‹ De la température du corps humainChapitre 146 sur 150 · LA K1È\ RE · texte numérisé non relu

LA K1È\ RE

Il nous senil)le (|ue, dans cette théorie, que nous avons reproduite in extenso, M. Marey a parfaitement vu les deux éléments qui s'associent pour augmenter la température des fiévreux, mais, au lieu de considérer l'accroissement de la production de chaleur comme le second élément, il faut évidemment le placer en |)remière ligne. 11 n'en est pas moins vrai que négliger le nivellement de la température serait méconnaître une cause réelle, mais secondaire, de l'état féhrile.

Théorie de M. Claude BenuirdK — M. Cl. Bernard l'ait remarquer que les théories de Traube et de Marey sont insuHisantes, même pour le frisson de la fièvre intermittente, car l'élévation de la chaleur précède le frisson.

Hunter, Breschet et Becquerel ont démontré que, si le sang s'échauffe légèrement en traversant une partie enflammée, cette petite augmentation de chaleur est insuffisante pour expliquer l'élévation totale de la température du corps. Zimraermann, Weber, John Simon. Biliroth, ont constaté les mêmes faits.

Donc, s'il y a production de chaleur dans la fièvre, cette chaleur tient à un processus général, comme la chaleur normale; la lésion d'un organe n'a été que le point de départ des actions nerveuses qui président à la calorification normale et à son exagération pathologique.

Les travaux de Leyden, de Liebermeister, ont montré que la perte de chaleur est toujours augmentée dans la fièvre; cette perte peut aller jusqu'à t i/y et 2 fois la normale.

La quantité de chaleur produite pendant la fièvre est donc augmentée, la preuve s'en trouve, en outre, dans l'augmentation des déchets qui résultent des combustions organiques, ainsi qu'on le constate dans l'air expiré et dans l'urine.

Chez le fébricilant la respiration est accélérée. Sénator et

' Ci. Bprnnrrl , Lfirnvs sur la clinJeiir nnimiih, ]). /io5.

bU CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE.

Traiibe, ne tenant pas compte de cette circonstance, avaient conclu (le leurs analyses (|ue le poumon des fiévreux rend moins d'acide carbonique que celui de l'Iiorame sain. Leyden de Kœnigsberg et Liebermeister ont démontré leur erreur. Liebermeister a trouvé que, dans un accès de fièvre intermittente, le contenu proportionnel d'acide carbonique dans l'air expiré est diminué: il est à la quantité normale comme 3 est à 3 1/2, mais la quantité absolue dans un temps donné a augmenté comme 1 ] /2 est à 1 .

Dans l'accès de fièvre pendant la seconde demi-heure, bien que la température monte lentement, la production d'acide carboni([ue augmente de 45 p. 0/0. Dans la troisième demiheure, la température monte rapidement, et l'acide carbonique augmente de 67 p. 0/0. Il est éliminé en une demi-heure la (juantité énorme de 3/i^',y d'acide carbonique, puis la proportion baisse à 3c) p. 0/0 d'augmentation, et, pendant les deux dernières demi-heures, où la température se maintient à lio degrés, l'élimination de l'acide carbonique n'est plus que de 28 p. 0/0 au-dessus de la normale.

Ainsi la proportion d'acide carbonique varie avec la température.

Voyons maintenant pour l'urée, qui décèle, dit-on, les métamorphoses que subissent les matières albuminoïdes. Le kilogramme d'individu sain, à la diète, produit, par vingt-quatre heures, o^'.58 d'urée, or les fiévreux éliminent, par kilogramme, de i^',5 à i^'.Sg.

La perte de poids éprouvée par un individu sain à la diète est de 2 3 à 3o grammes par jour et par kilogramme; celle du fébricitant de 3o à lih grammes, d'après 0. Weber.

L'excès dans la calorification du fébricitant se trouve donc démontré par la température, la calorimétrie , le dosage de l'acide carbonique et de 1 urée , enfin par la perte de poids.

