‹ De la température du corps humainChapitre 124 sur 150 · VI · texte numérisé non relu

VI

HK(ilil. \TIO> DE LA CII^LKHK.

Nous avons rapidement indiqué dans les chapitres précédents quelles étaient les sources de la chaleur animale, et nous avons montré par de nombreux exemples que, bien que l'âge, l'alimentation, l'activité musculaire, l'air extérieur, aient une certaine influence sur la température du corps, on pouvait cependant dire que le corps humain a une température constante. Nous avons expliqué ce dernier mot. noté les limites des oscillations journalières et la répartition de la chaleur dans les divers départements de l'économie.

Or nous savons que cette constance de la température est imposée à l'homme sous peine de mort; les limites de réchauffement et du refroidissement sont étroites, aussi ferions-nous

Rl':(;ULAT10:\ DE LA CHALIUiR.

volontiers nôtre la pensée (hVeloppée par Lieberineister , et que nous lormulerions ainsi : « la vie est la faculté de conserver et (le réfjler sa chaleur, w

Il reste à déterminer les procédés à l'aide desquels l'économie parvient à réglei sa chaleur. (Test une recherche dont nous avons trouvé quelques éléments dans les anciens auteurs , depuis tialien jusqu'à Sanclorius. Nous reproduisons ici un passajje bien intéressant de Barthez'. 11 suffît à montrer le chemin parcouru depuis trois quarts de siècle: «Les mouvements qui produisent la chaleur vitale ne se continuent point un certain temps avec la même force dans les solides et les fluides, sans faire monter leur échautïement au delà du terme qui est mar- (|ué à la chaleur naturelle de chaque animal. C'est pourquoi, lorsque le progrès de cet échauiïement va dépasser considérablement ce terme, il est arrêté par le refroidissement qu'opère la respiration renouvelée.

«On peut donc regarder l'air respiré comme étant en quelque sorte le régulateur de lu chaleur trop forte qui serait produite d'ailleurs par le principe vital.

Dans un autre passage ', Barthez considère le principe vital comme le frein qui s'oppose à ce que, dans un milieu extérieur plus chaud, le corps soit soumis à une élévation de température trop considérahle. Mais, dans l'esprit des médecins de l'époque, la création de la chaleur et sa régulation ne sont pas encore séparées, (l'est pour n'avoir pas su faire cette distinction, que les médecins se sont laissé entraîner à méconnaître la valeur de la thé'orie de Lavoisier, et à suivre les théo-^ ries de production de la chaleur par le système nerveux.

' Bartiiez, Nmivruii.ii- t-lémenta ilc la scieiicp de riiin/iDii' , a'édrl., t. I , p. '60^ , Paris, 180G.

Bartiiez, I. 1, p. 990. Voyez égalemenl la note 89, p. 280, clans In- ([uelle Barthez rejette dédaigneusement

"In lliéorie tort répandue aujourd'luii chez les nouveaux chiraistes, sur la production de la clialenr. '1 C'est en ces termes que Barthez parle de la théorie de Lavoisier. ■

Sans nous arrêter aux travaux intermédiaires, nous pouvons dire avec Lieberraeister ' :

^« Le corps produit constamment de la chaleur, et ses éléments, sous l'influence de l'oxygène qui est introduit, subissent une lente combustion. La quantité de chaleur que fait un homme adulte dans l'espace d'une demi-heure suffirait pour élever de 1 degré €. la température du corps lui-même, ou bien celle d'une masse d'eau équivalente aux cinq sixièmes de son poids. Si donc aucune quantitéje chaleur n'était perdue, la température du corps s'élèverait constamment de 2 degrés par heure et de àS degrés en vingt-quatre heures. La température du corps ne peut se maintenir à un degré con.stant qu'à la condition qu'il perde juste autant de chaleur qu'il en produit, dans le même temps. Dès lors peu importe que cette production et cette perte équivalentes soient grandes ou petites : tant qu'elles demeurent en équilibre, la provision de chaleur dans le corps reste la même, et la température ne change pas. Mais, si la recette venait à excéder la dépense, la température monterait; si la production était inférieure à la dépense, la température baisserait. V

Or la chaleur est le régulateur de la circulation , ou plutôt elle se règle elle-même par le moyen de la circulation. C'est un fait absolument identique à celui, bien connu de tous les physiciens, qui consiste dans l'emploi de ce que l'on appelle les régulateurs mécaniques pour les machines à vapeur.

