CHAPITRE
plus haute température. Donc le fiévreux règle sa température comme l'homme sain, seulement pour un degré plus élevé; il défend sa température de peut-être /io° C. contre l'élévation ou l'abaissement par les mêmes moyens cpxe l'homme sain pour sa température de 87° C. Même les petites variations diurnes de la température de 1 homme sain s'observent aussi chez le fiévreux.
Le stade de la température décroissante est suivi habituellement de sueurs, quand la chute de la température a lieu avec quelque rapidité, et il prend pour cela le nom de stade de sueur. La chute de la température montre que la perte de la chaleur est plus grande que la production. Dans ce stade, la régulation de la température est tombée relativement d'un degré plus élevé à un degré inférieur, tandis que la température du corps , obéissant aux lois physiques , ne peut tomber que lentement, et, par conséquent, demeure d'abord plus haute que ne semblerait le comporter la modification instantanée de la régulation. Dès lors le malade se trouve dans la même condition qu'un homme bien portant dont la température a été artificiellement élevée. Aussi les voies de la déperdition s'onvrent-elles chez lui largement : les vaisseaux de la peau se dilatent, la sueur coule, l'évaporation Augmente beaucoup la perte de chaleur, et l'on peut l'influencer à volonté en découvrant le corps du malade ou en établissant des courants d'air. En réalité, suivant les circonstances, la perte \de chaleur peut être amenée à dépasser le chiffre de déperdition normale, et il s'ensuit un abaissement plus ou moins rapide de la température. Sans doute, chez les fiévreux, la régulation de la chaleur ne quitte pas subitement le degré élevé oii elle était établie pour tomber à un degré inférieur, mais peu à peu et souvent par oscillations, ce qui prolonge la durée de la transition.
Ainsi l'on voit que l'on a tort lorsque , et cela arrive souvent dans ce stade, on considère l'apparition de la sueur comme
LA FIÈVRE
le phénomène initial , et la chute de la température comme la suite naturelle d'une violente évaporation. L'évaporation ne produit ce résultat que lorsque déjà la régulation de la température est descendue à un degré inférieur. Si, pendant le stade de chaleur, et alors que la régulation se maintient au même niveau, on rend la peau humide par une aspersion d'eau continue, on peut s'assurer qu'on obtient par ce moyen un abaissement de température qui ne le cède guère à celui qui a lieu dans le stade de sueur. Tant que le niveau de la régulation ne change pas, le malade produit d'autant plus de chaleur qu'il lui en est plus enlevé. On reconnaît généralement aujourd'hui, comme un fait d'expérience, qu'il ne sert de rien et qu'il peut même, suivant les cas, être nuisible de provoquer la sueur dans le stade de chaleur, alors que, par le procès morbide légitime, la température doit continuer à monter.
«Comme on le voit, dit Liebermeister, ce n'est pas seulement à l'état de santé qu'existe cette merveilleuse disposition qui fait que le corps est réglé pour un degré déterminé de température, mais il y a. de même, on peut le dire, pour les cas pathologiques, en tant qu'il s'agit d'une rapide élévation et du maintien du corps à un degré quelconque plus élevé, un mécanisme spécial. Au reste il n'est pas nécessaire de dire que, si, sur ce point particulier de nos connaissances générales, nous sommes obligés de supposer un organe central de la régulation de la chaleur, obéissant à la prétendue loi des causes finales, nous ne devons considérer cette manière de voir, supposant une sorte d'archée, que comme une nécessité provisoire. Nous sommes très-éloignés d'adopter une théorie complète de la fièvre empruntée au dogme des causes finales : il nous suffit d'avoir basardé un coup d'œil sur le mécanisme particulier de l'organe central de la régulation, et cette vue presque téléologique n'est qu'une nécessité provisoire, elle n'a {|uc l'avantage de ramener à un point de
vue unique les conditions si compliquées et si difficiles du phénomène ; ce point de vue était nécessaire non pas seulement pour l'exposition actuelle, mais peut-être encore pour permettre les recherches ultérieures faites dans la même voie.