Nous savons, en physiologie, que la chaleur portée à un certain degré amène la mort de l'animal. Il n'est pas douteux

LA FIÈVRE. 5«ô

que la chaleur fébrile ne puisse produire les mèines résultais. La température ne dépasse pas plusieurs jours ,9 sans ipie la mort survienne, et, dans ces cas, ce sont les lésions musculaires c|ui dominent (dégénérescence de Zenker), H en est de même dans 1 insolation, le coup de chaleur. On trouve, de plus, des dégénérescences graisseuses du foie, des reins, de l'encéphale.

Pour Sénator, ce sont surtout des albuminoïdes, qui brûlent, qui se dédoublent en excès, pendant la fièvre; les hydrocaibures, les graisses, ne subissent que peu ou pas d'augmentation dans leur mouvement de décomposition ; il en résulte que bientôt ces graisses se trouvent relativement en excès. Mais nous savons que la combustion des albuminoïdes donne environ 8 fois moins de chaleur que celle de la graisse. Si les hydrocarbures étaient épargnés, il y aurait peu d'élévation de température, et, dans la fièvre, la chaleur constatée serait non le fait d'un excès de production, mais d'une modification dans la déperdition.

Pour M. Cl. Bernard, au contraire, on doit considérer la fièvre comme une exagération de la calorification normale. Au point de vue du mécanisme, mais non de la cause de la fièvre, M. Cl. Bernard considère le système nerveux grand sympathicpie comme le frein opposé à l'exagération des actes de combustion.

On a vu, en effet, ([ue la section de la moelle épinière à la partie inférieure de la région cervicale produit toujours le refroidissement chez les animaux de petite taille. Elle serait due au rayonnement d'après les expériences de Naunyn et Ouincke, car. si l'on supprime ce rayonnement, exagéré par la dilatation des vasomoteurs, si l'on enveloppe les animaux dans de la ouate à 96° ou 3o", la température s'élève juscpi'à 43°- Uà". et l animal meurt par l'excès de chaleur. La section de la moelle aurait donc détruit le frein qui s'oppose à l'exagération de la production de chaleur. Naunyn et Quincke voient.

586 CIIAFITHK II. — LA CllALKUU KT LA KIÈVIîK.

de |jIlis. que, si l'on pratique la section de la moelle à des niveaux inférieurs, les phénomènes de ralorilication vont en s'atténuant, à mesure, en définitive, que l'on restreint le chanqj dans lequel le frein est supprimé.

M. Cl. Bernard fait remarquer que. non protégés, les animaux auxquels on a coupé la moelle se refroidissent toujours, que le fait de les envelopper et de les échauffer ainsi ne permet pas de conclure pour la fièvre, et, pour lui, les phénomènes de combustion seraient plus spécialement régis par les nerfs vasomoleurs dilatateurs ou calorifiques qui aj)partiennent en particulier au système cérébro-spinal. Or la fièvre n'est qu'une exagération de l'action de ces nerfs calorifiques et non une paralysie des vasodilatateurs.

«Pour nous résumer, dit M. Cl. Bernard (p. /i63), relativement à l'étude de la chaleur, de la fièvre, des nerfs vasodilatateurs, et pour indiquer exactement les rapports qui lient étroitement ces questions de physiologie et de pathologie, nous dirons, en les considérant aux trois points de vue q'if' je vous indiquais comme termes obligés de toute analyse médicale vraiment scientifique, que :

1 "La physiologie nous montre, dans la fièvre, des troubles de nutrition, caractérisés par une dénutrition constante, par suite d'une cessation d'action des nerfs vasoconslricteurs ou frigorifiques, et d'une suractivité constante des nerfs vasodilatateurs ou calorifiques.

" 2' La pathologie nous montre , dans cet excès même de chaleur produite, un empêchement à l'assimilation ou à la synthèse nutritive et une source de dangers dont la mort peut être le résultat plus ou moins rapide.