Nous ne nous arrêterons pas aux moyens accessoires à l'aide desquels l'homme ou les animaux règlent la dépense de leur chaleur. Nous pourrions citer la mue annuelle chez quelques animaux, qui ont ainsi une sorte de vêtement de saison. C'est au même ordre de faits qu'il faut rapporter le choix du gîte , de la posture du corps des animaux; actes commandés par l'instinct ou la réflexion. Toutes ces circonstances ont pour effet

1 Richard Volkmann, Sammlung klinischer Vorlriige , n° ly, 1871.

RÉGULATIOiX DE LA CHALEUR.

Ml

de rendre les variations de la perte de chaleur bien plus faibles (|ue ne le feraient supposer celles de la température de l'air ambiant

Plusieurs auteurs, notamment Bergmann, qui, dès Tannée i8/i5, avait mis ce fait en lumière, ont cru que la constance de la température du corps , c'est-à-dire le mystère de la régulation de la chaleur, n'avait pas d'autre explication. La production de la chaleur doit, d'après cette manière de voir, rester toujours la même, ou, du moins, être tout à fait indépendante de la perte de chaleur; mais alors la perte de chaleur devrait être, grâce aux circonstances énumérées plus haut, réglée de façon à être toujours équivalente à la production de chaleur.

L'hypothèse d'une semblable régulation complète de la perte de chaleur est a priori peu vraisemblable. Les conditions qui entrent ici en jeu sont, au contraire, d'espèce très-difterente : la régulation, d'une part, repose sur de simples phénomènes physiques, d'autre part sur la structure complexe de la peau et notamment sur la circulation qui y a lieu; la sécrétion de la sueur et l'évaporalion de l'eau, influencées par les différences de température , y participent ; enfin il faut tenir compte de l'instinct et des actions volontaires de l'individu. Il serait difficile d'admettre que ces conditions si multiples et si diverses, indépendantes les unes des autres, pussent, en toutes circonstances, concorder si exactement que la somme de leurs effets amenât toujours l'équilibre entre la perte et la production de chaleur. En admettant que l'on pût encore comprendre qu'il en fût ainsi dans l'état ordinaire, on ne pourrait plus admettre la possibilité du fait dans des cas où ont lieu de vio lents changements de milieu.

Quand un homme bien portant prend un bain modérément froid, sa température intérieure interrogée dans le

' Volkmann, loco citato.

/i78 C H A [' I T n 1 1 — !. A G II A L E U R E ï L A F I È V R E.

recliim ou clans l'aisselle n'est pas abaissée; elle reste sans changement, ou bien elle s'élève un peu. Mais, si le bain se prolonge, chez les individus peu résistants, après vingt ou trente minutes, chez d'autres un peu plus tard, il survient une reinanjuable chute de la température à l'intérieur du corps, et cela presque indubitablement. (Test donc un fait d'expérience que l'homme sain dans un bain froid, pourvu qu il n tj reste pas trop longtemps, conserve sa température intérieure à peu près au même chiffre. Dans les circonstances où le cor[)s supporte une très-forte soustraction de chaleur, sa température reste à la même hauteur, c'est-à-dire que sa provision de chaleur intérieure n'est pas du tout diminuée. L'homme possède la lampe intarissable, il déborde tant qu'il veut, il reste toujours aussi plein.

Serait-ce donc une illusion de croire que nous perdions plus de chaleur dans l'eau froide que lorsque nous sommes dans un air modérément chaud et habillés suivant le milieu? il s'est trouvé des auteurs qui, sans se laisser arrêter par un pareil paradoxe, ont pensé que les parties intérieures du corps de l'homme se refroidissaient njoins dans l'eau froide que dans l'air froid. Alors il en résulterait que l'inlluence d'un bain froid pour l'intérieur du corps équivaudrait à celle d'une bonne fourrure.

