‹ De la température du corps humainChapitre 136 sur 150 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

fliient beancoii]) sur l'entât de la chalonr. ('elle proposition de Liebermr'ister e\ de Kernig, à savoir (|up la production se règle sur la dépense, et que même elle s'accroît dans le hain froid, peut bien n'être pas exacte. On oublie que l'on n'a pas du tout établi une constante de la (juantité générale de la chaleur, quand on a montré que les cpiantités de chaleur émises dans le bain pendant l'unité de temps n'offrent que de légères différences. S'il était absolument vrai que la production de chaleur s'élève dans le bain froid, les mutations de la matière devraient s'accroître (produits de décomposition), et il y aurait beaucoup plus d'acide carbonique exhalé par la respiration; et la peau devrait graduellement reprendre sa température normale dans le bain froid, du moins elle n'y devrait pas devenir plus froide. Mais il n'en est pas ainsi : au contraire le bain froid est un remède contre la dyspnée, et l'on peut s'assurer que la teirqjérature de l'aisselle et celle d'un pli du ventre, autrement dit de la peau, ([uand on se tient immobile à l'air dans une chambre étant nu, ne sont pas semblables. Cette dernière (celle de la peau) coiumence à décroître dès le début de l'expérience, et elle tombe peu à peu jusqu'à 3o"C. (dans une chambre à une température de i Và i 6,'C.), ou jusqu'à 35 ou 36° C. (dans une chambre à 27° ou aS'C.), tandis que la température de l'aisselle monte d'abord un peu, puis i^edescend à S'y " et 36' (1. On ne peut donc pas dire dès lors que la température du corps reste toujours égale chez l'homme sain en toute circonstance. D'ailleurs, dans les expériences faites sur les animaux tenus dans im milieu froid, toutes les conditions étant semblables du reste (nourriture, repos), on ne voit pas survenir une perte de poids, c'est-à-dire une plus forte consomption des tissus, c^ qui ne manquerait pas d'arriver, s'il y avait réellement une augmentation de production de chaleur comme on le suppose. Tant qu'on n'aura pas fait la preuve du fait avancé, Sénator déclare que, pour lui, cette merveilleuse régulation de la chaleur ne sera que la propriété que

LA FlfîVHK.

possède la pean , do lutter contre des variations de la température, de eontracler ses vaisseaux dans ie froid et de les dilater dans la chaleur. Dans la lièvre même, les choses ne se passent pas autrement, et il n'est pas hesoin de recourir à l'hypothèse du dérangement d'un centre régulateur de la chaleur. Ce qui se passe dans la fièvre, c'est ce qui a lieu quand le corps est échaufTé par des boissons chaudes, quand on injecte du sang chaud dans les veines, quand on se livre à une puissanteaction musculaire. La chaleur va du dedans au dehors, le pouls et la res|)iration s'accélèrent, les vaisseaux de la peau se dilatent; la perte de chaleur par le rayonnement, le contact et l'évaporation , s'accroît. Oue l'on fasse agir le froid sur le corps à l'état fébrile, les vaisseaux se contractent, le pouls et la respiration se ralentissent, la température de l'aisselle monte bien un peu au début, mais elle s'abaisse et reste abaissée même après que l'application du froid a cessé. Le frisson et la sécheresse de la peau, que l'on considère comme des signes essentiels annonçant dans la fièvre un trouble de la régulation de la chaleur, n'ont rien à voir avec la fièvre: ils peuvent manquer, et ils ne dépendent jamais de la maladie qui accompagne la fièvre.

D'après Sénator, les limites de la production de chaleur sont bien plus étroites qu'on ne le pense. Si l'on fait le calcul des déplacements de matériaux opérés chez les animaux suivant qu'ils sont tenus affamés ou qu'ils sont gorgés d'aliments, on trouve que la production de chaleur varie dans le rapport de 100 à iS^y. Quand il s'agit de comparer le repos absolu à l'activité musculaire la plus intense, la différence est à la vérité plus grande, elle peut être comme i est à 1/2, mais c'est là l'extrême limite de la production de chaleur.