« 3 " C'est contre cette persistance de l'état de dénutrition ou de calorification due à la suractivité des vasodilatateurs, que la thérapeutique doit chercher à réagir, soit en trouvant un moyen de mettre en jeu le système nerveux vasoconstricteur, de manière à ramener le froid d;uis le milieu intérieur, soit en

LA FIÈVKK

substituant à l'action nerveuse pliysiologique des équivalents physiques, tels que les réfrigérations artificielles extérieures ou intérieures du milieu sanguin

Théorie de Muter -. — Celte théorie bien fantaisiste ne mérite d'être signalée que parce qu'elle a trouvé des partisans en Allemagne et a provoqué un travail de Sénator. L'auteur s'est occupé de ce même sujet depuis plusieurs années : en i 8y2 , il a publié avec le docteur Greveler des expériences sur l'infeclion des grenouilles par l'injection de liquides contenant des monades. Ces études, en permettant de reconnaître les phénomènes intimes de la circulation, l'ont conduit à rechercher les causes immédiates de la fièvre, et il se range à l'avis des expérimentateurs qui pensent que la fièvre consiste essentiellement non pas clans une production de chaleur augmentée, mais dans une diminution de la perte de chaleur. Tranbe a admis un état de contracture des petits vaisseaux de la peau. Hûter a plus particulièrement étudié ce phénomène dans les capillaires du poumon.

' Dans lin travail récent sur la fièvre cliez les animaux à sang froid, IJcher fias Fieber der Koltblûler {Arch. deW.

Pfliiger, juin 1 875 ) , 0. Lassar a observé que, sur les grenouilles auxquelles on injectait (les matières putrides, on n'observait aucune augmentation ni dans la chaleur du corps de l'animal, ni dans cellequ'il peutémeltreparrayonnement ; il n'y a pas, quoique l'animal succombe à l'expérience, de chaleur produite; il n'y a point de fièvre au point de vue thermique. Et, en cflTet, ces animaux n'ayant pas de chaleur propre ni d'appareil de régulation thermique, rien d'étonnant à ce qu'on ne constate pas chez eux des manifestations morbides qui consisteraient essenliellement en un trouble du pouvoir calorifique et de son

appareil nerveux régidateur. Ce n'est pas à dire cependant, comme on l'avait avancé autrefois, que les animaux à sang froid ne présentent pas les phénouièuf's locaux de l'intlammation. (Voyez Robert Lalour, Expériences servant à démontrer que la pathologie des animaux (I sang froid est exempte de l'acte morbide qui , dans les animaux à sang chaud , a reçu le nom d'inflammation, Paris, i8/i.i)

Extrait de Cl. Bernard, Chaleur animale, p. !i 3 5.

^ Sur la circulation et ses troubles dans 1rs poumons des grenouilles. Recherches propres à établir une théoi-ie mécanique de la fièvre, par C. Hiiter {Cenlrnllildll , 1878, n° 5 , p. 65).

Le corps animal, dit-il, se refroidit par deux surfaces différentes, par la peau et par les poumons.

t-: Moins il circule de sang dans les vaisseaux de ces surfaces de refroidissement, moins il y a de perte de chaleur, et plus la température du corps s'élève. Si la moitié environ des vaisseaux est soustraite à la circulation , comme je l'ai observé sur la grenouille, il y a moitié moins de perte de chaleur, et ainsi s'expliquerait l'élévation de la température fébrile chez les animaux à sang chaud infectés. Les frissons avec leur élévation de température marquent la suppression brusque d'une partie considérable des vaisseaux de la peau au point de vue de la circulation.

" Le nombre des contractions du coeur s'élève avec la chaleur du sang (Sénator) , peut-être aussi en raison des résistances des vaisseaux de la périphérie. La mort, dans la fièvre, peut s'expliquer par l'insuffisance du cœur ou par la suppression de la circulation dans une étendue considérable des vaisseaux du poumon ou des centres nerveux.