Nous avons montré , en étudiant les effets des bains, que les actes qui accompagnent les applications du froid ou du chaud sur la peau sont beaucoup plus complexes. Les expériences ont prouvé que, chez l'homme sain, dans un bain chaud de 34 à 35 degrés C, la production de la chaleur est à peu près égale à celle de l'état normal (kernig). Dans un bain de 28 à 3 G degrés, elle est à peu près du double; dans un bain à ^2^ degrés, du triple; dans un bain h 9.0 degrés, du quadruple de la production normale.

Dans son élude sur les Jierfs vasonioteurs, iM. Vulpian ^ a

' Viil|iiiiii. /ycfojfs nitr Vnppared raaomoleitr, I. Il, y. i-jg pt siiiv.

RÉGI L ATI OIN DE LA CHALEUR.

parfaitement établi le rôle de ce système chargé de la régulation de la dialeui'. Il démontre tout d'abord que l'appareil vasomoteur peut agir sur la chaleur aniuiale de deux laçons dilïérentes : en modifiant ou la production thermique, ou la déperdition.

Nous savons, par les expériences de M. Cl. Bernard en particulier, que l'activité de la circulation et celle des appareils sécrétoires sont associées, qu'il en est de même pour les actes fonctionnels des muscles et des divers organes. L'afllux sanguin règle donc l'intensité des actes nutritifs, et, s'il est aug- ' mente, la production de chaleur sera accrue; s'il est diminué, cette pi'oduction baissera. Le degré de cet afïlux se trouve réglé par l'état de dilatation ou de resserrement des vaisseaux les plus fins.

La déperdition obéit aux mêmes influences. La peau est le siège d'une évaporation aqueuse incessante; cette évaporation ne peut se faire que par l'emprunt d'une certaine quantité de chaleur aux téguments. Ceux-ci subissent donc un refroidissement, qui, à son tour, retentit sur la chaleur de toute l'économie. La vapeur d'eau qui s'échappe atnsi de la peau est fournie par la trans[)iralion insensible et par la transpiration sensible (sueur). L'évaporation aqueuse est toujours accompagnée, qu'elle en soit cause ou eftet, d'une dilatation de l'appareil vasomoteur cutané. Par enchaînement physiologi([ue, la paralysie directe ou réflexe de ces vaisseaux sera accompagnée d'une évaporation plus active à la surface de la peau, et le corps vivant perdra donc une quantité de chaleur plus considérable qu'à l'état normal par le fait de l'évaporation. De plus, il perdra ('gaiement plus de chaleur par le rayonnement, car la températm e de la surface du corps sera plus élevée , et le rayonnement est en raison directe de la diff"érence de chaleur qui existe entre un corps et le milieu qui l'environne. Enfin la perte de chaleur que subit la peau par son contact avec l'air augmentera parallèlement.

Ces diverses influences abaissent donc la température de la peau et, ce qui est plus important, celle du sang qui la baigne; or la quantité de sang contenue dans les vaisseaux dilatés est plus considérable qu'à l'état normal, la quantité de sang refroidi augmente et peut être assez importante pour faire baisser la température des parties centrales après son retour dans les veines caves.

Si , au lieu d'être dilatés , les vaisseaux cutanés sont resserrés , l'effet inverse se produira : la peau n'offrira plus au refroidissement qu'une quantité de sang moindre, et le retour de ce liquide dans les veines caves n'aura plus qu'une influence peu sensible sur la température générale.

