CHAPITRE
rience , de i o heures du matin à k heures du soir, i 2 0 grammes d'urine contenant 6"', 8 d'urée, et le soir, en quatre heures de temps après l'expérience, il urinait 110 grammes contenant C)"',7 1 6 d'urée. Il en résulterait qu'une augmentation primitive de la chaleur entraîne une plus grande production d'urée.
Pour M. Giibler^ une des causes principales de l'élévation de la température dans la fièvre serait la diminution des sécrétions. A l'état normal, une certaine quantité de calorique se transforme en action chimique pour produire le suc gastrique, le suc intestinal, la bile, la salive, etc. Dans la fièvre, toutes ces sécrétions sont, sinon supprimées, du moins diminuées; il ne se fait donc plus le même travail chimique; la chaleur que ce travail consommait à l'état normal se trouve libre et peut se faire sentir au thermomètre.
M. Weber^ fait à cette opinion, dont il ne conteste pas la justesse, cette objection que, s'il y a une certaine quantité de chaleur rendue libre, il est impossible delà mesurer.
h. EFFETS DES HAUTES TEMPERATURES DANS LES MALADIES.
Nous savons, par les expériences des physiologistes, quels sont les degrés de température extérieure que le corps ne peut pas supporter impunément, et MM. Cl. Bernard, Vallin, etc., nous ont appris que les muscles, le cœur en particulier, le sang et le système nerveux, étaient affectés, à un moment donné, d'une façon irrémédiable quand l'animal était mis dans des conditions telles, que la chaleur extérieure élevât sa température propre de quelques degrés.
Les pathologistes, et surtout Liebermeister, ont cherché à déterminer quelles étaient les conséquences de l'élévation de température dans les maladies. Nous résumons les travaux
Thèse de Bordier, 1868. — Thèse de la température dans la fièvre. Thèse de Charvot, 1871. de Paris, 1873.
Weber, Des conditions de variation
LA FIÈVRE. 537 f lès-remarquables de Liebermeister ' sur ce poinl, nous ferons ensuite quelques réserves nécessaires.
Dans beaucoup de cas, dit Liebermeister, l'autopsie ne montre pas la cause mécanique de la mort. On parle alors de septicémie, de malignité, etc. (érésipèle, fièvre puerpérale, pneumonie, fièvres éruptives, etc.).
Une nouvelle hypothèse tend à se substituer à cette septicémie, c'est celle de l'excès de chaleur fébrile. Cela ne veut pas dire l'accroissement des combustions, car l'autophagie n'est pas si commune; c'est de la chaleur en soi f[u'il s'agit. On sait que les animaux meurent dans un milieu trop chaud; pareille chose a lieu pour l'homme. On connaît aussi les effets de l'insolation. Wunderlich et ses élèves ont formulé les lois des hautes températures du corps, et montré, par exemple, qu'un état fébrile persistant à Sa",/! R. (/io'',5 C.) était d'un pronostic très-grave, quelle que fût la maladie.
Comment cette élévation de température produit-elle une action délétère? Déjà Boerhaave et Van Swieten supposaient l'évaporation des liquides, une coagulation du sérum, et récemment Weickardt a formulé une hypothèse semblable, la concrétion de la fibrine; mais cette hypothèse n'est point confirmée à l'autopsie.
Liebermeister croit expliquer mieux cette action délétère en disant qu'elle se montre sous la forme de dégénérescences secondaires identiques, qu'il trouve dans la pyémie, la fièvre puerpérale, le typhus, la scarlatine, la tuberculisation aiguë et les fièvres catarrhales. Toutes ces maladies ont de hautes températures, et, à l'autopsie, l'on trouve une dégénérescence parenchymateuse du foie, des reins et du cœur, c'est-à-dire des principaux organes. Dans la plupart des cas de ce genre,
^ Liebermeister, Les effets des hautes Voy. aussi Recueil des leçons cliniques de
températures dans les maladies. {Deutsch. Richard Vollimann. Du trait, de la fièvi e,
Arch. fur klin. Med. , i-3-(), i865 et par Lieliermeister, n"3), 1871. 1866, et Schmidt's Jahrh., 18(17). —
dit Lieberineister, la température s'était élevée à Zio degrés dans la matinée, à hi'\2b lors de l'exacerba tion, et même au delà.
