intestinales chroniques, dans les suppurations prolongées, dans les inflammations lentes des séreuses ; en outre, dans les cas où le sang est altéré par l'apport incessant de détritus emboliques ou infectieux.

V élévation de température considérée en elle-même, en dehors de toute condition pathologique, exerce une influence incontestable sur les fonctions générales et en particulier sur la nutrition des tissus et sur les sécrétions.

Pour les augmentations thermiques modérées, on n'est pas encore parvenu jusqu'ici à démontrer avec un certain degré d'approximation cette influence dans chaque cas isolé.

Les élévations thermiques considérables ont pour résultat le plus sûr une diminution du poids du corps. — Une température

très-haute produit en outre une augmentation de la fréquence du pouls et de la respiration, une perturbation fonctionnelle du cerveau. Elle accroit'la sécrétion cutanée et la proportion de matières extractives de l'urine; elle produit également des stases sanguines avec leurs conséquences ; peut-être amène-t-elle aussi, à la longue, une dégénérescence graisseuse rapide et la destruction des tissus. — Mais toutes ces conséquences ne sont nullement proportionnées au degré d'élévation de la température, à sa durée ni à sa rapidité; du reste, la persistance de ces troubles et de ces lésions consécutives est très-exceptionnelle. Il arrive un moment où la température est élevée à un degré si extrême que l'accomplissement des fonctions de la vie devient impossible, sans que l'on puisse encore donner la raison de cette incompatibilité.

Les modifications thermiques brusques et rapides peuvent exercer une influence sur les fonctions de l'organisme.

Dans les élévations très-rapides, surtout quand la chaleur du tronc précède de beaucoup celle des extrémités, le frisson fébrile avec ou sans mouvements convulsifs est un phénomène habituel.

Dans l'abaissement rapide d'une température auparavant trèshaute, on observe souvent des troubles généraux graves, la dyspnée, le délire, ainsi que des phénomènes de collapsus.

Les cas morbides qui ne se caractérisent pas par une température élevée, mais au contraire par une diminution anomale de chaleur, ne présentent jamais rien de régulier ni de constant dans leur évolution thermique.

Il faut placer ici plusieurs cas d'inanition, de sclérème, d'intoxication chronique, de cancer et d'aliénation mentale grave.

Dans beaucoup d'autres cas, et ce sont les plus fréquents, on

n'observe qu'un abaissement passager de la température. C'est ce qui se rencontre parfois clans les rémissions des fièvres rémittentes à la suite des hémorrhagies ou d'évacuations abondantes, sous forme de diminution thermique excessive dans le stade de défervescence et quelquefois dans l'agonie.

Un abaissement anomal de la température peut avoir aussi une influence perturbatrice sur les fonctions et, quand il devient extrême, rendre impossible la continuation de la vie.

1. Dès les temps les plus reculés de la médecine, on a reconnu la valeur de la température du corps comme symptôme morbide.

Pour Iïippocrate et pour tous les médecins de l'antiquité et du moyen âge, même jusqu'au commencement des temps modernes, la température a été regardée comme le signe le meilleur et le plus important dans les maladies aiguës. — La plupart considéraient l'augmentation de chaleur comme le symptôme pathognomonique de la lièvre qui, par sa dénomination tant grecque que latine, indique déjà l'élévation thermique comme le point le plus essentiel.

L'augmentation de la température générale du corps ayant été reconnue sans conteste, pendant près de deux mille ans, comme signe caractéristique et essentiel de la fièvre, il est surprenant que sa signification pathologique ait été écartée ou méconnue précisément à une époque où il devenait possible de la constater exactement à l'aide d'un instrument de précision, et que l'exploration thermique ait joui d'un moindre crédit dans une école qui a vu naître les applications de la physique à la pathologie et au sein de laquelle aussi le thermomètre a été recommandé et expérimenté dans la clinique. Ce fait n'a pourtant rien d'inexplicable : car c'est précisément par suite de tendances iatro-mécaniciennes que l'attention s'est tournée, dans la fièvre, vers les phénomènes de

mouvement qui frappaient d'abord les esprits, c'est-à-dire sur les troubles circulatoires, qui s'adaptaient merveilleusement à la nouvelle théorie régnante. En outre, les aspirations de cette école nouvelle, qui sentait le besoin d'une observation plus exacte, la détournaient de l'étude des phénomènes généraux, plus difficiles à préciser, pour porter son attention sur les lésions locales négligées auparavant.

L'invention de nombreux instruments nouveaux et perfectionnés destinés à explorer ces modifications locales, parut fournir au diagnostic un si solide appui que, satisfait de cette précieuse acquisition, chacun négligea de combler les lacunes que laissait après elle l'observation incomplète des phénomènes généraux.

Aussi advint-il qu'au moment où l'examen thermoscopique eût pu acquérir une extrême précision à l'aide des nouveaux moyens de mensuration, on n'en profita que dans des cas rares et isolés. Ainsi la thermométrie tomba presque dans l'oubli ; mais il était réservé à l'époque la plus récente de l'en retirer.

2. Le premier qui fit usage d'un instrument thermométrique, inventé et construit d'ailleurs par lui-même, pour la détermination de la température humaine, fut le précurseur de l'École iatro-mécanicienne, Sanctorius (1658). Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que Sanctorius avait déjà compris toute l'importance de la mensuration et de l'élévation thermique, comme principal critérium des modifications générales de l'organisme.

Mais ce ne fut qu'un siècle après lui que la thermométrie renaquit, pour ainsi dire, avec les perfectionnements apportés à la technique instrumentale.

C'est au grand Boerhaave qu'en revient le mérite. Quoiqu'il cherchât le caractère essentiel de la fièvre dans les conditions de la circulation et qu'il ait dit, par exemple, dans son 581e aphorisme : «Velocior cordis contractio, cum aucta resistentia adcapillaria, febris omnis acutse ideam absolvit, » il fait cependant observer dans le 675e aphorisme : « Calor febrilis thermoscopio externus, sensu segri et rubore urinae internus cognoscitur. »

Son élève, van Swieten, a été encore plus explicite ; bien qu'à son tour, il redise dans ses Commentaires des Aphorismes de Boerhaave (Lyon, 1745, t. II, p. 26) : « Signum pathognomoni-

cum omnis febris est pulsus aucta velocitas » , il ajoute toutefois à cet aphorisme :

L'appréciation de la température par la main est incertaine. « Omnium certissima mensura habetur per thermoscopia, qualia hodie pulcherrima habentur et portatilia quidem, Fahrenheitiana dicta a primo inventore : accuratissima imprimis illa sunt, quae argentum vivum loco alterius cujuscunque liquidi continent. Tali thermometro prius mensuraLur calor hominis sani et plerumque in indice affixo ille gradus notatus est ; deinde hoc cognito, si idem thermometrum a febricitante a}gro manu teneatur, vel bulbus ejus oriimmittatur, vel nudo pectori aut sub axillis applicetur per aliquot minuta horse, apparebit pro varia altitudine ascendentis argenti vivi, quantum calor febrilis excédât naturalcm et sanum calorem. » Il ajoute aussi dans son commentaire, au§ 476: « Datur in corpore hominis sani caloris gradus, thermometris mensurandus, a quo nec liquidis, nec solidis aliquid noxœ accidit. Raro etiam in fortissimis hominibus calor ille nonagesimum sextum gradum thermometri Fahrenheitiani excedit. Ubi vero ultra centesimum gradum in morbis ascendit, incipit sanguis ejusque sérum ad coagulationem disponi ; si autem centesimum et vigesimum gradum sequat calor, sérum sanguinis coagulatur. »

Un autre élève illustre de Boerhaave et en même temps collègue de van Swieten, le premier clinicien de Vienne et de l'Allemagne, le célèbre de Haën, ne s'est pas contenté de ces données théoriques incomplètes, mais a fait une application très-étendue de la thermométrie clinique. — Il est vrai que lui aussi a défini la fièvre : Une maladie caractérisée par l'accélération anomale du pouls ; mais avec cela il a utilisé dans une vaste mesure la thermométrie à l'observation des fébricitants.

L'emploi de ses instruments thermométriques était très-défectueux puisqu'il avait l'habitude de laisser le thermomètre appliqué pendant 7 minutes 1/2 et d'ajouter encore 1° ou 2° Fahrenheit au chiffre primitivement constaté, parce qu'il avait remarqué que la colonne de mercure s'élevait encore à peu près à cette hauteur après ce laps de temps. — Malgré l'imperfection de ce procédé, le thermomètre lui fournissait des résultats très-précieux, que l'époque actuelle a confirmés ou plutôt qu'elle a été obligée de découvrir de nouveau.

Les observations prises par de Haën sont dispersées dans les quinze volumes de son traité : Ratio medendi. Les plus importantes sont consignées dans le t. Il, chap x : De supputando calore corporis humani; t. III, chap. m : De sanguine humano ejïïsdemque calore; t. IV, chap. vi : De sanguine et calore humano; t. VII, chap. v. : Varia, $ 5 ; t. X, chap. i : De febribus intermittentibus ; chap. n : De morbis acutis, t. XII, chap. n : Historia pulsus, etc..

De Haën en pratiquant ses expériences thermométriques sur un certain nombre d'individus à l'état de santé et de différents âges, a parfaitement reconnu la loi qui régit l'évolution normale de la température. « Non autem semel deciesve, sed pluriesipsissima expérimenta iterata sunt et semper idem docuerunt. » Déjà il avait constaté cette curieuse particularité de l'élévation de la température chez les vieillards. — Partout dans ses ouvrages on peut reconnaître les importantes inductions pathologiques que de Haën puisait dans l'examen thermométrique. Il connaissait les rémissions matinales et les exacerbations vespérines de la température chez les fébricitants, l'augmentation thermique pendant le stade algide « tempore frigoris homini intolerabilis cum pulsu contractiore minore thermometrum signât octo gradus ultra calorem naturalem » (t. II, p. 142) ; il n'ignorait pas les paroxysmes thermiques de la lièvre intermittente, en apparence guérie, et ne présentant en réalité aucun autre symptôme morbide. — Il avait également remarqué le désaccord qui existe chez certains malades entre le pouls et la température, et le contraste fréquent entre la sensation subjective de chaleur et l'élévation objective de la température ; les modifications thermiques lui servirent à contrôler les résultats de ses médications et il considéra le retour de la température à son degré normal comme une preuve de complet rétablissement. — Il s'est aussi beaucoup occupé de la théorie de la chaleur propre et a combattu son origine mécanique (t. II, p. 163).

Malgré l'autorité du célèbre professeur de Vienne, ses contemporains semblent avoir dédaigné la thermométrie médicale.

5. En revanche, en Angleterre, dès 1740, Ch. Martin publia les premières observations thermométriques exactes sur la tem-

pérature de l'homme et des animaux à l'état hygide : De animalium colore. L'école de Haller a dirigé aussi son attention vers l'étude des phénomènes thermiques (Haller-Marcard, Dissertatio de generatione coloris et usu in corpore humano. 1.741 ,-Grôtt.)- — Rôderer. Dissertatio de animalium colore, observ. 1758, Gôtt.). — On peut citer également une dissertation de Pickel [Expérimenta med. physica de electricitate et colore animali. 1778, Wûrzb.), dans laquelle il serait fait mention d'expériences relatives à l'influence des bains de rivière sur la température.

Un des faits les plus importants et les plus remarquables de thermophysiologie fut néanmoins établi dès 1 774 : Blagden (Philosophical Transactions, p. 5, 1775) prouva que l'homme sain conservait une température invariable dans un milieu chauffé jusqu'à 100°, et Dobson (ibid., p. 466) fit la même remarque dans des cas où la chaleur était portée encore bien plus haut.

Ces faits engagèrent l'illustre physiologiste J. Hunter à publier ses expériences, commencées déjà en 1 766 (Philosophical Transactions, 1775-78). Ce célèbre médecin montra que les animaux pouvaient supporter le froid extérieur, par la raison qu'ils produisaient en eux-mêmes assez de chaleur pour rétablir l'équilibre thermique,

J. Hunter observa le premier |l'augmentation de la température dans les inflammations (il signala pour la première fois ce fait à la suite d'une opération d'hydrocèle — Works, édit. 1857, vol. III, p. 558) et combattit l'opinion qui tendait à considérer la chaleur propre comme le résultat du mouvement du sang. « Vraisemblablement, dit-il, la chaleur dépend d'un autre principe intimement uni à la vie et indépendant de la circulation aussi bien que de la sensation et de la volonté, et ce principe même est une force qui soutient et règle la machine. » Il ne peut cependant réussir à déterminer le siège de cette force et il tend à la placer dans l'estomac.

Peu de temps après, parut en France le remarquable travail snr la chaleur de Lavoisier, l'inventeur de l'oxygène et le réformateur de la chimie (Mémoires de l'Académie, 1780). Il chercha avec Laplace les causes de la chaleur animale, et cet illustre auteur l'attribua aux combinaisons chimiques de l'oxygène avec l'hydrogène et le carbone dans la respiration. Voici comment il s'exprime :

« La machine animale est gouvernée par trois grands régulateurs : la respiration qui consume l'oxygène et le carbone et produit la chaleur ; la transpiration qui, selon les besoins, diminue et soustrait le calorique, et la digestion qui restitue au sang ce que la respiration et la transpiration lui ont fait perdre. » Bien que Lavoisier considère la combustion de l'oxygène et du carbone comme cause de la chaleur propre, il n'exclut pas pour cela les autres processus chimiques thermogènes. — Pour lui, le siège de la formation de la chaleur doit être placé dans les poumons.

En Angleterre, également, Crawfort (De colori animait, 1779. Experiments and Observations an animal heat, 1786, et 2e édit., 1788) cherche les sources de la chaleur animale dans les actes chimiques de la respiration ; il suppose qu'il se dégage du calorique parce que la chaleur spécifique de l'air est plus grande que celle de l'acide carbonique. 11 dirige en outre son attention sur quelques écarts pathologiques de la chaleur propre, en particulier sur la température de quelques parties enflammées et cherche à interpréter ses expériences en faveur de sa théorie.

4. Vers la fin du siècle dernier parut un ouvrage qui, tout en restant à l'écart des hypothèses et des discussions théoriques, présente une éminente signification pratique ; cet ouvrage met à profit, pour la première fois depuis de Haën, les observations thermométriques pour la médecine elle-même, notamment pour les indications thérapeutiques et pour le contrôle des médications : c'est le travail de James Currie (Médical Reports on the effects of mater cold and warm as aremedy in fever and other diseases). ■ — Presque partout dans cet ouvrage, les mensurations thermométriques accompagnent les observations des maladies et la thermométrie pénètre toute la pratique de Currie. C'est d'après les altérations de la chaleur propre des malades qu'il examine les effets de l'eau tant froide que chaude, de la digitale, de l'opium, de l'alcool, de la diète. — Il regarde la perspiration cutanée comme le régulateur de la température (p. 620).

La valeur seméiologique accordée par Currie à la température dans les fièvres ressort clairement du passage suivant (que le traducteur allemand Hegewisch aurait voulu, d'après ce qu'il dit lui-même, supprimer, s'il n'avait jugé utile de le conserver comme

un curieux document du triste état de la médecine en Angleterre) : « Though I am far from thinking that fever, properly so called, consists merely of a séries of phaenomena originating in a morbid accumulation of beat in the System, yet this symptom evidently occurs more or less early in that disease » (p. 624). Il dit plus loin : « That some advantages are to be obtained from a strict attention to the state of the heat in fever and to the proper function of the perspiration, this volume affords, if I do not deceive myself, important proofs. A careful attention to the changes of the animal heat and to the state of those functions, on which it dépends and by which it is regulated, though more requisite in fébrile diseases perhaps than in others is however of importance throughout the vhole circle of diseases» (p. 621). Quoique l'ouvrage de Currie ait eu plusieurs éditions en Angleterre et ait été très-favorablement accueilli par la critique, il n'a cependant pas exercé à cette époque de notable influence dans le monde médical britannique. — En Allemagne il fut moins apprécié encore. La traduction de la première partie de ce traité, faite par Michaelis, fut à peine remarquée, et le traducteur du second volume, llegewisch, déplore que la première partie ne semblât même pas être connue des Allemands. — Sa part de traduction parait avoir eu le même sort dans le principe et ce ne fut que quinze ans après que Hufeland tira momentanément de l'oubli l'ouvrage de Currie.

5. Tandis que les praticiens de tous les pays, à l'exception toutefois de Hufeland, négligèrent l'étude de la température dans les maladies, les physiologistes persistèrent à considérer les phénomènes chimiques de la respiration comme la source de la chaleur animale et la théorie de Lavoisier, universellement adoptée, trouva à peine quelques contradicteurs : (Vacca Berlinghieri [Esame delta teoria di Crawfort], Buntzen«t quelques autres). Cependant, les recherches de Coleman (Diss. on suspended respiration, 1791) et le travail de Saissy (Recherche sur la physique des animaux hibernants, 1808) fournirent quelques faits intéressants qui semblaient en opposition avec cette théorie.

A cette époque, B.-C. Brodie, en Angleterre, s'éleva contre la doctrine qui faisait provenir la chaleur animale des processus

chimiques de la respiration (Some Phijsiological researches respecting the influence of the brain on the action of the heat and on génération of animal heat. [Philosophie. Transactions, p. 56, 1810] et Fnrther expemments and observations on the influence of the brain in the génération of animal heat, 1812, p. 578). Il avait constaté, dans ses expériences, que chez les animaux décapités après la ligature préalable des vaisseaux du cou, quand on entretenait artificiellement la respiration et la circulation pendant plusieurs heures, la température, malgré la transformation incessante du sang veineux en sang artériel, s'abaissait plus vite que chez les animaux auxquels la respiration artificielle n'avait pas été faite après leur décollation. Il conclut de là que la transformation du sang veineux en sang artériel dans l'acte respiratoire ne produit pas de chaleur et il cherche la source thermique dans le système nerveux.

Cette assertion, en provoquant une polémique très-vive, suscita des recherches ultérieures sur les conditions thermogéniques. — Dalton et surtout John Davy (Philosophie. Transactions, 1814, p. 590) combattirent avec ardeur la théorie de Brodie ; ce dernier entreprit des recherches sur la chaleur spécifique du sang artériel et du sang veineux et examina comparativement les qualités de ces deux liquides. — Parmi les adversaires de Brodie, il faut citer en outre : Haie (mémoire publié dans les Archives de Meckel, t. III, p. 429) et Legallois (ibid., p. 456).

D'un autre côté, Nasse, le traducteur allemand de l'ouvrage de Brodie, se rangea résolument du côté de celui-ci {Archives de Pœil et d'Autenrieth, 1815, vol. XII, p. 404-446). — Earle crut même pouvoir appuyer l'opinion de Brodie sur des observations pathologiques (Medico-chirurgic. Transactions, t. VII, p. 175). — Chossat, se fondant sur ses nombreuses expériences physiologiques, assura que la source de la chaleur animale se trouvai V dans le sympathique (mémoire Sur Vinfluence du système nerveux sur la chaleur animale. Thèse de Paris, 1820). A la suite de ces discussions, l'Académie de Paris mit au concours la question des origines de la chaleur animale. — Deux mémoires furent présentés : celui deDulong (lu en décembre 1822) et celui deDespretz (lu en janvier 1825). Tous les deux se prononcèrent en faveur de. la théorie de Lavoisier. — Ces auteurs, en déterminant chez les ani-

maux la quantité de l'oxygène inspiré, et de l'acide carbonique exhalé par la respiration, mirent l'excédant d'oxygène sur le compte de la formation d'eau. — Puis ils calculèrent la quantité de chaleur que devaient produire la combinaison de l'oxygène absorbé avec le carbone de l'acide carbonique exhalé et la combinaison supposée de l'oxygène en excès avec une quantité correspondante d'hydrogène, et ils comparèrent ensuite ces résultats avec la quantité de chaleur constatée sur les animaux par le procédé calorimétrique (dont ils ont été les promoteurs dans les recherches physiologiques). — Mais, ayant trouvé par cette voie de comparaison un excédant de chaleur produite, ils furent conduits à admettre l'existence d'autres sources de chaleurs dans l'organisme animal en dehors des processus thermogènes de la respiration.

6. Au moment où ces discussions théoriques étaient soulevées, les observations directes sur la température humaine devinrent très-rares.

Gentil étudia cependant les différences thermiques produites par l'âge, le tempérament, le sexe et les différentes heures de la journée (De la chaleur animale. — Diss. inaugurale. Paris, 1815; citée par Deyeux dans les Annales de chimie, t. XCVI, p. 45).

Thomson fit un travail sur la chaleur produite dans les parties enflammées (reproduit dans les Archives cleMeckel. Voy. p. 405).

Peu de temps après parurent en Allemagne deux travaux d'une certaine valeur pratique qui se rattachent à celui de Currie. En effet, Hufeland avait, en 1821, mis au concours l'examen des expériences de Currie sur l'action de l'eau dans les maladies fébriles ; la deuxième partie du programme renfermait les propositions suivantes : « Faire une série d'expériences individuelles, dans le but de modérer l'intensité delà chaleur fébrile par l'usage externe de l'eau, selon la méthode de Currie. — L'emploi du thermomètre, avant et après l'application de l'eau, et l'indication du chiffre des pulsations paraissent devoir être exigées à cet effet. »

Des trois mémoires couronnés et imprimés dans le volume supplémentaire du journal de Hufeland (année 1822), le troisième (celui de Pitschaft) est sans valeur. En revanche, ceux d'Antoine

Frôlich (de Vienne) et de Reuss (d'Aschaffenbourg) renferment d'utiles et remarquables contributions à la thermométrie pathologique.

On peut trouver quelques mensurations thermiques dans la thèse de Lucas (Expérimenta circa famem, 1824).

Bailly a écrit un mémoire sur l'altération de la chaleur animale dans les fièvres algides (Revue médicale, 1825, V. p. 584).

Everard Home (On the influence ofnerves and ganglions in producin g animal heat, in Philosophie. Transactions, 1825, p. 257) a contesté les résultats thermiques exagérés que Grainville prétendait avoir observés sur un utérus gravide dont la température aurait, selon cet auteur, atteint une élévation vraiment incroyable (11.8° F.).

Edwards (De l'influence des agents physiques sur la vie, 1824) a exposé l'ensemble des faits connus jusqu'à cette époque relativement à la chaleur animale.

7. Dans les dix années qui suivirent 1850, il ne parut également que très-peu d'observations complètes et méthodiques sur les modalités thermiques dans l'état de santé et dans les maladies.

Il faut ranger dans cette catégorie les excellentes recherches de Breschet et Becquerel (1855. Annales des sciences naturelles, 2m° série, Zoologie, t. III, IV et IX) qui, il est vrai, n'ont accordé qu'une faible attention aux conditions pathologiques. A l'aide d'un appareil thermo-électrique d'une extrême sensibilité, ces auteurs ont examiné les différences de température dans les diverses parties du corps; ils ont aussi constaté une certaine augmentation thermique dans les parties enflammées.

