‹ De la temperature dans les maladies :Chapitre 8 sur 57 · MODIFICATIONS THERMIQUES LOCALES ET GENERALES · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS THERMIQUES LOCALES ET GENERALES

1. Les modifications de la température normale qu'on observe dans les maladies peuvent être locales, c'est-à-dire bornées à certaines parties du corps, ou générales et plus ou moins étendues.

Cette distinction n'est pas absolument rigoureuse ; car il est extrêmement rare et peut-être même impossible qu'avec un écart thermique local très-accusé, les conditions générales de l'organisme restent absolument normales et que sa température propre n'en subisse pas un certain retentissement. D'un autre côté, dans un trouble de la température générale, la déviation thermique n'est jamais absolument la même dans toutes les parties du corps. C'est surtout au début du trouble thermique et à l'époque de ses modifications ultérieures que la disproportion entre les températures des différentes parties est la plus accentuée.

Il faut cependant maintenir la distinction entre les écarts topiques et les déviations générales, suivant que les uns ou les autres prédominent dans tel ou tel cas.

2. Puisque déjà, à l'état de santé, on observe sur certaines parties du corps des degrés thermiques plus ou moins différents, les écarts seront beaucoup plus considérables à l'état pathologique.

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Les différences que présente la température locale peuvent être de trois sortes :

1° Elle peut être plus élevée en certains points qu'en d'autres ; 2° Elle peut être plus haute que la température générale ; 5° Enfin, elle peut être partiellement plus basse que dans le reste du corps.

Bien que plusieurs observations semblent mettre hors de doute l'existence de températures locales un peu plus élevées que la température du sang, il en est d'autres, au contraire, dans lesquelles il est certain, ou au moins très-probable, que la température locale n'est qu'apparente et qu'elle n'est autre que la température même du sang, indiquée avec plus d'exactitude que dans les autres points accessibles du corps. Il ne faut donc pas négliger cette circonstance : que nous ne connaissons pas très-bien la température du sang, qu'elle peut être plus élevée que cela ne résulte des mensurations pratiquées aux endroits du corps les mieux abrités. Si la supposition de Brown-Séquard, que nous avons précédemment émise, relative à la véritable élévation thermique des intestins humains, était confirmée, celle-ci n'aurait jamais été dépassée par aucune température purement locale.

L'élévation topique, en tant que manifestation mieux accusée de la température du sang, résulte d'un afflux sanguin plus considérable vers la partie soumise à l'examen, ou d'une réfrigération incomplète ; ou même de ces deux conditions réunies.

5. Voici les différents états pathologiques dans lesquels on a constaté une élévation de la température locale :

cl Dans les inflammations.

Des hypothèses théoriques, aussi bien que la sensation subjective du malade et l'impression objective de chaleur perçue par la main de l'observateur i avaient fait croire à une élévation réelle et excessive de température dans les parties enflammées. Les mensurations directes ont toutefois démontré que, en général, le fait n'était pas fondé et que l'augmentation de chaleur des parties enflammées n'était pas constante, et quand elle existait, elle était toujours très-modérée.

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La première observation relative à ce sujet est due à John Hunter, comme nous avons eu déjà l'occasion de le mentionner.

Après une opération d'hydrocèle, il trouva une température de 92° F. (= 35°, 55 G.) dans la cavité vaginale. La cavité fut remplie de charpie enduite de cérat, et le lendemain, le thermomètre marquait 98° f F. (= 37°, 1 C), élévation considérable, mais ne dépassant pas toutefois la température du sang. J. Hunter prétend avoir plusieurs fois renouvelé la même observation ; mais, dans les expériences sur les animaux auxquels il provoquait artificiellement des phlegmasies locales, la température des parties enflammées ne présentait aucune modification.

Breschet et Becquerel (1855, /. c.) ont signalé plusieurs exemples de températures locales élevées. Elles furent constatées à l'aide d'un appareil thermo-électrique : chez une jeune fille scrofuleuse, dont la température buccale était de 57°, 5, ces auteurs observèrent dans un adénite aiguë de la nuque, une température de 40°. Dans d'autres cas, ils constatèrent aussi des différences entre les parties enflammées et la température générale, mais elles étaient beaucoup moins considérables. Toutefois, on a mis en doute l'exactitude de ces expériences.

