‹ De la température de l'homme sain et maladeChapitre 12 sur 18 · Rotureau, ouv. cité : Allemagne et Hongrie · texte numérisé non relu

Rotureau, ouv. cité : Allemagne et Hongrie

2. Herpin (de Metz) : De V acide carbonique, etc.^ pag. 103 et suiv. 1 vol. in-12, Paris, 1864.

ernier lieu, les actions chimiques et électriques produites par la combinaison des éléments de l’eau avec la matière grasse et les sels déposés sur la peau par la sueur *.

Ces différentes causes peuvent agir réunies ou isolées; l’acide carbonique et l’acide sulfhydrique , employés isolément, produisent encore les effets indiq'ués.Toutes les eaux minérales ne contiennent pas ces deux gaz, mais toutes contiennent les éléments nécessaires pour opérer des actions chimiques ; aussi le réchauffement, ou plutôt la sensation de chaleur se produit fréquemment lors même que la coloration de la peau manque. Ces actions chimiques et électriques suffisent pour déterminer une excitation générale qui trouble le sommeil et produit quelquefois la fièvre thermale.

1. Scoutetten, Del origine des actions électriques, — Gazette des Eaux, juillet 1866.

B. Température du bain au-dessous de celle du corps de Vhomme et développement de V appétit.

On demande fréquemment pourquoi le corps supporte avec difficulté, lorsqu'il est dans le bain, un faible abaissement de température de l’eau au-dessous de la sienne propre, tandis qu’il brave des températures atmosphériques de 15 et 20° audessous de zéro et au delà, sans éprouver un trouble sérieux dans ses fonctions organiques.

La réponse à cette question est fort simple, elle est presque élémentaire ; elle repose sur la densité des corps avec lesquels nous sommes en contact et sur leur conductibilité calorifique. Qu’est-ce, en effet, que la densité des corps? C’est la somme de particules matérielles qu’ils renferment sous un volume donné, c’està-dire, le rapport de la masse au volume.

Appliquons ces données à l’air et à l’eau examinés comparativement. Un litre d’air sec, sous la pression de 0,760, et à la

température de 0°, pèse, d'après Biot et Arago, l,î991 ; un litre d’eau à + pèse 1,000 grammes; le rapport entre la densité de ces deux corps est donc, en négligeant une petite fraction, 769; c’est-à-dire qu’un litre d’eau contient 769 fois plus de particules qu’un litre d’air.

Il devient facile, actuellement, de comprendre que l’eau, étant 769 fois plus dense que l’air, soutire, dans un temps égal, une quantité de calorique 769 fois plus grande que le fluide atmosphérique; de là impossibilité de rester longtemps dans un bain dont la température est notablement inférieure à celle de notre corps. Nous pouvons, au contraire, séjourner presque indéfiniment dans un air très-froid, en étant convenablement vêtu, car alors, outre que la soustraction de calorique est peu rapide, nos vêtements emprisonnent une quantité sufBsante d’air pour former une atmosphère protectrice contre les effets perturbateurs d’un froid qui descend quelquefois à 20° et même 25° audessous de zéro.

Il suffit encore, pour expliquer le refroidissement et le développement de la

faim après un bain à une température inférieure à celle de notre corps, de considérer la perte de calorique que nous avons éprouvée. Cette soustraction de chaleur pendant une heure et quelquefois plus exige un redoublement d’activité des actions chimiques opérées dans nos organes afin de conserver le chiffre de notre température normale. Mais ici se présente un fait physiologique digne d’attention. Remarquons, en effet, que notre corps est à jeun depuis la veille, que la digestion est terminée et l’assimilation ralentie; or, le calorique ne pouvant être fourni que par les actions chimiques, il faut que la désassimilation augmente d’activité, pour compenser Taffaiblissement momentané de l’assimilation.