L'opinion courante, à savoir c{ue, dans la fièvre, la production de chaleur est accrue et l'émission moindre, demande de nouvelles recherches. Les évaluations calorimétriques de V . Wahl et autres reposent sur une fausse interprétation; le fait

fie rnugmentation de l'excnHion d'urc^e ne prouve qu'une chose, l'augmentation de la combustion de l'albumine; enfin la conservation du poids des fébricitants ne prouve rien, si ce n'est qu'un individu sain tenu à la diète sans fièvre perd encore plus de son poids. L'auteur a cherché comment se comporte la dénutrition chez les chiens suivant qu'on les affame, qu'on les nourrit, ou qu'on produit chez eux artificiellement la fièvre.

Il est résulté de ses recherches que : les substances azotées ne subissent pas , dans la fièvre, une combustion phis active (jne dans I è- Int d'înamtion sans fièvre, et que l'accroissement de la consomption dans la fièvre s'explique par une augmentation légère de la combustion de l'albumine et une augmentation dans l'élim.iriation de l'eau.

Sénator ajoute que, dans la fièvre la plus intense, l'élimination quotidienne d'urée ne dépasse jamais 65 ou 70 grammes, ce qui est 3 2/8 ou h fois la quantité d'urée rendue en un ou deux jours de diète absolue chez l'adulte. Ce chiffre correspond à une consomption de 1 5 A à 16?! grammes d'albumine, qui représentent n 700 calories (au lieu de 9. 000 dans l'inanition simple).

La perte de chaleur d'un fiévreux représente 1 1/9 fois celle de l'état normal, sa production de chaleur est au plus de 1 t/3 , et, par conséquent, la perle de chaleur serait plus grande dans la fièvre que la production. Le stade de chaleur ne pourrait donc pas durer indéfiniment, et c'est ce qui arrive en réalité; on doit donc admettre avec Traube qu'il survient de temps en temps un arrêt de la perte de chaleur, qui consiste tout simplement en une contraction des éléments contractiles de la peau. Il ne faut pas oublier que nous ne pouvons pas prouver que tous les états fébriles sont accompagnés d'un accroissement de la combustion de l'albumine, et que fièvre et haute température ne sont pas synonymes.

Il est probable que le mode du slojfweclisel est différent dans

LA FIÈVRE

les diverses maladies. On ne saurait expliquer de la même manière la chaleur du tétanos, celle des fièvres intermittentes et l'élévalion de la température dans l'agonie'.

Liebermeister adresse à ces recherches de Sénator de vives critiques : il fait remarquer que cet auteur admet que le rapport de la perte de chaleur d'un homme sain à celle d'un homme atteint d'une lièvre violente est comme t oo est à 179, d'où la conclusion que l'on peut estimer avec certitude que la chaleur perdue par un adulte fébricitant ayant une température moyenne de /lo^-Zii " C, est au moins 1 i/g fois celle qui est perdue dans les conditions habituelles (à l'état de santé). Or comme, d'après les calculs de Sénator, durant la fièvre la plus intense, le rapjiort de l'augmentâtion de production de chaleur à la production normale est au plus comme 100 est à I 35, il en arrive à poser ce principe étonnant: La production de chaleur demeure, même pendant la plus forte fièvre, bien au-dessous de la perte de chaleur.

L'auteur lui-même, dit Liebermeister, paraît avoir compris la contradiction frappante qu'il y a dans ce principe, car il ajoute : ç^S'il n'entrait en jeu aucune cause autre que celles que nous avons considérées jusqu'à présent, la conséquence nécessaire serait que, dans la fièvre, la température s'abaisserait d'uffe façon continue. Tout le monde dirait ou que le calcul est faux ou que l'un des chiffres est faux, ou que tous le sont. Mais ce serait trop simple, n

Je passe sur la suite de cette critique, dans laquelle Liebermeister relève vivement les «bévues)' de Sénator, pour arriver

' Breiier, in Arrh. f. path. Anat. , 46, p. 391, 1869, critique les tliéories fie Sénator, et siiinale l'erreur qui consiste dans le lait suivant : Sénator, pour trouver la quantité des pertes en matières non azotées, a défalqué du poids total du corps du chien mis en expérience, non-seulement l'urée éliminée,

mais encore les produits de combustion (acide carbonique et eau) provenant du déplacement de l'aihumine qui en dépend. Par là Sénator obtient des différences dans l'élimination des matières non azotées, entre les jours de jeûne et les jours de fièvre, fort inférieures à ce qu'elles sont en réalité.

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