Le travail presque exclusivement zoophysiologique de Berger, et ayant trait à peine à la pathologie, embrasse l'étude de la température des différentes espèces d'animaux (faits relatifs à la construction d'une échelle de degrés de la chaleur animale dans les mémoires de la Société de physique et d'Histoire naturelle de Genève, t. VI, 2,ue partie, p. 257, et 1856, t. VII, p. 1).

Edwards a écrit un article analytique dans Y Encyclopédie de Todd (vol. II, p. 648, 1856-59).

Les publications purement médicales de cette époque sont d'un bien moindre intérêt.

Collard de Martigny fit paraître, en 1852, dans le Journal complémentaire (t. XLIII, p. 268) un travail sur l'influence de la circulation générale et pulmonaire sur la chaleur du sang et de celle de ce fluide sur la chaleur animale.

L'article sur la chaleur animale inséré dans le Dictionnaire en 50 volumes (1854, t. VII, p. 175) est divisé en deux parties : la première, purement physiologique, est écrite par P. H. Bérard, tandis que la seconde, consacrée aux applications pathologiques, est signée par Chomel, le premier clinicien de France à cette, époque. Chomel, il est vrai, attache un grand prix à la température, mais il pense que la main suffit à la déterminer et que le thermomètre ne peut donner qu'une idée imparfaite de l'élévation thermique et n'indique nullement les autres modifications de la température humaine.

En revanche, Bouillaud, dans sa Clinique médicale (t. I, p. 294; t. III, p. 426), assure avoir pris plus de trois cents observations thermiques.

Donné (Arch. génér. de médec. , 2'1,e série, t. IX, p. 129) a examiné la température chez un très-grand nombre de malades, en comparant ses variations avec la fréquence du pouls et de la respiration.

Piorry (Traité du diagnostic, t. III, p. 28, 1858) reconnaît la nécessité de la mensuration de la température cutanée dans plusieurs cas morbides et cite à ce sujet le passage suivant de Biot : « Lorsqu'on voit tant de résultats obtenus parle seul secours d'un peu de mercure enfermé dans un tube de verre et qu'on songe qu'un morceau de fer suspendu sur un pivot a fait découvrir le nouveau monde, on conçoit que rien de ce qui peut agrandir et perfectionner les sens de l'homme ne doit être pris en légère considération. »

Piorry a adapté un thermomètre à son stéthoscope et a fait ressortir avec éloquence toute la valeur de la thermométrie ; mais les précautions qu'il recommande de prendre pour la mensuration sont à la fois si nombreuses et si pénibles qu'elles suffiraient presque à éloigner de ce moyen d'investigation.

Malgré les conditions minutieuses prescrites par lui, ses propres observations sont toutes inexactes et improbables. Il a trouvé à l'état de. santé des^ températures axillaires s'élevantà 32° R. et au-dessus ; chez un certain nombre de malades, il a noté des élé-

vations thermiques de 54°, 56° et même 58° R. (cette dernière température se rapporte à un cas de fièvre typhoïde) ; dans un prurigo apyrétique, il a constaté à l'aisselle 54° et à l'épigastre 55°. Il a pratiqué en outre des mensurations isolées chez 91 individus, sur différents points du corps, mais on conçoit l'impossibilité de mettre à profit des observations aussi inexactes.

B. Brodie rapporta, en 1857, ses expériences sur l'élévation de la température après la section de la moelle épinière et son cas d'hémorrhagie traumatique dans la portion supérieure de la moelle accompagné d'une énorme augmentation thermique (Path. and surgical observations relating to injuries ofthe spinal cord, — in Médico-chirurgie, translations , t. XX, p. 118).

En 1837, parut àDorpat, une dissertation insignifiante de Wistinghausen {Decalore animali quadam) ayant trait aux causes de la chaleur animale et de sa constance.

Fricke (de Hambourg) (Zeitschrift fur à. gesammte Med. 1858. — Heft 5) a fait des recherches comparatives sur la température axillaire et vaginale avant et pendant la menstruation et a trouvé clans ce dernier cas une légère élévation thermique.

Frédéric Hasse a publié en 1859 {Untersuchungen zur Physiologie und Pathologie von Friedrich und Hermann Nasse. — Bd ïï, Heft I, p. 115) de nouvelles recherches sur la relation de la chaleur animale avec le système nerveux et Hermann Nasse (Ibid., 190) a communiqué clans le même travail des expériences sur l'influence thermogène du cerveau et de la moelle.

Gavarret (journal l'Expérience, 1859) confirma le fait déjà trouvé par deïlaën, mais resté jusque-là dans l'oubli, que la température du tronc présente pendant le frisson fébrile des élévations aussi considérables que dans le stade de chaleur.

La thermométrie normale a surtout été enrichie à cette époque par les travaux de John Davy qui a consigné et réuni dans ses recherches physiologiques et anatomiques (1859) toutes ses publications antérieures. En résumé, les travaux sur la chaleur animale sont restés épars et clair-semés dans cette période décennale. — Aussi, Nasse, a-t-il très-bien peint la situation en disant : Dans ces dix dernières années l'étude de la chaleur animale a été beaucoup plus négligée qu'auparavant; elle est même resté presque complètement stationnaire.

8. Entre 1 840 et 1850 commence une série continue de recherches de plus en plus sérieuses et exactes sur la température du corps, tant à l'état sain que dans les maladies.

A dater seulement de cette époque, les faits de thermométrie normale et pathologique furent recueillis en plus grand nombre et avec plus de méthode.

Au point de vue de l'observation clinique et abstraction faite de toute hypothèse théorique, quelques auteurs avaient déjà reconnu l'importance de la mensuration thermique pour apprécier la gravité d'une maladie, son amélioration ou ses progrès ; d'autres avaient fixé leur attention sur l'élévation de la température morbide considérée en elle-même ou dans ses rapports avec quelques symptômes particuliers (pouls, etc.); mais personne (depuis Currie) n'avait tenté de soumettre à une loi régulière l'évolution morbide de la température ; l'existence delà thermonomie pathologique n'avait pas même été soupçonnée !

Andral que nous retrouvons partout et toujours à la tête du vrai progrès de son temps, a aussi été le premier à reconnaître la valeur clinique de la thermométrie et, en 1841, dans son cours de pathologie générale, il a formulé un certain nombre de lois positives sur l'augmentation de la température clans les maladies.

En réponse à la question posée par la Faculté de Halle : Quœnam sit ratio calons organici partium inflammatione laborantium, investigetur experimentis accuratius faciendis. — Gierse fit paraître, en 1842, une remarquable dissertation qu'il compléta ultérieurement par des mensurations soigneuses. — Il ne s'était pas contenté d'examiner la température de la peau et des muqueuses, artificiellement ou spontanément enflammées, mais il avait aussi observé la marche de la température chez les féhricitants (dans plusieurs cas, de fièvre intermittente, de scarlatine, de rougeole et d'autres pyrexies). Il avait également examiné la température du vagin pendant la menstruation et pendant la grossesse, et pris sur lui-même des observations thermométriques aux différentes heures de la journée. — Enfin il a ajouté encore à ces précieux travaux des recherches sur les plantes. Les résultats de Gierse ont été pendant longtemps regardés et cités comme les plus importants sur la matière et ils conservent encore aujourd'hui une valeur considérable.

Les mensurations thermiques pratiquées par Hallmann et intercalées dans son travail sur le traitement rationnel de la fièvre typhoïde (1844), quoique peu appréciés pendant assez longtemps, n'en sont pas moins très-intéressantes. — Pénétré de l'utilité de la thermométrie médicale et de sa valeur clinique, Hallmann s'est appuyé de préférence sur les résultats fournis par l'observation de la température dans la fièvre typhoïde pour préconiser contre cette maladie le traitement hydrothérapique. îî a en outre fait un certain nombre d'expériences sur les variations thermiques chez les individus sains soumis à diverses influences.

En France, vers 1845, furent publiées les recherches expérimentales de Chossat sur l'inanition (Mém. de l'Académie royale des sciences, t. VIII, p. 458) qui, du reste, avaient été déjà déposées à l'Académie depuis 1858.

Dans la deuxième partie de son travail (à partir de la page 552), Chossat étudie les effets de l'inanition sur la chaleur animale, et à ce sujet il discute avec soin les variations quotidiennes de la température à l'état normal. 11 considère les écarts entre la température du jour et celle de la nuit comme une preuve « que les combinaisons d'où résultent les dégagements de la chaleur animale se font essentiellement sous l'influence nerveuse » (p. 554). Il examine ensuite l'abaissement thermique dans l'abstinence complète, ainsi que dans les cas d'alimentation insuffisante et indique les minima que la température peut présenter dans la mort par inanition.

Les recherches de H. Roger sur la température chez les enfants à l'état physiologique et pathologique, publiées à partir de 1844, dans les Archives générales de médecine (série iv, t. IV -IX), sont très-intéressantes, quoique exécutées sur un plan trop restreint et dépourvues en partie des précautions qui garantissent la certitude des résultats. — Après avoir traité la question de la technique thermométrique, Roger consacre une partie de son travail à l'étude de la température physiologique des nouveau-nés (depuis la naissance jusqu'à la première semaine et même plus tard), puis il examine les modifications thermiques que produisent chez les enfants la fièvre éphémère, la fièvre typhoïde, les fièvres intermittentes, la variole, la scarlatine, la rougeole, l'érysipèle, le rhumatisme, la péricardite et l'hypertrophie du cœur, la stomatite, l'entérite, la dysenterie, la méningite, l'encéphalite, la laryngite, la bronchite, la

pleurésie, la' pneumonie, la tuberculose, la coqueluche, la chorée, les hydropisies, le rachitisme et la paralysie ; il termine par l'étude de la température dans la gangrène de la bouche, et dans l'œdème des nouveau-nés.

Il résume à la fin de son travail le résultat de ses recherches, au point de vue pratique, c'est-à-dire sous le rapport de leur application au diagnostic et au pronostic. — Personne avant cet auteur n'avait réuni encore un ensemble aussi considérable de faits thermométriques et il a su parfaitement apprécier la valeur clinique de ses recherches.

Si, malgré son étendue, son travail ne fait pas suffisamment ressortir toute l'importance de la thermométrie pathologique, il fa-ut en chercher la raison dans ce fait que Roger avait trop rarement répété ses mensurations dans chaque cas isolé. Il n'avait pratiqué en général qu'une, seule mensuration, car il avait plus de tendance à comparer les degrés d'élévation dans différentes maladies et à fixer la limite inférieure extrême que' la température pouvait atteindre, qu'à étudier l'évolution thermique propre à chaque maladie, ce qui, cependant, constituait le point essentiel. Néanmoins, les conclusions de son travail plein d'observations exactes sont encore aujourd'hui du plus grand intérêt.

Demarquay a publié un mémoire de pathologie expérimentale dans lequel il examine l'influence de la douleur, de l'hémorrhagie, de la ligature des vaisseaux, des inflammations traumatiques, des étranglements intestinaux, de l'action des différents agents toxiques sur la température des animaux (Recherches expérimentales sur la température. — Dissert., 1847). L'année suivante il a entrepris avec Duméril des expériences relatives à l'influence dépressive del'éther et du chloroforme sur la température (1848. Archiv. génér. de médec, t. XVI ; 4me série, p. 189).

A la même époque, G. Zimmermann, chirurgien militaire à Hamm, commençait à faire de nombreuses observations sur la température. Ses premiers travaux, publiés en Prusse dans le Medic. d. Vereins fur Hellkunde (1846, n° 50 et 40), furent peu de temps après suivis de nombreuses recherches insérées dans le même journal (1847, n° 19-20 et 55-56), dans le Prager med. Viertel, 1847, R. IV, p. 1, dans les Archives de Chimie et de Micrographie, (184) et dans son traité Sur V analyse du sang. — Avec l'année

1850, commence une nouvelle série de publications faites par ce médecin : en premier lieu, dans les Archiv fur physiologisch. Heilkunde (1850, p. 285), dans la première livraison d'une Revue scientifique dont il était lui-même le rédacteur (Archiv fiïr Pathologie und Thérapie, 1850), dans Deutsche Klinik, 1851, n°56, et 1852, n° 9 ; dans le journal médical trimestriel de Prague (Prager medicin. Vierteljahrsclirift, 1852, B. IV, S. 97) clans la Gazette médicale de la Santé (Med. Zeitung der Vereins fur Heilkunde in Preussen, 1852) , surtout dans une brochure spéciale : Pœcherches cliniques sur la fièvre, V inflammation et les crises, 1854. — Zimmermann a eu le grand et incontestable mérite de poursuivre avec une rare persévérance ses observations de thermométrie clinique à une époque où l'importance de cette étude était méconnue de tous. Aussi peut-on lui pardonner ses paroles violentes et acerbes contre ses antagonistes, qui mettaient en doute la valeur de ce nouveau mode d'observation.

Zimmermann nous a laissé un nombre très-imposant de publications sérieuses. Mais leur abondance et leur étendue ont, il est vrai, peu encouragé les auteurs à le suivre dans cette voie. Sans parler de la quantité considérable de faits importants qu'ils renferment, ses travaux ont en outre l'avantage d'avoir posé d'une façon claire et précise l'indépendance absolue des élévations thermiques anomales dans les processus inflammatoires locaux, et l'augmentation de chaleur des parties phlogosées.

Grâce sans doute à l'heureuse influence de Nasse qui, à cette époque, paraissait être le seul clinicien de l'Allemagne et qui s'intéressait vivement à l'étude de la thermométrie, parut à Bonn la dissertation inaugurale de J. Peter Schmitz : De calore in morho, accompagnée de près de trois cents mensurations thermiques prises dans différentes maladies (1849).

A ces travaux pratiques se rattachent les recherches de John Davy que nous avons précédemment mentionnées et qui renferment un certain nombre de faits simplement observés, sans déductions théoriques, mais qui peuvent être utiles par leur synthèse et leur généralisation.

John Davy, depuis 1844 jusqu'à 1850, a publié un certain nombre de travaux d'une importance de plus en plus grande, qu'il a réunis en 1865 dans ses Physiological Researches. Ils ont trait

à la température chez les vieillards, à l'influence de la température du milieu ambiant sur la chaleur animale, aux fluctuations quotidiennes de la température, à l'influence thermique des saisons, des mouvements actifs, de la contention d'esprit, de la diète, du mal de mer. Ces études faites aussi bien dans les pays froids que dans les climats tropicaux, renferment encore quelques autres considérations de moindre importance.

Quoique ces recherches ne puissent en tous points prétendre à une exactitude complète, elles n'en renferment pas moins une série de notions élémentaires d'une grande valeur.

Quelques autres physiologistes se sont appliqués à l'étude de certains points de la chaleur animale. Fourcault, Flourens, et surtout Magendie ont fourni des contributions expérimentales à la physiologie thermique.

Bergmann a fait paraître en 1845 dans les Archives de Millier (1840) un travail critique sur la chaleur animale, et en 1847 [Gôttinger Studien, p. 595) un mémoire sur le rapport qui existe entre le volume des animaux et leur économie thermique.

Helmholtz publia en 1846 un article de fond très-complet sur la chaleur dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales de Berlin (livr. XXV, p. 525), et ce célèbre physiologiste fournissait en 1848 la preuve du développement de chaleur produit par l'action musculaire.

Un traité de Donders traduit du hollandais parut en 1847 ; il avait pour titre la Nutrition comme source de chaleur dans les plantes et chez les animaux. A ces travaux physiologiques nous devons rattacher encore le traité de Frédéric Nasse intitulé Combustion et respiration (1846).

9. C'est surtout à partir de 1850 que la théorie de la chaleur en général et de la chaleur animale en particulier a fait les plus grands progrès. Des principes nouveaux qui, au début, paraissaient insignifiants, vont maintenant dominer toute la doctrine de la thermologie.

11 faut mentionner en premier lieu l'opinion de Liebig sur l'origine de la chaleur animale, fondée moins sur des expériences directes que sur des conceptions judicieuses et habiles. Elle réside,

selon lui, dans les échanges réciproques entre les parties constituantes des aliments et l'oxygène répandu dans le corps par l'intermédiaire de la circulation. (De la chimie organique et de ses applications à la physiologie et à la patliologie, 1842). — Les hypothèses émises par Liebig dans ce traité ne sont pas toutes soutenables : ainsi, il est difficile de maintenir dans toute sa rigueur la distinction qu'il établit entre les aliments plastiques et les aliments respiratoires thermogènes ; sa digression dans le domaine de la pathologie n'est pas précisément heureuse. Quoi qu'il en soit, les conclusions faisant dériver la chaleur animale des processus chimiques et en particulier des oxydations interstitielles, persistent dans toute leur intégrité et dans leur plus complète signification. L'édifice dont Lavoisier avait posé les premiers fondements, étayé et accru par Liebig, recevait ainsi son couronnement, et la théorie de l'illustre savant français se trouvait désormais à l'abri de toute attaque.

Mais la connaissance plus approfondie de la nature singulière des agents dits impondérables, des forces chimiques et du mouvement devait bientôt conduire à une conception toute nouvelle qui ramenait tous les processus physiques et chimiques à une force unique. Celle-ci pouvait se présenter sous forme de lumière, comme celle du soleil, foyer inépuisable de lumière, tantôt comme différence chimique se transformant bientôt en chaleur ; ou bien en tant qu'effet mécanique (mouvement) se changeant en électricité.

Dans toutes ces modalités, dans toutes ces transformations, cette force reste toujours constante dans la nature inorganique aussi bien qu'organique.

Cette idée sublime destinée à faire époque appartient au docteur J. R. Mayer, médecin à Heilbronn, et se trouve pour la première fois émise dans son court travail sur les forces de la nature inanimée (Annales de Wôhler et Liebig, mai 1842), puis développée dans son opuscule sur le mouvement organique et ses rapports avec la nutrition (1845). Sa théorie du mouvement considéré comme équivalent mécanique de la chaleur, au début très-incomplète, après avoir progressivement acquis toute son extension et sa véritable portée est devenue la base des doctrines modernes ayant trait à la nature de la chaleur, aux forces naturelles en général, à leur

conservation et à leurs transformations mutuelles; lorsque dix ans plus tard Helmholtz appliqua ces mêmes idées à la science en général, leur influence sur l'étude de la chaleur entreprise sur ces bases nouvelles est devenue décisive et radicale. Aussi encore aujourd'hui en tous lieux chacun s'accorde à proclamer que Mayer est le véritable inventeur de la théorie mécanique des forces naturelles.

« Ex nihilo nilfit : nil fit ad nihilum, » dit Mayer (le Mouvement organique., p. 5). L'effet est semblable à la cause, l'effet d'une force est à son tour une force. Il n'y a donc en réalité qu'une seule et même force qui, dans son éternelle transformation agit incessamment aussi bien chez les êtres vivants que clans la nature inanimée. Toujours quand elle entre en jeu cette force se transforme (p. 6). La chaleur est une force : elle se change en effet mécanique (p. 10). La combinaison chimique est une force, sa transformation en chaleur produit la combustion (p. 55). Dans tous les actes physiques et chimiques la susdite force conserve la même intensité : c'est une constante mathématique (p. 52). L'unique source de la chaleur animale est un processus chimique, et dans l'espèce c'est un processus d'oxydation (p. 46). La force chimique renfermée dans les aliments ingérés et dans l'oxygène absorbé par la respiration est la cause productrice des deux manifestations dynamiques du mouvement et de la chaleur, et la somme des forces physiques produites dans un être vivant est égale à l'intensité des processus chimiques qui se sont opérés dans le même temps (p. 45).

Ces données qui ont déjà été si fructueusement utilisées en physique et en physiologie, ne peuvent manquer de s'étendre tôt ou tard à la pathologie, quoique dans ce cas leur application soit rendue extrêmement difficile par la multiplicité des conditions morbides si obscures et si complexes.

Mayer, dans son célèbre travail, n'a pas seulement, par sa théorie, jeté un jour tout nouveau sur beaucoup d'actes physiologiques, mais il a encore éclairé de la façon la plus ingénieuse quelques points de pathologie. Dans son travail sur la fièvre sont consignées des applications pathologiques plus complètes et plus étendues de sa théorie (Archiv der Heilkunde, 1862, page 585).

Peu de temps après Mayer, Joule (de Manchester) a démontré expérimentalement le rapport invariable qui existe entre la chaleur et la force mécanique, eu établissant que une quantité donnée de force produit une quantité déterminée de chaleur, et que, d'autre part, la quantité de chaleur qui accroît d'un degré la température d'une certaine masse d'eau est capable de produire une action mécanique d'une intensité proportionnelle. — C'est de là qu'ont pris naissance la notion et le terme de kilogrammètre pour désigner la force mécanique nécessaire et suffisante pour élever un kilogramme d'eau à la hauteur d'un mètre (ou un gramme à la hauteur d'un kilomètre). On a ainsi trouvé que la chaleur qui peut'augmenterd'un degré la température d'un kilogramme d'eau, élevé à un mètre, est 424 kilogrammes, et inversemenLque cette même force mécanique qui produit cette dernière action, fait croître d'un degréla température d'un kilogramme d'eau ; en d'autres termes que l'équivalent mécanique de la chaleur (la quantité de chaleur nécessaire pour échauffer d'un degré un kilogramme d'eau, étant prise pour unité) = 424 kilogrammètres.

Ilirn (de Colmar), s'appuyant sur des expériences directes, a prouvé que la production de chaleur dans le travail ne correspondait pas à la quantité d'oxygène consumé et qu'elle se transformait elle-même en partie en travail. Tandis que dans le repos absolu, il se consume clans une heure 50 grammes d'oxygène et il se produit 155 calories ; pour un travail de27,450 kilogrammètres à l'heure, la consommation d'oxygène est de 152, et la chaleur produite atteint à peine 251 calories; en comparant ces résultats, on voit que la dépense d'oxygène dans le second cas est 4 fois § plus grande, tandis que la chaleur produite esta peine augmentée de 1 fois f. Par conséquent, la différence a dû servir d'aliment au travail.

Il faudrait, pour approfondir ces travaux, entrer dans de plus amples détails ; qu'il nous suffise de montrer ainsi l'impulsion nouvelle que l'initiative de Mayer a imprimée à l'étude de la chaleur.

10. Dans ces dix dernières années, la thermométrie est entrée dans une nouvelle voie toute pratique et a ainsi atteint son plus complet développement.

Deux médecins allemands avaient déjà, depuis 1850 et 1851,

publié d'importantes observations au point de vue de la thermométrie clinique c'étaient : Bœrensprung et Traube.

