CHAPITRE II
ter à Herniann* la violence de sa critique, faite ah irato, M. Vallin montre que rien ne justifie, dans les expériences de ces auteurs, de pareilles conclusions.
L'analyse de ces nombreux travaux nous montre que le sang, les éléments musculaires et nerveux, sont altérés lorsque la température s'élève : nous ne serions peut-être pas aussi exclusifs que M. Cl. Bernard, mais nous acceptons que l'élément musculaire est d'ordinaire le plus vite atteint. M. Cl. Bernard résume ainsi l'action de la chaleur sur les phénomènes de la vie : la chaleur est un agent indispensable à l'activité de la vie , mais il arrive un moment où l'excès de la chaleur agit sur l'organisme comme un agent toxique. Nous avons vu que la chaleur, comme tous les agents toxiques , attaque un seul des éléments essentiels de cet organisme, l'élément musculaire. C'est donc la perte des propriétés vitales de cet élément, qui, en produisant la rigidité, l'arrêt de la circulation et de la respiration, amène fatalement la mort. Cette destruction de l'élément contractile se fait vers 87 à 89 degrés chez les animaux à sang froid, vers 43 à àh degrés chez les mammifères, vers 48 à 5o degrés chez les oiseaux, c'est-àdire, en général, à une température de quelques degrés plus élevée que la température normale de l'animal.
La chaleur extérieure a donc, dans ses effets, un mode d'action aujourd'hui bien déterminé sur les muscles, les nerfs, le sang. A côté de ces faits bien étabhs nous devons en signaler quelques autres dont les uns sont encore hypothétiques, dont
1 Voici un écliantillon de la critique de L.Hermann ( Virchow's Archiv, t.LXll, p. 577) : ^Personne ne me contredira, dit-il, si je prétends qu'on trouve rarement un pareil mélanjje d'ignoi ance des lois de la physique, d'incurie grossière dans les expériences, d'erreurs dans les déductions , de confusion dans l'exposition du sujet, et le lecteur verra que
ces expressions , en apparence très-dures , sont encore trop douces et insuilisantes; le style et la logique de ces messieurs anivent réellement au plus haut degré du comique. . . Les temps heureusement sont loin où les praticiens s'arrêtaient à écouler des hypothèses aussi grotesques et aussi confuses.''
RÉSISTANCE À LA CHALEUR
rayons du soleil est physiologique et non physique; il lui semble que la structure des animaux vivants est particulièrement sensible à l'agent qui réside dans les rayons solaires, indépendamment de la chaleur de ceux-ci; il lui paraît probable que ce n'est pas l'élément calorifique de ces rayons qui produit les effets nuisibles. Pour lui, des recherches ultérieures devront résoudre la question de savoir si c'est leur action chimique ou actinique qui agit principalement dans ce cas, ou bien si ce n'est pas une autre force active, encore plus étroitement liée à l'électricité ou à la force nerveuse elle -même. Ses expériences et celles que M. Vallin a instituées pour vérifier cette hypothèse ne semblent pas plaider en sa faveur.
Toutefois on peut rapprocher cette opinion d'un fait trèscurieux de coup de soleil électrique dont M. Charcot a publié la relation'. Deux physiciens, maniant une pile de 120 éléments de Bunsen, et parfaitement garantis contre l'action de la température, furent atteints d'un érythème très-marqué, avec rougeur, douleur, desquamation des parties exposées : les deux savants avaient garanti les yeux et le haut du visage avec des verres d'urane, qui retiennent une grande partie des rayons chimiques, mais laissent passer les rayons lumineux; or l'érythème n'occupa que les points découverts, ceux où les rayons chimiques avaient conservé toute leur action ^.
En résumé l'augmentation brusque de la chaleur entraîne : la rigidité musculaire, l'abolition des fonctions du cœur arrêté en contraction, l'anesthésie du système nerveux, la fluidité du sang avec absorption de l'oxygène des globules. Voilà des faits qui semblent démontrés. En même temps il survient des troubles dus à la perturbation des fonctions sécrétoires,
Cliarcot, Coup de soleil électrique. [Médical Times and Gaz. 18G9, p. 483). Gazette hebdomadaire , i858,p. 168.) Le phénomène le plus saillant de ces ^ Voyez également Richardson, Lec- recherches est que le cerveau serait anétures on expérimental and ^radical ine- mié et refroidi jusqu'à 2 degrés. Ce rédicine : on incrément 0 animal lieal sultat est nié par Vallin.
sur la nature et la valeur desquels nous sonunes moins bien fixés.
'i" Les limites du refroidissement qu'un animal peut supporter sont difficiles à préciser; nous savons cependant que plus on s'élève dans l'ordre zoologique, moins l'animal résiste au refroidissement. Nous dirons quelques mots de l'hibernation, qui est pour certains animau.x un état physiologique, qu'il faut bien distinguer avec Mangili de la léthargie par le froid.
Boerhaave a remarqué que, pendant l'hiver de 1709, des œufs d'insectes déposés sur les branches d'arbres, et dans des lieux découverts, restèrent féconds, bien que la température fût descendue à — i7''.5. M. Gavarret' a été témoin d'un fait semblable pendant l'hiver de 1899-1830. Réaumur^ a vu certaines espèces d'insectes périr sous l'influence d'une température encore supérieure à celle de la congélation de l'eau, tandis que d'autres ne mouraient qu'à — 1 S^.y et que d'autres supportaient impunément l'impression de l'air à — 2 3°,75.
