‹ De la température de l'homme sain et maladeChapitre 6 sur 18 · Liebig, ouv. cité, p · texte numérisé non relu

Liebig, ouv. cité, p

suHisamment craliments pour obtenir ^35 grammes de carbone ; or il existe sur ce point des différences très-considérables.

Liebig lui-même nous a fourni d’importants documents qui servent à démontrer qu’un homme adulte peut continuer à vivre et à conserver sa chaleur normale, en ne consommant que 250 à 300 grammes de carbone; mais c’est à la condition qu’il observera le repos, qu’il vivra dans une atmosphère suffisamment chauffée et qu’on n’exigera de lui aucun travail nécessitant, même momentanément, un déploiement des forces musculaires. L’expérience démontre, en effet, que le mouvement, en faisant affluer le sang avec plus d’abondance dans les différents organes, y détermine une combustion plus active, et, par suite, un développement plus considérable de chaleur.

De nombreuses recherches, faites avec la plus grande habileté, ont démontré irréfutablement que la nature et la quantité des aliments fournissent des proportions variables de carbone, que par cela même l’organisation subit des modifications incessantes selon l’activité des organes

digestifs et respiratoires, et selon les proportions de carbone contenues dans ces mêmes aliments.

Lavoisier a fait des expériences directes pour déterminer la quantité d’oxygène consommée et en même temps les proportions de carbone et d’hydrogène brûlés par l’homme; le résultat de ses recherches est publié dans son Mémoire sur la respiration. Il a constaté que :

Un homme au repos et à jeun, par une température extérieure de 32°5, consomme par heure 2k lit. 002 d’oxygène.

2° Un homme au repos et à jeun, par une température extérieure de 15*", consomme par heure 26 lit. 660 d’oxygène ;

3° Un homme, pendant la digestion, consomme par heure 37 lit. 689 d’oxygène;

4° Un homme à jeun, pendant qu’il accomplit le travail nécessaire pour élever, en quinze minutes, un poids de 7 kil. 343 à une hauteur de 199“776, consomme par heure 63 lit. 477 d’oxygène.

5° Un homme, pendant la digestion.

accomplissant le travail nécessaire pour

élever, en quinze minutes, un poids de 7 kil. oZi3 à une hauteur de con-

somme par heure 91 lit. 248 d’oxygène.

Ce que nous venons d’indiquer pour la consommation de l’air selon l’état de repos ou de travail de Thomme, se répète pour la consommation des aliments; l’expérience l’enseigne tous les jours; mais pour connaître les données scientifiques de ce fait important, il faut consulter les travaux de LiebigS Barrai-, Boussingault^, Régnault^, etc.

Les instruments dont on se sert ont une grande importance ; leur mode de graduation et de construction pouvant donner des résultats fort variables.

Sans remonter au thermomètre primitif, inventé , paraît-il , par Drebbel , au XVII® siècle, il reste le thermomètre de

L Liebig, Chimie organique, ouv. cité.

2. Barrai, Mémoire sur la statistique du corps humain (Ann. de Chim. et de Pfiys.^ 3® série, t. XXV, p. 129), et dans sa Statistique chimique des animaux.

3. Boussingault , Ann. de Chim. et de Phys., 2* série, t. LXXI, p. 113.

4. Régnault et J. Reiset, de Ch m. et de Phys.., 3® série, t. XXVI, p. 299.

Fahrenheit qui, en 1720, substitua le mercure à Fesprit-de-vin coloré et introduisit sa division en 212® : celui de Réaumur qui imagina le premier, en 1730, de faire servir à la graduation de Tinstrument la constance de température de l’eau en ébullition et celle de la glace fondante, pour marquer les degrés supérieurs ou inférieurs au 0, mais ne dépassant pas 80® au-dessus de la température donnée parla glace fondante. Le professeur Celsius abandonna Fesprit-de-vin qu’avait repris Réaumur et employa le mercure; il divisa son thermomètre en 100®; nous Favons adopté en France en le désignant sous le nom de thermomètre centigrade; les Allemands et les Suisses lui ont conservé le nom de l’inventeur. Pour les recherches délicates, chaque degré de cet instrument peut être divisé en dixièmes parfaitement distincts et très-lisibles. C’est un instrument de ce genre qui m’a servi pour mes études, il avait été acheté à Zurich. Walferdin a encore perfectionné le thermomètre à mercure, il est parvenu à en établir qui marquent des vingtièmes et même des centièmes de degrés centigrades.

Le lieu crobservation de la température du corps de l’homme n’est point indifférent. Comme la chaleur n'est pas uniformément répandue dans le corps des animaux, les divergences pourraient être considérables selon le lieu choisi : parmi les observateurs, les uns ont adopté la main, d’autre la bouche, le rectum ou l’aisselle. La main perd trop promptement son calorique; la bouche ne peut pas facilement être tenue longtemps close ; l’anus et le vagin ont des inconvénients faciles à comprendre ; il reste l’aisselle qui est d’un abord facile et qui permet à l’observateur de constater lui-même le résultat de ses expériences.