La question de priorité entre ces deux auteurs reste encore douteuse.

Traube avait déjà publié avant Bœrensprung ses premières mensurations thermiques dans son mémoire sur l'action de la digitale envisagée surtout au point de vue de son influence sur la température dans les maladies fébriles (Annales de la Charité, 1850, p. 622) ; mais, clans d'autres publications faites la même année (en mars et en juin), il avoue qu'il n'a pas encore appliqué le thermomètre sur les pneumoniques. Son premier cas renfermant des tracés thermiques est une fièvre typhoïde observée le 18 juin

Le travail de Bserensprung intitulé Recherches sur la température du fœtus et de l' adulte à l'état physiologique et morbide^ parut en 185! dans les Archives deMûller; par conséquent, bien après la première publication de Traube. Mais l'abondance des matériaux réunis dans cet ouvrage permettent de supposer que ses recherches ont été antérieures à celles de Traube.

Ainsi donc il importe fort peu de juger la question de priorité entre ces deux éminents observateurs qui ont travaillé simultanément le même sujet à i'insu l'un de l'autre, et alors même que l'un d'eux aurait eu le mérite de l'initiative, la valeur de l'autre n'en serait nullement amoindrie.

Le travail de Bœrensprung est un ouvrage vraiment classique : il pose en effet tous les principes fondamentaux de la thermométrie, il étudie la température dans ses innombrables modalités, et les résultats de toutes ses recherches sont d'une telle exactitude qu'ils ont servi de base aux observations ultérieures. Les faits qui jusque-là n'était qu'imparfaitement connus ou incomplètement tracés dans quelques écrits douteux, se trouvent maintenant, grâce aux travaux de Bœrensprung, généralisés, répandus, approfondis, rassemblés enfin et constituent, en un mot, un corps de doctrine. Si, malgré cela^ son œuvre n'a pas exercé sur les praticiens l'influence qu'elle aurait pu avoir et à laquelle son mérite lui donnaitledroit.de prétendre, il faut en chercher la cause dans les précautions minutieuses dont il a entouré sa méthode d'investigation. Mais cette exactitude même n'est elle pas une garantie nouvelle pour un ob-

servateur consciencieux ? 11 est vrai que les doubles décimales que Bœrensprung avait cru devoir ajouter à l'échelle thermométrique, l'importance qu'il ajoutait à des différences de T'0 de degré (et même moins), l'obligation qu'il imposait de laisser le thermomètre appliqué pendant une demi-heure pour chaque mensuration, devaient rendre la thermométrie fort peu séduisante pour la pratique et pouvaient même la faire paraître incommode et impraticable dans la clientèle privée et exceptionnellement possible dans la pratique nosocomiale.

Les recherches thermométriques de Traube, au contraire, tout en portant l'empreinte d'un esprit éminemment observateur, et entreprises dans le but d'élucider des questions a la fois théoriques et classiques (action de la digitale, crises, jours critiques) ont démontré qu'il existe un moyen d'éclaircir les points les plus obscurs et les plus controversés de la pathologie : ce précieux et incomparable instrument est le thermomètre.

H . J'ai moi-même commencé, sous l'instigation de Traube luimême, des mensurations thermiques à partir du mois d'octobre 1851. L'emploi du thermomètre, réservé au début à certains cas particuliers, acquit peu à peu une plus grande extension dans ma clinique et fut continué avec beaucoup de soins et de persévérance. Depuis dix-sept ans, il n'entre pas un seul malade dans mon service dont la température ne soit prise régulièrement. Tandis qu'au début je me contentais de deux mensurations par jour, depuis près de douze ans, la température des fébricitants est prise quatre à six fois par jour et quelquefois même plus souvent encore s'il y a lieu. Le nombre des observations recueillies dans ma clinique et accompagnées de tracés thermométriques s'élève à plus de 25,000 et j'évalue à plusieurs millions le chiffre des mensurations isolées.

Je me suis proposé tout d'abord l'étude aussi complète que possible de révolution de la température dans les maladies, abstraction faite de toutes considérations théoriques et, sans me laisser égarer au début par la recherche de quelques faits isolés ou de questions posées à l'avance, voulant surtout^annihiler l'influence des cas fortuits par le nombre même des observations rassemblées.

Comme mes observations se comptent par centaines de mille, elles me semblent constituer une donnée suffisante pour répondre à la question, à mon sens, la plus importante, la plus sérieuse et qui domine toutes les autres ; c'est-à-dire celle de savoir s'il existe une loi qui régisse le cours régulier de certaines formes morbides, et s'il nous est permis de la connaître et de la préciser d'après la marche de la température ?

La réponse affirmative à cette question pourrait déjà nous être donnée par l'examen d'une maladie aiguë la plus grave : la lièvre typhoïde, et par celui d'une épidémie de typhus exanthématique, il est vrai légère et de courte durée, que j'ai très-attentivement observée à Leipzig.

Une observation attentive et un examen scrupuleux m'ont fait également reconnaître la régularité du cours des autres formes morbides. — Je me suis ainsi fermement convaincu de la valeur incalculable de la thermométrie. Je suis si profondément pénétré de son utilité pratique, que personne auparavant n'avait soupçonnée, 'que je voudrais faire partager aux autres ma ferme et inébranlable conviction.

Je crois avoir fait des recherches d'un certain intérêt et les avoir corroborées, vérifiées, et confirmées complètement. — Sans parler des communications faites par mon ancien interne (M. Thierfelder) sur la fièvre typhoïde, ni de mes propres publications relatives au typhus exanthématique et de mes considérations générales sur l'évolution thermique dans certaines maladies, insérées dans mon Traité de pathologie et de thérapeutique (deuxième édition) ; déjà six ou sept ans après avoir entrepris mes premières mensurations dans ma clinique, j'avais établi les points les plus importants et les données les plus utiles de la thermométrie; plus tard, j'ai recherché, d'après de nouveaux cas, les différentes applications de cette méthode à la pathologie et les éléments nombreux qu'elle pouvait fournir au diagnostic.

[Voir mes travaux dans les Archives de médecine physiologique (Arch. fur phijsiol. Heilkunde, 1857 et 58) et dans les Archives de médecine (Arch. fiïrHeilkunde, 1860-69).] Néanmoins, la réunion des immenses matériaux que j'avais déjà à ma disposition, et qui m'ont permis d'établir des principes généraux et de déterminer le cours normal et régulier des formes morbides, m'eût semblé une

œuvre au-dessus de mes forces, si je n'avais été aidé dans ma tâche par un certain nombre de collaborateurs intelligents et dévoués qui ont bien voulu travailler, nuit et jour, à la révision et au classement de mes observations. La plupart d'entre eux ont déjà traité, dans des publications spéciales, un certain nombre de questions relatives à la thermométrie, en s'appuyant d'une part sur leurs propres expériences, et en puisant d'autre part les éléments de leurs travaux dans les archives de ma clinique recueillies depuis seize ans.

J'éprouve le besoin de citer les noms de mes collaborateurs et de mes anciens élèves, et de leur renouveler ici tous mes remercîments. Ce sont : MM. les docteurs Thierfelder (depuis professeur de clinique à Bostock), Uhle (d'abord professeur de clinique à Dorpat, puis à Iéna), Friedmann (médecin praticien), Rosser, Nakonz, Geissler (aide de clinique et professeur), Wolf, Blass, Thomas (professeur et directeur de la Polyclinique), Siegel (médecin à Leipzig), Schenkel, Treibmann, Friedlander, Heinze ; mes internes actuels, les docteurs Heubner, Stecher et Hankel, enfin la plupart de mes anciens élèves, qui ont aussi publié d'intéressantes études de thermométrie, en particulier MM. les docteurs Seume, Michael et Hûbler, etc.

Je dois, il est vrai, reconnaître que ma tâche n'est pas restée infructueuse.

Les mensurations thermiques dont on avait osé sourire après les premières communications que j'en avais faites dans ma clinique et qu'un critique français avait regardées comme des tentatives infructueuses, tout au plus applicables dans les petits hospices allemands où le nombre des malades est à peu près égal à celui des médecins, ces mensurations, dis-je, se sont généralisées aussi bien dans tous les établissements cliniques de l'Allemagne que dans la plupart des hôpitaux, sont même devenues usuelles dans la pratique civile et sont aujourd'hui considérées comme une partie essentielle de l'étude des fièvres.

Que l'on compare l'état de la thermométrie, il y a dix ans, avec le développement qu'elle a acquis aujourd'hui, et l'on verra qu'il est peu de doctrines scientifiques qui aient fait de plus grands et de plus rapides progrès. C'est principalement sur les modalités de la température que l'attention a été le plus vivement attirée.

R. Litchenfels et R. Frôhlich ont étudié, à plusieurs points de

vue, les conditions de température à l'état hygide ainsi que ses modifications et ses changements (Observations sur les lois de la fréquence du pouls et de la température à l'état physiologique et sous l'influence de certaines causes — in Denkschr. der Wiener Académie, 1852, Math.naturivissenschafl. Classe, Bd. III,Abth. 2, p. 115). Parmi les travaux qui se rattachent à ce sujet, nous devons citer ici ceux de : Damrosch (Sur les fluctuations quotidiennes de la température de l'homme à l'état de santé, in Deutsche Klinïk, 1855, p. 515); Knauthe (Tracés de la température physiologique prise toutes les demi-heures et tous les quarts d'heure, in Zeitschrift fur Medicin, 1865, Heft 8) ; W. Ogle (On the diumal variations in the temp. of the human body in Saint-Georges hospit. reports, 1866, 1, 221) ; Jûrgensen (Sur la marche typique de la température quotidienne chez l'homme bien portant, in Deutsches Arch. fùrUinisch. Medici?i, 1867, t. III, p. 166).

Les modifications imprimées à la température par la grossesse, par la parturition et les couches, aussi bien que les modalités thermiques des nouveau-nés ont été l'objet de recherches consciencieuses qui, du reste, ont été confirmées plus tard. — L'état de la température après les traumatismes a été aussi étudié avec le plus grand soin, notamment par Billroth et par 0. Weber. Grâce à leurs travaux, la thermométrie est entrée dans la pratique chirurgicale.

Quant aux maladies internes, elles ont été le sujet d'un trèsgrand nombre d'observations thermométriques. — Les faits rapportés par Bœrensprung, Traube et ceux de ma clinique me semblent déjà considérables par eux-mêmes, et l'on doit encore y ajouter toutes les observations ultérieures qui ont servi à confirmer les principes déjà établis ou à élucider quelques points spéciaux. Nous aurons occasion de les citer à propos de chaque maladie en particulier. ■ — Les travaux d'ensemble ont été entrepris par Jenni (Observations sur la température dans les maladies, 1860), Wolf (Aperçu général des observations thermométriques faites jusqu'à ce jour, in Archiv des Vereins fur wissenschaft. Heilkunde, 1864, neueFolge, t. I, p. 561) et l'on peut trouver un bon résumé analytique dans le Traité de pathologie générale de Uhle et Wagner (3Aufl.,p. 557-560).

L'emploi du thermomètre dans les maladies a exercé une in-

fluence incontestable sur l'administration plus rationnelle des bains froids dans la fièvre typhoïde et dans quelques autres maladies. A cet égard, Brand (de Stettin) a frayé la voie nouvelle, bientôt suivie par Bartels et Jùrgensen, Liebermeister, Ziemssen, Obernier, Wahl, Barth, Mosler, Immermann, qui, tous, ont plus ou moins préconisé le traitement hydrothérapique dans les maladies fébriles.

De toutes parts, à l'étranger, en Hollande, en Bussie, en France, en Italie, en Angleterre et jusqu'aux Etats-Unis, la tiiermométrie médicale est entrée dans la pratique, et quoique j'ai trouvé mes travaux ou ceux de mes élèves et de mes internes fidèlement reproduits (parfois sans que mon nom soit même mentionné) dans les nombreuses publications étrangères, elles n'en renferment pas moins parfois d'intéressantes recherches personnelles. — Nous devons citer en premier lieu les importants travaux de tiiermométrie publiés en Russie par des médecins qui, pour la plupart, sont d'origne allemande. — En Hollande, van Fokker a fait paraître, en 1865, un résumé général des éléments delà tiiermométrie : Over de Temperatuur van den Mensch in gezandenen zieken tœstand. — En France, non-seulement on trouve de très-nombreuses dissertations sur ce sujet (thèses de Maurice, Spielmann, Fouque, Aronssohn, Hardy, Duclos, etc.); mais encore plusieurs médecins distingués, connaissant la littérature allemande, ont fait ressortir toute l'importance de la tiiermométrie clinique ; au premier rang doivent se placer Charcot (dans plusieurs mémoires et travaux), et Jaccoud (Leçons de clinique médicale, 1867, et Traité de pathologie interne, 1869, p. 72-92).

A Genève, Ladé a fait un bon travail sur la température du corps dans les maladies (1866), ainsi que Ladame, à Neufchàtel : Le thermomètre au Ut du malade ; recherches physiologiques et pathologiques sur la température de l'homme in Bulletins de la société des sciences naturelles de ISeufchâtel.

En Amérique, Bennet Dowler (de New-Orléans), aurait, d'après Lewick (Pennsylv. Hosp. Reports, 1868, 1. 1, p. 582), déjà bien avant 1851, entrepris un certain nombre d'expériences (Researches in to animal heatin the living and dead body), publiées beaucoup plus tard (1856) dans le New-York médical Gazette (juillet) et dans le New-Orleans med. and surgical Journal. — Seguin

(Médical record, 1866; t. I, p. 516) a surtout fait connaître nos travaux en Amérique, et, grâce à lui, la thermométrie s'est ainsi répandue et vulgarisée. — En Angleterre, John Simon et puis surtout Sidney Ringer (On the température ofthebody as a means of diagnosis in phthisis and tuberculosis, 1865) et Aitkin (cet auteur dans son traité intitulé : Science and praclice of médiane, a publié mes observations sur chaque maladie fébrile en particulier ainsi que la plupart de mes tracés thermiques) ; ces trois derniers ont, par leurs travaux, fait ressortir d'une façon saisissante la valeur de la thermométrie et ont réussi à convaincre leurs compatriotes des précieux avantages de ce nouveau mode d'investigation. Plusieurs médecins distingués de l'Angleterre ont imprimé tout récemment à la thermométrie pathologique une impulsion à laquelle sans nul doute les derniers travaux allemands, en particulier ceux de Weber et deBaumler, ne sont certainement pas restés étrangers. Voyez les articles de Compton (dans Dublin Journal, août 1866), de Grimshaw (ibid., niai, 1867), de Warter (St-Barilwlom. Hospit. Reports, !866),M'Cormak (Med. Times and Gazet., 1866), Gibson (British med. Journal, 1866), Smith (Edin'b. med. Journal, 1866), et bien d'autres encore.

12. Tandis que les observations directes de la température chez les malades se multipliaient et que la thermométrie pathologique se trouvait ainsi constituée, dans ces dernières années apparaissaient en même temps les recherches et les discussions théoriques.

Nous devons en premier lieu signaler les traités généraux, les mémoires et les travaux sur la chaleur en général et sur la chaleur animale en particulier.

F. Nasse : Chaleur animale (Rud. Wagner's Handwôrterbuch der Physiologie, 1855; Bd. IV, p. 1).

Gavarret : De la chaleur produite par les êtres vivants (1855). A. Fick : Physique médicale (1856, p. 162). G. -A. Hirn : Recherches sur V équivalent mécanique delà chaleur (Colmar,1858; 2meédit., 1865).

G. Zeuner : Essais sur la théorie mécanique de la chaleur avec des considérations spéciales sur Pévaporation (1860); deuxième édition complètement revue et corrigée (1866).

C. Ludvwg : Traité de Physiologie humaine; 2me édit, 1861 (t. II, p. 719-758).

R.Clausius : Mémoire sur la théorie mécanique de la chaleur (1864).

John Tyndall : La chaleur considérée comme un mode de mouvement (traduit de l'anglais par l'abbé Moigno, 1864).

Bertelot : Sur la chaleur animale clans le Journal de Vanatomie et de la physiologie normale et pathologique, de Robin (t. II, p. 652) et dans la Gazette médicale de Paris (c. XX, p. 474 ; 1865).

Onimus : De la théorie dynamique de la chaleur (1866) dans les Comptes rendus de la société de biologie.

R. Mayer : Mécanique de la chaleur, 1867 (résumé de ses publications antérieures). Voyez aussi les chapitres spéciaux dans les récents dictionnaires de physique et de physiologie.

Les nombreuses recherches expérimentales et les discussions théoriques qui s'y rattachent sont également du plus haut intérêt au point de vue de l'interprétation des faits pathologiques et de l'explication des causes de la chaleur fébrile. — Les expériences entreprises par Cl. Bernard, depuis 1852, n'ont pas peu contribué à démontrer l'influence que les nerfs vasculaires exercent sur la température.

Un grand nombre de physiologistes distingués se sont occupés de cette intéressante question. — Les travaux de Liebermeister (1859) sur la répartition de la chaleur dans le corps des animaux ont fait le sujet de nouvelles recherches. La théorie de la fièvre, émise par Traube (1865), qui se demandait si la chaleur fébrile était le résultat d'une déperdition moindre ou d'une production exagérée, a soulevé de très-vives discussions. — En même temps, Billroth et 0. Weber recherchaient par voie expérimentale l'étiologie de la fièvre, et leur méthode a trouvé depuis un trèsgrand nombre d'imitateurs.

Nous aurons l'occasion de citer dans le courant de notre ouvrage les travaux spéciaux qui se rattachent à notre sujet.

\ . C'est à juste titre que la médecine nouvelle ajoute la plus grande importance aux phénomènes objectifs et en particulier aux signes physiques.

Or la température d'un malade fait partie des signes physiques et objectifs de la maladie : la thermométrie se rattache donc au même ordre de moyens de diagnostic que la percussion, l'auscultation, etc., et, par conséquent, tous les avantages attribués à ces précieuses méthodes d'investigation sont également applicables à la thermométrie.

Mais la thermométrie surpasse même tous ces procédés, en ce qu'elle fournit des signes pour ainsi dire pondérables, qui peuvent être exprimés et évalués en chiffres, et, partant, un élément diagnostic indiscutable, indépendant de l'observateur aussi bien que de l'exercice et de la finesse de ses sens, et qui possède en un mot une exactitude mathématique. — De tous les phénomènes morbides dont le corps humain peut être le siège, il en est peu qui puissent se prêter à un examen aussi vrai et aussi sûr.

Les résultats obtenus par le thermomètre ont encore un second avantage sur ceux que fournissent les autres procédés d'exploration. Tandis que ceux-ci ne nous révèlent que Jdes modifications locales fixes et invariables ou à peine susceptibles de modifications lentes, la mensuration de la température nous permet de constater

des états éphémères et changeants, dont les oscillations normales sont, il est vrai, peu considérables, mais qui, dans les maladies, présentent des écarts et des variations relativement énormes, indices de perturbations profondes dans l'organisme.

La température est donc une sorte d'échelle graduée, non-seulement nette, mais sensible, servant à mesurer l'intensité des processus morbides qui ne se manifestent encore par aucun symptôme, ou du moins ne se révèlent qu'avec lenteur et très-tardivement.

Outre ces précieux avantages, la thermométrie en possède encore un autre qui lui permet de revendiquer une place spéciale parmi les procédés physiques d'observation. Ceux-ci, en effet, ne s'appliquent qu'à la recherche de la lésion locale, tandis que la thermométrie complète ces données insuffisantes en appréciant un phénomène du ressort de l'état général de l'organisme.

Ainsi, grâce aux nombreux matériaux fournis par une mensuration exacte, la thermométrie ouvre aux médecins une voie nouvelle et inaccessible à toute autre méthode d'investigation, c'està-dire l'étude pathologique de la vie. — Elle permet, en effet, d'apprécier les perturbations survenues dans l'état général de l'organisme vivant et l'importance de cette étude' est d'autant plus grande dans les maladies que les troubles généraux ont une signification plus essentielle et plus décisive.

La thermométrie chez les malades est donc une méthode objective d'examen physique qui fournit des données d'une exactitude mathématique et pouvant être appréciées et évaluées par des chiffres numériques et des signes assez sensibles pour suivre, pas à pas, les progrès des altérations de l'organisme. Elle donne encore un précieux élément à l'observateur en lui permettant d'analyser un phénomène résultant de l'ensemble des processus généraux de l'économie.

2. La détermination de la température d'un malade, en tant que moyen de diagnostic de l'état pathologique, peut être examinée à trois points de vue différents :

a. Elle paraît nécessaire parce que tout dérangement de la santé est un élément morbide digne d'être connu ; ce trouble pa-

thologique l'est d'autant plus qu'il peut être déterminé avec précision et par un moyen physique.

b. La température est un phénomène assez uniformément répandu sur tout le corps et résulte manifestement des processus auxquels participe l'organisme tout entier. — Les modifications thermiques étant donc le symptôme d'un trouble général, doivent être examinées avec d'autant plus d'attention que, jusqu'ici, elles sont la seule manifestation pathologique que l'on puisse préciser avec exactitude et poursuivre jusque dans ses moindres modalités.

c. Puisque les changements de température sont l'indice d'un trouble général dans la santé et peuvent être constatés avec promptitude et à toute heure, il est possible, en suivant l'évolution thermique dans les cas nombreux d'une même forme morbide, de décider la question suivante : Y a-t-il des formes pathologiques dans lesquelles le trouble général de l'économie est soumis à une loi ? A ce sujet se rattache l'étude des infractions faites à cette loi et des causes qui les provoquent.

On ne doit pas négliger ce triple point de vue, si l'on veut connaître la valeur pratique de la thermométrie et le rôle qu'elle joue dans la clinique.

Le corps humain possède une température à peu près indépendante du milieu ambiant. Un procédé facile et sûr fait constater cette température et ses différentes modalités dans certaines conditions physiologiques ou morbides. Dans l'état de santé la température reste la même dans presque toutes les circonstances; tandis que dans les maladies, elle présente des écarts qui, cependant, ne peuvent pas dépasser certaines limites.

Ce premier fait n'est-il pas déjà de la plus haute importance et du plus grand intérêt? Quand nous voyons la température humaine ne subir ni élévation ni abaissement considérables sans un trouble préalable ou concomitant de la santé, cette particularité ne doit-elle pas nous suggérer de sérieuses réflexions? Cette chaleur propre du corps humain à l'état hygide, oscille à peine de quelques dixièmes de degrés, quels que soient le genre et la nature de l'alimentation, quelle que soit l'intensité du fonctionnement des muscles et de l'activité cérébrale, quelle que soit la quantité des

recettes ou des déperditions organiques chez tous les sujets, à tous les âges, dans tous les tempéraments et toutes les constitutions, enfin sous les différentes influences externes, à la condition toutefois qu'elles ne soient pas de nature à déranger la santé. D'un autre côté, n'est-il pas tout aussi merveilleux que, dans les diverses formes de maladie, la température du corps subisse tôt ou tard des écarts considérables, et que l'existence d'un trouble morbide produise toujours, sinon une modification de température, du moins une certaine tendance à des variations thermiques, sous l'influence de la moindre cause?

