Scoutctten, Relation historique et medicale de
Ces recherches sont bien incomplètes, bien inexactes même, aussi je ne les donne pas comme modèles , mais seulement comme indication du point de départ.
En 1836, le professeur Bouillaud, alors médecin à la Charité, fit construire un thermomètre pour se livrer à Tétude de la température chez les hommes malades : il recommandait vivement, dans ses leçons, remploi de cet instrument, et en 1837 il publia un ouvrage dans lequel se trouve consigné le résultat de ses observations ^
Vers le commencement du mois de mai 1838, le professeur Andral désirant aussi recueillir une série d’observations relatives aux variations de la chaleur animale, dans les divers états morbides, chargea son élève Gavarret du soin de mettre son idée à exécution.
Ce laborieux collaborateur publia en 1839 un mémoire intitulé : Becheî'ches sur
Vépidémie du choléra qui a régné à Berlin en 1831 . Iü-8®, Paris, 1832. Voir la page 132.
Bouillaud, Clinique médicale de Vhôpital de la Char Hé. Paris, 1837, 3 vol. in- 8».
la température du corps humain dans la fièvre intermittente^.
Il rapporte six observations, et il y joint un exemple de fièvre typhoïde.
L'instrument dont s’est servi Gavarret était un thermomètre à mercure pouvant indiquer assez exactement une variation de 1 /k de degré au moins ; c’était fort bien pour l’époque, mais la distance est grande entre ce qu’on faisait alors et ce qu’on obtient aujourd’hui.
Voici le résultat des observations recueillies à l’hôpital de la Charité.
Six cas de fièvre intermittente tierce chez
six hommes. Pouls. Respira- Tempé-
tion.
rature
ire Qfjs, —
Avant l’accès G8
Pendant le frisson. OG
2* Obs. —
Avant l’accès G4
Pendant l’accès ... 124
3“ Obs. —
Avant l’accès GO
Pendant le frisson. 80
Pendant la chaleur. 88
Pendant la chaleur. 11G
5^ Obs. —
Pendant l’accès ... G4
Pendant le frisson. 104
Pendant la chaleur. IIG
G** Obs, —
Stade de sueur.... 100
. 1. Gavarret, Recherches sur la température du
Ces observations sont suivies de quel- (jues réflexions fort justes : « 11 résulte ((• très-évidemment, dit rauteur, que dans (( les fièvres intermittentes ordinaires de (( nos pays, la sensation quelquefois trèsu intense de froid accusée par les malades (( pendant le premier stade de l’accès, (( n’est autre chose que le résultat d’une « modification de la sensibilité générale. » Plus loin il ajoute : « Comment se fait-il « que, chez un malade qui maintenant <( grelotte sous les épaisses couvertures de (( son lit pendant que sa peau est à 3® ou (( au-dessus de sa température nor- (( male, il suffise, un instant après, d’une (( élévation d’un degré au plus dans son (( état thermométrique pour déterminer le <( vif sentiment de chaleur qui lui fait re- « pousser tous ses vêtements pour cher- « cher immédiatement à calmer le feu qui U le dévore? Voilà des phénomènes aux- <( quels, pour ma part, j’étais bien loin de « m’attendre. »
Aux six observations précédentes, se
corps humain dans la fièvre intermittente. Journal V Expérience, t. IV, p. 22-1830.
ironvc ajouté un exemple de fièvre typhoïde compliquée de pneumonie chez une femme âgée de vingt-quatre ans. La température du corps oscilla entre 38® et 40°; mais ce qu’il y eut de plus remarquable, c’est que le k février 1839, quelques instants avant la visite, la malade accuse un frisson extrêmement intense, elle supplie de ne pas lever ses couvertures, ses dents claquent, les bulbes pileux font une saillie très-notable. Au milieu de tous ces symptômes de profond refroidissement, l’auteur constate : pouls, \kk; respiration, 32; température, 40®.
Il ajoute les réflexions suivantes : a Cette observation doit faire voir à quelles grossières erreurs s’expose un médecin qui, au lieu de constater rigoureusement, quand il le peut, les divers états physiques du corps humain, s’en rapporte à ce sujet aux sensations accusées et éprouvées par les malades. Au milieu du cours d’une fièvre continue très-intense, lorsque le malade se plaint habituellement d’une sensation intolérable de chaleur, tout à coup les membres tremblent, les bulbes des poils font saillie, les dents claquent, un accès très-
prononcé de frisson s’établit, et cependant la température périphérique est de 1 et même de 2 degrés au-dessus de ce qu’elle était avant, de ce qu’elle sera après. Voilà certainement des faits dignes d’exciter la curiosité des physiologistes et des médecins, qui doivent leur montrer combien de lacunes existent encore dans la théorie de la chaleur animale, combien il serait utile que des recherches consciencieuses et rigoureuses fussent entreprises pour jeter un peu de lumière sur ces phénomènes extraordinaires.
Parmi les travaux publiés sur la chaleur humaine chez l’homme malade, il faut mettre en première ligne le mémoire de Doyère ^ Ses recherches remontent à l’année 18à9. Déjà, il est vrai, plusieurs auteurs, notamment le docteur H. Roger, avaient fait de nombreuses observations de température dans le choléra, mais, en général, ce ne sont que des chiffres isolés, tandis que Doyère s’est appliqué à suivre la continuité
1. !V1. L. Doyère^ Mémoire sur la respiration et la chaleur humaine clans le choléra, couronné par l’Académie des sciences de Paris, avec prix de 5,000 fr. Gr. in-8”, Paris, 1803.
des phénomènes dans toute la durée de la maladie. Il a ajouté des recherches d’un grand intérêt sur la respiration et sur les modifications survenues dans les gaz expipirés.
Les recherches de Doyère ont eu pour objet principal l’examen de la température des cholériques peu de temps avant la mort et immédiatement après. On sait qu’un des phénomènes caractéristiques de la maladie est le refroidissement apparent du corps et la sensation glaciale qu’on éprouve lorsqu’on touche des cholériques; on pourrait croire à un abaissement considérable de la température, il n’en est rien cependant; le thermomètre mis sous l’aisselle, et laissé en place au moins dix minutes, n’est jamais descendu au-dessous de 33<>6, de 3/i'', de L
Ainsi ces observations accusent dans les cholériques algides une température interne relativement fort élevée et inférieure tout au plus de 3 degrés centigrades à la température normale.
1. Doyère, ouv. cité (110^ observ., 93*^ observ., 82e observ.).
Mais, chose inattendue, c’est Télévalion de la chaleur qui se produit peu de temps avant la mort, et qui se soutient encore après, au moins pendant une courte durée. Voici le relevé des principaux cas signalés par Doyère :
Observ.
Tempe.
Sexe.
Cas V.
femme.
une heure avant la mort.
femme.
au moment de la mort.
femme.
id.
homme.
id.
homme.
id.
homme.
id.
femme.
id.
homme.
id.
femme.
id.
femme.
id.
homme.
10 minutes après la mort.
femme.
au moment de la mort.
homme.
une heure avant la mort.