‹ De la température du corps humainChapitre 137 sur 150 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l. \ CHALEUR ET L\ Flf:VRE.

à un point rapital tlii mémoire fie Liebermeister, celui ou il éiahlit la balance de la chaleur pendaul le stade de frisson.

«La comparaison de la production de chaleur et de l'exhalation d'acide carhonique pendant ce stade est particulièrement intéressante. Quand l'élévation de température se produit assez rapidement, il y a hal)ituellement, avec le symptôme subjectif du frisson , des phénomènes qui montrent d'une façon trèsévidente que la perte de chaleur est au-dessous de la normale. Les artères péri[)hériques sont contractées, la peau est jiâle, froide et sèche, l'évaporation est très-limitée. La production de chaleur, au contraire, est extraordinairemeni augmentée. Non-seulement elle suffit à équilihrer la perte de chaleur, mais elle sert encore à élever la température du corps du malade. Et, connne l'on peut facilement évaluer à peu près la quantité de chaleur employée à élever la température du corps , ce sont des cas semblables avec une température rapidement croissante . qui ont les premiers fourni la possibilité de déterminer avec une approximation très-sûre la quantité de production de chaleur du fébricitant.

«Gomme je l'ai démontré à cette occasion, il faut, pour élever de i"C. la température du corps d'un adulte, autant de chaleur que cet adulte en [)roduirait pendant une demi-heure dans les circonstances ordinaires. Si donc la température s'élève de 1° C. dans une demi-heure, on peut être convaincu que la production de chaleur a dépassé la normale. Car alors toute la chaleur produite pendant ce temps a été employée pour élever la température du corps, et, en outre, une certaine quantité s'est répandue au dehors, tlhez un homme atteint de fièvre intermittente, j'ai observé qu'une quantité de chaleur égale à 2 1/2 fois la normale avait été employée à élever la température; si la perte de chaleur avait été normale, il aurait fallu en conclure que la production de chaleur avait été 3 1/2 fois la quantité normale. Mais, comme la perte de chaleur est habituellement amoiuflrie pendant l'élévation rapide de la tem-

I,\ 1<IÈVRR. 539

péralure du corps, on ne poiirrnil, dans cp cas. affirmer rien aulrp chose, si ce n'esl ([ue la prodiiclion a dépassé 9 i /'î fois la normale, et qu'elle est ainsi comprise entre 9 1/1? et 3 1/9. "

Voyons quels renseignements fournit le dosage de l'acide carbonique exhalé et analysons quelques-unes des observations de Liebermeister.

r<.Trnls!ème obsprvnlton. — |je malade (Baiindin) avait (piarante et un ans, était de petite stature, du |)oids de 5/i kilog. 5oo gr. , et souffrait d'une fièvre intermittente quotidienne. Les accès n'étaient pas très-violents , le frisson était bien accentué, mais le tremblement léger. Les accès furent plus tard coupés par 1 gramme de quinine.

K |ja première expérience fut faite le l ô avril iS'yo, après midi.

Je donne, outre la production d'acide carl)oni(]ue pour chacune des demi-heures, la tempéralure du corps dans l'aisselle, observée à la fin de chaque demi-heure. Je donne, en outre, la différence dç l'élévation de la température pendant chaque demi-heure; je note enfin, pour chacun de ces moments, l'intensité de la ventilation de l'appareil, élément important dans les calculs que l'on peut plus tard en déduire. »

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penilant la ilemi-heui'e.

ACIDE GAnBONTQUK

exhalé.

VENTILA- TION DE L'APPIBKIL,

grammes.

lill'es.

Dansia 1" clcmi-lieure. . .

Il", 1 0

ao, I ^!

3/1, ao

Le résultat de celte série d'observations est tout à fait frappant. Nous voyons comment la produclion d'acide carbonique augmente, dans la deuxième derai-beure, de /i 5 p. o/o , pendant que la température du corps n'augmente encore que lentement. Dans la troisième demi-heure apparaît une élévation rapide de la température en même temps ([u'une augmentation de 1/17 p. 0/0 d'acide carbonicjue; la quantité énorme de 3/i,2 grammes est exhalée en une demi-heure. Dans la quatrième demi-heure, la température monte encore, mais lenteïuent; pendant ce temps l'exhalation d'acide carbonique diminue et ne surpasse plus la normale que de 89 p. 0/0. Enfin, dans les deux dernières demi-heures, alors que la température reste à peu près constante, aux environs de !xo degrés, l'exhalation d'acide carbonique n'est plus que de -^8 p. 0/0 supérieure à la normale, ou 91 p. 0/0 au-dessus de ce qu'elle était pendant la première demi-heure.