S'il est une condition organique digne d'attention, certes, c'est bien ce contraste frappant qui existe entre les températures physiologique et morbide.

Alors même que ce curieux phénomène resterait sans applications pour la médecine, pourrait-on rester indifférent en présence d'une propriété aussi singulière?

Mais il faut le reconnaître, l'importance pratique de la thermométrie est immense.

Elle ressort clairement de la relation intime des phénomènes thermiques avec les divers processus dont le corps humain est le siège.

En admettant l'exactitude de l'hypothèse qui attribue une importance eapitale à l'état de l'organisme et de la nutrition générale dans les maladies, on voit de quelle précieuse ressource doit être, pour l'observation d'un cas morbide, la possibilité d'obtenir, à l'aide d'un simple phénomène physique dont les moindres nuances peuvent être appréciées et rigoureusement exprimées par des chiffres exacts, une sorte d'échelle graduée des processus qui autrement passeraient inaperçus.

Il est vrai que ce signe peut paraître d'une valeur tout à fait illusoire pour apprécier l'état de la nutrition, quand on songe que l'élévation de la température n'est nullement proportionnelle à la quantité de chaleur produite dans le corps par les combustions organiques; on ne peut donc tirer à cet égard de conclusions exactes qu'en faisant entrer en [ligne de compte la déperdition de chaleur.

L'élévation de la température est le produit de facteurs multiples et en partie divergents ; aussi] l'application théorique immé-

diate des conditions thermiques à la pathologie est presque nulle, et tous les efforts tentés dans cette voie sont restés infructueux. D'après cela il semblerait qu'un écart de température ne pourrait indiquer en général qu'un désordre quelconque clans l'organisme, et que toute déduction tirée de l'élévation thermique serait fausse ou prématurée.

Or l'expérience démontre le contraire.

Le résultat le plus important des observations thermométriques n'est donc atteint qu'au moment où l'on réussit à découvrir par la voie expérimentale, que les modifications de la température dans les maladies sont fondées sur une loi. La valeur delà thermométrie pathologique ne devient considérable que lorsque des expériences innombrables montrent d'une façon irréfutable que ces modifications petites et en apparence insignifiantes du phénomène isolé sont subordonnées à des règles rigoureuses.

Car le fait suivant, à savoir que le corps d'un homme malade est plus chaud ou plus froid, à l'état de santé, a une signification beaucoup plus importante que celle qui résulte de l'observation qu'un individu pèse plus ou moins, qu'il se sent fort ou faible, qu'il tousse fréquemment ou à de rares intervalles, qu'il a le sommeil long ou court, qu'il se plaint de douleurs plus ou moins vives ; sous beaucoup de rapports, la déviation de la température est dans une connexion étroite avec des processus très-répandus dans l'organisme.

En découvrant ces lois et ces rapports de corrélation, la thermométrie ouvre à la pathologie un nouveau champ dans lequel on avait vainement cherché à pénétrer par d'autres voies et qui avait été généralement considéré par les uns comme inaccessible et que d'autres, après tant d'inutiles efforts et de tentatives infructueuses, avaient regardé comme chimérique : nous voulons parler du domaine des normes morbides ou pour mieux dire de la thermonomie pathologique.

Mais il se présente une difficulté dès que l'on veut abstraire les règles de la thermonomie pathologique et les appliquer à l'étude d'un cas isolé ; c'est la suivante :

Dans les états pathologiques , les écarts de la température résultent souvent du processus morbide seul ; d'autres fois des effets momentanés et accidentels viennent s'y joindre dans l'orga-

nisnie malade. Cette difficulté, qui peut prendre de grandes proportions, est vaincue par la multiplicité des observations et par un examen judicieux et approfondi.

Une fois ces obstacles surmontés, la thermométrie peut mener à des théories toutes nouvelles sur un grand nombre de maladies et entraîner ainsi une rénovation radicale de la pathologie tout entière.

3. Les considérations qui précèdent font clairement ressortir quel doit être l'objet de la thermométrie :

Elle constitue un élément essentiel et primordial de l'observation clinique.

Elle est nécessaire toutes les fois qu'il existe des variations de température, indispensable dans beaucoup de cas douteux ; c'est enfin dans presque toutes les maladies un précieux adjuvant.

Le médecin qui veut soigner des fébricitants sans avoir connaissance des premiers linéaments de la thermométrie et sans mesurer la température de ses malades, est pareil à l'aveugle qui chercherait à s'orienter sans guide dans sa route.

Avec beaucoup d'exercice et un grand jugement, il finira peutêtre aussi par retrouver son chemin, mais il se trompera le plus souvent et, en tous les cas, ce ne sera qu'après de longs efforts qu'il parviendra à atteindre incomplètement ce qui se révèle d'emblée à tout autre.

Mais la thermométrie ne doit pas s'en tenir là. Il faut qu'elle indique les lois qui régissent l'évolution des maladies, et ce n'est qu'après avoir rempli cette tâche, après s'être ainsi transformée en thermonomie, qu'elle pourra résoudre, si faire se peut, le premier problème qui est d'abord purement pratique.

4. Après avoir jusqu'ici essayé de montrer la signification de la thermométrie, telle qu'elle ressort de la nature des choses, il n'est peut-être pas superflu de rappeler maintenant quelques applications immédiates et pratiques de cette méthode de recherches.

a. La température normale du corps humain n'est pas en ellemême le signe certain de la santé, mais si cette température se maintient normale sous différentes influences, c'est-à-dire la tem-

pérature normale constante peut être considérée comme la preuve d'une constitution saine.

Qu'un individu sain se nourrisse bien ou mal, qu'il ait faim ou qu'il digère, qu'il boive de l'eau ou des boissons excitantes, que ses intestins soient à l'état de réplétion ou de vacuité, qu'il reste en repos ou qu'il fasse des mouvements, de l'exercice, des efforts ; que son esprit soit inactif ou occupé, etc.. sa température restera à. peu près la même, tant que les conditions précédemment énumérées n'entraînent pas de dérangement de sa santé.

L'administration d'un médicament, la saignée elle-même n'exercent pas d'influence appréciable sur la température, tant que la santé n'est pas altérée. — En pareils cas, on n'observe que de très-légères variations de quelques dixièmes de degré. — Par conséquent, plus la température normale d'un individu reste constante et invariable, dans les conditions les plus différentes de la vie et sous les influences les plus diverses, moins on doit s'inquiéter de l'état de sa santé.

b. En pratique, il se présente maintes fois des circonstances où il est utile et nécessaire même de s'assurer si un individu est réellement malade ou tout au moins indisposé. — Or l'examen tbermométrique, en révélant un certain écart de la température, prouve plus vite que tout autre mode d'exploration l'existence d'un dérangement.

Par ce moyen, nous possédons un signe objectif, facile à percevoir et d'une valeur sans égale dans certaines circonstances.

Un malade se plaint-il de douleurs vagues, de malaises indéfinissables; si l'on trouve chez lui une température anormale, on sait déjà a priori que ses souffrances ne sont ni simulées ni exagérées et que son état doit appeler l'attention du médecin.

Si, d'autre part, on constate un écart de température chez des hommes qui prétendent et affirment énergiquement n'être plus malades ou qui, au déclin de leur maladie, se considèrent comme guéris complètement, on peut positivement assurer qu'il existe encore chez eux un trouble de la santé ou que le rétablissement n'est pas encore radical et parfait. — Il n'y a pas seulement que le médecin qui puisse se laisser guider par ce signe, mais le malade lui-même comprendra ainsi que les soins lui sont encore nécessaires.

BUT ET UTILITE DE LA THEKM0METR1E MEDICALE. Gl

c. Dans bien des cas, il ne s'agit pas seulement de savoir s'il existe un trouble morbide et quelle est sa nature, mais en même temps quels sont le degré et l'importance de la maladie.

Très-fréquemment, l'observation thermique fournit en pareille circonstance un moyen qui surpasse en précision tous les autres. Trouve-t-on une température normale, on peut être rassuré sur la gravité du cas, abstraction faite, bien entendu, d'une affection purement locale.

Si, au contraire, l'écart thermique est considérable, on doit tenir le cas pour sérieux. De cette façon, le thermomètre devient un moyen aussi sûr que précieux de juger le degré de gravité ou de bénignité de la maladie. Pour ne citer qu'un exemple :

Dans les maladies des jeunes enfants qui donnent souvent lieu à des interprétations différentes, le médecin, tantôt cédant à de pressantes instances, a recours à une médication inutile, tantôt néglige d'intervenir en temps opportun ou, du moins, manque d'appliquer la méthode abortive si nécessaire au début des maladies graves. Le thermomètre peut aussi bien indiquer que le cas est bénin qu'il peut annoncer la prochaine invasion d'une maladie grave. Confié aux mains de parents intelligents, cet instrument peut servir d'utile critérium pour savoir s'il est nécessaire d'appeler immédiatement un médecin ou si sa visite peut encore être remise.

Souvent c'est la température qui, à elle seule, révèle des troubles latents sérieux ou légers. — Une indisposition qui s'accompagne d'une élévation considérable de température n'est jamais à négliger, car elle masque d'ordinaire le début d'une maladie grave.

d. Quand la maladie est assez développée, parfois même dès les premiers jours, l'observation thermométrique suffît, à elle seule, dans beaucoup de cas, pour faire diagnostiquer avec certitude le genre de la maladie. Plus fréquemment encore, elle permet d'exclure avec une rigoureuse certitude des formes morbides indiquées par les autres symptômes, ou bien elle peut servir à éclaircir des cas douteux. Il n'y a point de moyen de diagnostic plus riche en données positives ; il n'en est pas de meilleur pour rectifier les erreurs commises.

62 BUT ET UTILITÉ DE LA. TflERMOMÉTRIE MÉDICALE.-

Si l'on a sous les yeux le tracé graphique de l'évolution thermique de la maladie, on peut encore déterminer avec la plus grande précision l'espèce morbide dans la plupart des affections fébriles, en suivant ainsi sur le papier la marche de la maladie. — Nous verrons dans la suite combien la thermométrie contribue puissamment à résoudre les questions en litige et comment, d'un seul coup d'œil jeté sur un tracé thermométrique, on peut poser un diagnostic.

e. Mais ce n'est pas seulement au diagnostic nosologique que doit s'arrêter le clinicien. Il est encore une foule de modalités pathologiques dont il doit tenir compte, telles que : la transition d'un stade à un autre, le moment des exacerbations et des rémissions, l'apparition des complications, l'intensité de la maladie, l'imminence du danger ; toutes questions non moins importantes à résoudre.

La thermométrie est, en pareil cas, le guide le plus prompt et le plus sur.

f. Tant que dans le cours d'une maladie qui est en cile-mème susceptible de guérison, la marche de la température correspond au type morbide, le médecin peut compter presque sûrement sur une issue favorable et s'épargner ainsi beaucoup d'autres recherches ; au contraire, dès qu'il se présente un écart extraordinaire dans la température, c'est un avertissement important et souvent le premier indice, il exige une recherche soigneuse des causes de l'irrégularité et aide souvent à découvrir des troubles qu'on n'aurait pas soupçonnés sans lui.

g. A la période de décroissance, la marche de la température est aussi le plus sûr moyen de distinguer une amélioration réelle d'un amendement trompeur et de reconnaître la guérison sous les dehors d'une aggravation apparente. — Si tous les phénomènes s'amendent sans que la température subisse de notables abaissements, la guérison est encore bien lointaine. D'un autre côté, les approches d'une solution favorable sont parfois accompagnées de symptômes si alarmants* et l'on serait tenté de croire à cette impression décevante si les indications précises fournies par la température ne venaient annoncer d'une façon formelle le début de la

onvalescence.

h. Les observations de température sont de la plus grande valeur pour contrôler [intervention thérapeutique. 11 est extrêmement difficile de rendre manifeste l'utilité d'une médication dans les maladies aiguës qui, si souvent, guérissent spontanément ; or la température est le meilleur critérium de l'utilité ou de 1 -inefficacité des agents thérapeutiques mis en usage. — Elle peut faire reconnaître qu'une médication a eu un commencement d'effet salutaire, alors même que l'issue de la maladie aurait été fatale. — On ne peut juger et apprécier sainement la valeur des méthodes de traitement des maladies fébriles qu'en les faisant contrôler par la thermométrie.

Ces exemples doivent nous suffire; il serait aisé, du reste, de les multiplier ; mais en entrant ultérieurement dans les détails des différentes conditions on verra ressortir, sur tous les points et de la façon la plus lucide, l'utilité pratique de cette nouvelle méthode d'examen.

i. Il faut avouer cependant que beaucoup d'entre ceux qui conviennent volontiers de l'utilité de la thermométrie dans la clinique et dans la pratique nosocomiale, sont d'avis quelle est extrêmement difficile ou même absolument inapplicable dans la clientèle privée.

Le nombre des sceptiques a considérablement diminué dans ces derniers temps, à la suite des nombreux essais entrepris par des praticiens autorisés qui ont ainsi prouvé que la thermométrie était praticable même dans la clientèle privée. Tous, aujourd'hui, s'accordent à reconnaître que les mensurations ne présentent aucune difficulté, et que la dépense pour les instruments est tout à fait insignifiante.

Nous montrerons dans le chapitre suivant, à propos de la technique thermométrique, que le temps consacré à ces recherches peut être tellement diminué que le médecin même le plus occupé pourra y avoir recours. — Il n'est pas nécessaire que le médecin mesure lui-même la température à chaque visite qu'il fait à ses malades. Jusqu'à un certain point même, la thermométrie lui fera plutôt économiser du temps, en lui fournissant, à l'aide d'un seul signe, des données qui pourraient à peine être acquises par un long examen et des recherches plus étendues. Il est même permis

de dire que si la percussion et l'auscultation pratiquées avec soin peuvent, dans beaucoup de cas, dispenser de tout autre moyen d'exploration ; de même le médecin, qui aura acquis une grande expérience de la thermométrie, pourra bien souvent déduire des conclusions qui auraient complètement échappé à celui qui n'est pas versé dans cette matière.

Les difficultés inhérentes aux malades, que plusieurs médecins se complaisent h invoquer, sont sans fondement. IN'a-t-on pas jadis adressé la même objection à l'auscultation et à la percussion? Aujourd'hui on sait bien que la grande majorité des malades sont mécontents si l'on n'applique pas ces moyens d'exploration, tant le public est convaincu de leur nécessité.

Aussi, les malades s'intéressent-ils vivement à la thermométrie qui ne présente à leurs yeux aucun inconvénient, et ne peut en aucune façon blesser leur pudeur. — Ils puisent même de la confiance dans l'exactitude des résultats qu'elle fournit et de l'espoir dans les chances favorables que la décroissance thermique leur fait présager. Partout où le thermomètre est entré dans la pratique médicale, il est promptement devenu populaire et n'a jamais trouvédans son application aucune résistance de la part du public.

Toutefois , pour que la thermométrie soit réellement utile, il faut commencer par examiner les procédés auxquels on doit avoir recours pour obtenir, en clinique, des résultats positifs, certains et authentiques ; en outre, on doit connaître auparavant les données fournies par l'examen des conditions de la tempéra ture à l'état hvgide.

1 . Les méthodes et les procédés employés à la recherche de la température humaine sont multiples. Pour arriver à des résultats positifs et pour pouvoir en apprécier l'exactitude, il faut connaître les diverses causes d'erreurs qui peuvent être commises dans l'observation thermique et les moyens propres à les éviter.

Il n'y a pas d'exactitude ni de sûreté absolues dans l'exploration de la température et, pût-on l'atteindre, elle serait inutile et même impropre à la tâche que se pose la thermométrie médicale, car cette précision même nécessiterait un appareil compliqué et des précautions longues et minutieuses qui enlèveraient à sa méthode toute sa portée pratique. Il est indubitable qu'on ne peut arriver à des résultats utiles que par des observations rigoureuses ; mais Userait absurde d'exiger dans tous les cas l'application d'une méthode minutieusement exacte.

Avec la précision qu'exigent les recherches, il ne faut pas non plus perdre de vue le but que l'on poursuit dans tel cas isolé; car une méthode n'est pas également valable dans toutes les circonstances ; il faut donc commencer par se rendre compte du degré d'exactitude que réclame le cas échéant.

Dans bien des cas, des observations multipliées, fussent-elles même approximativement faites, peuvent être plus précieuses que

quelques rares mensurations isolées et dont l'exactitude ne laisserait rien à désirer.

Au point de vue pratique, une recherche précipitée, quoique imparfaite, peut être plus utile qu'une observation longue et minutieuse dans laquelle on aurait soigneusement évité toute cause d'erreur.

L'abus des précautions techniques entrave l'application de la méthode, car en voulant donner aux résultats une extrême précision, les observations sont rendues plus longues et, partant, plus rares et ne fournissent ainsi qu'une base trop étroite pour l'expérience. — La déduction des faits généraux devient alors impossible.

Un examen superficiel peut suffire s'il ne s'agit que de savoir promptement si un individu est atteint de fièvre, si celle-ci est intense ou modérée, et lorsqu'on ne veut obtenir ce résultat que pour y puiser soit un surcroît de confiance, soit au contraire un encouragement à redoubler de précautions et de soins.

Dans la pratique ordinaire, c'est-à-dire pour l'appréciation de l'état et de la marche d'une maladie, au point de vue du diagnostic et du pronostic, de plus grandes précautions sont nécessaires ; mais là aussi l'examen thermométrique relativement à la multiplicité et à l'exactitude des mensurations est soumis aux exigences spéciales du cas.

Tant que l'état du malade reste conforme aux résultats fournis par l'expérience dans des formes morbides analogues, tant qu'il ne se présente aucun phénomène anomal ou suspect, tant que le diagnostic n'est pas douteux et que la marche de la maladie est régulière, il suffira d'une mensuration thermique approximative et peu fréquente.

Des erreurs qui ne dépassent pas un quart de degré sont, dans ce cas, le plus souvent sans importance et si l'on a soin d'appliquer le thermomètre aux mêmes heures, on ne devra faire que deux mensurations par jour et quelquefois même une seule.

Une plus grande exactitude jointe à des mensurations réitérées deviendra nécessaire dès qu'il s'agira de résoudre un problème difficile de diagnostic ou de pronostic, ou de contrôler les effets d'une médication. — Mais là encore des erreurs d'un ou de deux dixièmes de degré seront insignifiantes dans la plupart des cas.

Ce n'est que pour les températures extrêmement élevées (au-dessus de 41°) que même un dixième de degré peut acquérir une grande signification pratique et décider du pronostic.

Les observations devront être encore plus rigoureuses quand il s'agira d'en abstraire des faits généraux ou d'analyser les résultats obtenus. — Dans des questions de cette nature, ceux dont les mensurations ne seront ni assez sûres ni assez réitérées devront garder le silence. — La répétition des observations thermométriques est plus nécessaire encore que leur extrême exactitude. Des erreurs de un, deux dixièmes de degré et quelquefois même plus, perdent de leur importance quand on peut réunir et mettre à profit un grand nombre de mensurations faites dans des états morbides analogues ou dans des conditions à peu près semblables ; pourvu toutefois que l'observation ait eu pour but de déterminer la marche de la température et non son élévation absolue. Par contre, des mensurations trop fréquentes ne donnent le plus souvent que des idées confuses et inexactes sur la marche de la température dans un cas morbide.

Enfin il reste encore des questions d'un intérêt purement scientifique qui, pour leur solution, exigent une rigoureuse exactitude dans les mensurations, car, en pareil cas, les écarts thermiques les plus minimes peuvent avoir leur importance.

Mais, nous le répétons, la précision absolue n'existe pas et c'est dans les observations pratiques qu'on doit le moins la demander. Du reste, il ne faut pas tenter l'impossible et, comme en toutes choses, se contenter de ce qu'il est permis d'obtenir.

2. Les moyens propres à déterminer la température ont une portée très-différente, mais chacun d'eux peut, selon les circonstances, trouver son application.

L'appréciation de la chaleur par la main est une méthode trèsinfidèle. Celui qui n'a pas déjà pratiqué des mensurations thermométriques ou qui n'en a fait qu'un très-petit nombre s'expose par un tel procédé à de nombreux mécomptes. Même après un long exercice, l'erreur est encore fréquente et il est très-diffîciie d'arriver à distinguer des fractions de degré. Si la main est froide, la sensibilité thermique est émoussée ou fautive, et dans ces cas, les médecins même les plus exercés peuvent commettre des erreurs

d'évaluation de plus d'un demi-degré et quelquefois même de plusieurs degrés.

Néanmoins, en appliquant la main sur la peau d'un malade, on peut avoir la notion approximative de sa température et puiser ainsi une utile indication de l'opportunité d'une mensuration plus exacte.

Jamais on ne doit se borner à la simple palpation des mains et delà face, mais il faut aussi toucher les parties couvertes, parce que ce n'est que sur elles que l'on peut avoir une notion relativement fondée de l'élévation de la température.

3. La mensuration pratiquée à l'aide des instruments peut seule fournir des résultats positifs.

a. Dans la pratique médicale, on se sert habituellement d'un thermomètre à mercure, instrument il est vrai paresseux et tardif, mais qui peut répondre à toutes les exigences, à la condition toutefois d'être employé avec justesse et dans les cas où la température ne subit pas de modifications trop rapides. — Néanmoins, il est préférable au thermomètre à alcool, qui n'est pas assez sûr dans les élévations dont il s'agit.

Le récipient destiné à renfermer le mercure ne doit être ni trop grand, ni trop petit; car s'il est trop vaste, le thermomètre est moins sensible, s'il est trop exigu, il ne s'adapte pas exactement sur les parties. — Un diamètre d'environ | à f de centimètre nous paraît être le plus convenable. La forme globulaire est meilleure que la cylindrique pour les mensurations axillaires, ou du moins, si le réservoir est cylindrique, il doit avoir un diamètre longitudinal très-petit afin de se rapprocher de la forme globulaire.— Si l'on veut pratiquer des mensurations dans le rectum et dans le vagin, il vaut mieux se servir d'un récipient conique se rétrécissant en bas. — Pour rechercher la température des surfaces cutanées, on a recommandé un récipient de forme hémisphérique à base plane qui, à la vérité, est d'une application facile, mais dont les résultats sont inexacts et douteux — Le verre du réservoir, ne doit pas être trop mince, caril serait alors trop fragile, ni trop épais pour que la sensibilité du thermomètre n'en soit pas amoindrie.