- L'élude des substances pyrogènes et phlogotiques laite par 0. Weber et Biliroth ne prouve pas que la fièvre soit nécessairement une intoxication du sang, et l'on peut admettre aussi (|u'elle peut être produite par des troubles mécaniques de la circulation. C'est ce que montre l'état de congestion de la rate, du foie, des reins, etc., dans la fièvre infectieuse traumatique ou artificielle par injection de monades. Voyez aussi les abcès métastatiques des poumons ^ "

Théorie de Sénator'^. — Inspiré par les études de Hiiter sur

' L'auteur a, dans un second nié- ( Injections dans le rœur avec la seringue

moire (Centcfl/WaH, n° 6, 1878), rap- dePravaz).

porlë des expériences qu'il a laites snr ' Sénnlor, Nouvelles conlributioiis à la

les embolies produites dans les poumons connaissance de la fièvre {Centralblatt ,

de grenouilles à l'aide do poussière de 1878, n" 6, p. 8/1.) charhon ou d'une éniulsiou de cire.

LA 1 [ÈVRE. 589

la circulation pulmonaire, Sénator s'est proposé de rechercher, par une voie analogue, quel est l'étal des vaisseaux dans le frisson, si c'est une dilatation paralytique, ou une contraction permanente des petites artères (Traube), ou une contraction périodique changeant suivant le temps et le lieu. Pour cela, l'auteur conq)are l'état des vaisseaux de l'oreille chez un lapin albinos à l'état de santé et à l'état fébrile. Voici le résultat de ses observations :

1° Immédiatement après l'injection de la matière pyrogénétique sous la peau du dos, il se produit une forte contraction de tous les vaisseaux de l'oreille, et, par suite, une décoloration et un refroidissement de l'oreille, auxquels succèdent bientôt un ou plusieurs mouvements de dilatation. Mais cette contraction a lieu aussi à la suite de n'importe quelle émotion, par exemple la peur, et n'a rien de spécial.

a' Longtemps après l'injection, quand la température du rectum s'élève de i" à au-dessus de la normale, et que le corps de l'animal est échauffé, on voit les vaisseaux de l'oreille demeurer souvent resserrés pendant des heures entières, et plus contractés qu'ils ne le sont jamais à l'état normal; mais, de temps en temps, tantôt sans cause connue, tantôt sous une influence extérieure, comme la peur, un contact dur, on voit survenir des alternatives de resserrement et de dilatation d'une durée considérable.

3" Après plusieurs jours de fièvre et chez les animaux trèsfatigués, les dilatations deviennent fort rares, courtes et peu marquées.

k" Pendant la dilatation des vaisseaux, on peut sentir sur le tronc des pulsations très-accusées, ce qui n'avait pas lieu avant. .

5 " Les deux oreilles ne se comportent pas toujours de la même manière.

De ces faits résulte cette notion , que l'auteur considère comme tout à fait nouvelle, que la fièvre ne donne lieu ni à une pa-

590 (, Il A 1' I TR K 1 1. — I. A CH A L K U l\ ET LA K I È V 1! E.

ralysie ni à lui tétanos permanents des vaisseaux. Il faut conclure, avec lleidenhain , qu'il y a des circonstances pathologiques où l'excitabilité des vaisseaux, notamment celle des vaisseaux de la peau, est très-surexcitée.

Théorie de Liebeimcister \ — Nous avons successivement rendu compte des nombreuses recherches de Liebermeister sur la calorimélrie, sur la quantité d'acide carbonique exhalé pendant la fièvre, nous n'avons plus qu'à donner sa conclusion.

Liebermeister pose d'abord cette question : Qu'est-ce que In fièvre? et il procède par analyse à la détermination de chacun de ses caractères.