Spallanzani ^ a vu des œufs d'insectes rester féconds après avoir été exposés à une température de — 3o degrés, tandis que les animaux qu'ils produisaient périssaient à — 1 o degrés et même à — 9 degrés; il a constaté ce fait sur des vers à soie et sur le papillon de l'orme. Bonafous a rapporté des faits semblables. Ross ^ a vu également que des chenilles pouvaient être congelées et supporter une température de — degrés.
M. Gavarret'' rapporte qu'en Russie et dans la partie septentrionale des Etats-Unis d'Amérique, on transporte au loin des poissons roides comme des bâtons et dans un véritable état de congélation; cependant il suffit de les plonger dans
' Gavarret , Chaleur animale , p. 5o i .
^ Réaumur, Me'm. sur les insectes, t. II 0I V ; cité par Gavarret , p. 5o 1 .
^ Spallanzani, Opusr. dephys. anim., 1. 1, p. K2 et 8.").
* Bonafous, Bibliolh. tiiiiv. de Genève, i838, t. XVH, p. 200.
^ Ross, Bihlioth. nniv. de Genève, i836,t. Ill,p. 62.3.
' Gavarret, Chaleur animalo , y, ïyon.
RÉSISTANCE À LA CHALEUR
les autres ont été notés par des observateurs dignes de foi, niais sans que la fréquence de ces troubles soit établie.
Puisque la chaleur a pour premier effet d'exalter les propriétés nutritives du globule sanguin, nous devons nous attendre à trouver dans le sang une grande quantité de matériaux de déchet, due à la transformation excessive de l'oxygène. Cette hypothèse a été émise par un grand nombre d'observateurs. Wood et Obernier ont cherché quelques preuves en sa faveur. Wood ^ aurait constaté un état acide du sang dû à la rétention des matériaux de déchet. M. Vallin fait remarquer que c'est là une sorte d'hérésie physiologique, et il est possible que Wood ignorât que les muscles rigides deviennent acides, et qu'il ait cherché la réaction du sang sur une coupe de ces muscles.
Obernier^ aurait trouvé dans le sang des sinus cérébraux dequatre jeunes soldats morts d'insolation , «une quantité non insignifiante d'urée, w Ceux qui savent quelle est la difficulté qui entoure les recherches de l'urée dans le sang, attendront, pour accepter les opinions d'Obernier, de nouvelles preuves, et un dosage plus précis. Il ne serait pas im[)ossible, d'ailleurs, que le sang contint un peu plus 'd'urée qu'à l'état normal. Les fonctions de la peau sont supprimées, dès le début des accidents apoplectiques; la sécrétion urinaire est troublée, il y a des hématuries, de l'albuniinurie, et même parfois une anurie complète pendant deux ou trois jours ^.
D'ailleurs, dans le cas même où cet excès d'urée dans le sang serait établi, il resterait encore à déterminer la part qui lui revient dans les accidents d'insolation.
M. Gubler a noté aussi les troubles de la sécrétion urinaire dans une courte note insérée dans le Bulletin de la Société mé-
' Wood, On sunstroke (The ainericaii Docteur Todd, Eemarhs on solar
Journ. qf mecl. nciences, i863, p. 377). apoplexx) [Aiimf s iiipdicnl Report , 1859,
^ Obernier, Mediciniscliei Central- p. 271). hlntt , i8(i.^), p. -2:! 5.
dicale des hôpitaux '. «M. Gubler signale deux cas d'insolation. Dans le premier, observé par lui dans son service, il s'agit d'un malade, âgé de ving-cinq ans, qui, après avoir travaillé quatre heures durant, dans une cour où la réverbération solaire était très-intense, fut pris, dans la nuit même, d'attaques éclaniptiques, lesquelles furent suivies d'un état comateux très-profond avec déviation conjuguée des yeux, état cataleptique des extrémités supérieures, paralysie des sphincters. Trois jours après on constate dans les urines une énorme proportion de sucre et d'albumine, matières qui se retrouvent encore deux jours après le début, alors qu'il ne reste plus qu'une obtusion très-marquée de l'intelligence (lésion probable du bulbe). M. Gubler a eu l'occasion d'en voir en ville, avec le docteur Gneit-Dessus, un second cas présentant la forme comateuse, sans cloute avec congestion des hémisphères, et où les urines, simplement albumineuses , n'offrirent aucune trace de sucre. «
Ces faits devront être recherchés à l'avenir, et, si les résultats concordent avec ceux de M. Gubler, ils serviront à élucider les relations qui existent entre l'encéphale et les fonctions des glandes viscérales, foie et rein. M. Vallin ajoute, en commentant les faits de M. Gubler, que ni lui ni Obernier n'ont jamais pu constater d'albuminurie dans leurs expériences sur l'insolation.
Le docteur Cresson Stilett^ a voulu déterminer si la modalité de l'activité anomale de la nutrition ne pouvait pas faire naître dans le sang des animaux une substance véritablement toxique. Bien que ses expériences soient contraires à cette hypothèse, elles sont si mal organisées, qu'il serait téméraire d'en rien conclure.
Le docteur Robinson^ a cherché à prouver que l'action des
' Giibier, Rapport sur les maladies - Cresson Stilelt, Busion med. Journ.
régnantes. (Bulletin de la Société médi- 18 juin i86i. — Robinson, Ejfecls
cale des liôpUaux. Séance du 8 octobre of solar rays iipuii animal tissues, m