Pendant la rapide élévation de la température de la troisième demi-heure, il fallut, pour obtenir ce résultat, presque le double de la chaleur normale; la production dut livrer nonseulement cette chaleur mais encore celle qui était perdue à l'extérieur, tout amoindrie qu'elle pût être. La production d'acide carbonique égala deux fois et demie la production normale.

Quatrième observation. — On fit une deuxième série d'observations sur le même malade, le 1 8 avril, après-midi. 11 se passa deux demi-heures avant que l'élévation de la température devînt appréciable. On a eu soin de déterminer, pendant la rapide élévation de la température (dans la quatrième demiheure), l'exhalation d'acide carbonique pour chaque quart d'heure séparément.

LA FIÈVRE

M 0 iM K N T

DK L'OBSERVATION.

Dans la i "■ dcini-lieiii p,

Dans la 2°

Dans la 3'

Dans la A*

Dans la 5''

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TBMPERA- TCRE DU COUPS è la fin de la demiheure.

37°,oo

37 ,75 3() ,fi(t

llO ,30

AIGMRNTA- TION

de

Li TEMPBIUTUIIE

pondanl ia demi-heure.

CARBONigLË

exhalé.

giauime^.

»3,77 ao,5ç)

VENTILAïlOiN DE b'APPillElI.

lilris.

Le résultat correspond exactement à celui de l'observation précédente. L'auteur remarque particulièrement, en passant, (ju'ici aussi la production d'acide carbonique est considérable au moment oii l'élévation rapide de la température accuse une élévation très-grande dans la production de la chaleur; 3i grammes d'acide carboni(|ue sont produits en une demiheure. C'est presque -2 1/2 fois la production normale.

Ces observations complètent le tableau de la marche de l'exhalation d'acide carbonique pendant un accès de fièvre intermittente. Elles montrent ensuite, comme les autres observations, que la production d'acide carbonique ne dépend que très-peu de l'élévation absolue de la température. Au moment où la température était presque stationnaire h ho degrés, la production d'acide carbonique était, il est vrai, encore plus considérable que la normale, mais à peu près moitié moindre qu'au moment où la température était plus basse, mais où elle allait en s'élevaat rapidement. En utilisant ces résultats pour juger les discussions précédentes, on reconnaît que, comme dans ces observations, il y a concordance parfaite entre les variations de l'exhalation d'acide carbonique et les

5/(2 CHAIMTHE 11. — LA CllALElJU ET LA KIÈVUE.

changements qu'il faut admettre dans la production de la chaleur.

Toutes ces observations contribuent à établir le principe que l'exhalation d'acide carbonique est à peu [)rès projjortionnellc à la production de chaleur dans tous les stades.

11 ne fallait |)as s'attendre à autre chose-. Si l'on représentait par une courbe la chaleur du soleil à chaque instant, et par une aulre courbe la tenjpérature de l'air et du sol, on obtiendrait les mêmes résultats. L'intensité maximum du soleil est, chaque jour, à midi; sa plus grande intensité annuelle correspond au jour le plus long, mais le maximum de la température ne correspond pas à ces moments, il se produit plus tard. La température continue à croître quand déjà l'intensité de la chaleur solaire commence à diminuer. De plus, il y a encore une aulre circonstance remarquable, c'est que l'augmentation de la température se fait avec la plus grande rapidité au moment où le soleil a son intensité maximum, plus tard la tenq)érature croît encore, mais avec une rapidité décroissante.

C'est exactement ce qui doit se passer dans nos courbes. Si la production d'acide carbonicjue, et par suite la chaleur, devient plus forte, il faut, cœteris panbus, que la température du corps s'élève. La température doit s'élever d'autant plus rapidement que la production de chaleur est plus forte, la courbe de la production de chaleur doit être d'autant plus abrupte que l'intensité de la production de chaleur est plus considérable. Mais, si la production de chaleur commence à diminuer, la température ne s'abaisse pas, elle continue à croître tant que la production de chaleur est supérieure à la perte. Mais son augmentation doit être de moins en moins rapide, et la courbe doit devenir de moins en moins abrupte.

Il faut, en plus, tenir compte du pouvoir calorifique des différentes substances employées pour faire de la chaleur. Liebermeister admet (|ue :

LA FIÉ VUE

1 giainiiie d acide carbonique jji'oveiiaat de la graisse

développe . 3,5 calories.