Les recherches ont été poussées fort loin, on ne s’est pas borné à des études sur l’homme, on a examiné la température des animaux, depuis les mammifères, les oiseaux, les poissons, voire même jusqu’aux insectes; chez tous on a constaté que leur corps développe de la chaleur, dans des proportions très-différentes sans doute, mais suffisantes pour démontrer qu’il n’existe pas, comme on l’avait supposé, d'animaux à sang froid.

En ce qui concerne l’homme, Gavarrct admet que, dans l’état physiologique, la température de l’homme adulte, prise sous l’aisselle, peut, dans nos climats tempérés, osciller entre 36®50 et 37‘"50; Van Swieten indique le chiffre de 35®56 ; G. Martine a trouvé qu’au contact de la peau, le thermomètre s’élevait, dans ses expériences, à 36^67. Chislîolm opérant. sur 67 individus de race, d’âge, de tempérament, de cli mat et de pays différents, est arrivé au chiffre moyen de 36°11. John Davy a réuni 180 observations faites dans des conditions peu différentes de Chisholm : le thermomètre introduit sous la langue des sujets, a marqué, en moyenne, 37°33. John Hunter avait déjà fixé à 33*'22 la température normale et à peu près constante du corps humain. La moyenne des observations faites par Despretz sur 17 individus d’âges différents, depuis 18 jusqu’à 68 ans, a donné 37‘^9 ; Prévost et Dumas sont les seuls qui aient été conduits par leurs recherches à admettre le chiffre de 39°, mais ce chiffre est évidemment trop élevé ; tous les auteurs le considèrent ainsi. En ce qîîi me concerne, je n’ai ja-

mais trouvé la température s’élevant audelà de 37^5 ; c’était chez un jeune homme de 2/i ans, vigoureux et d’une grande énergie.

La chaleur animale présente des diffé- . rences notables dans les diverses régions du corps. Ces différences sont parfois trèsconsidérables; personne n’ignore que les mains, les pieds, se refroidissent facilement : John Davy a constaté, par des expériences faites sur un homme, la température de l’aisselle étant à 36^9, que la plante du pied n’était qu’à 32°3. En général les parties superficielles sont moins chaudes que les parties profondes ; la chaleur est plus élevée dans le bassin que dans le cerveau ; elle est à son maximum dans le poumon, le cœur, le foie et les viscères. On a prétendu que le sang artériel est plus chaud que le sang veineux, le fait n’est pas démontré.

Influence du sexe. — Davy est le seul auteur qui ait cherché à déterminer expérimentalement l’influence du sexe sur la chaleur animale ; il a fait quatre séries d’expériences sur des individus de même nation et dans des conditions presque

identiques; il n’a découvert aucune différence entre les deux sexes.

Il n’en a pas été de même dans mes recherches faites en Suisse ; les femmes • m’ont donné presque constamment un degré et même un degré cinq dixièmes au-dessous des hommes d’un âge analogue. On sait d'ailleurs que les femmes se refroidissent facilement, ce qu’on peut attribuer au peu d’énergie musculaire qu’elles déploient; mais, d’un autre côté, elles sont habituellement chaussées et vêtues plus légèrement que les hommes, et dans les réunions publiques, en lieu clos et même à l’air libre, elles ont souvent le cou, les épaules, une partie de la poitrine et les bras nus, et elles restent ainsi pendant plusieurs heures sans se plaindre du froid, lors même que la température de l’air est peu élevée.

Influence de l'âge. — L’activité de la respiration étant une des principales causes de l’élévation de la température chez l’homme et chez les animaux, on comprend que la fréquence du pouls et la chaleur du corps doivent être très-prononcés dans les premiers temps de la vie.

W. Edwards ^ a fait des expériences directes qui concordent avec la proposition énoncée : il a fait des recherches sur dix enfants bien portants, âgés de quelques heures à deux jours, et il a constaté que la température s’élevait à 34®, 75. Despretz a trouvé 35®, 06, chez trois jeunes garçons d’un à deux jours, et 37®, 4, chez neuf enfants âgés de treize ans environ. H. Roger ^ a trouvé une température de 37®,8 sur trente-cinq enfants âgés d’un à sept jours, enfin 37®, 31 sur douze enfants de six â quatorze ans.

Mais si les enfants produisent facilement la chaleur, ils la. perdent également avec promptitude ; l’immobilité imposée par la faiblesse et la petitesse de leur corps facilite le rayonnement du calorique; aussi est-il indispensable de couvrir les jeunes enfants de bons vêtements et de les tenir souvent contre leurs nourrices, à l’imitation des animaux qui, habilement guidés par leur instinct, multiplient autour de

1. w. Edwards, Influence des agents physiques sur la vie, p. 235.

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