Chez un fiévreux, la lempéralure du corps est plus élevée que chez tin homme sain. Plus nous sommes convaincus de la valeur de la régidation de la chaleur et de la constance de la température de l'homme sain qui en est la conséquence, plus nous devons attacher d'importance à celte propriété de la fièvre. C'est avec raison que l'on considère l'élévation de la température comme étant le symptôme pathognomonique de la fièvre. Nous savons déjà que, même dans le h'isson de la fièvre, la température intérieure du corps s'élève, et que la période de frisson est celle pendant laquelle la température est le plus élevée, fl n'y a donc pas, pour nous, de fièvre sans élévation de température. Mais l'élévation de la température n'est qu'un symptôme, ce n'est pas l'essence de la fièvre. Nous pouvons en effet, chez un homme sain, ()ar un bain chaud par exemple, élever la température; et cet homme manifeste, en outre , d'autres symptômes de fièvre : la fréquence plus grande du pouls, un malaise, des douleurs de tête, de l'engourdissement, etc., et,

' Liehermeister, Unlirr Wàniiereg n- Vortnïge ron Richard [ (ilIfiiKiiiii , n" içf, liriitig 1111(1 l'ipder {Suiiuidiivg klinisclii'r 1871).

LA KIIU rE.

d'après les recherches de Bartels el de Naiiiiy ii\ une iuigmeutation dans rélimination de l'urée. Ces faits nous apprennejit clairement qu'une grande partie des symptômes habituels de la ferre ne sont qu'une conséquence de Hélévation de la tempéra lure. 11 faudrait cependant hésiter à considérer comme ayant véritablement la fièvre un honmae sain dont on aurait élevé artiliciellement la température.

Les Jiévreux ont une augmentation de la production de la chaleur. Pendant l'ardeur de la fièvre, l'apposition de la main ou l'usage du thermomètre' suffisent pour constater qu'il y a plus de chaleur exhalée à la surface cpi'à l'état normal. Leyden a donné d'une façon exacte la mesure calorimétrique de cette chaleur émise par une partie donnée de la surface du corps. Tant que, grâce à cette augmentation de la perte de chaleur, la température du corps demeiu'e à la même hauteur, il faut

' Contribulionii à l'étude de la fièvre , par le prolesseur B. Naunyn à Dorpat (Arch. fur Ail. , Phijs. und iviss. Mi'd. , 1870, p. 159).

Pour Naunyn , la lièvre, esl une réteiilioii (Je lu tlialeur. Le mot avait déjà été prononcé. Voici l'argument : La production de la chaleur est, au fond, augmentée; cependant on ne nie pas que la rétention de la chaleur n'ait lieu au déhui de la fièvre, bien que plus tard il y ait cei lainement augmentation de la production. Si l'on admet que celte élévation de température est cause d'un plus grand déplacement de matière, mais que cette augmentation de la combustion esl suivie elle-même d'une augmentation de la production de chaleur, il se trouve que l'organisme, pendant la fièvre, est dans un cercle vicieux. Le mouvement initial proviendrait d'un trouille quelconque qui romprait le parte d'équilibre entre la production

et la dépense de chaleur, tl y aurait d'abord l'éteation de la chaleur, el, alors même que plus lard la dépense serait augmentée, la rétention n'en aurait pas moins été le point de dépari d'un mouvement par lequel l'accroissement des déplacements de matière et l'augment de la chaleur propre, comliinenl, pour ainsi dire, leurs eflorts [tour entretenir une élévation persistante de la température.

Bartels a montré que, dans le bain de vapeur, non-seulement notre température peut monter à 60" G., mais que cette température de notre corps, produite simplement parrélenlion de notre chaleui', a pour ell'el à la luis une diminution de la quantité di! l'urine el une augmentation de l'excrétion d'urée.