Gierse, dans ses recherches ultérieures, a observé des différences de |° à 1° en plus dans les parties enflammées. — Bïirensprung n'a pas remarqué d'élévation thermique de la peau atteinte d'érythème artificiel ; mais, clans un cas de phlébite crurale, il a trouvé sur la jambe malade 1° R. de plus que sur la jambe saine. — John Simon (Holmes System ofSurgery, 1860. —Article Inflammation, p. 43) a fait d'importantes observations au moyen d'un appareil thermo-électri que .

Voici les résultats auxquels il est arrivé :

1° Le sang artériel arrivant aux parties enflammées est moins chaud que le foyer phlegmasique lui-même;

2° Le sang veineux efférent est, il est vrai, moins chaud que le foyer inflammatoire $ mais plus chaud que le sang artériel afférent ;

5° Le sang veineux d'un membre enflammé est plus chaud que celui du membre sain correspondant.

Billroth et Hufsclimidt n'ont obtenu que des résultats négatifs

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(1864. Archiv fur klinische Chirurgie, t. VI, p. 575). (Les additions sont incorrectes dans l'original.) — 11 résulte de leurs observations que, sur trente-sept mensurations comparatives de la température d'une plaie et de celle du rectum, vingt-hnit fois la température de la plaie était inférieure à celle du rectum, huit fois elle lui était égale et deux fois seulement elle lui était supérieure de 0°,5 (dans ce dernier cas, la plaie avait été irritée par des applications d'essence de térébenthine).

Dans neuf cas de vaginite, la température vaginale fut examinée comparativement avec celle du rectum : cinq fois la première était la plus basse, trois fois elles étaient égales et une fois seulement la température du vagin dépassait de 0°,2 celle du rectum.

Billroth fait également remarquer que les parties congestionnées peuvent paraître plus chaudes, parce que les vaisseaux y sont plus gorgés de sang que dans les parties saines et qu'il ne faut pas invoquer, par conséquent, une plus grande production de chaleur dans les points enflammés.

Dans quatre mensurations faites sur un individu affecté de phlegmon diffus suppuré, la température de la plaie était plus basse que celle de l'aisselle ou du rectum.

0. Weber a publié, en 1864, un certain nombre d'observations qui ne fournissent également que des résultats douteux (Deutsche Klinik, numéros 45 et 44). Sur douze observations thermométriques faites sur des individus opérés, il a trouvé la température de la plaie plus élevée dans six cas, plus basse dans trois, et dans trois autres enfin, elle était égale aux températures buccale et axillaire ; dans les premiers cas, la différence, en faveur de la plaie, n'était que de 0°,6.

Keber a noté que la température de la partie enflammée paraissait être plus élevée dans la profondeur de la plaie qu'à sa surface où l'évaporation et la réfrigération doivent être évidemment plus actives. Il a remarqué aussi que la température d'une plaie s'abaissait dès que la suppuration devenait abondante et prolongée.

Dans une série de 51 expériences, pratiquées sur des chiens et sur des lapins, l'observation thermométrique montra la température des plaies ou des parties enflammées plus élevée dans neuf cas, plus faible dans quinze et égale cinq fois à celle du rectum.

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Le maximum de la différence en faveur de la plaie était, chez les lapins, de 1°, et chez les chiens, de 0°,55.

En outre, 0. Weber a répété et confirmé les expériences de Simon et adhère entièrement aux conclusions posées par ce dernier observateur.

On peut du moins conclure de ces expériences que la chaleur des parties enflammées ne montre qu'une élévation tout au plus légère, et il reste à déterminer encore ce qui appartient à la réplétion sanguine et ce qui revient à la vraie production thermique locale. Dans un grand nombre de cas,. il n'y avait aucune élévation dans la plaie, et très-fréquemment sa température était plus basse que celle du rectum.

hcobsonei^eruhavàt (Centralblatt.— Ori0. Mïtt/i.,p.645.-1868) ont trouvé que la température des membranes séreuses enflammées (plèvres et péritoine) est plus ba^se que celle des mêmes parties à l'état de santé ou que celle du cœur.