«Mais comment se fait-il que souvent la régulation de la chaleur s'établisse à un degré d'élévation anomale? En d'autres termes, quelle est la cause de la fièvre? La réponse à cette demande ne peut être donnée que très-imparfaitement, parce que nous ne savons quelque chose que relativement aux causes éloignées.
ç^Nous savons que toutes ou du moins la plus grande partie des fièvres sont produites par l'introduction dans le sang, ou dans les liquides, de certains matériaux particuliers. Ce sont, soit les produits d'un procès pathologique local pour les fièvres appelées symptomatiques ou inflammatoires , soit des substances en décomposition introduites du dehors, substances à l'aide desquelles Billroth et 0. Weber nous ont montré qu'on pouvait produire artificiellement la fièvre, soit certains poisons chimiques, ou enfin des poisons organiques appelés matières infectieuses, miasmes et contages, qui sont la source des maladies infectieuses.
t^Mais comment la fièvre en résulte-t-elle? On croit généralement que ces substances sont par elles-mêmes facilement oxydables, ou bien qu'elles disposent les matériaux du corps à une plus puissante oxydation et qu'ainsi se produirait l'augmentation dans la production de chaleur. Cette explication serait très-satisfaisante , si la fièvre ne consistait que dans une élévation de la production de chaleur. Mais une simple élévation de la production de chaleur avec la régulation normale n'aurait ucune action réelle sur l'élévation de la température, ainsi que le montre, par exemple, d'une façon évidente, l'accroissement qui a lieu par un plus fort exercice musculaire; au contraire, on verrait alors la perte croître en proportion équivalente, et la température ne s'élèverait pas réellement au-
LA FIEVRE. 601
dessus (le la normale. Dans la fièvre, au contraire, la régulation de la chaleur n'a plus lieu pour le degré normal, mais pour un degré de température plus élevé; elle est, du reste, aussi fixe et elle procède de même. Sans doute, ces matériaux pyrogéniques ont aussi une action , ils doivent agir directement ou indirectement sur le centre régulateur de la chaleur et sur le déplacement du niveau de la régulation. Comment s'exerce celte action, nous ne pouvons actuellement le dire : tout au plus peut- on citer quelques expériences qui indiquent que le degré auquel se fixe la régulation^ dépend en partie de la quantité des matériaux disponibles pour l'oxydation. »
Tel est le long exposé que donne Liebernieister des conditions qui peuvent ou qui doivent concourir théoriquement à produire la fièvre. Il appartenait à l'homme qui a tant travaillé cette question de ne pas s'aventurer à fournir une formule. En l'état actuel des choses, nous ne pouvons aller plus loin que lui. Libre à chacun de donner a chaque condition une importance variable suivant ses tendances personnelles; nous nous contenterons de dire que, si nous pouvons désigner le nombre et la nature des éléments qui paraissent constituer la fièvre, nous ne les connaissons peut-être pas encore tous, et nous n'avons pas encore su réduire ceux que nous connaissons à une unité mesurable ^
' Nous ne reproduisons pas toutes les théories de la fièvre, nous aurions peut-être dû réserver une place à celle de Ziinmermann , qui a joui longtemps d'une grande réputation. [De la fièvre, in Pr. Ver. Zeitung , f. i4, iG,
18, 30, 32, 2 5, 27, 3i,3f),38,io, 1859), analyse dans Schmidt's Jahrbiicher, 1861, t. CIX,p. 321.
Zimmermann avait, dès 1 85i , poursuivi la démonstration de cette proposition : rll n'y a pas de fièvre essentielle,
et la fièvre résulte toujours de quelque lésion locale. n II suppose que toute partie lésée par traumatisme, par exemple, s'échaufTe, cl que de proche en proche, le sang transporte ces parties échaufFées dans les veines et ensuite à tout le corps.
Si l'on admet que la chaleur fébrile vient des parties enflammées, il faut admettre aussi que l'excès de dénutrition et de déchet a lieu précisément dans ces parties. {Ainsi serait justifiée l'erpressinn de foyer.)