L'excrétion quotidienne d'urée est en moyenne de 25°',8 avec 880 grammes d'urine quand on a administré le bain lie vapeur; autrement, elle esl, en

nécessairement que la production de la chaleur reste élevée au même degré. Sans doute, l'augmentation de la perte de chaleur et de la production de la chaleur n'est pas si grande qu'on pourrait être enclin à le croire d'après des évaluations superficielles. Une mensuration précise montre qu'un fiévreux qui a plus de ko degrés, produit habituellement environ de 90 à 25 p. o/o plus de chaleur qu'un homme sain qui a 87 degrés. La même proportion existe dans l'excès de production de l'acide carbonique chez les fiévreux. Pendant le stade de frisson delà fièvre, alors ([ue la température du corps est le plus élevée, la contraction des vaisseaux périphériques et la sécheresse de la peau diminuent la perte de la chaleur à la surface; mais, par cela même, la production de chaleur s'accroît dans iMie proportion extraordinaire; seulement, la chaleur produite en excès, au lieu d'être évacuée par le dehors, est emmagasinée dans le corps, d'où résulte une augmentation de

santé, de a3^',.5, avec 1676 grammes d'urine.

Naunyn a fait des expériences sur des chiens placés dans un bain de vapeur.

Au bout de trois heures, il y avait une température de 42°,5 et une augmentation de 3 grammes pour l'urée (<)*',75 au lieu de 6^''.7).

Chez les chiens tenus à la diète, puis enfiévrés par l'injection de liquides putréfiés sous ia peau, on recueillit l'urine dans la vessie avec une sonde. Dans la première période, alors qu'existe ce que Niiunyn appelle la Jièvre latente , on trouve déjà la quantité d'urée augmentée, bien que la température ne soit pas encore en voie d'élévation. Dès lors on doit conclure (du moins en ce qui concerne la lièvre pul ride) que l'augmentation d'oxydation des matériaux de l'organisme précède, et que l'élévation de In température est un phénomène secondaire. 11

résulte de loutes ces expér iences, que, dans cette période dite de fièvre latente, il y a à la fois diminution de la masse des urines et augmentation de l'excrétion d'urée. Cette augmentation persiste nécessairement avec la venue de la fièvre toxique.

l^ourquoi, pendant la fièvre latente, cette diminution dans la masse des urines? On ne sait. 4 coup sûr, cela ne pr'ovientpas de l'augmentation de l'évaporation par les poumons et la peau, car le poids du corps pendant ce temps est si peu diminué, que l'on doit supposer une rétention de l'eau dans le corps.

L'augmentation de l'excrétion urinaire se produit souvent au plus fort de Iq lièvre, d'autres fois dès son début. La grande excrétion d'urée survit à la fièvre, et cela tient sans doute à ce que, pendant la fièvre, les organes sont gorgés d'urée qui s'élimine ensuite.

LA FIÈVRE

chaleur toujours croissante. Dans les frissons violents, la production de la chaleur peut être triplée. En même temps , la production de l'acide carbonique reste au même degré pendant ce stnde. Mais aussi l'élévation de la production de chaleur ne fait pas disparaître la cause essentielle de la fièvre. Une augmentation de la production de la chaleur de 20 à 9 5 p. 0/0, comme dans le stade de chaleur, se rencontre trèssouvent chez les gens en bonne santé. Pour la produire, il suffit d'un repas plus copieux ou d'une très-grande fatigue du corps. Et même en peu de temps , un très-grand effort physique, par exemple l'ascension d'une montagne, peut porter la production de la chaleur au triple ou au quadruple de l'état normal. Mais cette chaleur en excès n'est pas encore la fièvre.

La fièvre comporte nécessairement et une haute température et l'augmentation de la production de la chaleur. Mais ni l'un ni l'autre de ces phénomènes, ni même tous les deux réunis, ne constituent l'essence de la fièvre.

Si l'on parvient, chez un homme sain, à élever artificiellement la température du corps à /lo degrés, il suffit de le replacer dans son milieu habituel pour voir bientôt la température revenir à l'état normal. Les vaisseaux de la peau se dilatent, la sueur s'écoule, etl'évaporation fait perdre beaucoup de chaleur, la chaleur qui s'était condensée dans le corps s'en échappe de nouveau. L'homme en santé règle sa perte de chaleur et sa production pour une température d'environ 87 degrés; et, quand cette température a été modifiée violemment, il tend aussi vite que le permettent les conditions physiques, à la recouvrer.

