‹ De la température du corps humainChapitre 145 sur 150 · I.A FIÈVRE · texte numérisé non relu

I.A FIÈVRE

les plus intenses, on trouve seulement 3 ou 6 degrés d'iiugmentation dans la température.

«Cette discordance entre les renseignements fournis par le toucher et les indications du thermomètre tient en grande partie à ce que la main et l'instrument ne sont pas appliqués aux mêmes régions du corps. On explore par le toucher les régions superficielles, la main, les téguments des membres et de la face du malade, tandis qu'on applique le thermomètre tantôt sous l'aisselle, tantôt dans les cavités naturelles où la température présente une fixité bien plus grande.

" L'élévation de la température sous l'influence de la fièvre consiste bien plutôt en un nivellement de la température dans les différents points de l'économie, qu'en un échauffement absolu. Il se produit, sous l'influence de la fièvre, un effet analogue à celui dont nous avons parlé à propos des expériences de Hunter sur le rôle de l'inflammation dans la production de la chaleur, effet tout physiologique, qui se rattachait à la rapidité plus grande du mouvement du sang. La chaleur fébrile est assimilable à celle qu'on produit dans un organe par la section des nerfs du grand sympathique; seulement le phénomène de dilatation des vaisseaux étant pour ainsi dire généralisé dans toute l'économie, f échauffement qui en résulte se généralise également pour toutes les régions superficielles du corps.

«Mais nous venons de dire que le thermomètre, lorsqu'on le plonge dans les cavités profondes, accuse une élévation réelle de température, qui, toute faible qu'elle est, n'en mérite pas moins d'attirer l'attention. La masse du sang s'est donc échauffée de quelques degrés. Peut-on expliquer ce phénomène par la plus grande rapidité du cours du sang?

«On se rappelle l'expérience de M. Cl. Bernard, par laquelle il est prouvé que la section du grand sympathique n'échauffe pas seulement l'oreille du lapin par un renouvellement plus rapide du sang qui la traverse, mais qu'elle amène aussi la

582 CIIAl'ITIiK II. - i.A CHALKIIH KT LA l'IKVliK.

proilurlion d'une quantit(^ de chaleur un peu |)lus grande qu'à i'étal normal.

'f 11 est naturel d'admettre que , chez le fébricitant , la rapidité du mouvement circulatoire produira non-seulement le nivellement de la température dont nous avons parlé, mais aussi un accroissement dans la production de chaleur.

ff()uelque léger que soit cet accroissement dans la production de chaleur sous l'influence de la fièvre, on comprendra facilement qu'il puisse élever la température centrale d'une manière appréciable, si l'on tient compte des obstacles qu'on apporte à la déperdition du calorique chez les fébricitants. La rapidité de la circulation périphérique refroidirait probablement bien vite l'homme qui a la fièvre, si une plus grande sensibilité au froid ne portait le malade à se couvrir de vêtements; de plus les idées qui dirigent la thérapeutique des fièvres font qu'en général on dépasse les exigences du malade, et que, lors même qu'il désire un peu de fraîcheur, on lui impose un supplément de couvertures, sans compter les boissons chaudes et l'atmosphère chaude de la pièce dans laquelle on le tient enfermé. Ajoutons à cela que la peau du fébricitant est sèche, de sorte qu'elle n'a plus, dans la sécrétion et i'évaporation de la sueur, l'une des sources ordinaires de la déperdition du calorique dans les milieux à température élevée.

"^En résumé : la chaleur augmentée dans la fièvre porte principalement sur la périphérie du corps, ce qui prouve qu'elle consiste surtout en un nivellement de la température, sous l'influence d'un mouvement plus rapide du sang. Toutefois il existe aussi dans la fièvre une légère augmentation de la chaleur centrale, ce qui peut s'expliquer par une augmentation légère de la production de chaleur quand la circulation s'accélère, mais ce (jui peut tenir en grande partie à la suppression presque complète des causes do refroidissement chez les malades, w

Page 1