De même, Laudien a observé ^(CenlralblaU. — Orig. Mitth., p. 291. 1869) que la température de la peau ou des muscles jusqu'à leurs couches les plus profondes, quelque intense que fût leur inflammation, n'était jamais aussi élevée que la température intérieure du corps, et que celle du sang artériel était plus élevée que la chaleur du foyer inflammatoire auquel il affluait.

b. La simple hyperémie peut déterminer une élévation de température, du moins relative et proportionnelle à d'autres points de la surface du corps, comme il résulte des expériences, plusieurs fois citées précédemment, de section du grand sympathique, de ligature de la sous-clavière ; ainsi que de suspension des animaux par le train postérieur. Chez l'homme, cependant, on n'a pas observé d'une façon certaine d'élévation de température par simple hyperémie. Notamment, on n'a pas pu le démontrer par l'application de sinapismes.

c. Dans les exanthèmes, la température paraît quelquefois un peu plus élevée que dans les points qui en sont exempts, comme l'ont montré les recherches de Gierse et de Bârensprung.

d. Dans les névralgies et les spasmes locaux, la température cutanée delà partie douloureuse ou contracturée, paraît quelquefois

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un peu plus élevée ; et cette augmentation thermique concorde d'ordinaire avec une rougeur plus marquée ; ce qu'il faut probablement attribuera l'hyperémie, peut-être aussi à un amoindrissement de la réfrigération locale et dans les spasmes, peut-être à une augmentation de production thermique locale.

e. Schmitz a observé, il est vrai, une légère diminution de température dans les parties paralysées. — Bârensprung aussi a trouvé la température des membres paralysés amoindrie trois fois sur quatre, et dans le quatrième cas, un peu plus élevée que dans les membres sains.

Nothnagel (Berliner klinische Wochenschrift, p. 557. 1867) a trouvé dans la paume de la main, sur un membre parésié, une température plus basse de 2° que celle du côté sain.

En revanche, Folet {Gaz. hebd., n° 12 et 14. 1867) a fait des observations approfondies chez des hémiplégiques, et il est arrivé aux résultats suivants :

Dans l'immense majorité des cas, une hémiplégie est accompagnée dès le début d'une élévation de température du côté paralysé, très-rarement les deux côtés présentent une égalité de température et presque jamais on ne remarque d'abaissement thermique du côté malade.

L'élévation varie entre 0°,5 et0°,9, mais elle n'atteint pas habituellement un degré.

La présence ou l'absence de contracture n'influe pas sur ce résultat thermométrique.

Plusieurs causes peuvent faire disparaître ces différences thermométriques. La cause de l'hémiplégie est sans influence sur le résultat.

La guérison de la paralysie ramène aussi l'équilibre thermique ; quand la paralysie persiste, l'élévation de température est très-variable : chez les uns, elle cesse déjà après quelques mois, tandis que chez les autres elle se maintient pendant des années.

Une atrophie paralytique manifeste détermine un abaissement de température»

Quand dans une hémiplégie ancienne avec élévation de température du côté malade, l'autre côté se paralyse à son tour ou

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l'équilibre thermométrique se rétablit, ou bien le côté paralysé en dernier lieu, présente une température extrêmement élevée.

La température générale des hémiplégiques n'est pas habituellement augmentée, et présente 57°, à l'exception des dernières heures de la vie dans lesquelles elle s'élève fréquemment.

Lépine (Gazette médicale, p. 501. 1868) a constaté que dans une hémiplégie récente, le côté paralysé est d'abord plus chaud que le côté sain, mais si on leur fait subir un certain degré de réfrigération, le premier devient plus froid que l'autre; quand on appliqué une réfrigération encore plus forte, il se refroidit moins que la partie saine. Au contraire, lorsque l'hémiplégie est très-ancienne, le côté paralysé semble d'abord plus froid ; quand on le soumet à la réfrigération, il conserve relativement plus de chaleur que le côté sain, et par la caléfaction artificielle, il absorbe moins de chaleur que l'autre.

Le côté paralysé présente donc, sous l'influence d'applications thermiques externes, une tendance plus grande au refroidissement qu'à la caléfaction.

4. J'ai observé à plusieurs reprises chez une femme hystérique^ souffrant de la moelle épinière, une élévation persistante de la température, s'étendant à toute une moitié du corps, sans qu'il se soit montré de processus morbide local ni d'un côté ni de l'autre.