Le tube de l'instrument doit avoir, autant que possible, un calibre uniforme et être assez étroit pour que l'œil puisse aisément diviser par moitié et même par quarts les distances comprises entre deux dixièmes de degré. La longueur du tube doit être assez grande pour que les degrés qui" nous intéressent soient éloignés d'au moins 12 centimètres du récipient et qu'on puisse ainsi facilement lire sur l'instrument appliqué le degré marqué par le mercure.

Toutefois, un tube trop long rendrait l'instrument peu portatif. Il suffit que sa longueur corresponde à la limite extrême des élévations thermiques observées chez l'homme. — Le zéro de l'échelle peut donc parfaitement tomber dans le réservoir et, d'un autre côté, il ne faut pas que le tube soit assez long pour que le mercure puisse arriver jusqu'au point d'ébullition de l'eau; il suffit, au contraire, que les degrés compris entre 52°, 5 et 45° (^r: 26° à 56° R.) correspondent au tube, de telle sorte que le 55e degré (28° R.) soit éloigné de i2 centimètres du récipient (ce thermomètre, mis en usage pour les bains, doit être gradué à partir du 24e degré).

Les degrés indiqués ci-dessus devront seuls être marqués sur l'échelle du thermomètre. Il est tout à fait indifférent de se servir des divisions de Réaumur ou de Celsius; quant à celles de Fahrenheit, auparavant les plus usitées, elles sont à peu près complètement abandonnées sur le continent.

La graduation de l'échelle en cinquièmes de degrés est très-suffisante dans les conditions habituelles. — Les lignes indiquant les divisions des degrés et des fractions de degrés doivent être nettes et distinctes. — Les degrés seront marqués par des traits plus longs que les lignes fractionnelles. — Les thermomètres a maxima, très-employés en Angleterre (H. Weber) et en France (Niederkorn), sont d'une grande utilité dans bien des cas, quoique un peu plus coûteux. — La colonne de mercure y est séparée par une petite couche d'air en deux parties inégales : une inférieure plus grande qui communique en même temps avec le réservoir, l'autre, supérieure, plus petite, ne mesurant que quelques lignes, dont la limite suprême indique le maximum de l'élévation. En s'échauffant, le mercure monte comme dans un thermomètre ordinaire, tandis que par la réfrigération, il n'y a que la colonne mercurielle

inférieure qui descende, la supérieure, restant en place et séparée de l'autre par la couche d'air dilatée; de 3ette façon, la limite supérieure du mercure indique d'une façon durable l'ascension antérieure, et l'on peut, à un moment quelconque après la mensuration, lire encore l'élévation de la température. — Si l'on veut se servir de nouveau de l'instrument, il faut avoir soin de rapprocher, par un léger choc, la partie supérieure du mercure de la colonne inférieure.

On conçoit que toute recherche positive suppose l'exactitude de l'instrument ; or, l'uniformité de calibre du tube importe plus pour la justesse du thermomètre que sa graduation. Il est évidemment très-utile que celle-ci soit également exacte, mais les imperfections de cette dernière sont plus faciles à corriger ; il suffit pour cela de plonger l'instrument dans de l'eau chaude et de comparer le degré de température qu'il indique à celui marqué par un autre thermomètre servant d'étalon et parfaitement gradué. — On tiendra compte de l'écart constaté pour faire la correction.

La différence entre le thermomètre étalon et celui que l'on expérimente est-elle la même pour tous les degrés de l'échelle, saiton, par conséquent, une fois pour toutes, combien il faut ajouter au degré de l'instrument ou ce qu'on doit en soustraire, il est facile alors d'obtenir avec celui-ci des résultats aussi satisfaisants que si l'on se servait du thermomètre étalon lui-même.

Il devient ainsi possible d'employer des instruments à meilleur marché, et la mensuration est rendue accessible à tout le monde. Cette circonstance est d'autant plus importante qu'il est bien plus avantageux dans la pratique de disposer d'un grand nombre de thermomètres que d'en posséder de parfaits, mais en bien moindre quantité. — Il faut seulement que l'observateur retienne avec soin la réduction que nécessite chaque instrument afin d'éloigner ainsi toute cause d'erreur.

Si, au contraire, le tube est mal calibré ou si la graduation est si défectueuse que les écarts diffèrent à chaque degré, l'usage d'un tel instrument est vicieux et doit être rejeté.

D'ailleurs, l'instrument Je meilleur et le plus correctement gradué a besoin d'être plusieurs fois mis à l'épreuve dans les premières années qui suivent sa fabrication ; si l'on vient à en faire usage, au point de vue médical, il est bon d'en contrôler de temps

en temps la justesse. — Car, avant d'arriver à la stabilité, si toutefois elle est jamais complète, le verre éprouve pendant un certain temps des changements dans l'état d'agrégation de ses molécules. Ainsi le calibre du tube et surtout celui du récipient subissent de notables variations ; il peut se faire qu'un thermomètre dont la graduation était très-exacte à l'origine, diffère de plusieurs dixièmes de degré six mois après. Peut-être les manipulations fréquentes, la compression sur ce globe mince de cristal ou toutes autres causes contribuent-elles aussi, cà la longue, à rétrécir le calibre du réservoir. Voilà pourquoi les thermomètres dont on se sert en clinique doivent être d'autant plus souvent contrôlés qu'on en fait un plus fréquent usage.

Lorsqu'en pratiquant une mensuration on obtient un degré anomal et que rien ne semble justifier, on doit aussitôt procédera un examen de l'instrument pour s'assurer s'il n'a pas subi quelque avarie restée inaperçue qui pourrait donner la raison de cet étrange phénomène.

Il va sans dire qu'on devra tout d'abord s'assurer si le thermomètre a conservé son intégrité et si la colonne de mercure n'est pas brisée.

On doit, autant que possible, se servir du même instrument chez le même malade et indiquer dans chaque observation le numéro du thermomètre mis en usage.

Il est toujours nécessaire d'avoir à sa disposition un grand nombre de thermomètres reconnaissables à leurs numéros.

Dans la clientèle privée on dépose un de ces instruments chez les malades dont on veut prendre la température pendant tout le cours de leur maladie. A l'hôpital, les observations de ce genre sont extrêmement facilitées si l'on possède assez d'instruments pour pouvoir les appliquer simultanément sur tous les malades d'une salle.

Si un seul thermomètre étalon suffit pour le contrôle, il ne faut pourtant pas négliger de le comparer de temps en temps à d'autres thermomètres normaux (celui d'un cabinet de physique, par exemple, ou d'un observatoire météorologique) .

Dans certaines circonstances, il peut être utile ou même nécessaire de posséder un ou plusieurs instruments qui marquent jusqu'aux centièmes de degré. Dans la pratique, une pareille gradua-

tion est superflue, et même, pour toutes les questions purement cliniques, le besoin ne s'en est pas encore fait sentir.

b. On arrive à une exactitude extrême, mais inutile dans la pratique privée, à l'aide du thermomètre métastatique de W al fer clin. Dans cet instrument perfectionné, le réservoir du mercure est trèspetit ; le tube extrêmement étroit se divise à volonté en sections également distantes. A l'extrémité du tube opposée au récipient, c'est-à-dire au bout supérieur de ce thermomètre est adapté un renflement globuleux clans lequel pénètre, en s'amincissant peu à peu, le tube capillaire. Le calibre de l'instrument est si faible que, dans un écart de trois à quatre degrés, le mercure parcourt toute la longueur du tube. La quantité de mercure que renferme l'instrument doit être calculée de façon qu'à la température la plus basse que l'on veuille examiner, le réservoir, le tube entier et encore une partie du globe supérieur soient remplis par le métal et, qu'arrivé à un ou deux degrés au-dessus de la température à laquelle on s'attend, tout l'appareil et le globe supérieur en entier soient pleins de mercure.

S'agit-il maintenant de mesurer des températures inférieures à 42°, on chauffe l'instrument jusqu'au-dessus de 42°, le mercure remplit alors tout le tube et une grande partie du renflement supérieur. On le place ensuite dans un bain à 42° et on l'y laisse jusqu'à ce que le mercure ait subi la dilatation correspondante à ce degré. L'instrument est alors retiré et on lui imprime une forte secousse. — Par ce choc, la colonne de mercure se brise au point le plus étroit du thermomètre. La partie que renferme le tube descend au fur et à mesure du refroidissement, tandis que la partie antérieurement montée dans le globe supérieur y reste enfermée. Il faudrait arriver de nouveau à une température de 42° pour que le mercure du tube se réunisse avec celui du renflement.

L'instrument est de cette façon préparé pour toutes les observations de températures inférieures à 42° ; il ne reste plus qu'à marquer sur l'instrument placé dans le bain, les degrés de chaleur en les comparant avec ceux d'un thermomètre étalon. L'avantage de ce thermomètre est la grande distance comprise entre chaque degré.

Walferdin a ainsi construit, relativement à peu de frais, des

thermomètres métastatiques dans lesquels la longueur d'un degré centigrade correspondait à 10 centimètres. Comme on peut aisément distinguer à l'œil nu la dimension d'un demi-millimètre, il sera facile de lire sur l'instrument ~ de degré, à simple vue, et j^ de degré, à l'aide d'une bonne loupe. — Des différences thermiques aussi minimes n'ont aucune signification pratique chez les malades, et il est douteux que de semblables approximations puissent même avoir quelque portée dans les questions théoriques.

c. Dans certaines recherches, les appareils thermo-électriques présentent des avantages tout particuliers. — Voici sur quel principe ils sont fondés : Dans un anneau formé de deux métaux soudés ensemble, il se développe un courant électrique aussitôt que les soudures diffèrent de température, la différence fût-elle trèsminime, et ce courant peut être rendu visible et appréciable à l'aide d'aiguilles aimantées. Becquerel, le premier, a construit un semblable appareil pour faire des recherches physiologiques, notamment pour déterminer la différence de température entre diverses parties du corps, et Dutrochetya apporté des perfectionnements.

Ces deux savants ne s'étaient servis que d'un seul élément (fer et cuivre), tandis qu'Helmholtz (Archives cleMûller, 1848, p. 147) en a réuni trois (fer et cuivre blanc). Les appareils thermo-électriques sont extrêmement sensibles. Lombard (Arch. de physiologie normale et pathologique, t. I, p. 198) donne la description (peu explicite à la vérité) d'un appareil à l'aide duquel il prétend avoir constaté des différences de température allant jusqu'à 0,00025°. — Si les soudures se terminent en. pointe, on peut déterminer, au moyen de l'appareil thermo-électrique, la différence de température de deux points de la peau avec une précision qu'on ne saurait jamais atteindre avec le thermomètre à mercure ; ne serait-ce que par la raison que, pour l'application de ce dernier instrument, la peau doit être recouverte et protégée contre le refroidissement, ce qui modifie toujours les conditions de l'expérience et peut même conduire à des résultats fautifs.

Gavarret a recommandé, pour la recherche de la différence de température des surfaces, au lieu des soudures pointues, de min-

74 TECHNIQUE DE LA THERM0MÉTR1E MÉDICALE.

ces plaques métalliques, composées de deux feuilles soudées ensemble, l'une de cuivre et l'autre de bismuth.

Les appareils thermo-électriques sont superflus au point de vue pratique, mais ils servent à indiquer des modifications thermiques légères et rapides ; ils sont, en outre, très-propres à la mensuration de la température des parties isolées de la peau et à la détermination de celle des organes inaccessibles aux thermomètres ordinaires, mais qui peuvent être explorés par les soudures pointues de l'appareil thermo-électrique.

d. Marey a inventé un instrument destiné aux observations thermiques continues, et qui retrace et enregistre pour ainsi dire lui-même les modifications de température des parties, c'est le thermographe (Le thermographe, appareil enregistreur des températures, 1865. Journal de V anatomie et de la physiologie normale et pathologique de Robin, t. II, p. 182). Il est constitué par un thermomètre à air dont le réservoir de cuivre est surmonté d'un tube capillaire de même métal (d'un tiers de millimètre de diamètre) fixé sur un tube en U et qui se porte à l'appareil enregistreur. L'extrémité de ce tube capillaire vient s'ouvrir dans un tube de verre, fermé à la lampe par une de ses extrémités, recourbé en demi-cercle et fixé sur une roue de cuivre. Ce tube de verre contient une petite quantité de mercure servant d'index. — Dès que l'air du réservoir thermométrique est échauffé, il se dilate et fait aussitôt mouvoir l'index métallique, mais par son propre poids, cet index tend à occuper la partie inférieure de ce système équilibré ; il en résultera une rotation du tube de verre autour de son axe de suspension et, en réalité, le mercure restera immobile pendant que l'appareil tournera. Une longue aiguille placée perpendiculairement sur l'axe, amplifiera en raison de sa longueur la rotation imprimée à cette partie de l'appareil et pourra, par sa pointe, tracer sur une glace enfumée qui chemine à côté d'elle, les oscillations qu'elle décrit. L'utilité de cet appareil enregistreur n'a pas encore été jusqu'à présent éprouvée chez les malades. Il est douteux qu'il puisse être utilisé dans la pratique, et l'on doit craindre qu'une application imparfaite du thermomètre sur un point du corps n'empêche l'instrument de bien fonctionner et n'enlève ainsi à l'observation thermographique toute sa valeur.

Les thermomètres électriques enregistreurs, tels que ceux de Zecchi et du général Morin, destinés à l'étude des modifications de la température, n'ont pas encore été introduits dans la pratique.

4. En dehors de la mensuration des degrés de température, il faut mentionner la détermination des calories ou unités de chaleur ; c'est-à-dire de la quantité de chaleur nécessaire pour élever d'un degré la température d'une certaine masse d'eau distillée (1 gramme ou 1 kilogramme, suivant la proportion qui en aura été fixée). En évaluant l'augmentation de chaleur qu'éprouve, dans un temps donné l'eau d'un bain après que l'on y a plongé un corps vivant, on voit la perte de calorique qu'a subie ce corps pendant le même temps (ou pour mieux dire, une partie de cette perte), et l'on essaye, en comparant l'élévation de la température au commencement et à la fin de l'expérience, de calculer la quantité de chaleur qui se produit dans le corps pendant le même laps de temps. Ces recherches calorimétriques ont été très-souvent faites par Liebermeister, Kernig, de Wahl, Leyden et Rembold. — Mais quelque importantes que soient ces expériences pour la solution de certaines questions théoriques, elles laissent cependant beaucoup à désirer au point de vue delà précision et, pour le moment, ne peuvent par conséquent être utilisées en pratique.

5. L'endroit le plus propice pour l'application de l'instrument n'est nullement le même dans tous les cas et diffère suivant le but que l'on se propose. Quand on désire déterminer la température d'une partie restreinte, il va sans dire que c'est en ce point que l'on pratique la mensuration. S'il s'agit d'une surface extérieure, les résultats obtenus à l'aide du thermomètre à mercure seront toujours incertains, car, si l'instrument reste à découvert, il est refroidi par l'air extérieur et, si on le recouvre, on modifie ainsi l'état thermique de la partie enveloppée.

L'appareil thermo-électrique est donc préférable dans ce cas.

Si l'on veut, comme cela a généralement lieu, connaître la température générale du corps, le thermomètre à mercure est le plus pratique. Mais on doit le placer dans un endroit abrité et recouvert parles parties voisines. — Plusieurs points peuvent être choi-

70 TECHMQLE DE LA THERMOMÉTRIE MÉDICALE.

sis à cet effet ; mais chacun d'eux présente des avantages et des inconvénients dont on tiendra compte suivant les circonstances.

L'application de l'instrument dans Vaisselle bien fermée paraît le procédé le plus propre et ïe plus facile dans la majorité des cas ; l'examen n'y est pas importun et n'a rien d'indécent ; il est vrai que chez les malades très-amaigris et très-agités, la mensuration, en ce point, n'est pas sûre ; la température axillaire est en outre inférieure à celle de plusieurs autres endroits également accessibles ; et les variations thermiques y sont enfin moins sensibles que dans les cavités muqueuses. Si ces imperfections peuvent être réelles dans certains cas et nécessiter un autre lieu d'application, elles ne portent néanmoins aucun préjudice à l'usage des mensurations axillaires en général.

L'introduction du thermomètre dans la cavité buccale donne des résultats peu positifs ; l'air expiré produit souvent des réfrigérations de l'instrument, spécialement dans le choléra. Les chiffres observés sont plus faibles qu'en tout autre point d'application. Cependant, on doit recourir à l'application du thermomètre dans la bouche quand on ne peut pas faire autrement (par exemple, au bain, chez les individus emmaillottés, etc.).

La mensuration thermique pratiquée dans le rectum donne des résultats plus prompts et en général plus sûrs que celle des cavités axillaire et buccale. C'est surtout chez les nouveau-nés, sur les individus arrivés au dernier degré du marasme, chez les malades turbulents et agités, ou bien chez ceux qui sont plongés dans un état de collapsus ou qui ont été longtemps exposés au froid extérieur, que l'on doit examiner la température rectale.

Ce mode d'exploration est généralement préférable, quand le malade n'y oppose pas de résistance, comme cela a lieu d'ordinaire dans la pratique privée. Nous devons, d'un autre côté, reconnaître que la mensuration rectale est incontestablement désagréable, ne peut pas se renouveler aussi fréquemment dans bien des cas et provoque éventuellement des évacuations alvines. — Elle peut en outre donner de faux résultats, le thermomètre pénétrant quelquefois dans de grandes masses fécales. — D'après Billroth, les fortes contractions du rectum qui succèdent parfois à l'intromission de l'instrument pourraient aussi altérer la température. — Il est tout à fait pratique de procéder à la mensuration rectale dans

les périodes où l'exactitude est nécessaire, et de revenir à la mensuration axillaire quand l'importance du cas décroît. Il faut seulement avoir soin d'indiquer toujours dans l'observation le lieu d'application de l'instrument.

L'introduction du thermomètre clans le vagin, bien qu'incontestablement plus sûre que la mensuration axillaire, est cependant beaucoup plus rarement mise en usage. Ce mode d'examen est excellent dans les cas de choléra. On conçoit la nécessité absolue de l'exploration vaginale quand il s'agit de déterminer la température locale des parties sexuelles internes.

Levier a pratiqué, dans des cas spéciaux, la mensuration dans le pli de l'aine, mais ce procédé n'est pas plus recommandable, en général, que celui de Montegazza qui consiste à prendre la température de l'urine au moment de son émission.

L'application du thermomètre dans le poing fermé ne mérite aucune confiance au point de vue de la détermination de la température générale ; mais elle peut avoir une certaine valeur quand il s'agit de comparer la température des deux moitiés du corps.

6. Le mode d'application de l'instrument peut beaucoup contribuer à assurer le résultat ou à le rendre inefficace.

Pour la mensuration axillaire, il faut suivre les préceptes suivants :

On doit d'abord déterger la partie des sueurs qui la couvrent et l'essuyer soigneusement ; puis, il est bon de laisser la cavité fermée avant d'appliquer le thermomètre. — Liebermeister a trèsjustement appelé l'attention sur ce point ; il a démontré que, grâce à cette précaution, le temps que met le mercure à atteindre son point maximum se réduit à 4 ou 6 minutes (Prager Viertelj., LXXXV, p. 15). Il est vrai que l'occlusion préalable du creux de l'aisselle demande aussi un certain temps.

On commence par échauffer dans la main le thermomètre, puis on l'introduit dans la cavité axillaire que l'on ferme en mettant le bras dans l'adduction complète et en le faisant reposer sur le thorax.

Si ce moyen ne suffit pas pour fixer le thermomètre, ou si le malade est inquiet, récalcitrant, indifférent ou engourdi, ou s'il est d'une extrême maigreur, il est nécessaire que le bras du pa-

tient et le thermomètre soient maintenus par l'observateur. En tout cas, il faut s'assurer ensuite si l'instrument est bien appliqué et s'il n'a pas subi de déplacement. On peut déjà juger a priori, d'après l'ascension plus ou moins rapide de la colonne mercurielle, si elle atteindra ou non une grande hauteur ; par conséquent, il est possible dès les premières heures de se faire une idée approximative de l'existence et du degré delà fièvre.

Le point auquel le mercure s'arrête est rarement atteint avant dix minutes, le plus souvent en quinze, quelquefois même après vingt minutes et plus, lorsque le thermomètre est placé dans la cavité axillaire, à moins que celle-ci ait été fermée assez longtemps auparavant. — Il ne faut pas oublier que le mercure monte beaucoup plus rapidement au commencement que plus tard, et, qu'arrivé aux derniers dixièmes, son ascension se ralentit pendant plusieurs minutes d'un dixième à l'autre.

Pour que l'observation soit exacte, il faut donc laisser le thermomètre quelques minutes après avoir aperçu l'ascension du mercure. Cependant, il ne faut pas que son application soit trop longue, car il parait que, chez certains malades très-sensibles, le mercure, après être resté stationnaire, peut encore subir une légère élévation, par suite de la position incommode et continue du bras et peut-être aussi à cause de la contraction prolongée des muscles ; or, cette élévation est donc indépendante de la maladie elle-même.

En outre, il ne faut pas négliger dans les examens minutieux l'instabilité elle-même du mercure dans les cas pathologiques. — Dans ces circonstances, il faut donc noter les valeurs changeantes d'après les minutes. En général, on peut arrêter l'observation quand il ne se présente pas, durant cinq minutes, de modifications notables dans le niveau du mercure. Dans la pratique ordinaire, il suffit même d'un arrêt de deux ou trois minutes. Il semble superflu de noter que l'élévation doit se lire sur l'instrument encore en place, à moins que l'on ne se soit servi d'un thermomètre a maxima.

On peut considérablement abréger l'examen, au détriment, il est vrai, de la certitude des résultats, en chauffant l'instrument, avant de l'appliquer, à quelques degrés au-dessus de la température probable ; néanmoins on ne gagne pas ainsi beaucoup de

temps, puisque le mercure, comme Liebermeister l'a déjà indiqué, tombe d'abord, à cause de la chaleur insuffisante de la cavité axillaire, au-dessous du degré de la température du corps et ne commence à remonter qu'ensuite ; à moins que la cavité axillaire n'ait été préalablement fermée.

Dans les températures très-élevées, cet inconvénient n'est cependant pas si considérable, et l'on peut toujours recommander ce procédé pour des mensurations dans lesquelles une exactitude extrême n'est pas urgente ; tandis que pour des températures moyennes, ce moyen est contre-indiqué, à moins que l'on n'ait pris soin de maintenir auparavant la cavité axillaire fermée.

En procédant à la mensuration thermique dans la cavité buccale, il faut placer l'instrument au-dessous de la langue, engager le malade à fermer la bouche et à respirer par le nez.

Pour les mensurations rectales et vaginales, il faut introduire le réservoir du mercure, bien huilé, assez profondément (à peu près à 6 centimètres).