Dans cette discussion dont on pourra lire les détails dans le livre que M. Vulpian ^ a consacré à la physiologie du système vasomoteur, notre collègue conclut : « Que le resserrement des vaisseaux cutanés et sous-cutanés, qui produit un abaissement de la température de la peau et des tissus superficiels sous-jacents , peut déterminer une élévation du degré normal moyen de la température centrale, et que, d'autre part, la dilatation des vaisseaux cutanés et sous-cutanés, qui donne lieu à une élévation de la température de la peau et des tissus superficiels sous-jacents , peut avoir pour conséquence un abaissement de cette température centrale, w

M. Marey avait déjà exprimé cette pensée en disant : « Lorsque vous prenez la main d'un individu, si cette main est froide, c'est que cet individu se réchauffe; si elle est chaude, c'est qu'il se refroidit. ■>?

M. Vulpian a, de plus, très-nettement formulé le rôle des vasomoteurs dans le poumon : «Les vaisseaux des poumons^ peuvent sans doute se resserrer ou se dilater sous l'influence des modifications des fibres vasomotrices qui les

' Vulpian, Leçons sur l'appareil vasomotevr. Phyxiologie et pathologie. 1875, T. Il, |). 179 et suiv. — - Loc. cit., p. i8(j.

REGULATION DK LA IIHALEUH.

innervent. La ([uantité d'oxygène absorbé doit varier, suivant que le calibre de ces vaisseaux est plus ou moins large, puisque la quantité de sang qui traverse les poumons est alors plus ou moins considérable. L'intensité des actes physicochimiques qui s'effectuent dans la substance organisée vivante est vraisemblablement proportionnelle à l'abondance de l'irrigation qu'y opère le sang oxygéné. On voit, par conséquent, que ra[)[)areil vasomoteur, par son action sur les vaisseaux des poumons, pourra influencer aussi les phénomènes de la thermogénèse animale.

^Le rôle de l'appareil vasomoteur est donc celui d'un régulateur thermique. •>■>

M. Vulpian fait remarquer que l'évaporation d'eau à la surface pulmonaire sera d'autant plus grande que les mouvements respiratoires seront plus fréquents, et qu'il y a là un nouveau mode de régulation de la chaleur. De plus, l'air fréquemment renouvelé refroidira plus la surface des bronches et aussi celle des alvéoles. M. Vulpian cite à l'appui les expériences de M. Ackermann ^ Celui-ci a constaté que, chez un chien placé dans une atmosphère d'une température égale à la sienne ou la dépassant un peu, le nombre des respirations augmente progressivement à mesure que sa chaleur intérieure s'accroît; ce nombre peut s'élever à i5o par minute et même au delà. C'est là une dyspnée tliermKjtte, modératrice de la température centrale

' Ackerniaiin , Die Wàrmeregulation im hôheren thierischen Organisrnun (Deutsch. Arch. f. Min. Mecl, II, p. 36i).

^ Communication laite au congrès des naturalistes allemands, tenu à Rostoclc, en septembre 1871 [Schmidt's Jahrb., 1872, A' partie, p. i36).

Le docteur Aclcermann trouve peu certaine la tliéorie de liiebermeister sur

raccroissement de production delà chaleur en raison de sa plus grande dépense, et critique la méthode de démonstration de l'auteur. D'après ses pi opres observations , Ackermann se croit fondé à ne pas admettre la persistance de la température centrale au même degré quand on relroidit la surface du corps , et il ne tient pas l'augmentation de l'excrétion d'acide carbonique pour

/i82 CHAPITRE II. - LA CHALIUIR ET LA FIÈVRE.

M. Goldsteili' a cherché à promer que celte dyspnée thermique avait son point de départ dans l'irritation produite sur le centre respiratoire par l'élévation de la température du corps.