Cette jeune fille, âgée de dix-huit ans, est sujette à des congestions partielles, notamment du côté droit, accompagnées d'éruption d'urticaire et de sueurs locales, en même temps que divers phénomènes nerveux se manifestent dans plusieurs organes internes. Même en dehors des poussées congestives vers la peau, cette malade présente :

1° Sur toute la surface du corps, une température plus élevée de I à | degré que celle du vagin ;

2° Dans la cavité axillaire droite (aussi bien que dans le pli inguinal du même côté) des températures constamment plus élevées que celles des parties correspondantes du côté opposé, de façon cependant à ce que la différence, tantôt se réduise à quelques dixièmes de degré, tantôt ne dépasse pas 1°| ;

5° De temps à autre des élévations thermiques spontanées, soudaines, éphémères^ pouvant atteindre 59°, 5, avec une plus ou moins grande divergence dans les tempéraures des deux côtés du corps..

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Cet état extrêmement singulier qui persiste depuis près d'un an et dont la courbe thermique ci-con(re (fig. 1) retrace une simple phase, saurait difficilement trouver son explication ailleurs que dans un trouble bilatéral du système vasomoteur , mais plus prononcé dans la moitié droite du corps que du côté gauche.

5. On observe assez souvent des abaissements thermiques partiels : en premier lieu, sur les parties sphacélées, puis sur les points œdémateux et indurés, et sur les membres privés de leur mobilité ; partout enfin où l'afflux du sang est diminué et dans les endroits où la réfrigération est accrue.

La surface du corps présente, en outre, un abaissement thermique plus ou moins étendu , notamment après des applications froides, pendant le frisson et dans toutes les variétés de collapsus. — Il serait cependant erroné de ne voir dans ces cas qu'un abaissement thermique partiel et isolé, car la diminution locale de la température n'est qu'un des éléments pathologiques d'un état morbide complexe.

(3. Il n'est pas nécessaire de recourir à une démonstration particulière pour prouver que les conditions les plus importantes de la thermométrie pathologique, tant en théorie qu'en pratique, résident dans les modifications morbides de la température générale.

Les mensurations pratiquées dans l'aisselle, le vagin ou le rectum indemnes de toute affection locale, indiquent de la façon la

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plus exacte le degré de chaleur du sang, par conséquent, la température générale de l'individu.

Cette température générale avec ses variations multiples et incessantes constitue un des moyens les plus sensibles, sinon le seul, d'apprécier l'état général de l'organisme dans les maladies.

Ici se posent deux questions préliminaires :

Quelle importance doit-on accorder à l'état général dans les maladies?

Avec quels processus physiques la température est-elle en rapport?

L'état général décide, avant toute chose, du sort du malade, de la marche et de la durée de la maladie, des chances de gnérison ou de mort, par conséquent, il constitue l'élément primordial du pronostic. (Nous ne parlons pas, bien entendu, des cas morbides dans lesquels se développent des néoformations ou des lésions graves intéressant des organes essentiels à la vie, ni de ceux dans lesquels on observe une occlusion de canaux dont la viabilité ne saurait rester longtemps entravée.)

De même, la thérapeutique puisera dans l'état général de l'organisme des indications plus sûres que dans les lésions locales auxquelles souvent la maladie emprunte son nom (abstraction faite des indications causales ou symptomatiques pressantes et des indications topiques toutes spéciales) .

(Voir mon mémoire : Sur l'importance de l'état général au ■point de vue du pronostic et de la thérapeutique; in Ar'chiv (1er Heilkunde,MA,91. 1860.)

Ces prémisses étant posées, il reste encore à découvrir les liens qui rattachent les modifications de la température avec les états pathologiques de l'organisme. — Quels sont les rapports qui. les unissent et les enchaînent l'un à l'autre? D'où vient que certains troubles réels de l'organisme ne retentissent point sur la température, tandis que d'autres produisent sûrement des écarts thermiques ? Quelles sont les vraies raisons de ces différences? Quelles sont les causes essentielles des perturbations thermiques? Où sont les régulateurs qui maintiennent la température dans son cycle défini, même dans les cas pathologiques?

Toutes ces questions ne me semblent pas suffisamment élucidées pour qu'il soit permis de poser ici des conclusions définitives. Nous

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