Thomas (Jahrber. fùrKinderheilk.,N. F., t. Iî, p. 259) donne le conseil pratique de chauffer le thermomètre à 1° ou 2° au-dessus du degré prévu erde l'introduire aussitôt après. Par ce moyen, on arrive à des résultats parfaitement suffisants en pratique, au bout de quinze secondes ou en une demi-minute. Il va sans dire qu'il faut s'assurer de la solidité de l'instrument pour ne pas le briser pendant son application et causer ainsi des accidents au malade.

7. Il faut encore mentionner quelques précautions nécessaires dans la mensuration. Y a-t-il eu des influences anomales exercées sur le malade immédiatement ou du moins peu de temps avant la mensuration? A-t-il eu une évacuation, une hémorrhagie, des vomissements ? A-t-il fait un repas copieux ? A-t-il pris des boissons excitantes ou rafraîchissantes en quantité considérable? Est-il couvert de sueurs profuses? Toutes ces considérations doivent entrer d'autant plus en ligne de compte qu'elles peuvent modifier nolablement la température.

La température ambiante au moment de la mensuration est ordinairement de peu d'importance, puisque la plupart des observations se font à la température à peu près constante des salles ou des chambres de malades (15° à 20° C.) ; ce n'est que dans les

cas où la température extérieure est très-élevée, comme dans les étés extrêmement chauds, qu'il peut être utile de ne pas la négliger.

De même, il n'est pas essentiel de prendre en considération l'état du baromètre pour les observations ordinaires de la température morbide.

En revanche, il faut noter, outre les jours du mois, les heures quotidiennes de la mensuration, car, sans ces dernières, l'observation serait presque sans valeur.

8. Quant au moment ou à la répétition plus ou moins fréquente des mensurations, ce sont les circonstances particulières du cas et les points de vue sur lesquels, est fondé l'examen qui devront en décider.

Dans les conditions ordinaires, il est bon de prendre la température autant que possible exactement à la même heure pendant tout le cours de la maladie, et au point de vue de la pratique médicale deux mensurations par jour seront ordinairement suffisantes.

Le moment le plus favorable pour pratiquer la mensuration est le matin entre 7 heures et 9 heures (correspondant en général aux températures les plus basses) et le soir entre 4 heures et 6 heures (correspondant ordinairement aux températures les plus élevées) .

Si l'on trouve que le cas observé présente des rémissions et des exacerbations fébriles à d'autres heures, c'est à ces heures-là qu'il faut pratiquer la mensuration. S'il s'agit d'une maladie très-intéressante ou d'une question spéciale, on pourra répéter les mensurations toutes les deux heures ; ainsi, par exemple, dans les cas aigus et graves, principalement au début, afin de pouvoir constater l'heure des rémissions et des exacerbations. Il en sera de même si le diagnostic est encore douteux ou si la maladie offre des déviations dans l'évolution thermique habituelle. On devra généralement répéter les mensurations chaque fois que le malade accusera un phénomène particulier et anomal.

Pour reconnaître réellement et avec exactitude la marche de la température dans une maladie, deux observations par jour ne suffisent pas, il faut en faire au moins quatre ou six, et même plus.

Les heures les plus propices sont celles de 7 à 8 heures, de 9

à 10 heures du matin : de midi à 1 heure, de 5 à 4 heures, de 6 à 7 heures de l'après-midi, de 10 à 11 heures du soir. Il faut encore y ajouter une mensuration faite de grand matin, lorsque les conditions de la fièvre sont graves ou que sa marche présente de grandes variations.

Quand il se produit des modifications rapides dans la température d'un malade (par exemple, dans une crise à marche rapide, dans un accès de fièvre intermittente), des mensurations pratiquées d'heure en heure ou toutes les demi-heures,- et même des observations continues et permanentes sont seules en état de rendre le processus manifeste. Dépareilles exigences concernent rarement la pratique privée, mais elles deviennent nécessaires lorsqu'il s'agit de rechercher les lois qui régissent la marche d'une maladie.

9. La question de savoir qui doit procéder à la mensuration n'est pas sans importance.

Bien que la mensuration pratiquée par le médecin traitant ou par son interne paraisse être la seule garantie de l'exactitude des résultats, on peut cependant adresser plus d'une objection aux exigences d'un tel moyen. En admettant, en effet, que le médecin procède lui-même à la mensuration thermique, le temps qu'il devra y consacrer enlève à la thermométrie clinique toute son utilité et la rend presque matériellement impraticable. Tant qu'il ne faut faire dans les cas graves qu'une ou deux observations thermiques par jour, l'objection tirée de la perte de temps que ces manœuvres nécessitent, a moins de portée, car tout médecin a généralement assez de temps disponible pour pouvoir consacrer chaque jour quelques quarts d'heure à des cas aigus et graves, heureusement peu nombreux dans la pratique privée. Si le temps lui fait défaut, il ne doit pas se charger du traitement de pareils malades. Le prétexte de la perte de temps n'est pas plus acceptable ici que dans le cas où un accoucheur ne voudrait pas, pour le même motif , attendre la fin d'un accouchement dont il se serait chargé. D'un autre côté, il est certain qu'aucun praticien occupé ne peut procéder à six ou huit mensurations par jour chez le même malade (si ce n'est dans des cas tout à fait exceptionnels) ; ni même appliquer le thermomètre matin et soir dans les cas légers.

Mais cela n'est pas nécessaire.

11 faut seulement qu'il sache par qui et comment est faite la mensuration thermique et qu'il connaisse assez bien la thermonomie pathologique pour contrôler les résultats obtenus.

Tout individu sur, sincère, intelligent, ayant la vue bonne, peut apprendre en très-peu de temps à faire des mensurations suffisamment exactes. La tâche du médecin ne réside pas dans la technique elle-même, mais bien dans la surveillance de l'application du thermomètre, dans le contrôle et l'utilisation des résultats obtenus. — La lecture des degrés marqués par le thermomètre ne fait pas plus le diagnostic que l'administration des médicaments ne constitue la thérapeutique.

Dans les observatoires astronomiques et météorologiques, les mensurations thermométriques et maintes autres sont faites également par des gens qui n'ont pas un intérêt direct à leur application. Un homme sûr, plein d'attention et de bonne volonté, consciencieux et dépourvu de connaissances médicales, commettra bien moins d'erreurs dans ses mensurations que plus d'un médecin ; car il n'est pas dominé par des idées préconçues qui font apercevoir à certains médecins les faits tels qu'ils conviennent à leurs théories. A l'hôpital, des infirmiers sûrs et bien enseignés, et, dans la pratique civile, des parents intelligents du malade, peuvent donc être de très-bons et très-utiles auxiliaires pour la thermométrie médicale.

J'ai souvent constaté que les parents s'apercevaient bien vite de l'importance de ce mode d'observation ; ils procèdent presque tou^ jours avec un soin minutieux à la mensuration thermique et n'ont5 pour la plupart, que trop de tendance à tourmenter leurs malades par une trop fréquente application de l'instrument ; mais certes, tous ceux à qui l'on confie la mensuration doivent être bien instruits et très-attentivement surveillés ; la moindre négligence de leur part est un signe de leur impéritie, et il faut que le médecin soit assez versé dans la thermométrie pathologique pour savoir à l'avance le degré approximatif de température auquel il doit s'afc tendre ; et tout écart imprévu doit lui paraître suspect et l'engager à renouveler la mensuration. Il va sans dire qu'il ne faut pas attribuer à ces observations, suffisantes dans la pratique privée, une exactitude assez grande pour pouvoir en abstraire des données générales.

Lorsque les observations thermométriques paraissent être en contradiction avec les résultats obtenus à l'aide de meilleurs procédés, il faut au moins attendre, avant de juger le cas, jusqu'à ce que l'on ait acquis la conviction qu'une pareille infraction aux règles habituelles se reproduit fréquemment, ou bien que cet écart thermique concorde avec d'autres particularités du cas.

10. La méthode mise en usage pour arriver promptement à des résultats utiles dépend des circonstances dans lesquelles on se trouve et du but que l'on poursuit.

Dans la pratique privée, on aura le plus souvent recours aux mensurations axillaires. Aussitôt arrivé chez son client, le médecin, après avoir préalablement échauffé le thermomètre dans sa main, applique celui-ci dans le creux de l'aisselle, qu'il a soin d'essuyer auparavant, s'il est humide de sueurs ; ou bien il le fait appliquer par les parents un quart d'heure avant son arrivée. — Le thermomètre mis en place n'empêche pas le médecin d'interroger son malade, d'examiner le pouls, la langue, les déjections. S'il a lui-même introduit l'instrument dans la cavité axillaire, il regardera, après deux minutes d'intervalle, si la colonne de mercure a monté rapidement et si le thermomètre est resté bien appliqué. 11 est bon de jeter un coup d'œil de temps en temps, et si le mercure a cessé de s'élever pendant 5 ou 5 minutes, l'instrument est enlevé et l'observation finie. Dans la pratique privée, il importe d'ailleurs rarement de connaître l'élévation absolue et complète de la température; on peut donc, sans grand inconvénient, clore l'observation avant que l'élévation thermique ne soit marquée en toute certitude.

Si l'on pouvait s'attendre encore à une ascension d'un ou de deux dixièmes de degré, cela modifierait peu l'opinion du médecin sur la maladie. De même que, pour la fréquence du pouls, il il est presque toujours indifférent en pratique de compter chez un malade 80 ou 84, 100 ou \ 04, 140 ou 150 pulsations à la minute , de même pour la température, une différence de quelques dixièmes peut être considérée comme à peu près nulle. C'est au médecin d'apprécier dans quelles circonstances il importe de tenir compte de ces différences. Dans certains cas, on peut même abréger encore plus la durée de la mensuration. Dans la pratique

privée on peut parfaitement procéder à la caléfaction préalable de l'instrument à l'aide d'une allumette enflammée, et laisser descendre ensuite le mercure au degré de la température du corps. Grâce à ce moyen on abrège la mensuration, qui peut ainsi se faire en quelques minutes. Les résultats obtenus de la sorte ne sont pas, il est vrai, très-exacts, mais ils suffisent le plus souvent dans la pratique privée.

Lorsqu'il paraît nécessaire de répéter plus souvent les mensurations, ce que le médecin ne peut pas faire clans la pratique privée : par exemple, dans toutes les fièvres graves ou intermittentes, même quelquefois dans les pyrexies cbroniques ; il doit en confier le soin à un parent intelligent du malade, en lui faisant comprendre l'importance de l'observation thermométrique pour l'appréciation de l'état morbide ; puis, après l'avoir familiarisé à l'usage de l'instrument, le médecin lui fait répéter plusieurs fois sous ses yeux la manœuvre du thermomètre ; il pourra ensuite se fier à lui pour les mensurations ultérieures, tout en ayant soin d'exercer un contrôle d'autant plus attentif sur les résultats, que les chiffres indiqués lui sembleront plus extraordinaires. Outre le nombre de degrés et de dixièmes constatés à chaque mensuration, l'heure et la durée de l'application du thermomètre devront également être soigneusement indiquées. — Ces observations n'eussent-elles d'autre avantage que d'indiquer le moment précis des exacerbations et des rémissions, seraient déjà fort précieuses, car elles fourniraient au médecin des indications extrêmement utiles en lui permettant de régler l'heure de ses visites et celles des mensurations ultérieures. Mais on peut encore déduire avec une certaine probabilité de ces données thermométriques des conclusions beaucoup plus importantes. — Elles éveillent, en effet, l'attention sur des changements brusques opérés dans le cours de la maladie, qu'il est très-urgent de connaître en temps opportun, car ils échappent, dansleur début, à tous les autres procédés d'investigation.

11 est à peine nécessaire de mentionner qu'en pareil cas il faut laisser en permanence chez le malade un bon thermomètre mis à l'épreuve et bien contrôlé.

Dans les grands services nosocomiaux, l'emploi du thermomètre méthodiquement appliqué donne une économie de temps qui le

rend plus précieux que dans la pratique privée. Les mensurations régulières doivent être faites avec exactitude, tous les jours aux mêmes heures. — Avant que le médecin entre dans les salles, il faut que l'instrument soit posé sur tous les malades. — Dans une tournée rapide, il s'assure que les thermomètres sont bien appliqués, et il les replace s'il y a lieu. — Pendant qu'il procède à l'examen clinique des malades, il peut de temps en temps contrôler l'application des thermomètres et la position des bras, etc. Chez les malades qui ne tiennent pas l'instrument assez étroitement appliqué dans le creux de l'aisselle, ou qui se remuent et s'agitent, il faut faire maintenir par un infirmier leur bras solidement accolé contre les parois de la poitrine (ce cas se présente d'autant plus rarement chez les malades qui ont toute leur connaissance, qu'ils ont eux-mêmes le plus grand intérêt à ce que la mensuration soit exacte). — Après vingt minutes environ, on fait lire et noter rapidement, par un élève ou un infirmier intelligent, les chiffres marqués par les divers thermomètres. On laisse cependant ces instruments en place, jusqu'à ce que, après cinq minutes, le médecin les ait de nouveau contrôlés. Si, à ce dernier examen, les résultats diffèrent de la première notation, il faut encore laisser l'instrument jusqu'à ce que l'ascension soit complètement achevée. De cette façon, la mensuration thermométrique peut être terminée chez tous les malades, d'une salle de vingt lits, dans l'espace d'une demi-heure, et ce laps de temps pourra être consacré à l'examen des autres phénomènes morbides et ne sera donc pas perdu. — Dans un service d'hôpital bien organisé, on trouvera bien vite des infirmiers assez intelligents et assez consciencieux pour prendre les températures, et l'on s'en servira pour les cas où la maladie ne présentera rien d'anomal, surtout en dehors des heures de visite. 11 ne faut jamais perdre de vue qu'un médecin versé dans les expériences thermométriques n'est pas facilement trompé par de fausses indications et par des mensurations inexactes. Mais c'est un écueil et un danger pour les commençants en matière de thermométrie, que de se'faire remplacer par d'autres dans leurs mensurations. Il reste naturellement un certain nombre de malades dont l'observation thermique exige plus de temps, soit parce que le résultat obtenu est suspect pour une raison quelconque, soit que la nature même de leur affection impli-

que une exactitude plus rigoureuse dans les résultats. En pareil cas, on ne devra pas reculer devant une dépense de temps nécessaire, ni hésiter à entrer dans tous les détails de l'observation. N'est-on pas forcé, pour d'autres conditions pathologiques, d'accorder à certains malades plus de temps et un examen plus circonstancié ? Celui qui connaît l'importance de la thermométrie ne croira pas perdre ainsi ni son temps ni sa peine.

Dans toute espèce d'observation thermométrique, qu'elle se rapporte à des points de vue pratiques ou théoriques, il est indispensable de noter les degrés obtenus en série continue ; ils ne deviennent pour ainsi dire perceptibles, et la marche thermique n'est vraiment saisissable, qu'autant qu'ils sont représentés dans un tableau sous forme de courbe ou de tracé. — Pour les rendre plus intelligibles, on peut noter sur la même courbe les degrés Réaumur aussi bien que les degrés centigrades. Il est, en outre, utile d'indiquer à l'encre rouge sur le même tableau, le tracé de la fréquence du pouls et de la respiration ; on peut aussi ajouter d'autres détails, les accidents importants, les médications mises en usage, etc. (Voy. Tabl. I). Par ce moyen, on peut embrasser d'un seul coup d'œil toute la marche de la maladie avec ses variations, ses recrudescences et ses différentes modalités.

La mémoire la plus fidèle, le récit le plus frappant et le plus détaillé ne pourront jamais retracer un tableau plus saisissant de la maladie que cette simple courbe. — La comparaison d'un grand nombre de ces tracés entre eux fait ressortir les points communs des évolutions thermiques et la loi qui les régit. Les écarts, les irrégularités de la température et l'influence exercée sur elle par les agents thérapeutiques, y sont reproduits d'une façon si frappante que tout homme, à l'abri de préventions injustes, ne saurait résister à un pareil moyen de contrôle et d'épreuve.

1. L'étude des modalités de la température de l'homme à l'état de santé est la base la plus sûre pour apprécier les résultats de la tbermométrie pathologique. Quoique des observations thermiques multipliées aient été faites sur l'homme sain, elles ne sont pas encore assez nombreuses ni assez certaines pour éclaircir tous les points douteux.

Ces observations ne portent, en général, que sur quelques dixièmes de degré ; avec des différences aussi minimes, on ne saurait exclure l'influence du hasard, même en évitant soigneusement des erreurs d'observation ; souvent même des doutes peuvent naître sur la question de savoir si les individus soumis aux expériences ont été jugés sains à bon droit et notamment dans les cas où la température de l'individu sain a dû être examinée sous l'influence des différents agents, dans des conditions qui ne lui étaient pas habituelles ; il est très-difficile de décider si ces diverses circonstances n'ont pas déjà pu exercer quelque action morbigène sur les individus ainsi examinés; soit que les agents aient été trop intenses en eux-mêmes, soit que les sujets n'aient pas eu une santé assez robuste pour résister à l'action nocive d'un régime inaccoutumé, de bains prolongés et autres épreuves analogues. Il est, en effet, des séries d'auto-observalions qui ont perdu la majeure partie de leur valeur par suite d'une maladie survenue ulténeu-

rement chez l'expérimentateur (tel est le fait de Gierse); et dans bien d'autres cas, l'extrême divergence entre les résultats consignés dans les observations nouvelles et ceux que l'on a obtenus autrefois, permet de soupçonner que les individus examinés n'étaient pas en parfaite santé. C'est ainsi que les nombreuses données relatives aux conditions de la température à l'état hygide restent encore incertaines, et l'exactitude la plus scrupuleuse de l'observation isolée est impuissante à combler une pareille lacune.

Plusieurs de ces observations ont été faites avec peu de soin et dans beaucoup de recherches sur la température de l'homme sain, on n'a pas satisfait aux conditions que l'on exige à bon droit de la thermométrie pathologique, dont les résultats sont utilisés scientifiquement.

Mais il est surtout fâcheux que l'on pose les fondements de la thermométrie physiologique avec des matériaux insuffisants. Si l'on possédait des observations en grand nombre sur chaque cas particulier, bien des erreurs isolées pourraient ainsi s'annihiler.

Au lieu de cela, on a essayé de résoudre une foule de questions avec des données très-restreintes, même à l'aide d'observations isolées ou faites sur quelques rares individus, et, par conséquent, il n'est pas permis d'en déduire, sans autres preuves, des lois générales. On conçoit aisément qu'en présence des résultats si minimes fournis par les différences thermiques de Tbomme sain, on trouve rarement assez de persévérance pour examiner les mêmes points pendant un grand nombre d'années et pour renouveler sans cesse les mêmes observations, comme cela est indispensable dans la thermométrie pathologique, lorsqu'on veut arriver à des résultats utiles et vrais. — Le plus souvent les problèmes physiologiques doivent se résoudre très-promptement, car la durée des phénomènes est très-éphémère; et, par conséquent, ces solutions ne s'appuient que sur des cbiffres si faibles qu'on n'oserait pas en tirer une conclusion quelconque en thermométrie pathologique.

Il faut ajouter, en outre, que le nombre des individus en parfait état de santé est relativement assez restreint, et pourrait-on même les réunir, il serait plus difficile de les soustraire aux diverses influences nocives que les malades couchés dans un lit d'hôpital.

Pour remédier au petit nombre d'individus sains servant aux

recherches thermométriques, on a eu recours aux expériences sur les animaux ; mais cet expédient est également sujet à caution.

Les animaux, en général, et notamment ceux qui sont ordinairement utilisés pour les expériences (lapins, chiens, etc..) ne présentent pas une température constante, et leur cycle thermique, à l'état hygicle, est beaucoup plus restreint que chez l'homme, aussi les résultats obtenus par cette voie ne sont pas directement applicables à l'espèce humaine.

Les données de la thermométrie physiologique sont donc bien moins nombreuses et bien moins certaines que les faits révélés par la mensuration thermique chez les malades, dans le cours des vingt dernières années.

2. Si l'on avait rempli toutes les exigences de l'observation, on pourrait bien fixer les limites du cycle normal de la température physiologique, mais il serait encore impossible de le déterminer complètement.

Tant qu'il n'y a pas d'autres symptômes de la maladie, il semblera arbitraire de désigner tels degrés de température, comme encore normaux, et tels autres comme morbides. Cette démarcation est extrêmement difficile et ne peut guère être tentée que dans les cas où l'on a placé les hommes ou les animaux en expérience, clans des conditions anormales, ou qu'on a laissé agir sur eux des influences très-actives. — Ici même, un effet encore physiologique peut toucher immédiatement un acte déjà pathologique, et l'on ne saurait, bien souvent, décider si la compensation de chaleur subit aussi dans le corps sain de grands troubles sous l'influence d'un agent extérieur énergique ou, s'il faut considérer l'insuffisance de cette compensation de chaleur comme le signe d'un trouble pathologique artificiellement produit. On pourra considérer cet état thermique comme appartenant au cycle normal si, aussitôt après que l'influence nocive a cessé d'agir, la température redevient normale et s'il ne se déclare aucun trouble fonctionnel ou organique.

Le même phénomène se produit spontanément dans certains états physiologiques qui ne comptent pas encore parmi les maladies, tels, par exemple, que : la fatigue, la menstruation, la gros-

sesse, les couches, et il apparaît d'autant plus vite que la santé générale du sujet est plus chancelante et moins forte.

5. L'incertitude des observations thermiques chez l'homme sain et la difficulté de constater l'existence des troubles légers ou graves, mais occultes, des individus en expérience; d'autre part, enfin, l'impossibilité de séparer nettement les phénomènes morbides des effets physiologiques, toutes ces conditions fâcheuses sont autant d'obstacles à la constatation précise des limites dans lesquelles se meut le cycle normal de la température humaine.

Cependant, on arriverait presque à la vérité, notamment après les observations infiniment plus considérables que l'on a si souvent l'occasion de faire sur les convalescents, en adoptant comme limite de la température axillaire normale : de 56° 25 à 57° 5 (29° à 50° R.) et comme moyenne normale, au même point, 57° (29°, G R.). — Toutes les températures dépassant ces limites, en haut ou en bas, sont suspectes, ou ne peuvent être considérées comme normales que dans des conditions spéciales et sous des influences particulières.

La température de l'homme étant le résultat de recettes et de dépenses variables, il faut regarder comme un fait tout particulier que de ces actions multiples, de ces processus incessamment variables, il puisse résulter, dans l'état physiologique, un total toujours aussi uniforme et, qu'en un mot, les variations de la température générale du corps ne dépassent pas l'étendue d'un degré.