Les médecins avaient remarqué, depuis longtemps, une partie de ces phénomènes; mais, n’en connaissant pas la véritable cause, ils Lavaient attribuée à l’açtion des eaux et à la température atmosphérique ; aussi recommandaient-ils de se couvrir soigneusement en sortant du bain. 11 existe même des stations thermales où les malades sont pris dans leur lit, transportés

au bain dans une chaise à porteur et ramenés chez eux, pour se remettre immédiatement au lit ; précautions prises pour éviter le contact de l’air extérieur et toute autre cause de refroidissement. Cette pratique a été introduite au Mont-Dore par le docteur Bertrand; on la retrouve à Aix-en -Savoie’, mais moins généralement suivie.

Nous avons signalé plus haut le réchauffement apparent du corps après dix minutes ou un quart d’heure de séjour dans l’eau minérale à 30 ou 32° centigrades, et cependant le thermomètre n’accuse point une élévation de température ; c’est qu’en effet elle n’existe pas. La sensation de chaleur éprouvée n’est due qu’à l’excitation de la peau produite par l’action des gaz acide carbonique et sulfhydrique, et aussi par l’électricité développée par les actions chimiques résultant des combinaisons des corps contenus dans l’eau avec les substances déposées sur la peau. Lorsqu’on est sorti du bain ces phénomènes cessent et le refroidissement se manifeste.

C, Passons maintenant à l’étude des causes qui modifient la composition chi-

mique de T urine en la rendant acide ou alcaline.

Ces changements remarquables ont été signalés depuis longtemps par les médecins hydrologistes, ils les attribuaient à Tabsorption des éléments alcalins contenus dans l’eau minérale; mais Diiriau^ a démontré que l’urine peut devenir alcaline après un bain rendu acide par le liquide qu’on y ajoute; d’ailleurs l’absorption de l’eau par la peau n’a pas lieu, l’enduit graisseux qui recouvre cette membrane s’oppose, dans ce cas spécial, à l’accomplissement de cette fonction. On ignore donc, dans l’état actuel de nos connaissances, la véritable cause du changement de composition chimique de l’urine pendant le bain.

Nos recherches nous portent à croire que l’alcalinité doit être rapportée à l’abaissement de température opéré dans le bain.

Personne n’ignore qu’on urine plus abondamment en hiver qu’en été et que le

1. Duriau, Essai sur V action physiologique des bains d’eau. — (Arch. génér. de médecine^ février 1856.)

liquide est plus limpide : c’est le même phénomène qui se produit lorsqu’on est dans un bain dont la température est audessous de 35 degrés centigrades; et comme la soustraction du calorique est rapide, la perturbation est prompte.

La peau étant refroidie, la transpiration est arrêtée ou au moins considérablement ralentie. Comme la peau exhale, en moyenne, 1,000 grammes de vapeur aqueuse par jour, c’est la vingt-quatrième partie de cette somme, ou à très-peu près, qui, ne pouvant s’échapper par la peau, vient sortir, sous forme d’urine et s’ajouter à la quantité normale fournie par les reins, ce qui change l’aspect et la composition du liquide ; mais pour que rien ne puisse troubler l’expérience, il faut s’abstenir de boire avant de se mettre au bain.

Pour appuyer cette hypothèse, voici la composition de la sueur normale d’après les analyses de Favre L

1. Voir l’ouvrage de Malaguti : Leçons élémentaires de chimie, t. IV, p. 310. In-12, Paris, 1863.

Eau 9955,733

Substances grasses 0,137

Urée 8,428

Lactates alcalins 3,171

Sudorates alcalins 15,623

Albuminates alcalins 0,050

Sulfates alcalins 0,115

Chlorure de potassium 2,437

Chlorure de sodium 22,305

Phosphates et débris éphitéliques ^Traces.

Telle est la composition chimique de la sueur. On remarquera sans doute que les sels étant alcalins, il doit probablement arriver que leurs éléments, étant détournés de leur route habituelle, sont repris par les reins et mêlés aux urines; ainsi s’expliquerait l’alcalinité de ce liquide sous l’influence d’un bain à faible température.