M, Riegel- a été conduit par ses expériences à des résultats qui confirment ceux des recherches de ces auteurs. Il a vu que le nombre des mouvements respiratoires, qui peut s'élever à 9 00 par minute chez un chien intact mis dans une boîte dont l'air a une température à peu près égale à celle de l'animal, ne s'accélère pas chez un chien placé dans les mêmes conditions de milieu extéi'ieur après avoir subi une section transversale de la partie inférieure de la région cervicale de la moelle épinière. Il a, du reste, observé directement cette influence du nombre des mouvements respiratoires sur ia température intérieure des animaux, en plaçant des chiens curarisés dans une boîte dont l'air avait une température déterminée, et en faisant varier le nombre des insufflations pratiquées par minute à l'aide de l'appareil à respiration artificielle. La température était |irise dans le rectum et dans la veine cave inférieure, un peu au-dessus de l'abouchement des veines rénales. L'abaissement de la température constaté, lorsque l'on augmentait beaucoup le nombre des respirations artificielles, n'était pas considérable : il a dépassé rarement o", i C; mais sa signification n'en était pas moins nette ^.

une preuve directe tie l'élévation de ia production de chaleur, attendu qu'il n'y a pas de rapport nécessaire entre l'émission d'acide carbonique et la production de chaleur. Les agents de la régulation «dorique sont, d'après Ackermann, les modifications de la circulation et de la respiration, l'accumulation de l'acide carbonique dans le sang, qui entraine une diminution de la pression artérielle el, par suite, un abaissement de la chaleur du corps.

Les docteurs Sénator etZuntz admettent aussi que la plus grande émission d'acide carbonique dans le refroidissement périphérique n'indique pas une plus grande production de chaleur.

' Goldstein , Veber WanneJyxpnœ.

( Jnaw^. Abhnndlung , Wurzburger Verhanld., 18'yi, p. i5(j).

- Fr. Riegel, Zur W àrmeregidation .

{Virclioiv's Arcliiv, 1876, I. LXl, p. 396).

' Robrig et Zimlz ( \rrli. /, (/. ges.

RÉGULATION DR LA CHALEUH.

En 18G0, M. Marey' a, dans un mémoire inédit, cherché à ramener toutes les variations locales de température à une cause unique : la contractilité des vaisseaux de petit calibre. Cette contractilité vasculaire gouverne la température de chaque organe et celle du corps tout entier; le régulateur de la température n'est autre que l'accélération ou le ralentissement du mouvement du sang. Le rayonnement, l'évaporationet le froid extérieur du milieu ambiant expliquent pourquoi la température est plus basse à la surface que dans la profondeur du corps. Les ingesta (boissons froides) enlèvent au corps une certaine quantité de chaleur { 89 calories pour un litre d'eau

l'hijsiol., b'' IV, s. 3 35 , 187 1 ) se sont placés à un autre point de vue pour déterminer les conditions de régulation do la chaleur. Nous reproduisons leurs conclusions, dont quelques-unes ne sont pas nouvelles, mais dont d'autres sont tout à fait intéressantes.

Les auteurs se sont proposé d'étudier non-senlement de combien s'accroît la quantité d'acide carbonique excrété quand on augmente la perte de chaleur (sujet déjà traité par Liebernieister), mais encore la quantité en volume d'oxygène absorbé par les animaux. Leurs expériences ont été laites sur des lapins auxquels on introduisait une canule dans la trachée et qu'on plaçait dans un appareil spécial pour recueillir les gaz. Leurs conclusions sont :

r Si l'on refroidit la surface cutanée, on augmente et la production d'acide carbonique, et la consommation d'oxygène.

a" Cet acci'oissement est produit par l'aclion réflexe de certains nerfs centripètes de la peau mis en vibration par les changements de température.

3" Ces mêmes nerfs peuvent être excités également par d'autres stimu-

lants de la peau, tels que les bains de mer et autres.

h° L'action de ces bains repose sur l'augmentation des échanges intimes produits sous l'influence de ces excitalions réflexes.

5° Les muscles sont les organes où s'accomplit la plus grande partie de ces échanges ;etils sontaussi ceux qui sont le plus frappés par ces modifications résultant des changements de température.

6° La plus grande partie des actions d'oxydation dans les muscles ne résulte que de leur innervation, aussi les faiton cesser par l'empoisonnement avec le curare.

7° La régulation de la chaleur est aussi réduile à son minimum par l'empoisonnement avec le curare.