Du reste, lorsqu'un homme en santé, par exemple par un effort corporel prolongé, produit autant ou même plus de chaleur qu'un fiévreux dans le stade de chaleur, il n'élève pourtant jamais la température de son corps jusqu'à la hauteur de celle de la fièvre; sa tepérature s'accroît seulement d'une

o9U CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

fraction de degré. Les voies par lesquelles se perd la chaleur sont, au contraire, d'autant plus ouvertes que la chaleur produite en excès est plus vite éliminée. Le corps est réglé pour une température de 87 degrés, et, malgré l'augmentation de la chaleur produite, il peut très-facilement se maintenir approximativement à cette température.

Et enfin, si l'on élève artificiellement la chaleur du corps chez un homme en santé, et qu'après l'avoir replacé dans son milieu habituel, on fasse, par un exercice musculaire prolongé, tenir sa température à un degré élevé, alors même, eussionsnous en même temps élévaUon de température et augmentation de la production de la chaleur, ce n'est pas encore la fièvre. Cet homme n'en serait pas moins réglé pour 87 degrés, et, dans un temps relativement court, malgré la prolongation de la production en excès, il n'en retournerait pas moins à son chiffre de 87 degrés.

Ces exemples montrent que l'homme en santé se différencie du fiévreux essentiellement en ce qu'il règle sa perte et sa production de chaleur pour une température d'environ 87 degrés, qu'il s'y tient autant que le permettent les circonstances physiques, et qu'il y retourne aussitôt que possible. Le fiévreux, au contraire, ne se règle plus pour la température normale de 87 degrés.

On est conduit ainsi à admettre que le fébricitant n'a plus de régulation de chaleur. Il se comporterait donc, en ce qui concerne l'état de sa température, à la façon d'un animal dont le cerveau a été séparé de la moelle épinière. Et, par le fait, on a souvent signalé la condition de ces animaux comme étant à proprement parler la fièvre. Mais d'abord ce fait que, dans ce cas, un certain accroissement de la perte de chaleur, qui n'aurait pas modifié sensiblement la température d'un fébricitant, peut amener la température à un degré très-inférieur à l'état normal, montre qu'on ne peut pas faire une semblable assimilation.

LA FIÈVRE

Le fébricitant ne se règle donc plus pour 37 degrés; et une observation attentive des faits montre que la régulation de la chaleur n'est pas pour cela détruite, mais que, quoique à un moindre degré, elle persiste cependant suffisamment et de la même façon qu'à l'état de santé. Les fiévreux sont réglés non pas pour la température normale, mais pour un certain degré élevé de température.

De ce que, chez les fiévreux , il existe aussi une régulation de la perte de chaleur, on conclura qu'ils sont, tout comme les gens en santé, influencés par les sensations subjectives de froid et de chaud, suivant le choix de leur vêtement. Lorsqu'il y a une forte soustraction de chaleur, comme, par exemple, dans un bain froid, chez le fiévreux comme chez l'homme sain, le même mécanisme est mis en jeu pour lutter contre l'excès de refroidissement; or les recherches expérimentales exactes, relativement à la perte de chaleur, montrent que cette lutte contre le refroidissement est un peu moins efficace que chez l'homme en santé, parce que la peau et ses vaisseaux se contractent avec moins d'énergie.

La régulation de Xbl production de chaleur par la perte de chaleur a lieu aussi bien chez les fiévreux que chez les gens en santé. Lorsque déjà, dans le milieu ordinaire, leur production de chaleur s'élève au-dessus de la normale , on la voit atteindre encore une plus grande intensité par l'action d'un bain froid, ainsi que le démontrent de nombreuses observations calorimétriques; et la production de f acide carbonique est élevée dans la même proportion. Dans un bain de 20° à 22° C. , par exemple, le fiévreux produit 2 fois plus de chaleur qu'il n'en produit dans un bain à 34 ou 35° G. Il est encore facile d'en tirer cette conclusion, que ses moyens sont un peu plus limité» que ceux de fhomme en santé , et qu'il n'est pas en état particulièrement de résister aussi longtemps à un violent refroidissement.