D'autres observateurs ont conclu de même, Max. Schultze et W. kûhne ont constaté, pour les plantes elles animaux inférieurs, l'influence des hautes températures sur l'état des éléments cellulaires; de même, Louis et Stokes, E. Wagner et Zenker ont signalé la dégénérescence graisseuse des muscles dans le typhus; Buhl et R. Maier, l'état gras du foie, des reins et du cœur dans la fièvre puerpérale. La dégénérescence graisseuse des cellules du foie se voit souvent à l'œil nu , à plus forte raison est-elle facile à constater au microscope. Liebermeister dit que cet état du foie et des autres organes permet d'affirmer que le malade a eu de hautes températures.
Dans une autre partie de son mémoire, Liebermeister signale l'influence des hautes températures sur la circulation (parésie du cœur) et sur les fonctions du système nerveux. Ces troubles nerveux sont le malaise, l'ennui, l'excitabilité des sens, la courbature douloureuse, le vertige, la défaillance, l'accablement, et enfin le délire de différentes formes, et inversement, la stupeur et l'état soporeux. Si, dans quelques cas, nous pouvons assigner à ces perturbations comme cause prochaine une afl'ection locale du cerveau , la cholémie ou l'urérnie, dans la plupart des cas il faut chercher cette cause uniquement dans le sang surchauffé qui fait vivre d'une autre vie les organes centraux. La médecine hippocratique s'exprimait, à cet égard, avec une parfaite clarté, et la méthode thérapeutique de la soustraction de chaleur par le froid, ainsi que certains moyens antifébriles, peuvent, en fait, diminuer notablement ces troubles morbides. Les manifestations typhiques qui, non-seulement dans le typhus lui-même, mais dans quelques affections locales, telles que la pneumonie du sommet, s'accompagnent de hautes températures, comme encore la grippe, l'angine tonsiilaire, doivent d'autant mieux être con-
LA FIÈVRE
sidérées comme dépendant de cette haute température , qu'elles disparaissent avec celle-ci.
li est aussi très-vraisemblable que les hémorragies multiples que l'on observe dans les fièvres pernicieuses, avec une température très-élevée, dépendent de celle-ci. Peut-être y a-t-il ici une dégénérescence graisseuse aiguë des petits vaisseaux. Déjà Sydenliam avait signalé les hémorragies comme survenant à la suite d'une chaleur excessive et proscrivait formellement la thérapeutique du réchauffement dans la variole.
Si les hautes températures passagères sont dangereuses, à plus forte raison faut-il redouter les hautes températures persistantes. Pourtant il faut aussi faire ici intervenir des circonstances importantes , la constitution propre du malade, son âge, les lésions organiques préexistantes, l'alcoolisme, etc.
Les chirurgiens savent que des blessures en voie de guérison retournent à un état pire quand le patient est atteint du typhus ou de quelque autre maladie fébrile grave. Ils ont vu, à diverses reprises, par exemple après l'invasion du typhus abdominal . un chancre simple devenir phagédénique et entraîner une vaste perte de substance; dans un cas même, il fallut en venir à l'amputation du pénis. Dans un autre cas, la fièvre étant tombée, une gangrène peu étendue s'était limitée et marchait vers la guérison : survint une récidive du typhus, et le retour de la fièvre fut cause que la gangrène s'étendit du bubon à la totalité du scrotum; la fièvre cessant, la plaie guérit. Dans la phthisie, la maladie étant demeurée sans changement pendant un temps très-long, souvent la venue d'une maladie fébrile intercurrente excite la marche de la deslructivité. A peine la fièvre est-elle tombée, qu'on voit les malades se relever, prendre soin de leur toilette, en un mot guérir.
Donc le danger essentiel de la fièvre dans les maladies aiguës consiste dans l'injluence délétère quant les hautes températures sur les vaisseaux. Les altérations matérielles de ceux-ci doivent