Ce que Lavoisier a dit du poids du corps peut se dire avec plus de vérité de la température : « Quelle quantité d'aliments qu'il prenne, le même individu revient tous les jours après la révolution des 24 heures, au même poids à peu près qu'il avait la veille, pourvu qu'il soit d'une forte santé, que sa digestion se fasse bien, qu'il ne s'engraisse pas, qu'il ne soit pas dans un état de croissance et qu'il évite les excès. »

Tant que le corps reste sain, la température se maintient à peu près au même niveau, ou y revient toujours ; même quand elle a subi, sous certaines influences, un écart plus considérable, l'état normal se rétablit bientôt, pourvu que la santé n'ait pas été affectée ; et même après les maladies et tous les écarts thermiques

qu'elles ont provoqués, la température redevient, aussitôt après la guérison, la même qu'elle a été avant l'invasion de la maladie.

L'homme se rapproche beaucoup, à cet égard, d'une foule d'autres êtres et, en particulier, de ceux qui le suivent de près dans la série zoologique.

La chaleur animale, en général, est une propriété essentielle de tout organisme vivant. Tous les êtres vivants, quoique soumis aux lois de la chaleur rayonnante, possèdent la propriété suivante : pendant toute la durée de leur existence, il n'est pas nécessaire qu'ils soient en équilibre de température avec celle des corps qui les avoisinent, avec la chaleur du milieu ambiant liquide ou gazeux.

Ils possèdent tous, à l'état normal, une température supérieure à celle du milieu qui les environne, et si la température de celuici dépasse exceptionnellement 40° ou 42°, ils ne la suivent pas dans cette ascension. En outre, les mammifères et les oiseaux présentent en particulier une température plus ou moins constante ; c'est-à-dire que leur température est indépendante, ou du moins presque indépendante de la chaleur du milieu ambiant, tandis que les autres animaux sont très-manifestement influencés par ce milieu; les expressions : d'animaux à sang chaud ou à sang froid, servent précisément à désigner cette différence. — Il est néanmoins plus exact d'établir la distinction entre les animaux à température constante et les animaux à température variable, quoique la constance thermique des premiers ne soit pas absolue ; il en est même qui, avec une température ordinairement constante, présentent dans certaines circonstances une variation considérable de leur chaleur propre, tels que les animaux hibernants chez lesquels, durant le sommeil d'hiver, la température se rapproche beaucoup de celle du milieu ambiant.

L'homme appartient à la catégorie des êtres chez lesquels la constance de la température est la plus parfaite, bien que chez lui aussi, elle ne soit pas complètement absolue ; elle est, par exemple, toujours soumise chez tout homme à de légères oscillations et dans certaines circonstances, sous l'influence d'agents extérieurs énergiques, elle subit de grandes variations qui peuvent atteindre une hauteur considérable, notamment dans les maladies.

4. Ce phénomène de la stabilité de la température est le résultat d'une part de la production continuelle de chaleur qui s'opère pendant la vie, sur presque tous les points du corps, et, d'autre part, des pertes thermiques qui se produisent aussi sans interruption.

Le fait de la production de chaleur dans le corps humain et chez tous les êtres vivants en général, n'est pas difficile à comprendre. Il n'y a certainement pas d'autre source de chaleur spontanée dans l'organisme que les processus chimiques d'oxydation.

Le corps vivant ne crée pas plus la chaleur qu'il ne crée la matière ; il n'y a dans l'organisme qu'une transformation de forces.

Les forces qui, à l'intérieur du corps, se transforment en chaleur, sont les affinités de sa propre substance et des matières venues du dehors. A chaque processus dans lequel des affinités se saturent plus qu'il ne s'en est saturé auparavant, une force estmise en liberté (chaleur, mouvement).

En formant de nouvelles combinaisons chimiques qui ne possèdent plus de force de tension (chimique), les ingesta oxydables et l'oxygène inspiré, ayant été transformés en acide carbonique et en excrétions oxydées et évacuées, les affinités inhérentes aux éléments organiques du corps et aux matières qu'on y a introduites se transforment en chaleur et en mouvement. Les nombreux processus chimiques de l'organisme, en particulier l'absorption des produits assimilables et, à un plus faible degré, la combinaison des éléments organiques des tissus avec l'oxygène inhalé, c'est-à-dire les oxydations interstitielles, en un mot la combustion sourde et latente, mais continue, du sang et de tous les matériaux oxydables introduits dans le corps et assimilés dans la nutrition ; telles sont les sources fécondes et incessantes de la chaleur animale.

Par sa propriété d'absorber l'oxygène, le sang est l'intermédiaire obligé delà thermopoïèse. 11 possède, en outre, grâce à sa circulation même, le moyen d'égaliser la température des différentes parties du corps et de la rendre ainsi uniforme. — Il importe peu, pour le moment, de savoir si le sang est le principal milieu dans lequel s'élaborent les processus thermogènes, ou si cette transformation des affinités chimiques en chaleur ne s'opère pas dans la trame des tissus eux-mêmes et quelle en est l'intensité. — Mayer dit « que c'est à peine si la centième partie du pro-

cessus de combustion se fait en dehors des parois vasculahes » et la physiologie a commencé à lui donner en partie raison.

Il est généralement admis que toutes les parties du corps, sauf les. tissus cornés, prennent part au processus thermogène, par l'assimilation et la désassimilation de leur substance : les glandes, les viscères abdominaux et les muscles passent pour être les principaux foyers de la thermopoïèse, sans qu'il soit possible cependant de calculer exactement la part qui revient à chacun de ces organes dans la production thermique générale.

La somme de' chaleur produite dans un temps donné par un individu à l'état normal (c'est-à-dire la quantité de calories qui se forment dans l'organisme humain pendant ce même temps), ne peut pas être exprimée en chiffres précis, parce qu'on ne saurait ni évaluer ni empêcher la perte de chaleur qui se fait simultanément et qu'en outre, on rencontre des obstacles insurmontables en essayant de constater la somme de chaleur produite, soit par les produits de désassimilation, soit par la quantité de combustible que fournissent les aliments ingérés (c'est-à-dire la quantité de chaleur qu'ils dégagent par leur combustion).

Enfin de nouvelles difficultés surgissent encore : l'oxygène dépensé ne donne pas la mesure de la chaleur produite ; car les matières oxydables ne présentent pas dans leur combustion le même degré de chaleur et qu'enfin toute la force mise en liberté par l'oxydation ne se présente pas seulement sous forme de chaleur, mais se transforme en partie en mouvement (travail utile).

Toutes les évaluations numériques relatives à la quantité de chaleur produite chez l'homme, dans un temps donné, ne sont fondées que sur des approximations plus ou moins arbitraires. — Nous prendrons pour exemple les calculs d'Helmhoitz (Dictionnaire encyclopédique de Berlin : Berl. encycl. Wôrterbuch, XXXV, p. 555). D'après cet auteur, la production thermique quotidienne d'un individu pesant 82 kilogrammes, s'élèverait à 2,752,472 calories (les calories sont, dans ce cas, rapportées au gramme et représentent la quantité de chaleur nécessaire pour élever de 1° C. la température de 1 gramme d'eau distillée); en d'autres termes, chaque gramme du corps de cet homme produit dans un jour autant de chaleur qu'il en faudrait pour élever de 1° 58 :*

grammes d'eau distillée et, dans une heure, le calorique nécessaire pour augmenter de 1°,6 la température de 1 gramme d'eau.

5. De même qu'il s'opère dans le corps une production continue de chaleur, il s'y fait aussi une déperdition incessante de calorique:

Par rayonnement (à la surface);

Par diffusion ;

Par évaporation des liquides sécrétés.

Finalement par le travail mécanique (transformation de la chaleur en mouvement) .

Le siège principal de la déperdition thermique est la surface du corps. — Le refroidissement s'y fait non-seulement par le rayonnement, mais aussi par émission et diffusion dans des milieux plus froids et entin par l' évaporation cutanée.

La quantité de ces pertes thermiques dépend, en premier lieu, des conditions des parties circonvoisines (degré de froid, faculté de transmission du calorique), en second lieu, de la disposition même des organes (le nez, les oreilles, les doigts se refroidissent plus rapidement) . Le degré du refroidissement dépend encore de l'épaisseur et de la consistance de la couche épidermique, de l'état de la circulation capillaire sous-cutanée, mais principalement de l'humidité de la peau et de l'intensité de l'évaporation. — Mais il existe aussi, dans les voies respiratoires, une déperdition de chaleur produite par l'air inspiré et par l'évaporation pulmonaire ; mais comme ces organes sont en même temps des foyers de calorifieation, il en résulte que la dépense de chaleur est immédiatement neutralisée par une production nouvelle de calorique.

11 se fait aussi, mais à un bien moindre degré, des pertes de chaleur dans l'estomac (après l'ingestion d'aliments froids et en proportion de la masse ingérée) et dans le gros intestin (masses fécales). Enfin, les muscles en action transforment en mouvement une partie de la chaleur (effet mécanique). Mais là aussi il y a compensation produite par la contraction musculaire elle-même; — On a calculé la part numérique qui revient à chacun des agents précédemment énumérés dans la déperdition de chaleur, et les résultats obtenus ont été les suivants : 60 à 75 pour 100 pour le rayonnement et la diffusion du calorique à- la surface du corps;

^O à 50 pour 100 sur le compte de l'évaporation ; 4 à 8 pour 100 absorbés par l'air inspiré ; là 2 pour 100 réservés à l'excrétion tant urinaire que fécale, et 2 pour 100 produits par l'ingestion d'aliments froids. — La somme totale de pertes thermiques dans un temps déterminé est aussi impossible à préciser que la quantité de chaleur produite. Tout ce que nous savons, c'est qu'à l'état de santé, la dépense est égale au gain.

6. Bien que les conditions thermogéniques et les origines de la déperdition du calorique nous soient connues, nous sommes encore bien peu éclairés sur les causes du maintien de la température à un niveau fixe, ou pour mieux dire, celles qui président à la régulation thermique.

En tout cas, on conçoit aisément que la production de chaleur se règle sur l'augmentation ou la diminution accidentelle des pertes thermiques ; l'individu, obéissant à son propre instinct, s'efforce de restreindre cette déperdition quand elle devient excessive (à l'aide de vêtements plus chauds) et de remplacer la chaleur perdue par un surcroît de production (nourriture plus abondante); par contre, lorsque sa calorification est trop considérable, il essaye de recourir à des moyens destinés à lui soustraire de la chaleur (boissons, ablutions froides, bains, etc.). Il existe, en outre dans l'organisme une série d'appareils qui viennent en aide à son instinct. Lorsque la production thermique est accrue, la circulation est accélérée, la peau se vascularise et la perte de chaleur à sa surface est encore augmentée par la sécrétion sudorale ; la respiration devient en même temps plus fréquente et, partant, la réfrigération produite par l'air froid inspiré est également accrue ; on conçoit également que, dans le cas contraire, c'est-à-dire quand la calorification est ralentie, les vaisseaux de la peau se rétrécissent, et grâce à cette ischémie passagère, la déperdition du calorique à la surface cutanée se trouve ainsi diminuée.

Une modification partielle dans la production ou dans la dépense de chaleur entraîne aussitôt un changement dans l'élévation de la température. Mais si, dans le cas de modification de la production thermique, les appareils de calorification conservent leur intégrité ou bien dans le cas de perte de chaleur, si les matériaux de production ne font pas défaut, si les processus thermogènes ne sont

pas enrayés et que, en un mot, l'organisme soit dans des conditions normales, les conséquences de ces modifications se neutralisent si rapidement que l'équilibre thermique est bientôt rétabli. — L'augmentation partielle de chaleur est.suivie d'une déperdition disproportionnée et une perle extraordinaire est amplement compensée par une production exagérée ; de façon qu'après une ascension ou une diminution de la température, il s'ensuit toujours, en premier lieu, une oscillation eu sens contraire avant le rétablissement complet de l'équilibre. Mais tout cela n'explique pas pourquoi la température à l'état hygide, conserve constamment un certain niveau, pourquoi elle se tient chez l'homme aux environs de 57°, tandis que chez d'autres animaux pourvus des mêmes organes thermopoïétiques et sujets aux mêmes causes de déperdition de calorique, la température reste moins fixe. — Cet équdibre thermique résultant de facteurs multiples, est fondée sur r'enchaînemeut délicat de nombreux appareils dont le concours simultané, immédiat et précis est nécessaire pour conserver, c'est-à dire pour régulariser la température.

Aussi, Ludwig (Physiologie, t. 11, p. 754) en cherchant à approfondir les moyens de conservation du degré thermique normal, avoue-t-il que, malgré la connaissance imparfaite que nous possédons des conditions organiques qui président aux rapports entre la dépense et la recette thermiques, le mécanisme intime de ces rapports est cependant encore loin d'être découvert.

Il est vraiment singulier et surprenant que des facteurs si multiples et si variables puissent toujours donner, à l'état de santé, un résultat sans cesse identique, c'est-à-dire une température régulière, uniforme, presque constante et ne dépassant jamais certaines limites quelles que soient les différences de production ou de perte thermique?

N'est-il pas plus étonnant encore que cette régularisation thermique ne se révèle complètement qu'à l'état de santé et que des écarts plus ou moins étendus se manifestent dès l'apparition du moindre trouble morbide?

Il est vrai que cette propriété singulière de l'organisme est aussi inexplicable que celle qui préside à l'uniformité de composition du sang, à l'état de santé, malgré toutes les variations de dépenses et de recette, et ne trouve-t-on pas en physiologie des problèmes aussi

insolubles : tels, par exemple, que les conditions sur lesquelles reposent tous les résultats ultimes de la vie organique, l'emploi des éléments pour la constitution des formes définies de la matière, l'équilibre de la nature vivante tout entière, la conservation de l'individu, de la proportion numérique des sexes, des espèces, malgré les luttes, les accidents et les causes de destruction de tout genre.

C'est précisément en cela que consiste l'ordre etl'harmonie dans l'organisme. Tout excès, tout surcroît, partiel et unilatéral, est compensé tant que l'organisme se maintient à l'étal de santé.

Il est nécessaire, pour que la vie suive son cours régulier, que les recettes et les dépenses organiques soient en parfait équilibre. — 11 en est de même de la force, et c'est sur cet équilibre thermique que repose la santé.

On n'a besoin pour cela d'imaginer aucun appareil ou organe régulateur spécial ni d'invoquer son influence mystique sur les processus chimiques. — L'organisme n'est en aucune façon régi par l'une ou l'autre de ses parties constituantes. C'est, au contraire, le maintien de l'état normal qui implique l'intégrité complète ou tout au moins relative des fonctions nutritives ; la machine humaine est construite avec une telle perfection que le fonctionnement même insuffisant d'une de ses parties ne trouble pas l'harmonie de l'ensemble. — Mais aussi bien qu'à d'autres points de vue, les organes isolés ne sont pas d'une importance également grande; de même pour la conservation de l'équilibre thermique, l'intégrité de certains organes est plus importante que celle de certains autres.

Il est vrai que si les compensations sont empêchées par des conditions anomales, spontanées ou artificiellement produites, si le fonctionnement de certains organes essentiels est sérieusement troublé, il peut se produire des désordres notables dans le bilan des productions et des pertes, et par conséquent, des écarts de la température normale. Le médecin appréciera selon l'étendue et la durée de ces écarts, s'ils doivent ou non être rangés dans le cycle thermique normal. Mais il est certain que des écarts considérables ou persistants de la température sont bientôt suivis d'autres symptômes de perturbation. — Il va sans dire que ces dérangements de l'harmonie générale peuvent avoir leur point de départ dans les processus les plus divers.

Mais, en prenant en considération l'influence à la fois si complexe et si puissante du système nerveux sur tous les organes, on conçoit également que des anomalies clans l'action nerveuse puissent avoir aussi leur part dans ces désordres. Il est vrai qu'on n'est pas autorisé pour cela à attribuer au système nerveux ou à certaines de ses parties isolées, une action régulatrice sur la température animale. — Le système nerveux participe à cette régularisation thermique, en tant que faisant partie de l'ensemble de l'organisme. Il y prend, il est vrai, une part majeure, parce que ses rapports avec les autres parties sont plus intimes, plus nombreux et plus importants. Il participe d'autant plus fréquemment au dérangement de l'équilibre qu'en premier lieu, ses troubles même légers ont un plus grand retentissement que ceux des autres parties constiuantes du corps et que, d'autre part, les modifications dans le calibre des petits vaisseaux sont sous la dépendance du système nerveux, qui répartit ainsi la quantité de sang dans tous les organes.

7. Quelque constante que soit, en somme, la hauteur de la température physiologique, elle se meut cependant dans un cycle d'une certaine étendue. L'étude attentive des faits permet de découvrir les causes qui entraînent les oscillations légères de la température comprises dans ce cycle normal.

Tous les points du corps n'ont pas,.à un moment donné, la même température :

La température locale d'une partie dépend :

1° De la quantité de chaleur introduite ;

2° De la chaleur produite in situ ;

5° Des pertes locales de calorique.

Ces conditions n'étant pas les mêmes pour les différentes parties du corps, lVflux du sang chaud pouvant être plus ou moins abondant, la production locale de chaleur plus ou moins intense, le refroidissement plus ou moins considérable, la température présentera des degrés différents sur les divers points du corps.

Le sang lui-même n'a pas partout la même température dans les voies circulatoires.

Le sang des veines cutanées est ordinairement plus froid que le sang artériel des extrémités; en revanche, le sang veineux des

reins et du foie est plus chaud que celui qui pénètre dans ces organes. — On a constaté que le sang des artères intestinales est tantôt plus chaud, tantôt plus froid que celui de la veine porte ; il en est de même du sang 'des veines s'alivaires et. musculaires par rapport au sang artériel correspondant. — Le sang des veines jugulaires a été trouvé plus chaud que celui de la carotide.

Le sang de la veine cave inférieure est plus chaud que celui de la supérieure et des cavités droites. Ce dernier est à son tour plus chaud que celui des veines des extrémités. Le sang du ventricule droit est plus chaud que celui du ventricule gauche. , Il est clair que dans les organes où se produit beaucoup de chaleur, !e sang veineux qui en sort est plus chaud que le sang artériel qui y arrive ; dans les parties où il y a dépense de chaleur, c'est le contraire qui a lieu. Le sang des artères se refroidit dans les extrémités, tandis que celui qui traverse les viscères abdominaux en revient plus chaud et communique sa chaleur à la veine cave inférieure dont le sang se trouve ainsi plus chaud que celui de la veine cave, supérieure et même que le sang artériel en général. Bien que ces f.iits n'aient encore aucune valeur pratique immédiate, ils indiquent cependant les foyers de la production de chaleur et les lieux de réfrigération ; ils peuvent servir aussi parfois de termes de comparaison dans un cas pathologique.

Parmi les nombreuses recherches relatives à la température du sang dans les différents vaisseaux, les plus importantes sont celles de Becquerel (Gavarret, De la chaleur, p. 107) ; de G. Liebig (Sur les différences de température du sang veineux et du sang artériel. — Dissertation. Giessen, 1852) ; de Cl. Bernard (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XL, p. 551 et 56 î. — Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de l'organisme, 1859, t. I, p. 54) ; de Savory (Lancel, Avr. 1857) ; de Wurlitzer (Dissertât. Greifswald, 1858).

Relativement au sang du cœur, Colin, en faisant usage des thermomètres a maxima (du plus petit calibre) de Walferdin, est arrivé à des résultats un peu différents : sur 95 mensurations comparatives des deux moitiés du cœur chez les chevaux, les ruminants et chez les chiens, il a trouvé 21 fois égalité de température pour les deux côtés, 45 fois la chaleur plus grande dans les cavités droites^ 27 fois dans les cavités gauches.

Colin explique ce dernier phénomène par la formation de chaleur dans le poumon. — D'ailleurs, il suppose que la température du cœur ne dépend pas seulement du sang afférent, mais aussi de l'état thermique variable de'Testomac et des intestins (Annales des sciences, Zoologie, t. VII, p. 85-105).

Pour ce qui est des organes internes, on conçoit que toutes les expériences qui s'y rapportent, manquent chez l'individu sain.

On leur suppose à peu près la même température que celle des parties accessibles, mais protégées. — JacobsonetBernhard (Centralblatt. 1868, p. 645) ont trouvé dans 15 cas le cœur gauche de 0°,12 à 0°,42 (C.) plus chaud que le cœur droit. — Dans deux cas seulement, la température des deux était égale. Ils ont trouvé aussi les cavités pleurales à l'état normal, de 0°,01 à 0°,02 plus froides que la cavité abdominale, et de 0°,02 à 0°,05 moins chaudes que le cœur gauche.

Les différences de température dans les parties servant de préférence à l'examen pratique sont assez insignifiantes quand la mensuration est faite avec soin. Parmi ces endroits, c'est le vagin et le rectum exempt de masses fécales, qui présentent la température la plus élevée ; de 1 à 4 dixièmes plus élevée que celle de la cavité axillaire. — La température de la cavité buccale tient le milieu, pourvu qu'il n'y ait pas eu de causes perturbatrices.

La température moyenne clans la cavité axillaire d'un individu sain étant de 57°, on peut aisément supposer que celle de la cavité buccale sera de 57°, 1 à 57°, 2, et celle du rectum vide et du vagin de 57°,5à57°,5. Mais les données des divers observateurs diffèrent un peu. — Comparez L. Fick (Topographie thermique de l'organisme — dans les Archives de Millier. 1855, p. 408).

Winckel (Monatschrift fur Geburtskunde uud Frauenki'ankheiteu, 1862, t. XX, p. 415) ; Ziemssen (Pleurésie et pneumonie des enfants, 1862, p. 10) ; Schrœder (Archives de Virchow, XXXV, p. 255).

Les différences sont beaucoup plus accusées clans les parties imparfaitement protégées de la peau extérieure. Le refroidissement étant ici considérable et changeant, les différences indiquées par le thermomètre n'ont presque aucune valeur. En revanche, les résultats obtenus à l'aide des appareils thermo-électriques dans la mensuration de points isolés, montrent qu'il y a des changements

presque incessants de température dans ces parties, mais renfermés cependant dans un cycle restreint et subordonnés aux influences les plus diverses ; toutefois, les fluctuations continuelles de l'ondée sanguine n'y restent pas étrangères. Lombard (Experiments on the relation ofheatto mental Works, analysé par Brown- Séquard dans les Archives de physiologie normale et pathologique. 1868, t..I, p. 070) a constaté que de semblables variations, par exemple à la peau de l'occiput, peuvent être produites sous la seule influence d'une activité psychique modérée.

8. Les différences de température des individus sains, dans diverses conditions sont toujours insignifiantes et ne dépassent pas quelques dixièmes de degré.

A de très-rares exceptions près, la température axillaire physiologique varie sous les influences et dans les conditions les plus diverses entre 562°, et 58°, ou du moins ne franchit que très-passagèrement ces limites.