Donc , de même que fhomme en santé déploie tous les moyens

dont il dispose pour maintenir sa température à 87° C, de même fait le fiévreux pour maintenir la sienne aux environs de lio" C. Si l'on cherche, par de violentes soustractions de chaleur, à le refroidir, il résiste au refroidissement par les mêmes moyens que l'homme en santé. A la vérité, quand il y a force majeure, c'est-à-dire sous l'action d'un bain froid d'une durée suffisante, sa température peut être abaissée, comme celle de l'homme en santé et même avec une moindre difficulté; on peut même la faire descendre au-dessous du chiffre normal; mais, aussitôt que cela est physiquement possible, sa température recommence à monter, et , après un temps relativement court, elle atteint sa hauteur précédente. Nous voyons par là que l'organisme du fiévreux a une tendance prononcée à persister dans sa température propre. Si cette température est brusquement modifiée, le fiévreux y revient aussitôt que les circonstances et ses propres moyens le permettent. Il se maintient dans cette situation à peu près comme l'homme en santé; seulement il est réglé pour une plus haute température.

La différence essentielle entre le fiévreux et l'homme sain consiste donc, non pas dans l'élévation de la température, mais dans ce fait que, chez le fiévreux, la perte comme la production de chaleur sont réglées pour une plus haute température. La régulation de la chaleur disposée pour un degré de température plus élevé est l'essence wcm,e de la fièvre.

Comment a lieu ce transport de la régulation de la chaleur à un degré plus élevé? Nous sommes ici complètement dans l'obscurité, et cette obscurité ne se dissipera pas, tant que nous ne saurons rien de plus sur le mécanisme de la régulation de la chaleur chez l'homme sain. Si nous avons quelque raison sérieuse d'accepter l'hypothèse d'un système excito-calorique et d'un système calori-modérateur chez l'homme sain, se reliant avec les centres nerveux, nous sommes conduits à admettre que la fièvre trouble l'un ou l'autre de ces systèmes

LA FIÈVRE

Oju tous les deux. Leur fonction n'est pas accrue; les deux systèmes agissent encore de la même façon qu'à l'état normal; mais leur fonction est modifiée, en ce sens qu'elle est réglée pour un degré plus élevé de température. Poursuivre plus loin cette hypothèse en ce moment, ce serait s'éloigner du terrain solide des faits positifs.

Tous les phénomènes si variés que comprennent les symptômes complexes de la fièvre, toutes les particularités relatives à l'organisme en état de fièvre peuvent être déduits sans effort, à ce que pense Liebermeister, de ce changement essen-tiel qui consiste dans la régulation établie pour une plus haute température. Du moins, cette déduction serait valable pour le symptôme caractéristique de la fièvre, qui est l'élévation de la température, et, par suite, pour les phénomènes variés et incommensurables qui sont la suite directe ou indirecte de l'élévation de la température. Liebermeister ajourne à plus tard les développements relatifs à ces considérations pratiques si importantes, et il se borne à montrer comment les relations de la production et de la perte de chaleur dans les différents stades de la fièvre peuvent être déduites de ce point de vue.

11 considère d'abord, ce qui est le cas le plus simple, le stade où la température reste à peu près sans changement, c'est-à-dire le stade de chaleur qui, dans les fièvres intermittentes, ne dure que quelques heures, mais qui, dans les autres maladies fébriles comme la fièvre continue ou subcontinue, se prolonge pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines. Pendant le stade de chaleur, la température se maintient à peu près à la même hauteur, il y a équilibre entre la production et la perte de chaleur. Le malade produit autant de chaleur qu'il en émet, et, par là, la somme de chaleur incluse dans le corps reste la même. Le fiévreux se comporte dans ce cas exactement comme un homme à l'état sain. La seule différence cju'il y ait entre eux , c'est que, chez le fiévreux, cet état d'équilibre est réglé pour une

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