1 gratiiine d'acide carbonique provenant de l'albuaiiiie

développe 3,3

1 gramme d'acide carbonique provenant des matières

hydrocarbonées développe 2,6

Chez riiomiiie, le chillVe qui représente le rapport de la chaleur développée à l'acide carhonique produit varie entre 2,6 et 3,5, soit en moyenne 3,o. Son minimum est avec les matières hydrocarbonées, son maximum avec les graisses et la viande ( auto[)hagie), et c'est ce qui se produit souvent dans la lièvre, où le chiffre serait 3,9 calories pour 1 grauime d'acide carbonique. Le calcul montre que la dépense de chaleur, dans le temps où la température du corps s'élève (frisson), tombe au-dessous de la normale, et qu'elle est à son minimum alors que la montée est le plus rapide. En général, d'après Liebermeister, la dépense de chaleur du corps est proportionnelle à la différence qui existe entre la température de l'intérieur du corps et celle du milieu ambiant. Ainsi, quand le milieu ne change pas, elle doit s'accroître pioportionuellement à la hauteur de la fièvre. Il faut pourtant tenir compte des circonstances accessoires qui peuvent diminuer ou augjnenter la quantité de la dépense de chaleur, telles que l'action du cœur, le degré de contraction des vaisseaux de la peau , l'état de la ventilation pulmonaire, la quantité de la perspiration insensible, enfin l'existence ou l'absence de perspiration sensible; il faut tenir compte de ces éléments pour comprendre l'élévation de la température dans le frisson et son abaissement dans le stade de sueur.

L'essence de la fièvre ue serait pas une augmentation de la production de chaleur, car celle-ci se montre aussi dans l'état de santé (digestion, travail musculaire) tout aussi bien que dans la fièvre. Elle ne consiste pas non plus dans la cessation (lu [MiuvuH' de régler la chaleur, car les fiévreux se règlent

■ùUU CHAIMTHK II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

aubsi bien. Klle réside bien plutôt en ceci, (jue le mécanisme de la calori-réyulatioa cesse à j^artir d'un certain degré élevé de la clialeur.

Re[)renant ses exj)ériences antérieures, Sénator a cherché à se mettre à l'abri des reproches que lui avait adressés Liebermeisler; le résultat principal de ces nouvelles recherches est que le refroidissement de la surface du corps n'a pas pour effet de provoquer une augmentation de la production de chaleur.

Voici la série des propositions qu'il pense avoir établies ^ :

1° A l'état ordinaire, au repos, pendant la veille, et en dehors de l'action de la digestion, la production et l'émission de la chaleur oscillent dans des limites assez étroites. Exemple : un chien du poids de 5 hoo grammes, repu depuis quelque temps de viande de cheval (3oo grammes) et de 5 grammes de graisse de porc, a donné, au calorimètre, seize à vingt-six heures après le repas, de i à i /i calories en une heure. Pendant ce temps, sa température rectale n'a pas varié. Il élimina, dans le même temps, de 3^',4 à 3^ ,7 d'acide carbonique.

2" Dans la diète prolongée, la production de chaleur et l'élimination d'acide carbonique baissent lentement. Le même chien donna, après deux jours d'abstinence complète, en une heure, 1 1,6 calories et 3"',35 d'acide carbonique, et, en vingtquatre heures, il élimina d'ui'ée.

3° Pendant la digestion (une heure et demie à trois heures et au delà après le repas), la production de chaleur s'accroît notablement comme l'élimination d'acide carboni(|ue (Vierordt), mais non dans les mêmes rapports, celle-ci étant moindre que celle-là. Exemple : le même chien émit, dans la

^ Sénator, Pruducliun de la clialeur u"' /17 el 'i8 el Arch. île Reiihei l el Duel échanges intimes ditns l'état de santé bois Rei/inond , p. 1 el 1873). et dam la fiècre [(Jenlralblatl , i^'yi,

LA FIÈVRE

deuxième heure de digestion , 21 calories, sa température rectale monta un peu, et il rendit 5^', 1 7 d'acide carbonique.