L’expérience inverse confirme cette hypothèse ; nous avons vu, en effet, que, la sueur devenant abondante lorsqu’on est dans un bain au-d(‘ssus de 37® centigrades, on urine peu ou point, et que le liquide expulsé est fortement acide.

Cette belle question mérite certaine-

ment Tattention des physiologistes, et je désire vivement que de nouvelles expériences viennent contrôler les miennes.

§ — Bain d'eau minérale» —

Peau malade.

Les documents possédés par la science, sur ce sujet spécial, sont peu nombreux; ils sont principalement fournis par le docteur Hemmann L qui les a recueillis à Schinznaclî.

Ce médecin a publié six observations.

La première concerne un jeune homme, âgé de 26 ans, atteint d*un psoriasis étendu sur tout le corps. — La seconde observation est celle d’une fille, âgée de 25 ans, affectée d’un eczéma sur la figure et les mains. Les autres observations, au nombre de quatre, rapportées par le même auteur, ont été faites sur des sujets atteints de carie ou d’affection scrofuleuse. Voici un tableau indiquant la méthode suivie pour

1. A. Hemniami, Notes et observations nouvelles, etc. Ouvrage cité, p. 26.

rindication des températures observées, il se rapporte à la fille atteinte d’eczéma.

Le matin avant le bain

Après le bain.

Le soir entre 8 et 9 h.

1er

jour. 36® 0

Te

Les différences de température indiquées par ce tableau ne sont pas bien considérables, mais, pour les apprécier à leur valeur, il faut remarquer que, dans l’état normal, les chiffres baissent au lieu de s’élever. 11 me paraît donc qu’on doit attribuer l’élévation de température à l’excitation produite sur la peau par le contact de l’eau sulfureuse ; ce qui me confirme dans cette pensée, c’est que j’ai vu plusieurs personnes ayant des excoriations légères à la peau, particulièrement un ancien oflScier qui avait une petite plaie à la jambe, avoir

besoin de toute leur fermeté pour supporter l’excitation et même la douleur qu’ils éprouvaient en entrant dans l’eau.

Ces recherches ont besoin d’être continuées ; elles peuvent conduire à des applications plus habiles et plus heureuses des eaux sulfureuses aux affections herpétiques qu’on ne le fait généralement; comme les formes de ces maladies sont nombreuses et variées, on comprend qu’elles peuvent nécessiter des modifications dans la composition, la'température et la durée du bain.

Résumé et conclusion de la première partie.

Nous avons démontré, en nous appuyant sur les travaux de savants éminents :

1° Que la chaleur du corps de l’homme est le résultat des actions chimiques opérées dans tous les organes soit par Vassimilotion, soit par la désassimilation;

2° Que la température normale varie peu et que toute perturbation grave et durable, en plus ou en moins, suffit pour entraîner la mort;

3® Que ces faits conduisent nécessairement à admettre que le corps est un la-

* boratoire de chimie sans cesse en action;

4® Que toute combinaison chimique étant productrice de chaleur et d'électrr cité, c’est à ces forces qu’il faut rapporter les phénomènes observés chez l’homme pendant la durée de la vie et spécialement lorsqu’il est dans le bain ;

5° Que la science démontrant aujourd’hui que la chaleur et V électricité sont deux manifestations d’une seule et même force, on est amené à penser que l’électricité est la cause première de tous les phénomènes, puisqu’elle peut agir sans production apparente de calorique; tandis que le calorique ne se manifeste jamais sans développement d’électricité;

6® Qu’il est permis d’ajouter, sans s’écarter de notre sujet, que les eaux minérales sont plus aptes qu’un grand nombre de moyens thérapeutiques à agir favorablement sur le corps de l’homme malade, parce qu’elles-mêmes sont à Vétat dynamique, c’est-à-dire éprouvent des actions chimiques productrices d’électricité, et qu’on peut en varier la température selon les intentions et les besoins.

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