8° On doit donc considérer la régulation de la chaleur comme produite en première ligne par une excitation réflexe des nerfs moteurs, laquelle change avec les diflerences de température existant entre le milieu ambiant et le corps de l'animal.

' Marey, Mémoire mr la tempéralure , adressé pour un prix, à l'Académie des sciences et belles-lettres de Caen, 1860.

484 CHAPITRE H. — LA CHALliUR ET LA FIÈVRE.

glacée). La chaleur intérieure, portée sans cesse par le sang à la périphérie, contre-balance le refroidissement superhciel.

L'auteur établit par des expériences personnelles les variations de la température en différents points du corps.

Si on lie l'aorte abdominale, la température du sang s'élève dans les parties supérieures; si l'on empêche un animal de respirer, la mèine action a lieu. En relatant ces deux expériences de M. Cl, Bernard, M. Marey pense qu'il faut leur donner la même interprétation : diminution dans les pertes de chaleur par contact et dans le rayonnement à l'air extérieur plus froid que le sang, d'oii augmentation de la température de ce liquide.

Hunter, au xvin" siècle, et plus récemment Valenlin, ont établi la contractilité musculaire des vaisseaux , et ce dernier auteur a dit qu'on pourrait considérer les nerfs des vaisseaux comme les régulateurs du cours du sang. En i 85 i M. Cl. Bernard constata un phénomène entrevu jadis par Pourfour Dupetit, à savoir l'augmentation de la chaleur de l'oreille après la section du grand sympathique au cou. D'activé, l'inflammation devenait passive. D'abord M. Cl. Bernard crut que le grand sympathique était nerf de calorification. Budge , Waller, Brown- Séquard surtout, rectifièrent cette explication et donnèrent du fait une interprétation toute mécanique, à savoir que la seule paralysie des vaisseaux était cause de leur dilatation , et que, recevant plus de sang, ils étaient plus chauds.

L'auteur établit que la contraction des vaisseaux ralentit la circulation du sang, et que la dilatation l'accélère. Il s'ensuit que la contractilité des artères constitue la force qui règle la circulation du sang , et a pour effet , quand elle s'exerce , de ralentir le cours du sang, et, quand elle cesse d'agir, de le laisser circuler d'un mouvement plus rapide. Il n'y a point de température locale plus élevée que la centrale; John Hunter a démontré le fait.

M. Marey expose toutes les conséquences de l'expérience

RÉGULATION DE LA CHALEUR

de M. (11. Bernnrcl sur la circulation locale : raiijTinfntation de chaleur, la sensibilité accrue, les sécrétions augmentées (Schitï et Cl. Bernard), les veines dilatées et leur sang plus rutilant, la chaleur de la partie résistant à l'influence d'une atmosphère froide. Uti grand nombre d'agents physiques modifient la contractilité des vaisseaux, le simple frottement à la peau en est un exemple (réaction paralytirpie).

La contrnctilitévasmiJnire considérée comme régulateur fh la température centrale des antmaux. — On peut émettre cette formule en ap])arence paradoxale, o^un individu qui ala peau trèschaude, se refroidit beaucoup. . . Donders a développé cette idée, qui a fait le sujet de la ihèse d'un de ses élèves, Cailenfels ( IJtrecht , ] 8 5 5 ) , et qui a été développée aussi en Hollande par Snellen, dans un mémoire intitulé : Recherches expérimentales sur l'influence des nerfs sur l'inflammation (publié en allemand)

D'après M. Marey, la Jfxité de la température des animaux peut et doit s'expliquer tout entière par l'action que la chaleur et le froid exercent sur les vaisseaux sanguins. La chaleur en effet fait dilater les vaisseaux, et le froid les resserre. Si le milieu ambiant est froid, les vaisseaux se resserrent et livrent moins de chaleur à l'air; s'il est chaud, le phénomène inverse a lieu. Et cela est vrai aussi pour les variations du milieu intérieur, suivant que le sang est plus ou moins chaud. Les boissons chaudes ou froides agissent en sens inverse sur la température du sang et sur la contractilité des vaisseaux , et, par suite, sur la fréquence du pouls. En outre, les différents points de la surface du corps se suppléent entre eux pour régulariser la température animale. Si le corps est couvert de vêtements chauds quand l'air est froid, les mains et le visage demeurent chauds et perdent de la chaleur. Dans le bain chaud, la j>eau devient rouge et la chaleur se perd ainsi. Nous avons vu que MM. Brown-Sé- ([uard et Tholozan ont constaté qu'en plongeant une main