6° Lorsque la surface du corps est soumise à une cause de refroidissement qui augmente énormément la perte de chaleur, la production de la chaleur n'est pas sensiblement accrue comme cela a lieu pour l'acide carbonique. Exemple : le même chien, pesant 5 355 grammes, émit dans le calorimètre, dont l'eau était de à degrés plus froide que d'habitude, en une heure, 1 5,3 calories; sa température tomba, dans le rectum, de Sg", 1 à 3 8", 5. Or, en supposant le refroidissement total de l'animal de o°,6, en prenant le chiffre de o,83 pour sa chaleur spécifique, il n'aurait dépassé que de 2,7 calories sa production normale, qui serait au plus de 12,6 calories. L'excrétion d'acide carbonique a été de 3'''^9, c'est-à-dire a dépassé le chiffre normaL

5° Dans les premiers moments (une heure et demie à deux heures) qui suivent l'injection sous-cutanée de pus ou de matière de sécrétion purulente avec production de fièvre, ni l'émission de la chaleur ni l'excrétion de l'acide carbonique ne sont notablement augmentées.

G" Au plus fort de cette fièvre artificielle, alors que la température du rectum atteint /lo" et jusqu'à /ii^C, l'émission de la chaleur et de l'acide carbonique n'est souvent que très-peu accrue et dépasse à peine le chiffre normal. La quantité des deux émissions n'est pas proportionnelle. Exemple : le même chien, ayant /io"',2 et /io'',/i5 dans le rectum, a émis, en une heure, 11, 5 calories et 3'^',7 d'acide carbonique; l'excrétion d'urée dans les dernières vingt-quatre heures avait été de 9 grammes.

7" L'augmentalion de l'excrétion de l'acide carbonique dans la fièvre n'atteint jamais celle de l'élimination d'urée. Exemple : un chien, qui, pendant un jour de jeûne, avait éliminé 8 grammes d'urée, et, à la fin de ce jour, rendu en une heure 2"',73 d'acide carbonique, excréta, alors qu'il avait

5i6 CHAPlir.E II, — LA CHALEUR ET LA FIEVRE.

la fièvre, toutes choses égales d'ailleurs, ii",/i8 d'urée et 4'", 9 1 d'acide carbonique.

8° Malgré l'augmentation partielle des échanges dans la fièvre , la somme -des forces de tension mises en liberté dans ce cas (par l'albumine ^,963 calories, par les graisses t),i calories), ne dépasse pas la quantité qu'en peut développer l'animal à l'état normal, quand il est richement nourri.

Le problème de la production de la chaleur pendant la fièvre est un de ceux qui ont le plus passionné l'école allemande, et il faut rec(mnaître que . si nous parvenions à le résoudre, nos connaissances sur la nature et les effets de la fièvre prendraient une nouvelle certitude. Le professeur Leyden ^ a confirmé les résultats obtenus par Liebermeister, et il a en même tem[)S posé la question de la diminution du poids du corps.

Les deux questions que l'auteur s'est posées, sont : i° si, dans la jièiTe, la perle de chaleur est accrue ; 2" comment s'opère la consomption fébrde.

Pour résoudre le premier problème, l'auteur installe une petite chambre de malade dans un calorimètre analogue à l'appareil de Pettenkofer. mais son appareil est incomplet, et il n'y plonge en réalité que l'extrémité inférieure du malade. L'auteur arrive à démontrer qu'indubitablement la perte de chaleur est augmentée dans la fièvre pendant la rémission comme pendant l'exacerbation. Dans la fièvre la plus haute, cette perte dépasse de 1 1/2 à 2 fois la quantité normale, et même de 2 à 3 fois pendant une forte sueur. Dans le stade épicritique, au contraire, la perte de chaleur tombe au-dessous de la normale. L'émission normale, à l'état de santé, est de 0.12 par heure, c'est-à-dire qu'en prenant la surface de

' Lejden, ùntersuihungpn iibfr dm Fieber [Arch.fur ktin. Mtd.. \ , 3 , p. 278, 1869).

LA FIÈVRE

tout le corps, il y a une perte de /i/i,3 calories [»ar heure; or il faut doubler et même tripler ce chiffre dans la fièvre.

La deuxième question fut résolue par la pesée, le malade reposait sur un lit supporté par une bascule, et l'on tenait CQpipte de tout ce qui entrait dans le corps (aliments, boissons). L'auteur donne le tableau de la perte de poids insensible, par heure, chez les fiévreux.

Les pesées faites ont été nombreuses. Voici le tableau qui en est extrait :

Perle de poids

Perle de poids

par heure

par jour

et par kilo|;raiiime.

et par kilogramme.

Fièvre élevée

1,00 g ranime.

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