W. Ogle (On the diurnal variations in the température o f the humanbodij. — St-Georges hospital reports. 1866, t. II, p, 221) a indiqué une température minima un peu plus basse et une température maxima un peu plus élevée, mais il a trouvé le minimum de 56°, 1 pendant une matinée d'hiver et le maximum de 58°, 1 dans un bain turc.

Chez certains individus, d'ailleurs bien portants, mais d'une extrême irritabilité, notamment chez les enfants et chez les femmes, la mobilité delà température est un peu plus grande et dans des conditions analogues, les limites, précédemment indiquées, peuvent être franchies. Toutes les fois qu'un écart thermique est constaté, il faut se souvenir qu'on ne peut jamais garantir une santé réellement parfaite chez tous les individus jugés bien portants. De très-nombreuses recherches ont été faites sur les modalités de la température physiologique. Uneénumération complète de toutes ces observations présenterait de grands inconvénients, ne serait-ce qu'à cause de leur valeur différente. Nous nous contenterons de mettre en relief les faits les plus importants.

9. Influence de l'âge. — La température du fœtus dépasse à peine celle du vagin et de l'utérus de la mère (Bârensprung)." Cette

différence, si minime qu'elle soit, a son importance en théorie : elle indique non-seulement que le fœtus possède des sources thermiques qui lui sont propres, mais aussi que les causes de réfrigération sont chez lui de toute autre nature ; le résultat final est cependant égal à celui de l'organisme maternel.

Ala naissance, les enfants présentent en moyenne, selon Bârensprung (dans le rectum), une température de 57°, 55 (50°, 2 R.). — Sur 57 nouveau-nés, elle dépassait 57°, 5 chez 26 et chez un seul elle descendait au-dessous de 56°, 75. — Schàfer {Dissertation. Greifswald, 1865) a trouvé chez les nouveau-nés, avant la section du cordon ombilical, une température rectale supérieure à la température vaginale de la mère, 16 fois sur 23 cas ; deux fois elle lui était inférieure ; la température moyenne du vagin étant de 57°, 5, et dans le premier cas, la moyenne thermique atteignant 57°, 8. On peut comparer à ce sujet les travaux de "Wurster (Berliner klinische Wochenschrift. 1869, n° 57).

Immédiatement après la naissance, et surtout après le premier bain, les enfants perdent en moyenne 0°,7 à 0°,8. Leur moyenne est de 57°. Sur 22 enfants, il n'y en avait que 5 qui restassent au-dessus de 5 7°, 5 et 8 qui descendissent au-dessous de 56°, 75 (Bàrcnsprung) .

Dans les dix jours suivants, la température rectale remonte légèrement, et s'arrête en général enlre 57°, 5 et 57°, 6 ; c'est-à-dire à un niveau un peu plus élevé que chez l'adulte. — Du sixième au huitième jour après la naissance, on observe souvent une nouvelle petite élévation. — Voir également Fôrster (Journal fur Kinder Kranhh. 1862).

Du reste, les différences entre les observations isolées sont beaucoup plus grandes chez les nouveau-nés que dans un âge plus avancé ; chez eux en effet, le moindre vagissement peut déjà provoquer une augmentation thermique. Dans la soirée, ils présentent également une élévation qui peut atteindre un demi-degré et qui est plus grande encore vers midi.

Chez des nouveau-nés, en apparence très-bien portants, on observe, assez exceptionnellement, il est vrai, des écarts de température allant jusqu'à deux degrés qui ne se montrent pas, dans les mêmes conditions, chez l'adulte.

Ce fait peut s'expliquer de deux façons : ou bien les nouveau-nés

ont en général une température moins constante et moins uuiforme, ou bien ils sont sujets à des troubles morbides plus faciles à méconnaître que chez les adultes. — Cette particularité se retrouve dans les premières années de la vie.

Finlayson (The normal température in chiklren. 1869) a constaté que les fluctuations quotidiennes sont plus grandes chez les enfants que chez les adultes.

Chez les enfants bien portants, on n'observe pas de différences notables avec les progrès de l'âge. Tout au plus, peut-on dire que la température moyenne tombe de 1. à 2 dixièmes de la première enfance à la puberté ; à partir de celte époque de la vie jusqu'à la cinquantaine, et même jusqu'à soixante ans, elle diminue encore du même chiffre et remonte un peu à partir de la soixantaine pour se rapprocher, notamment chez les octogénaires, de la température moyenne du premier âge. — Cette température, relativement élevée chez les vieillards, semble un phénomène extrêmement curieux quand on songe aux différences considérables dans la respiration, la nutrition et l'exhalation de l'acide carbonique, et si l'on réfléchit aux idées traditionnelles émises sur l'activité vitale à cet âge. — Peut-être cette élévation thermique se rattache-t-elle à la perspiration cutanée, amoindrie par suite de l'état d'anémie de la peau.

Consultez, sur la température sénile, John Davy (Philosophical Transactions. 1844, p. 59).

10. Influence du sexe. — Quant au sexe, il n'y a pas à noter de différences notables dans la température. — Elle est peut-être légèrement plus élevée chez les femmes adultes que chez les hommes du même âge. Cependant, les observations ne sont pas assez nombreuses pour nous permettre d'établir, à cet égard, une règle fixe et générale. — Davy est arrivé à un résultat contraire ; il est vrai que ses recherches sont insuffisantes (Médical Times. 24 sep.tembre 1864).

11. Influence des r.vces, des professions, du genre de vie. — Livingstone (Travelsin south Africa, p. 509) affirme avoir observé que la température des Africains était inférieure de deux degrés à la sienne. D'un autre côté, la température des Islandais serait,

d'après Thomsen (Ueber Krankheiten und Krânkheits-Verhàltnisse

auf Island und den Parôerinseln, p. 24) un peu plus élevée que la sienne (en moyenne = 57°, 27 sous la langue).

Jusqu'ici, nous ne possédons encore aucun fait qui nous autorise à admettre une différence même fort minime de température selon la position sociale, c'est-à-dire entre les pauvres et les riches, malgré la différence qui existe dans l'alimentation.

Les professions, pourvu qu'elles ne soient pas insalubres, ne paraissent exercer aucune influence.

Il faut donc nécessairement admettre que la production thermique, bien que sans doute très-variable, trouve, à l'état hygide, sa compensation dans une élévation correspondante de la dépense thermique.

12. Différences individuelles. — Abstraction faite de l'âge, du sexe, de la race, du genre de vie et des influences accidentelles, la température moyenne n'est pas la même chez tous les individus à l'état de santé. Il est vrai que, sur ce point, nous ne possédons pas un grand nombre d'expériences faites sur des sujets dont la santé n'a jamais été altérée ; mais, s'il est permis de tirer une conclusion de recherches faites sur d'anciens malades rétablis, ayant vécu dans les mêmes conditions, comme, par exemple, dans la même salle d'un hôpital et soumis au même régime, on peut admettre que la température de ces différents individus n'est pas absolument la même et qu'elle oscille entre 56°, 5 et 37°, 8.

Je n'ai trouvé chez eux aucune condition physique qui put rendre compte de ces différences individuelles, cependant assez tranchées. Il importe de prendre ces faits en considération, afin de ne pas regarder comme pathologiques certaines températures normales. Chez les animaux soumis aux expériences physiologiques, on a également constaté des différences individuelles encore plus accusées.

13. Fluctuation quotidienne de la température physiologique. — Chez les individus à l'état de santé, la température présente de légères variations quotidiennes, suivant le moment de la journée.

Un certain nombre d'observateurs ont fixé leur attention sur ce point.

D'après Lichtenfels et Frôhlich (loco citaio), les écarts quotidiens de la température physiologique atteignent à peine une moyenne de un demi-degré. — Suivant ces auteurs, la température la plus basse se montre de 10 heures du soir à une heure de la nuit et, dans la matinée, enire 6 heures et 8 heures; la plus haute dans l'après-midi, entre 4 et 5 heures. — Selon Damrosch (Deutsche Klinik. 1855, p. 517), la température s'élève d'environ |° entre 7 heures et 10 heures du matin, descend de 0°,^ à 0°,~ entre 10 heures et une heure, remonte jusqu'à 5 heures du soir de yô à tô pour redescendre de ■— à ~ jusqu'à 7 heures du soir. La rémission de midi fait souvent défaut. L'élévation la plus constante a lieu de 7 heures à 10 heures du matin et l'abaissement thermique de 5 heures à 7 heures du soir. La température à 7 heures du soir est fréquemment égale à celle de 7 heures du matin, mais souvent aussi elle est plus basse.

Suivant Ogle ($t-George,s hospital reports. 1866, t. I, 221), la température la plus basse est celle de 6 heures du matin, puis commence l'ascension qui se prolonge bien avant dans la journée. — Cette élévation et cette descente sont indépendantes du sommeil.

Jûrgenten (Deutsche Àrchiv fur Min. Med. 1867, t. III, p. 165) place le maximum diurne entre 4 heures et 9 heures du soir, le minimum, entre 2 heures et 8 heures du matin.

14. Influence de la menstruation, de la grossesse et des couches. — La menstruation normale chez la femme bien portante reste ordinairement sans effet sur la température du corps : ainsi que l'affirment tous les observateurs dignes de foi et comme je l'ai moi-même constaté. En revanche, il y a parfois des ascensions de la température pendant les règles que l'on doit positivement considérer comme fébriles et qui, tantôt, sont accompagnées d'autres troubles fonctionnels, tantôt constituent le seul phénomène pathologique.

La grossesse n'exerce à peu près aucune influence sur la température. Dans les deux derniers mois seulement, la température du vagin semble un peu plus élevée. Dans la matinée, la moyenne est de 58°, 15 (minimum = 57°, 9 ; — maximum, 58°, 55) et le soir de 58°,22 (minimum = 58°, 1 ; — maximum, 58°, 65).

Selon Schroder (Virchow's Archiv, t. XXXV, p. 255), l'utérus gravide présente une température qui dépasse de 0,5 celle de l'aisselle, de 0,15 celle du vagin. Cette élévation est sans doute produite par la température du fœtus.

Immédiatement avant Faccouchemeint, on n'observe pas d'ascension. Pendant le travail, on constate une augmentation de quelques dixièmes (0,20 à 0,25). Le thermomètre s'élève un peu au moment des douleurs expultrices et redescend ensuite quand elles ont cessé.

Les fluctuations quotidiennes physiologiques ne sont pas essentiellement modifiées. Pendant la parturition, la température moyenne du matin est plus élevée de 0,18, celle du soir de 0,25 qu'avant cet acte : elle serait également plus haute de 0,07 dans la deuxième période de l'accouchement que dans la première. — Selon Hecker, la température monte d'autant plus que les douleurs expulsives sont plus intenses et plus rapprochées ; mais les observations de cet auteur ne sont pas suffisamment nombreuses pour établir la réalité du fait. — Schroder a trouvé chez les accouchées une plus grande différence entre la température de l'aisselle et du vagin et celle de l'utérus que chez les femmes enceintes : (la température de l'utérus chez les premières dépasse de 0,85 celle de l'aisselle et de 0,175 celle du vagin). — Dans son récent ouvrage, il considère comme très-variable et très-inconstante la température des accouchées et suppose que chez elles la plus ou moins grande dépense de chaleur serait d'une importance majeure.

Immédiatement après l'accouchement, Bàrensprung a noté un abaissement thermique pouvant aller jusqu'à 56°, 2 et en moyenne de 57°, 1 (le minimum se présente dans le cas où l'accouchement a lieu entre minuit et midi). Winckel n'a observé cette diminution thermique que dans le cas où la parturition avait lieu pendant la rémission diurne. — Schroder a trouvé les plus basses températures chez les femmes qui étaient accouchées à 11 heures du matin. — Winckel a constaté une légère élévation dans les 12 premières heures après l'accouchement et un abaissement correspondant dans les 12 heures suivantes.

Grùnewald estime à 57° le minimum moyen de la température axillaire pendant les couches régulières : sur 57 accouchées, la

température la plus basse était : chez 5, de 56Q,ô ; chez 9, de 56°, 8 ; chez 45, de 57° et au delà. Les températures maxima dépassaient plusieurs fois 58°, surtout dans les cas où il y avait de la constipation avec une sécrétion lactée excessive. Cet observateur considère comme suspecte chez les accouchées toute température qui dépasse 57°, 8 (50°, 2 R.). Schrôder a même démontré que les accouchées qui tombent malades dans la première semaine de leurs couches, peuvent présenter, au début, un état thermique complètement normal. Il fait remarquer en outre que la température puerpérale présente deux facteurs: 1° des fluctuations quotidiennes régulières (ascension jusqu'à 5 heures du soir, diminution jusqu'à 1 heure du matin) ; 2° une augmentation dans les premières 24 heures et une rémission dans les 12 heures suivantes. — Par conséquent, l'état thermique varie un peu suivant l'heure de l'accouchement, — La température peut atteindre le maximum entre 5 heures et. 8 heures du soir environ, si l'accouchement a eu lieu dans la matinée, le minimum (vers minuit) s'il a eu lieu dans les premières heures de la matinée, parce qu'il y a coïncidence dans le premier cas entre l'ascension quotidienne et la première élévation thermique produite par les couches ; dans le deuxième, l'abaissement quotidien coïncide avec la première diminution thermique post-puerpérale.

Winckel assure qu'après les quatre premières heures d'abaissement, la température commence à remonter peu à peu ; en outre, la température quotidienne vespérine est ordinairement plus élevée que celle du matin, mais la fluctuation diurne est faible. Le degré de la température est, en général, proportionnel à la sécrétion lactée. Cette dernière est-elie abondante et régulière', la température s'accroît avec elle pendant trois ou cinq jours; et si la sécrétion lactée est tarie comme chez les femmes qui ne nourrissent pas, on observe, dans ce cas, une diminution progressive de. la température.

Winçkel dit, en outre, que les primipares aussi bien que les multipares, qu'elles allaitent ou non, ne présentent aucune différence au point de vue de la température ; que les suites de couches régulières restent aussi sans effet sous ce rapport ; enfin que la température moyenne des accouchées est un peu plus élevée que la moyenne normale physiologique.

Faut-il cependant admettre une plus grande mobilité de la température pendant les couches? C'est un point que nous discuterons dans notre partie pathologique.

D'ailleurs, suivant Winckel, les différences entre les températures axillaires et vaginales restent presque tout à fait parallèles chez les accouchées, même dans les cas de maladie du vagin ou de l'utérus. Schrôder a trouvé que, chez les accouchées, la différence entre la température utérine et les températures axillaire et vaginale, diminuait et que, dans l'utérus, elle ne dépassait que de 0°,28 celle de la cavité axillaire et de 0°,1Î celle du vagin.

Consultez, pour les modalités de la température pendant la grossesse etl'accouchement, et dans les couches normales : Hecker in Annalen dés Charité Krankenhauser. 1854, p. 555; Winckel: Temperatur-Studien bel der Geburt und im Wôchenbett in Monatschrift fur Geburtskunde. 1862. Bd. XX, p. 409, etl865,Bd. XXII, p. 521 ; Grùneyvald : Ueber die Eigenwàrme gesunder und Kranker Wôcherinnen in Petersburger medic. Zeitung. 1865, Bd. V, p. 1 ; Oscar Woif : Beitr. zur. Kennlniss der Eigenwàrme im Wôchenbett: Marb. dissert. 1866 ; Baumfelder : Beitràge zu d en Beobachtungen der Kôrperwârme, der Puis- und Piespirations frequenz im Wôchenbett : Leipzig. Dissert. 1867 ; Schrôder (loco citatoet in Schvangerschaft, Geburt und Wôchenbett. 1867, page 177) ;Squire {Lancet. 1867, n°10).

15. Influence du repos, de la contraction musculaire et du travail. — Le contraste entre le repos et le mouvement est difficile à expliquer au point de vue de son action sur la température qui ne peut être éclnircie par le simple examen des faits.

Helmholtz a montré que la conlraction d'un muscle est accompagnée d'une augmentation de la température. Plus récemment encore, Solger, Heidenhain, Meierstein et Thiry, ont entrepris d'importantes recherches sur ce sujet. Ces auteurs ont constaté entre autres phénomènes que, dans le premier moment de son excitation, le muscle se refroidissait légèrement (cette oscillation thermique négative a été vérifiée plus tard par Heidenhain), puis il se réchauffait ; mais cette caléfaction n'était nullement proportionnée au travail mécanique; qu'en outre, le muscle développait plus de chaleur à l'excitation, si on l'empêche de se contracter que

dans le cas opposé ; qu'avec un poids égal et une fatigue progressive, la chaleur développée par la contraction diminuait plus promptement que l'exercice mécanique; qu'avec un fardeau croissant, la chaleur augmentait jusqu'à une certaine limite et décroissait ensuite.

• Conformément à la théorie de J. R. Mayer, il faut supposer qu'à l'étal de repos, les forces de tension chimiques qui sont mises en liberté par la combinaison de la substance oxydable avec l'oxygène, se transforment complètement en chaleur; tandis que, dans le cas de mouvement, une partie de ces forces se changerait, à l'aide des muscles, en travail mécanique. D'où il résulte que la production thermique doit être plus grande, à l'état de repos. Il faut encore noter que le refroidissement par la respiration et la transpiration est moindre pendant le repos. D'après une citation de Mayer (Die oj^ganische Beivegung, p. 95), Dauville a, en effet, trouvé 40°, 2 sur un nègre couché au soleil dans la plus parfaite immobilité, et seulement 59", 75 chez le même individu pendant qu'il travaillait au soleil.

Mais, tandis que dans le corps en activité, une partie de la force dégagée par les processus chimiques est perdue pour la production thermique, parce qu'elle est consacrée au travail mécanique et qu'elle se transforme en mouvement; en revanche, l'échange des matériaux nutritifs est simultanément exagéré par le travail, la quantité d'oxygène absorbé est accrue par la fréquence même de la respiration, la circulation est plus active et, partant, le nombre des globules rouges soumis à l'action de l'oxygène devient aussi plus considérable dans un temps donné, l'action chimique d'où résulte la production de chaleur devient donc plus étendue et plus rapide. Mais l'emploi d'une partie des forces au fonctionnement mécanique ne compense pas complètement l'excès de leur production. La force produite dans l'activité musculaire par l'action chimique accrue qui l'accompagne est ordinairement bien plus grande qu'il ne le faudrait pour sa transformation en travail. — Déduction faite du fonctionnement mécanique, il reste encore un excédant de chaleur.

Le cerveau, à l'état de repos, produit 1 55 calories par heure et 251 pendant le même temps dans l'activité psychique. Ce surcroît de chaleur est éliminé du corps de l'individu sain par une série

d'actes tels que : respiration accélérée, circulation périphérique plus active, et par conséquent, refroidissement cutané plus rapide

par la transpiration, par les sueurs, etc Il en résulte q*ue les

conditions opposées s'équilibrent et se compensent, à savoir : d'un côté, la dépense de force produite par le fonctionnement mécanique et par une réfrigération plus active et, d'autre part, l'excès de production déterminé par l'augmentation des processus chimiques ; de sorte, qu'en réalité, la différence entre la température dans l'état de repos et celle qui se produit pendant le travail est presque insignifiante.

John Davy a étudié l'influence qu'exerce les mouvements du corps sur la température. Voici les résultats auxquels il est arrivé en se plaçant dans diverses conditions : la température sublinguale variait après un mouvement actif entre 98°, 7 et 99°, 4 Fahrenheit (=57° — 57°, 5 C), dans une promenade en voiture, elle était de 97° à 97°, 7 F. (=56° — 56°, 5 C). —Dans les régions tropicales, la température montait plus encore pendant un mouvement actif, tandis que le minimum observé dans une promenade en voiture était presque aussi bas que dans les climats tempérés (dans un cas seulement, le maximum atteignait 99°, 7 (=57°,6 C).

Breschet et Becquerel (loc. cit.) ont constaté, à l'aide de la mensuration thermo-électrique, une augmentation thermique de 1° dans un muscle qui se contractait depuis cinq minutes.

Les expériences de Speck (1865. Archiv der Vereins fur wissenschaftl. Heilk.) ont démontré que, pendant les efforts violents, la température s'élevait un peu. A en juger d'après l'exhalation considérable d'acide carbonique, on aurait dû s'attendre à une production bien plus grande de chaleur dans le corps. L'abaissement de la température, aussitôt après la cessation des efforts, prouva, en outre, que les forces régulatrices de la température agissaient avec autant de promptitude que d'intensité. Le corps n'avait, pour ainsi dire, été que surpris pendant un moment, par cette augmentation thermique temporaire et peu après, le refroidissement avait développé une action assez puissante pour que la température normale fût rétablie ou qu'elle descendît même ausous du degré habituel. D'ailleurs, dans les quelques expériences où les efforts n'avaient pas amené la transpiration, il n'y avait pas eu augmentation de température et l'élévation thermique la plus

forte correspondait aux cas où les sueurs avaient été les plus abondantes.

D'après Kernig (Experiment. Beitràge, p. 41), le décubitus détermine une diminution de quelques dixièmes- de degré dans la température de la cavité axillaire comparée à celle que produit la position verticale ou assise.

Récemment, Obernier (De l'insolation, p. 80) a recherché l'influence des mouvements sur la température. Des marches de 50 à 55 minutes firent monter la température d'un demi-degré et au delà (la fréquence du pouls fut accrue bien davantage : de 20 à 44 pulsations ; à l'exception d'un cas où elle resta stationnaire). Une marche forcée d'une heure et demie, éleva la température de 1° à 1°,2 (le pouls, de 50 cà 48 pulsations).

Le fait bien connu d'un coureur chez lequel on constata 59°, 6 après une course d'une heure, ne doit pas être rangé au nombre des effets de la fatigue musculaire à l'état de santé, car le sujet présentait de nombreux symptômes morbides.

D'après la théorie de Mayer, la production thermique, résultat des échanges nutritifs, n'est employée dans la contraction musculaire qu'autant que cette dernière est appliquée à une fonction mécanique réelle.

L'observation directe de Béclard confirme cette thèse ingénieuse. Il a trouvé (De la contraction musculaire clans ses rapports avec la température normale. — Arch. génér. '1861, t. XVII, p. 21 à 40 ; 157 à 180 et 257 à 279) que la quantité de chaleur produite par la contraction d'un muscle est plus grande si cette contraction est statique que si elle produit un travail mécanique utile. Il a constaté, en outre, que la quantité de chaleur qui se perd dans un muscle avec un pareil travail correspond exactement à l'effet mécanique produit. Il arrive aussi à ce résultat que les deux produits de la contraction musculaire : la chaleur et le travail méca1 nique utile, étaient la commune expression de l'action chimique qui se passe dans le muscle.

Liebermeister (Reichert's Archiv, 1862, p. 661) a contesté l'influence exercée sur la température par des respirations amples et fréquentes.

Page 1