m\ CIIAPITRK II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

dans l'eau chaude, on voyail la température s'élever aussi dans l'autre main , et ont invoqué la sympathie. M. Marey explique ce fait plus simplement : il n'y a là, dit-il, qu'un léger échauffement de la masse du sang, qui produit, à son tour, un relâchement des vaisseaux dans les autres parties du corps. En se réchauffant les pieds, on réchauffe les autres parties du corps. 11 suffit de plonger les mains dans l'eau froide pour refroidir tout le corps.

Les recherches importantes que nous venons d'analyser mettent en évidence le fait de la régulation de la chaleur et l'équilihre qui s'établit entre la production et la dépense; que l'on fasse varier l'un de ces deux termes du problème, l'autre subit des modifications identiques.

Il reste à déterminer l'agent de cette régulation et son mode d'action.

L'expérience initiale, celle sur laquelle tous les auteurs s'appuient, est celle que M. Cl. Bernard a renouvelée de Pourfour Dupetit. Après quelques hésitations dans son interprétation, M. Ci. Bernard en a donné, dans son dernier livre sur la chaleur animale, une explication que l'on peut considérer comme définitive ^. Nous allons résumer le rôle qu'il assigne au système nerveux dans la régulation de la chaleur. Nous chercherons ensuite s'il est possible de déterminer quel est le point central du système nerveux qui tient cet appareil sous sa dépendance.

Le sijslèine nerveux régulateur de la chaleur. — Nous savons qu'il n'y a pas d'organe spécial pour la fonction calorifique, pas plus qu'il n'existe d'organe spécial pour la fonction de nutrition. Tous les organes, tous les tissus, tous les éléments, se nourrissent : tous produisent de la chaleur. Ces phénomènes sont liés à leur existence. La production de la chaleur n'est

Ci. Hernard. (lliulenr animale, p. aoo.

RKGIILATIOIN DE l.A CHALEUR. àSl

donc |)as une fonction spéciale, localisée; c'est une pro|)riété générale, universelle.

Tous les éléments organiques concourent à l'accomplissement des phénomènes calorifiques, et, puis(|ue les résultats présentent la fixité, la régularité la plus complète, il faut qu'un mécanisme régulateur intervienne, afin de discipliner tous ces effets isolés et de les harmoniser en fonction, c'est-àdire vers un but commun. Ce rôle de régulateur revient au système nerveux , dont nous allons actuellement étudier l'action spéciale.

Ce rôle a été soupçonné dès les premiers temps de la physiologie. Mais il faut arriver à Haller pour trouver un commencement de preuve. Ce grand physiologiste trouva des cas où des membres paralysés étaient plus froids que des membres sains.

Un auteur anglais, Earie, trouva un bras paralysé plus froid que le bras sain; on le galvanisait, et la température s'élevait aussitôt. Rappelons enfin les expériences de Chossat et de Brodie. Celui-ci enlevait l'encéphale, coupait la moelle épinière, et, entretenant la respiration artificielle chez ces animaux mutilés, il constatait un abaissement notable de la température. 11 crut ainsi pouvoir éliminer comme cause de calorification , non-seulement le phénomène respiratoire du sang, mais encore tous les autres phénomènes chimiques de l'organisme, et attribua exclusivement la calorification à une influence du système nerveux, qui s'exercerait par quelque puissance inconnue, vitale, qu'il s'abstint naturellement de préciser.

M. Cl. Bernard, ayant rencontré à l'hôpital un malade paralysé qui présentait une élévation de température au lieu de l'abaissement prévu, pensa que, dans ces cas discordants, ce ne devait pas être le même système nerveux qui subissait l'altération. Il répéta l'expérience que Pourfour Dupetit avait pratiquée en 1797 , la section du grand sympathique au cou.

m CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

et constata un échauffement considéi-able dans le côté de la tête correspondant à la section. Pourtour Dupetit, dans son Mémoire dans lequel il est démontré que les nerfs intercostaux (grand sym\)athi(\uey fournissent des rameaux qui porte)it des esprits dans les yeux, avait constaté, ainsi que les physiologistes qui ont répété cette expérience, le rétrécissement de la pupille et la saillie de la paupière nictitante au devant du globe oculaire. Mais c'est M. Cl. Bernard qui observa le premier l'augmentation de la température.

Waller et Budge démontrèrent que le filet sympathique qui remonte vers la tête a son origine dans une portion de la moelle épinière qui se trouve à la réunion des régions dorsale et cervicale, et ils ont appelé ce point d'origine région cilio-spinale. Bifli , en i8^G, s'aperçut que, si la section de ce filet sympathique produit le rétrécissement de la pupille, la galvanisation du bout périphérique entraîne sa dilatation.

M. Cl. Bernard montra à la Société dç biologie, que, si la section du sympathique amène la calorification et la suractivité circulatoire dans l'aisselle et le côté correspondant de la tête, la galvanisation du bout périphérique produit un refroidissement des parties avec une diminution considérable dans l'activité circulatoire. De là le nom de rasomoleur appliqué au sympathique. Mais l'assimilation du grand sympathique aux nerfs moteurs serait forcée. Il y a des distinctions à faire. 11 faut reconnaître des fibres motrices proprement dites, des fibres involontaires, des fibres vasomotrices de constriction et de dilatation, des fibres sécrétoires, des fibres trophiques qui ne seraient peut-être elles-mêmes que des fibres vasomotrices, etc.

Les nerfs moteurs du grand sympathique, comme les nerfs moteurs en général, manifestent leur activité dans deux conditions différentes. Ils agissent sous l'influence d'excitations directes ou réflexes. Ils subissent, comme les nerfs moteurs, l'influence du curare, mais plus lentement.

RÉGULATION DK L\ CHALEUR. /i89

En résuiiK^, le nerf sympathique, dans lequel nous allons chercher l'explication des phénomènes calorifiques, est composé de filets moteurs dont les propriétés et les activités fonctionnelles rentrent dans le mécanisme du système nerveux en général.

Les phénomènes circulatoires qui influencent la chaleur animale sont placés sous la dépendance du système nerveux grand sympathique. L'expérience montre que ce système fournit un appareil de resserrement des vaisseaux, et, comme ce resserrement entraîne un ahaissement de température, on pourrait dire que c'est un appareil frigorifiqvp.

La circulation du sang est donc soumise à deux ordres d'influences, l'une centrale, l'autre périphérique : t° l'impulsion motrice qui a pour agent le muscle cardiaque; a" la résistance vasculaire réglée par l'état de dilatation ou de rétrécissement des petits vaisseaux, et commandée par les filets vasomoteurs du grand sympathique.

L'activité fonctionnelle des vasomoteurs du grand sympathique a pour résultat de rétrécir la lumière des vaisseaux sanguins, mais, à côté de ce phénomène, il s'en trouve un inverse : on voit, dans d'autres cas, ce calibre augmenter, et la diff'érence est assez grande pour que ce résultat ne puisse être considéré comme un simple retour à l'état primitif, mais pour qu'il doive être considéré comme une dilatation active.

Pour quelques physiologistes, la dilatation appartiendrait au jeu d'une force physique, à l'élasticité, tandis que le resserrement appartiendrait à une force physiologique antagoniste de la première, la covtractilité, mise en œuvre par les nerfs vasomoteurs.

D'autres ont admis théoriquement l'existence de fibres longitudinales dilatatrices, mais les recherches anatomiques n'ont pu permettre de les découvrir.

Pour M. Cl. Bernard, il y a un fait et une interprétation.

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